INVERSE
(i) 7V. de Vues. ^ l. 2y p. i3i.
ioUC. HAKM. — idTHODES d'enseignement. 583
Od comprendfacilement que cesdi? erses sortes de méthodes sont applicables aux objets les plus divers des cooDaissaoces humaines. D'autres méthodes leur seront d'ailleurs adjointes, et nous répétons que l'on ne doit voir ici qu'une indication , un simple aperçu. Le sujet est des plus vastes et des plus féconds.
Terminons en disant que le Procédé général d'enseignement dérive toujours de la loi sériaire, et que la science se distribue progressivement, en échelle graduée, des maîtres aui derniers Groupes des élèves.
« Parmi nous , les enfans envoyés a une école, sont confondus pêle-mêle sans classement. Lorsque cent étudians fréquentent un cours , il faut que le professeur abonde ^ servir et endoctriner toute cette pétaudière, dont les 5/4 au moins sont incapables de raisonner avec lui, et qui pis est, n*en ont aucun désir. Il peut s'en rencontrer une dizaine de bien disposés : c'en serait assez , car un professeur ne doit jamais avoir plus de S ^ 10 élèves ; il est matériellement impossible qu'il donne des soins efficaces a une réunion qui excéderait la douzaine.
• Lessybils et sybilles d'Harmonie (i) n'admettront que ce peut nombre de disciples titrés pour la conférence individuelle. Ensuite Tinstruction se distribuera par degrés , par des pro-sibyk et sous-sibyb, qui , aspirant aux grades supérieurs, et reconnus aptes a donner l'enseignement de a*.» 5*., 4*. degrés, jouirooi déjà d'une répartition sur le dividende alloué au corps sibyllin..
(i) Nom géoérique donné par Fburier aux membres du corps entrif^iiaul*
ÉDUC. HABM. — MÉTHODES d'bNSEIGNEMENT. 585
thodes d'enseignement dont nous venoDS de donner une idée^ réaliseront dans des générations aux corps sains et vigoureux, aux intelligences ouvertes 9. alertes et fortes, aux âmes ardentes et passionnées, des prodiges d'instruction, des merveilles de progrès et de dévcloppemens intellectuels. Un enfant de douze à quinze ans, d'aptitude ordinaire, élevé en Harmonie, déconcerterait nos pédans d'aujourd'hui , comme Jésus à cet âge embarrassait , dans le temple , les docteurs de la loi; bien peu de nos vieux savans actuels pourraient lutter avec nos jeunes gens, en variété, en étendue, en solidité et surtout en bonne qualité de connaissances.
Cette considération de la qualité des connaissances mériterait un chapitre à part. Aujourd'hui on a bien l'esprit de faire l'apologie de l'enseignement universitaire, par cela, dit-on, qu'il distribue les connaissances nécessaires pour entrer dans certaines professions, barreau, médecine, magistrature, etc Et en quoi la grande majorité des sottes études de vos sots collèges sontelles donc nécessaires dans ces professions ? Elles sont nécessaires là , parce que vous avez décrété dans votre sagesse et dans votre routine, qu'il faut les posséder pour y pouvoir entrer. Ace compte, vous prouveriez aussi la nécessité de savoir esca-
586 HARMONIE. LIV. IIl. CH. YIII.
moler la muscade, danser sur la corde, marcher sur les mains, faire la roue , avaler des serpens et des épées nues, pour les professions et lesplaces de magistrat, député, diacre et archevêque !•••• Vous n'avez qu'à faire , de ces aimables talens, une condition d'admission aux places que noas venons de dire. — Quelle pitoyable argumentation ! légitimer un vice parce que c'est un autre vice qui l'impose ! Ceci rappelle l'explication des races malfaisantes de la création, desqueliesd'honnètes gens tenant à justifier le bon Dieu, n'ont rien trouvé de mieux à dire en sa faveur, sinon que sa bonté avait créé cette mauvaise race que voici , pour qu^elle dévorât la mauvaise que voilà,, et ainsi de suite : — ce qui ne les empêche d'ailleurs pas de vivre toutes ici-bas et de nous jouer chacune de fort vilains tours;... — et cela sera trè&-justement ainsi, jusqu'à ce que, au Heu de continuer à nous dévorer les uns les autres, à leur exemple , nous avisions enfin à mettre quelque peu d'ordre dans les affaires de notre planète.
Ne finissons pas sans dire que les champions officiels de l'université, sont maintenant obligés d'fibandonner eux-mêmes la cause de leur absurde enseignement, de la façon la plus amusante. Ils n'osent plus, en effet, le soutenir pour sa valeur propre et comme but; ils cherchent à
ÉDIÎC. IIÂBM. — MÉTHODES d'enseignement. 58!;
le défendre comme moyen. — Et comme moyen de quoi? dîrez-vous, lecteur. Car enfin , s'ils avouent queces misères du rudiment, ces haillons grecs et latins, n'ont pas de voleur réelle, à quoi bon faireperdre à leur propos huit et dix belles et bonnesannées de la vie, sacrifiées à ces méchantes broutilles? A quoi bon abreuver la jeunesse de répugnances, de dégoûts, el Thébéter, en la nourrissant continuellement et sans pitié de ces nauséabondes déjections du passé, puisqu'ils avouent qu'elles sont inutiles? — A quoi bon, cher lecteur? — 11 parait que c'est pour former l'esprit et Yc cœur de la jeunesse !
Les enfans d'Harmonie n'eussent-ils sur nous
que le bénéfice du retranchement de la plus* grande partie des choses universitaires^ ils nous en seraient déjà cinq fois supérieurs. Qui a fait sur nous, en tant qu'hommes et que caractères, en force de corps, en largeur, en portée et en vigueur d'esprit, la supériorité des Grecs et des Romains? Eh, bon Dieu ! c'est d'abord que leur éducation était plus gymnastique; c'est qu'ensuite, Grecs et Latins qu'ils avaient le bonheur de naître, on n'avait pas pu imaginer de les abrutir dix ans, comme nous, sur l'étude universitaire du grec et du latin.... On les élevait pour leur pays , pour leur état social , pour leurs
ÉDUC. 11AI13I. — MÉTHODES D ENSEIGNEMENT. SSq
tioD des joies vives et franches , des travaux manuels exécutés avec passion, au grand air, ou dans des ateliers salubres , décorés et pourvus^ de tout ce qui convient aux goûts de Tenfance et de la jeunesse ; l'oppression enfin au moyen de laquelle seulement on peut maintenir les élèves sous ce régime monstrueux et contre nature, engendrent généralement dans les collèges, dans les pensions, même et surtout peut-être dans les petits séminaires, comme dans les prisons et les bagnes, des vices monstrueux et contre nature... Vous voulez priver ces cnfans des joies, des développemens et des plaisirs de leur âge , vous leur imposez de monotones, de froides et de stériles études, qui ne conviendraient pas même à des vieillards au sang glacé ; eh bien ! les beaux enfans que les mères vous donnent, sont bientôt des vieillards usés et rachitiques.... Vous labourez et vous ensemencez le champ des déviations ! vous y faites pousser avec une effrayante précocité les fleurs empoisonnées du vice, ces fleurs pâles et livides, qui cachent dans leur sein la maladie, l'imbécillité, la mort.... Toutes les pensions, tous les col^éges, presque sans exception, sont des lieux infectés où la race humaine s'étiole, où la santé se gâte dans ses sources vives, où le mal qui attaque l'enfance civilisée et la ravage, est aujourd'hui plus que jamais contagieux
ÉDUC. HARM. — MÉTHODES d'eNSEIGKEMENT. 69 1
suffira flans les premiers temps; vous en apprendrez uo peu plus ensuite, et d ailleurs vous serez bons à mille choses autres que l'enseignement. Quelle vie vous allez mener! Vous allez être recherchés 9 courus 9 disputés par les Phalanges. Uo cuistre 9 dans les débuts de l'Harmonie^ se payera an poids de Tor; jugez du taux des vrais savans ! — D'ailleurs, qu 'est-il besoin de ces considérations personnelles , pour décider les hommes intelligens et honorables, qui sont encore nombreux dans les bagnes de l'enseignement? Ceux-là, dont seulement nous recherchons le suffrage, connaissent mieux que personne la malfaisance de nos systèmes; ils font chœur avec nous pour les stigmatiser : par amour de la science et de l'humanité, ceux-là seront assurément les premiers convertis, et les plus fervens apôtres. Sursum corda ! Délivrons les enfans ! Et les enfans de nos enfans nous béniront dans les siècles.... Quelle belle et noble gloire, que d'avoir bien mérité de l'enfance !