ÉTUDE
QUELQUES iFnbroMàznu de teatail attrataet.
Foorquoi?.., pooi^noi?... poufyi?
Il serait très-facile de disposer les travaux des écoles régimentaires du génie de façon à atteindre des résultats incomparablement supérieurs à ceux qu'on obtient aujourd'hui. Les sapeurs sont en effet exercés chaque an* née à l'exécution d'un nombre assez considérable de tra-
PHÉHOHÉNBS BB TtAYÂlL ATTIATANT. 3S3
ixvariés,— confection des fascines, des gabions, fegots sape, claies, piquets, blindes ; puis tout ce qui est re- F aux travaux de siège, mines, tranchées, descentes fossé ; puis les retranchements, les terrassements, les its de toutes sortes, les fours de campagne, les bara- « de campement, etc.
Ihacun de ces travaux se divise en difTérents détails, haque homme des compagnies doit passer par tous travaux et ces détails.
)n s'occupe assez, dans l'arme, de perfectionner les cédés techniques, relatifs à ces différents travaux , is c'est tout. Pour les faire exécuter on se contente de ner tordre ; puis les consignes et la salle de police t là. On n'a pas même l'idée de créer des stimulants : travailleurs par une convenable disposition des tra- IX et des ateliers. Rien pourtant ne serait plus facile. On encadre les compagnies dans leurs emplacements )ectifs sur les glacis ou dans les fossés. Là, elles sont ées, sans communications entre elles dans leurs opéons. Chacune est chez elle comme si elle était seule ; n'établit entre elles ni rapports, ni comparaisons ; et orme virtualité de réaction que développeraient toutes compagnies d'un régiment agissant les unes les autres par Accords et Rivalités composés, est enement perdue. Puis, dans chaque compagnie encore. Tait tout exécuter péle-méle, confusément ou similailent.
\\ pourtant que d'indices révélateurs se prodoisenf à
chaque instant, qui auraient dû mettre de slong-temps sor la voie ! — D'abord la gaîté des Groupes, encore que ce soient des Groupes forcés, travaillant par coryée à des opérations sans intérêt et sans produit pour eux. EpsuitQ la rigoureuse appréciation du degré de ipérite et 4'!^leté de chacun par les autres, en toute opération ; et, -q* quand le hasard amène quelque arrangement favorable i réclosion des Rivalités, — des preuves singi^ièrennent claires et frappantes de Texcltation industrielle qu'elles produisent. Au reste, on peut reconnaitr^ chaque jour, m sein des ateliers, la tendance naturelle des Rivalités à se développer, IVJaisles germes en sont ordinairemisnt étg^ffés par la contjnainte, par les dispositions peu fl^xiM^ Hfi l'exécution militaire. Malgré tout, j'ai vn isouvppt \^ hommes se passionner très-fortepient pour 1^ tr^TWIf Une nuit qu'on élevait des lignes Rognât (i) snjr les g)|» cis, la Rivalité se mit entre deux brigades qui tniv^ laient côte à côte au retranchement. Le matin, au joqf, après six heures d'un travail ardent, tout étjait fini, p^achevé dans ces deux ateliers. Les autres détacbemenis séparés n'avaient pas fjsiit moitié!.... On parla de cela pendant trois jours au régiment. On disait que c'était incroyable. Eh ! rien n'était plus croyable. Ce qui est incroyable, c'est que, ayant chaque année sous les veo^ mille faits de ce genre aux écoles , on n'ait pas encorç songé à adopter une distribution des travaux, des compagnies et des ateliers divers, apte à faire édore ces acharnements industriels qui vaudraient bien, pour l'exécution, les menaces, les consignes, les salles de police,
(I) Mqp 4'9P yçtttP'JjmM dû ^tt flâoéfral fiipgiHa,
PHÉHOMÈIIBS DB TftAYAlL ATTRATANT. 325
les semonces des officiers et des sergents, — toutes bonnes choses qu'on serait d'ailleurs très-libre de se réserver pour l'occasion.
Je mets en fait, et si j a^ais à disposer les travaux d'une école régimentaire, je m'engagerais à démontrer en quinze jours d'exercice, qu'au moyen d'une conyenable distribution des ateliers, en classant les travaux, en échelonnant régulièrement les Groupes, les rivalisant dans le sein des compagnies par l'emploi simultané de procédés techniques différents; en mettant ensuite les compagnies face à face, sur trois lignes de firont, en établissant nettement les comparaisons des effets obtenus, en portant les résultats tons les jours ou toutes les semaines à l'ordre du régiment, en nouant bien les intrigues et en alternant convenablement les travaux, je pose en fait, dis-je, que de pareilles dispositions donneraient pour produit, dans la campagne, six fois plus de travail fait, six fois moins de punitions, six fois plufl|de gaieté, et des hommes six fois mieux exercés qu'en cas ordinaire, en calme plat. Que serait-ce si l'on distribuait des récompenses et des grades ?... — Tout officier qui a étudié ses hommes au travail, et qui réfléchira à ced, dira comme moi. — C'eût été belle chose, que l'armée eût donné l'exemple à l'industrie, et ouvert à la société la grande route de l'avenir !
Puisque j'ai consacré une note à citer et à discuter des fidts justificatifs, je vais en rapporter quelques-uns*
On sail oond^ le travail simtetnin. des mmeort est^ II 41
826 orgânibation^ compléhiiit.
en soi, pénible et répugnant. Il n'y a rien de gracieux & se tratner à plat-ventre, dans un rameau de cinquante centimètres d'ouverture, ni même à creuser à trente pieds sous terre des galeries moins étroites. Pourtant on voit souvent, au régiment, le zèle et Tattrait se développer dans l'exercice de ces travaux. Quelles en sont les causest
D'abord, la précision scientifique préside aux opérations 'y on agit régulièrement, fil à plomb et équerre à la main ; l'exécution est nette, je dirai même élégante. C'^ déjà une première cause d'attrait que cette intervention de Tintelligence et du goût dans l'exécution; lé t&vailleur en est relevé, et le travail ennobli : Vhonune épouse sonœuvre'y Taime, l'anime et la domine. Cela met le cœur à Touvrage. — Je prie le lecteur de remarquer, en passant, que cette condition est un £Bdt constant du travafl d'Harmonie, oh Ton ne connaît plus ce travail tout matérialisé, grossier, brutal, de nos pauvres prolétaires. On ne voit plus en Harmonie ces ouvriers-macbines, ces êtres abrutis par le travail civilisé, exécuteurs passifs, dont le rôle est borné à fournir de la force comme des bêtes de somme, des pistons ou des balanciers. Ces types incomplets, ces êtres manques ont disparu. Tout a été développé dans l'homme par la loi des Alternances, et tout travail industriel est intelligent. Toujours l'ouvrier procède de l'homme, la tête mène la main. — Or, il est connu qu'on s'attache à une œuvre que l'on veut parfaire^ où l'on agît avec son intelligence, car c'est alors une crécftion, un enfantement. On est auteur et père de son œuvre. On f a mis guelque cho9e de soi^ et à ce titre
PIltllOat«M M VlAfAlli AfflàVÀlIT. Mf
on s'éprend pour elle, — Ged ddt t'enlcndre d'im corpi , d'un Groupe, d'une Série, comme d'un mdradu.
Dans nof r^imentS| apenn et mineun, parkfldtde la Tiriété des exercices «nzqoels ' Os se livrent et d'un contact quotidien avec des officiers et des sous-offideni instmitSy entrent déjà quelque peu dans cette v(4e du travail raisonné et compris. Aussi, asseji généralement| tout travail qui a quelque ensemble et doit laisser uq résultat, les captive» Os tiennent à le bien faire, ne Afr ce que|Kmr produire un travail bien fait. —Et quand i ce sentiment se joignent les Rivalités extMeures, Topé* ration marche avec vigueur, ardeur et précision. On eut de cela un bel exemple, au deuxième régiment, une an^ née que deux compagnies, — commandées par les capitaines Jotte et Picaud, si je ne me trompe, •«- eurent ordre d'exécuter concurremment une galerie de mine, en saillant de bastion. La galerie symétrique à droite et k gauche de la capitale, se divisait en deux parttes égaleOf qui forent confiées chacune à une compagne. Officiers^ sous-officiers et soldats se prirent de Rivalité, et l'haleine ne manqua pas tant que dura ce long travail. Gbir que matin les hommes y revenaient avec aideur« Aussîi fhtK^e beau d'exécution, proprement flûl, — et les oompagnies avaient droit d'être Sères.
Vùê chose qui s'observe ÉMsUement dans nos fégt» mente, c'est que les hommes sont susceptibles de s^épraMN de travaux trèMepugnanlB de leuif ualnie, wêêê
qd MmM n itaUÉr^fisiUii ceast eitf^ Ji H^
SM MCABWA1V09. CD:
d'wdiq«er : tanfis qo'ib sk htàmevA piw \i%e d'cpératiom bîea moîiif pni34a. mais qui ■«! pas de trace, et qui ne jîe répètent pas as&ei pocr bien nouer les intrigues coqtoratÎYes. — Ainsi deux compagnies piocheront âx et fanit henres par joor. pendant toute la saison, ef MNitieadront l'action en concurrence sor nn traTail détenniné. C'est une oeorre commencée qu'on veut finir. On en vent avoir raison. L'honneur de la ounpagnie est engagé. C'est une tntrigye bien ttauée. — Que fl vous menez ces deux compagnies au tir à la dhle,.... pendant les deux premières heures elles seront ardentes. Chaque hon coup est un triomphe pour la compagnie d'où fl est parti ; il occasionne de joyeuses et bruyantes paroles adressées à l'antre. La blague (pardon, mais c'est le mot. Madame ) roule ferme de part et d*antre. Et cependant au bout de trois heures, tout est apaisé, la grande joie abattue comme le grand vent par la pluie. Plus d'attention, plus rien. Celui pour qui l'on bat un glorieux rigodon, n'y prend seulement plus garde. C'est que ce n'est pas un travail, ce n'est qu'un simple exer-dce.
Du reste, je n'ai pas signalé l'acharnement des mi nêurs pour nier la nécessité des Alternances, car les deux' heures de débuts à un travail quelconque sont toujours les plus belles ; j'ai voulu seulement montrer la supériorité de puissance d'une intrigue bien nouée, qui sa prolonge et tient campagne, sur une intrigue pure* m&ai accidentelle et passagère. — £n Harmonie, les intrigues émulatives des Séries sont peidurables et se trans- Yi>t^tt«At 4e e^m^si/^m ^ génération» çonmie en.
sation le» nuicimeB de partis, les mépris de castes, les haines de nation à nation.
jyaidit que l'entrain dai«it moins long-temps dans riné affaim sans résoUat d'exécution, et trop rarepoèr ^ les inbigues aient le temps de pousser des racines ; qàli y awt bien plus de ténacité pour des tratanx.montéii comme ceux de nos écoles régimentaires, -—Mais ces dei(* niers travaux ne sont encore eux-mêmes que des exerci^ ces. A la fin de la saison, toutes ces sapes dont les glacii sont labourés, ces descentesde fidssé, ces galeries de ndntf si artistement &ites, ces retranchements si propremeoi revêtus de gaaons ou de dayonnages, ces banques, oétf fours, ces dispositions de campement, tout sera comUé,' dém(rfi, nivelé ; tous les résultats seront efhoés. '
Quesi^ au contraire, l'objet du travail devait ovdr vifll et durée, surtout s'il se rattachait à quelque grand en-^ semble, à une pensée générale ; si, au lieu d'un simulacre de siège^ c'était d'un siège réel qu'il s'agit, .... oh 1 alors vous verriez le sapeur bien autrement en oeuvre t Lors de larévdution de juillet seulement, .on parla^dd' Prussiens à Metz, et l'ordre fut donné de mettre la viUei en état de défense. Je me rappellerai taïqoars.la Joie, . la» précision,, la câérité de cet armement. La grande plaoe. était. là assoupie depuis }ong-temps, et oomme,end6iiaic< au;wleil.pe longues herbes 4e dit ans pendaient à s^t renq>ajrU, couraient sur ses parapets .arroiidia^ 6*écfaevi»-r laient s^r ses tahis aplatis. Elle n'ayait plus rien <d'aigu. ni de.iwMwif dans l'asp^cl. On n'y voyaii pluattaiihM. ment les traces deSp vieilles embrasures. Baalîans^muiiD*-
el deirf-lMH» toii aiiil r air iMAarir el dAWinaire, et, je tous 1 ai dît, sobUmI àanm. ne iMi ! fiei-ifoni^f ! En quannle-linît heum on eut bit m toi-
«icnlrifflé tl «Bé Ifli iaMé ki fm^pm, ^mmèé tm «■lmiim> Abt kêfé' iHykipioolMetkilMGheikMigaûall ImytèiaM d-aftiUerie afliiBMtf, iMai, i l'anal, nlo^ §ka4akMigMi aièci^ d 1m aaiportaieal Miostesdl» lailiini, hiiiint nr le pavé dn hm. Ibol k iModh jdktttlosloi ki anae^ ckeb et nUÉto, et de eflBVf
k cMifa^M» aivronMuéei, — ebH et kndeli ea |lles, ^ et pviki i parier. Oa ne i iirmuiJMiH pki h place. EDe était année, pilÎ88adée,'hérisBée sor tons ses piinli d'atta^M, alk analrail pirtoni ki^dttls.... ks
iiNin|uoi ces araeafs, apiasuNit; poorquoi ees pnaH gest — Ftoca qà'SL y atait là RirdHé talMeare des effpe» des fégimenls, des ceaspegnies dme TeBiiYre de raiwi,iunli et Acceid total dans k bat eo—nm ; pte8 qne tooles ks pallies inisiligentee et pastfonnéee du loti» agksikat apnrgiqnenisiit dme nnaopéraira fol se laliadMdl à «M idée d'ensenbky ànne pasriond'erira sapérievetdabantdegré) ~ k psMolkaie ikn boitait dsas tons ks eOBon ; — et parœ qeeee grand A^ooai d'ideniHé était triplé par h RhaHlé ettérieare, kadna contre nos bons iroisins de Fnisse amqoeb oa «nit
aaaapaa^^^^a ^a ^w^aa ^ê^^^ê viB^^^^aaa^n^aw a^^^waau^^^aa
PHÉHOMftlIBS Dl TiÂTAlL ATTlàTAlfT. 231
Un siège régulier est la plus brillante manifestation de la puissance des Rivalités corporisées^ que puisse fournir la Civilisation. C'est quelque chose de merveilleux que la succession des opérations simultanées d*attarque et de défense qui le composent, et ceux qui veulent voir quelque chose d*intéressant^ — c'est bien d'intérêt dramatique que j'entends parler ici, — n'ont qu'à lire le Traité de Pattaque et de la défense des Places,, de Yauban. Pas un de nos romans ne vaut ce livre. -^ Depuis l'investissement jusqu'à la brèche au retranchement intérieur, c'est une fière intrigue nouée et serrée ! C'est une épopée, qu'un siège. — Et l'Iliade, au fait, n'a pas pour sujet une promenade en batean. — Réflexion et spontanéité, événements imprévus, préparés, amenés, et brusques accidents, rien n'y manque. Rivalités intérieures entre les différents corps de l'assiégé ; rivalités intérieures entre les difiérents corps de l'assiégeant, et Accord total de chaque masse l'une contre l'autre, par Rivalité extérieure. C'est une bataille acharnée^ qui dure des mois sans s'interrompre ni jour ni nuit, qui se poursuit à travers de longs et mornes silences, comme à travers les grands fracas de toutes les batteries faisant feu de toutes pièces. Chaque pouce de terrain est disputé : c'est merveilleux ! Je voudrais avoir à moi l'espace pour décrire l'opération ; pour suivre pas à pas les longues tranchées sinueuses qui se traînent à plat ventre sur le sol comme de gigantesques reptiles ; pour conduire les têtes de sape qui avancent de front et lentement vers la place, gueules béantes et lançant du feu. Puis l'action de l'artillerie, des différents corps, et les réponses de l'assise à toutes les questions que l'assiégeant lui pose. . .
232 OROÂiriSàTfoir. complëhsht.
Oh ! c'est une affaire montée , où chacun s'acharne à sa tâche ; c*cst là une partie engagée, c'est là que la galerie est attentive de chaque côté à la carte qui vient! c'est là, aussi, qu'il se fait des prodiges de ténacité et d'invention, de courage et d'intelligence. — Or, croyez vous que les siUons des sapes ne soient pas plus profonds et plus durs à creuser que des sillons de labour?....
Tous les militaires qui ont Sût des sièges, en rapportent des choses miraculeuses, attestant hautement ce que nous disons, et prouvant à excès combien ces combinaisons qui développent les Passions, les Rivalités/ les Accords et les Discords, sont puissantes pour susciter l'intelligence, éveiller le génie, allumer le courage et pousser à l'action. On voit là ce que vaut l'homme, ce qu'il y a de ressources vives en lui ! La passion découvre les trésors enfouis ; elle fail jaillir les facultés cachées, comme la verge de Moïse faisait surgir les sources au désert.
Je regrette de ne pouvoir citer tout ce que je sais sur ce sujet, et entre autres la défense d'une place soutenue en Espagne, par nos troupes, contre les Anglais, et dans laquelle la Rivalité qui s'était mise entre les bataillons chargés chacun de garder un front, produisit spontanément les artifices de défense les plus ingénieux, les effets les plus étonnants.
Eh bien ! tout cela c'est du travail! c'est de la force et de Tintelligence dépensées avec profusion ; ce sont de fiers obstacles vaincus, emportés ; c'est de l'industrie organisée et déjà attrayante, mais subversive^ c'est-à-dire
PRÉIfOlltinS BB TIATâIL ÂTîtlTANT. t33
tournée au rebours des convenances de l'ordre général et du bonheur de l'humanité. Organisez donc l'industrie harmonique et productive. Vous avez pour l'allier à la passion mille fois plus de moyens, de liens y de ressorts et de puissances.
L'industrie productive civilisée ne manifeste pas ces grands effets d'entraînement, ces acharnements passionnés, parce qu'elle n'est ni organisée ni corporisée. Attendez que nous ayons nos Phalanges, nos cohortes équipées, nos armées industrielles.... D'ici là, l'industrie restera terne, morne, prosaïque et répugnante, comme serait la guerre si les combattants étaient isolés, sans liens entre eux, sans rapports, enfermés dans d'étroites limites, et ne se battant que pour gagner leur pain quotidien, au lieu d'être organisés, ralliés sous desdrapeaui, et échauffés par des passions nobles et corporatives.
Pour rentrer, en terminant cette Note, dans le domaine de l'industrie productive, je vais citer un fait d'Attraction agricole très-curieux. Toutefois, comprenons bien que, dans notre société, les faits industriels que nous avons examinés, comme la fenaison, les vendanges, et celui que nous allons dire, étant purement accidentels, et non corporisés, régularisés et durables, ne peuvent pas présenter des résultats de haut entraînement. n faut tenir compte, dans ces exemples, de l'absence de toutes les conditions qui manquent.
Prenez un fléau, allez dans une grange ou mieux au grand scdril, tout seul, et mettez-vous à l>attre dés ger-
SSI OlGAinSATIOK. COMPLimiT.
bes de blé. Vous Terrez si cela vous amuse. — l^Iaintenant écoutez la jolie description raisonnéc du battage dn grains, en Basse-Bretagne, par mon ami Charles Pellarin :
a L'agriculture offre déjà quelques germes d'Attrac- » tion, que j'ai été en position d'observer jusque dans la » Basse-Bretagne, germes que Tinstinct seul a mis entre ]» les mains de nos paysans, sans que personne songe i » les développer et à les étendre aux autres branches de » l'industrie. Ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que » partout où régne ce travail attrayant y très-réduit à la » vérité par la mortelle longueur des séances, on forme c des Groupes plus ou moins parfaits.
» Les travaux du battage des grains au fléau sont, sans t contredit, des plus rudes ; ils exigent un emploi de » force considérable, des mouvements étendus et rapdes ]» des bras et de tout le corps -, ils se font en plus grande » partie , du moins en Bretagne , à l'ardeur du soleil » d'août et de septembre. Eh bien ! malgré tout cela, ils » sont de ceux qu'aiment les habitants des campagnes, » et pour lesquels la jeunesse se passionne. C'est que li x) on ne travaille point isolément : sur l'aire il y a an » moins dix à douze personnes sur deux rangées, qui se » font face, et rivalisent l'une avec l'autre. Dans chaque » rang on remarque presque toujours deux ailes qui ri- » valisent ensemble ; et au milieu un homme vigoureux, » bien exercé, dirigeant et excitant ce qu'il appelle son M coté, ou bien le Grou[K; entier, s'il est le chef de tous » les travailleurs. Cette attribution revient au plus méri-
PHÉHOmiM 11 TtlTAll ÂtTtÀTANT. 98K
» tant, qa'U soit domestiqae, journalier ou mattre, il » n'importe, poarva qu'il sache exciter les forces sans les
• épuiseri pourra qnll soit le plus habile à saisir ses
• alternatives de relàdiément et d'énergie passionnée m dont les hommes éprouvent le besoin dans un trarail > animé, et qui se succèdent comme des ondulations.
» Le bruit des fléaux qui tombent en cadence est aussi nn puissant moyen de diminuer la fatigue; et s*il vient un maladroit dont les coups soient discordants, on le chasse, on le renvoie honteusement au balayage. Bien que parmi les travailleurs beaucoup ne soient que des salariés, l'animation est très-grande dans la troupe, quand elle est bien assortie, surtout si le temps est &vorable, si le grain est de bonne qualité, si le maître, propriétaire ou fermier, est un brave homme aimé de tous, ayant soin de verser à boire de temps en temps à son monde, etc. Souvent aussi il se forme deux Groupes de batteurs quand ils sont en nombre suffi-* stnt : dans ce cas l'ardeur est portée au comble par le ressort de rivalité qui s'établit entre les deux Groupes, n fait beau voir alors et entendre le paysan breton, allègre, pousser son hourra, stimuler celui-ci, i-là par un éloge on un reproche toujours bien ac* is, personne ne songeant à y répondre que par une ardeur croissante; puis les deux Groupes rivaux Mianger les railleries et se surveiller l'un l'autre avec OM jalouse émulation.
» TMesl le charme de ces travaux de battage, que les » Mtels violent lonjoim s'y mêler, et qu'il fiitit en-
936 omaAKiSATioif. coupUanrr. ' ^-i
]» ployer les menaces, quelquefois même en venir anx » coups pour les éloigner, quand ils ne sont pas tncort » assez forts ni assez exercés pour se joindre aux adnW » tes. C'est aussi la seule opération d'agriculture 1 k» » quelle le bourgeois des petites villes vienne qaxàqûe* » fois prendre part dans un pays où il n'y a point de » vendanges. J'ai vu de jeunes chasseui*s, même fashio- )» nables, poser leurs fusils pour s'armer de fléaux^ et ne D s'apercevoir qu'à la fin de la séance des ampoules qui D leur étaient venues aux mains.
» Tous ces détails paraîtront peut-^tre bien fiuniliersy » bien prosaïque^ ; mais il m'a semblé qu'ils confirmaient » d'une manière firappante les dispositions fondamenta- D les du procédé d'industrie sociétaire de M. Fourier.
» D'ailleurs, je ne prétends en aucune fiiçon contester » la supériorité des machines à battre sur la ^léthod6^ D employée par les paysans bretons : seulement , }'û^ i> voulu montrer que le [Saisir n'est pas incompatiUe: D avec des travaux même très-fatigants.
D Qu'on essaie de faire exécuter les mêmes travaux^ » par des hommes isolés ou même par des réunions dfr » trois ou quatre personnes, et l'on verra qu'avec undi » fatigue double on obtiendra un résultat proportionnck i> bien inférieur. Aussi, les cultivateurs de petites fenneSyr » au lieu de s'obstiner à tout faire avec ce qu'ils onl^ D monde, vont-ils aider leurs voisins des grandes fermes B qui le leur rendent ensuite, au notable avantage des X» uns et des autres : car ils savent bien que le priocipey*
PHfiNOlftHIS Bl tRATAIL ATTRATANT. 237*
lun chez sùij n'est pas toujours le plas profitable^ k trouvent qu'il n'est pas quelquefois mauvais, i qu'en ait dit La Fontaine, de compter sur ses voi- \ et'méme de les attendre. Pour juger de Tutilité OQB échanges, de ces services mutuels qui lient Deiârs entre eux les gens de la campagne, il ne faut "Mr seulement le temps employé à se rendre d'un ige à l'autre, mais tenir compte de l'influence d'un id nombre de personnes, de familles, d'âges , de S8 différents, sur les travailleurs, et par suite sur produits du travail. L'homme n'est pas un être t| une machine dont on puisse calculer la force inepoMlamment de ressorts passionnels qui la mettent 0a, ressorts qui ne fonctionnent bien qu'au milieu sirçonstances qu'on s'est trop peu occupé jusqu'ici aire naître. » {Réforme industrielle^ 1. 1, p. 153.)
serait ici le lieu de citer les phénomènes d'Attracudustrielle qui apparaissent au concours de chardans les fermes-modèles, à Grignon, par exemple, bs Civilisés de Paris reviennent chaque année, eillés de ce qu'ils ont vu, et bien plus satisfaits n'ont souvent lieu de l'être en sortant du Théâtre lis. — Ce qui les frappe d'abord, c'est l'ordre, la rté^ la bonne distribution des choses. Avec nos [es. civilisés et notre habitude de voir par toute la e la saleté et la misère dans l'agriculture et chez tdteur, cela semble un prodige. Ils ne tarissent pas beauté des animaux, sur les soins dont ils mol l'ob- 18 les étables. Chaque vache a sa place marquée, ndînrtwn denom, d'Age^ devoce ^ de régime, 4« la
238 oMAnuATioii. ooafUnnr.
quantité et de la qualité du lail qu'elle foomil. Ln champs aussi sont flanqués d'écriteanx indiquant la nm, le système d'assolement, le régime agricole aiwqpda II sont soumis, et les résultats. Ces dispositioiia dételoppent chez les bouviers et garçons de ferme, des genMi de zèle déjà très-remarquables, et qui étonnent lat CM- Usés ajuste titre, car leur do«ief/icîtf n'est paaoïia terre à semer le zèle, filais ce qui enlève tous let tateursy c'est le concours. Dix ou vingt chaimesy piv ou moinS| bien propres, bien vernissées, bien attelées it équipées, sont rangées en ligne de bataille, alignées sv le front d'un vaste champ ; chacune d'elles a devint soi un jalon de direction, qui lui indique son praniir sB» Ion : ce sera sa ligne d'opération. Les attdagee ne hoV" gent ', hommes et chevaux, oreilles dressées et péls i partir, attendent le signal avec impatience.
La lutte s'engagera, tantôt sur la pn^ndeor et la p» fection des sillons, indépendamment du tempe; taaiti sur la rapidité du labour ^ d'autres fois sur les deux Ai* ments en mode composé. — En avant les ehairaesl elles partent comme des équipages d'artillerie : e'esl Ib qu'on voit labourer au grand trot, et je vous tipunii qu'il y a du feu dans la manœuvre. Qa'est-ce powtaU que tout cela, bon Dieu I comparativement aux granto manœuvres des régiments de labour des Phalanges t Uk assaut d'armes à côté d'un tournois, un duel à cMé ifwà combat ^ — le rapport d'une ferme-modèle à on Ph«p lanstèrei
On peut si bien mettre les bcumnat en AMMitiM «or
PH«llOlftlfXS PB TRAYàlL ATTRATAIfT. 239
la charrue, qu*à la ferme-modèle de Roville, — je tiens ceci d'amis qui y ont étudié l'agriculture^ — c'est, parmi les élèves, à qui aura un labour à exécuter. On y inscrit les tours pour établir l'ordre des priorités, et chacun se montre très-jaloux de ne pas laisser passer le sien; on crierait fort, si l'on favorisait qulqu'un d'wn tour de la-baur, au détriment des autres. Et cependant à Roville les plus fortes causes d'Attraction sont très-peu développées, beaucoup même n'y ont pas seulement germé.
On citerait des milliers de faits, et l'analyse prouverait toujours, en définitive, que partout où il y à plaisir et entraînement sur une œuvre quelconque, productive» improductive ou destructive, utile, futile ou nuisible, c'est que toujours quelques ressorts passionnels ont été mis en jeu. — Appliquez donc à l'industrie le jeu des passions, si vous voulez que l'industrie devienne attrayante, et que, par ainsi, l'homme entre dans la magnifique voie de sa Destinée de bonheur.
Au reste, cette note, que j'aurais pu garnir d'un bien plus grand nombre de faits, est ici moins encore pour prouver par les faits cités, que pour mettre le lecteur à même de réfléchir lui-même sur la valeur de tous ceux dont il a été, et dont il peut chaque jour être témoin.
P. S. Z« Temps nous jette, ce maUn, un fait qui passera inaperçu sans doute, et que je transcris ici en Post-- ScripiuBUm
' « I/opénUion du foorragement qui se M aux enrl»
240 OmOANISATION. COlPUkHIlfT.
» rons du camp d'Erlon, à Bouffarick^ avec autant d'ac- » tivité que de succès, a donné lieu, le 27 mai, à une » fête champêtre dont l'entrée au camp des premiëfes » Toitures de foin a été Toccasion. Un témoin ocolaire » nous en adresse le récit, que nous nous faisons le j^- » sir de communiquer à nos lecteurs.
0 Camp d'Erlon, le 27 mai 1835.
» Ce matin, à 10 heures, six prolonges chargées de D foin ont été conduites dans Tintérieur du camp, sur le j» terrain destiné à recevoir les meules qui doivent as- 0 surer la conservation de l'immense récolte qui a été D faite, et qui se continue conformément aux intentions D de M. le gouverneur-général. Ce premier produit d'une 0 opération dont les résultats dépassent déjà toutes les » prévisions, et prouvent aux plus incrédules ce que » peuvent des hommes dont la sollicitude, étrangère k » des intérêts particuliers, se rattache exclusivement à D rhonneur national et à la prospérité publique, à la- » quelle chacun a pris part avec un égal sentiment d'en- » thousiasme et d'allégresse. »
» Ces six premières voitures, marchant en Ole, sont D parties ensemble du lieu où se fait le fourragement, » sous la direction du capitaine Mallet , de la légion » étrangère, chargé spécialement, par ordre de M. le » lieutenant-général Rapatel, du fourragement, avec » MM.Chastaing, lieutenant, Baumer, sous-lieutenant an » 1®' régiment de chasseurs, qui lui ont été adjoint» pour » cette opération. Us étaient précédés par les tambours,