PHÉNOMÈNES DE TRAVAIL ATTRAYANT
j) les clairons et la musique de la légion étrangère, et du » premier régiment de chasseurs, qui, pendant toute la » marche, n*ont cessé de battre ou de jouer.
» La première de ces voitures avait sa charge surmon- D tée d'un bouquet de fleurs, dont l'éclat et la variété D donnaient à la marche un air à la fois triomphal et » printannier. Les faucheurs, faneurs et botteleurs, au » nombre de 300, appartenant tous à la légion étran- » gère, portant à leur tête des fleurs, et à la main des » branches de verdure, en signe de réjouissance, ser- » vaient d'escorte aux cinq autres voitures. Leur démar- » che fière et leurs chants joyeux qui se mêlaient aux » sons de la musique, ajoutaient encore au charme de » cette fête improvisée dans la plaine de la Mitidja, au » pied de l'Atlas, par des Européens, qui, par l'illusion » des souvenirs, se croyaient transportés sur le sol natal, » à cette heureuse époque de l'année où les richesses » de la terre deviennent celles de l'homme.
» Après une demi-heure de marche, les voitures sont A entrées au camp^ rangées autour du terrain, disposé à » l'avance par les soins de M. Robert, sous-lieutenant, » et où vont s'élever, comme par enchantement, ces » meules colossales : elles ont été déchargées en présence » du colonel de Schaueubourg, chargé de la principale » direction des travaux de fourragement, et du colonel » Brenelle, commandant la légion étrangère et le camp » d'Ërlon, au son de la nmsique et au bruit des tam- 0 bours, avec lesquels se confondaient les chants inces. » sauts des soldats cultivateurs.
sis OlGlHISATIOIf. GOVPLÉnilT.
» Des spectateurs militaires et bourgeois, en grand » nombre, animaient cette fête par leur présence, et pre- » naient part à la joie des troupes. Une pensée plus pro- 0 fonde pouvait aussi les préoccuper : tout en rendant j» un hommage justement mérité aux braves officiers, » dont l'habileté et le zèle soutenu stimulent si bien la » bonne volonté et Tardeur de nos soldats cultivateurs, D chacun, en présence de ces richesses que des mains » barbares refusent de recueillir sur un sol de fertilité et » de productions incalculables, semblait vouloir répéter » le mot d'un orateur à la Tribune nationale : a Désor- )> mais la régence d'Alger sera la continuation de la A Provence, et la Méditerranée un lac français. »
Et les Civilisés sont si bouchés, et le gouvernement si aveugle, que tout cela ne leur apprend rien ! En face de cet enthousiasme des soldats pour des travaux de cul«> ture en grande écheUe, de l'acharnement des régiments du génie à leurs mouvements de terre, de l'acharnement plus grand encore des officiers de cette arme à leurs opérations et constructions de toute nature, à peine commence-t-on une expérience pour l'établissement des routes stratégiques. — Pareille impéritie, pareil aveu d'impuissance, sont quelque chose de bien misérable et de bien honteux !
Oni on Non?
le ne veulx disputer pm et ermir,:^ comme font ces lotz sophistes de celle ville et de ailleurs.
RâlILAU,
L'homme est là, et à ses pieds, la terre.
Il est doué de forces physiques, animiqQes et intelleictuelles.
A quoi doivent être employées ces forces dont il est doué ? à détruire ou à produire ? à ravager son globe, à voler, piller, gruger, guerroyer, guerroyer à Tintérieur et à l'extérieur, — ou à cultiver, parer, embellir son domaine, ei créer les moyens infinis de son bienitire et de son perfectionnement matériel et intellectuel ?
2U TIAKSITIOK.
Et s'il est destiné au travail prodactif, au travail créateur, au travail qui donne les moyens du bien-être matériel et intellectuel, et développe les facultés, faut-il que ce travail lui soit un supplice, et que ce supplice soit imposé à des esclaves, à des parias, à des prolétaires, pour faire des jouissances à une minorité de fainéants?
Il est sensible, évident, palpable, que le travaU PEODucTiF-ATTRATANT, utiUsafit et développant toutes les facultés de l'homme^ est la Destinée de l'homme sur la terre. — Qu a-t-il de mieux à y faire, puisque, encore une fois, il faut,
Ou qu'il n'emploie pas les facultés dont il est doué;
Ou qu'il les emploie à tuer, voler, ravager, détruire ;
Ou qu'il les emploie à produire ?
La question sociale, pivotale et emportant toat le reste, c'est donc l'emploi utile des forces humaines, le travail productif-attrayant.
Pour que le travail soit productif, le plus productif, il faut qu'il soit organisé.
Pour (|uc le travail soit atirayanly il faut qu'il soit organisé conformément aux penchants des travailleurs.
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Le travail ne peut être organisé dans la Nation, sur le Globe, s'il ne l'est d'abord dans les Communes.
Le travail ne peut être organisé dans les Communes, c'est-à-dire, soumis à régularisation, dirigé avec prévoyance, ensemble, unité, si les Conununes restent morcelées en exploitations individuelles, aveugles, capricieuses, incohérentes, et livrées sans merci à la dent de la famille.
Les familles doivent donc être associées dans la Commune : la Commune doit se métamorphoser en Phalange.
Et maintenant quelle sera la loi d'organisation des travaux dans la Phalange ? — Regardez. Comment organise-t-on un service quelconque? Voyez dans les ministères, dans les tribunaux, dans les théâtres, dans les grandes manufactures, dans toutes les administrations. On fait des divisions et des subdivisions dans les services, on les classe, on établit des catégories, des Séries. — Et l'armée ? — C'est un corps de quatre cent nodlle hommes organisé, c'est-à-dire classé par divisions, par brigades, par régiments, par bataillons, par compagnies, sections, escouades ; infanterie, cavalerie, troupes de ligne de toute destination ; armes spéciales, artillerie et génie; fournitures, vivres, hôpitaux — C'est bien là le procédé sériaire, j'imagine.
Donc si vous voulez organiser les travaux dans la Phalange, vous les distribuerez- en Séries de classe.
ordre, genre, espèces, puis vous arriverez avec les variétés aux Groupes élémentaires. — Ceci est eiactement le sens même du mot organiser.
Qu'y a-t-il donc de si étrange dans cette asserticm, qu'il faut distribuer les travaux en Groupes et en Séries? — Si Ton ne veut pas de ceci, c'est donc que l'on repousse Tidée d'organiser le travail. — Si Ton re-^ pousse ridée d'organiser le travail, qui est la source du bien-être des individus et des nations, tandis que l'on trouve bon et convenable d'organiser Tadministration, la police^ la guerre, alors on fait preuve de stupidité, on donne sa mesure. A qui parle ainsi, il n'y a plus rien à dire ; c'est perdre son savon....
Et maintenant, si les services, les industries, les travaux sont hiérarchisés, ordonnés, classés, divisés et subdivisés dans la Phalange, si les cadres des Séries et des Groupes sont formés, trouvera-t-on convenable de Fom^- CER l'enrôlement, d'intervertir l'ordre des vocations, de contraindre Nodier à garder les vaches, madame Sand à écumer le pot, Vaucanson à composer des opéras, Mozart à faire des mécaniques, Raphaël à fabriquer des chandelles, Michel-Ânge à les vendre, et tel cuistre que je dirais, à peindre des vierges ou à construire des basiliques ? — II me semble bien mieux de laisser aller chacun aux goûts que le bon Dieu lui a faits; — quitte à renforcer les doses d'Attrait sur les parties de rindustrie qui faibliraient. Et puis, imaginez que si Dieu nous a destines au travail, s'il nous a départi des vocations diverses, imaginez qu'il a bien su nous les
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départir en doses et quantités convenables et proportionnelles aux besoins. — Dieu aurait fait des vocations poétiques, et il n'aurait pas fait de vocations pour la charrue ! En vérité, c'est le supposer un peu bien inintelligent ; car enfin, force est bien de manger pour pouvoir chanter.
Ainsi l'enrôlement sera libre dans les Groupes et les Séries.
Et dès-lors, pourquoi nous, travailleurs libres, culti • vaut nos terres, exploitant nos fabriques, instruisant nos enfants, parant notre demeure... pourquoi nous, travailleurs libres, nous attacherions-nous pour la vie sur un métier, à une fonction, quand nous avons facilité de varier à option, de passer d'un travail à un autre, de nous enrôler dans vingt, trente, cinquante Séries e{ plus, si nos désirs le demandent, si nos facultés le permettent ?
Donc les Groupes exécuteront en séances courtes et variées.
Quant aux Rivalités cabalistiques ^ laissez faire! Nous n'aurons pas mis la main à l'œuvre, que vous verrez bien.
Ainsi, généralement et sauf exceptions volontaires, — les travaux seront exécutés, dans la Phalange, par des SÉRIES DE GROUPES rivalises, contrastés, BNGEENfis; — les ressemblances donnant les Discards^
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les contrastes donnant les Accords, les changements donnant les Engrenages.
Or, ceci, c'est toute la théorie organique de Foorier.
Grands saints qui faites des constitutions, idéologues qui ne rêvez pas, que trouvez-vous donc à ceci d*uto* pique, de fantastique, de systématique? — Oh! vous aimez bien mieux les lois anglaises, américaines, n'estce pas? ou bien les constitutions de 91 , de 03, du directoire, du consulat, de Tempire, de la restauration, des glorieuses, toute feuille de papier, enfin, sur laquelle on écrit de fort belles choses octroyées ou non, efficaces, durables, perdurables. et assurant à tout Français, dans son village ou sa ville, santé, aisance, éducation, plaisirs, et toutes sortes de prospérités en abondance, en un mot, faisant le bonheur des Français.... comme pas une n'y a manqué dans le passé, comme pas une ny manquerait dans l'avenir.... Vertueux régénérateurs politiques, vous êtes des hommes bien sensés ! Vos lois anglaises ou américaines, vos gouvernements à un, deux, trois, quatre membres.... tant de membres que vous voudrez, la réforme électorale aussi, et encore beaucoup d'autres choses, tout cela est bien dans la (|uestion, en vérité! et le peuple qui travaille, sue et ne mange pas toutes les fois qu'il a faim, est fort heureux sans doute des soins que vous prenez de lui !... — ils n'ont pas pu comprendre encore (jue, le travail étant une nécessité d'humanité, les peuples no seront ni libres ni hcureuXy tant qu'ils seront forces de se li-
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vrer au travail répugnant, tant quHls ne travailleront pas par plaisir /
Ici, je voudrais bien que Ton se prononçât. — Fautil, ou non, organiser le travail dans la Commune, et par conséquent classer les industries en Séries? — Le fautil, — OUI ou NON?
. Faut-il laisser chacun libre de s'enrôler aux fonctions qui sont suivant ses goûts, de travailler aux choses qu il aime, avec les gens qu'il aime, et de varier ses occupations à sa convenance; — ou faut-il forcer Thomme à uii régime disciplinaire, lui imposer des lois contraires à sa nature et à sa volonté?... Et alors, qui, parmi les
HOMMES, imposera LA LOI AUX AUTRES HOMMES? — (Je
voudrais bien savoir ce que penseront les générations de Favenir, en voyant ce qu'il aura fallu faire d'escrime avec la génération présente sur des questions pareilles ! ! ! eilc qui rit des siècles passés...]
Donc, accepte-tr-on comme Loi naturelle d'organisation du travail, la Loi sériaire, telle que nous l'avons
développée, telle que Fourier la propose?
Si on ne l'accepte pas, que propose-t-on en plîice ? Aimc-t-on mieux le Morcellement, la naumachie industrielle, la guerre intestine de la Civilisation ? ou bien offre-t-on un autre procédé d'organisation que celui qui consiste à former des corps, à classer, diviser et subdiviser les services, à former les Séries? a-t-on une autre formule pour mettre l'ordre dans les choses, la liberté
dans les actions, le plaisir dans le travail? Encore une fois, accepte-t-on la nécessité d'organiser l'industrie, OUI ou NON, et veut-on ESSAYER la méthode naturelle d'organisation, oui ou non???????
— Ce sont ici des questions de pur bon sens. Celui qui, au mépris de tout ce qu'il y a de plus clair au inonde, et à la glorification de la plus épaisse routine, n'accepterait pas cette loi pour réglementation générale des travaux et base de l'organisation industrielle, celui qui refuserait d'accorder au moins l'opportunité, la nécessité d'en faire essai sur une demi-lieue carrée de terrain, qui récuserait l'appel à l'expérience, celui-là, ce ne serait pas la peine qu'il allât plus loin ; car nous n'avons plus qu'à développer l'idée et en montrer les conséquences.
Et vous qui l'avez comprise et l'admettez, marchons! Marchons, car nous avons en main le fil d'Ariane pour le labyrinthe ; pour la grande mer, le sextant, la boussole, et l'étoile polaire sur nos tètes. Nous pouvons aborder l'avenir maintenant, partir de la Phalange et parcourir le Monde.