HAIMOIIIE. LIT. I. GH. III
de la belle France), aura sur toutes les routes du globe Fadmission gratuite dan^ les voitures de minimum^ qui Benwt de bonnes diligences, bien suspendues ; puis le miminvii de table, car les Harmoniens exercent partout l'hospitalKé, comme on Texerçait à la Grande-Chartreuse, où un voyageor pouvait s'installer pendant trois jours, bien reçu, bien nourri, bien logé, mais sans fourniture de vêtements, ni de voitnret, qu'il trouvera en Harmonie partout où il en demandera.
Sous ce rapport, la richesse d'un tel homme s'élèvera bÎM au-delà du milluple, comparativement à l'état civilisé. Lh rois mêmes pourront se dire mille fois plus riches ; car, à quelques journées de leurs états, n'allassent^ils que de Franco en Barbarie, ils ne trouveront ni gtte, ni subsistanœ ; encore moins des divertissements composés, c'est-à-dire plaisirs des sens et de Tàme, essor combiné des passions sensitives et affectives.
Un monarque est donc pauvre sous le rapport des logfr* ments, si, voulant voyager en Asie, en Afrique, il n'y trouve pas un abri, n'y rencontre que famine, voleurs, assassins, vermine, intempéries, et n'est pas même admis dans divere états, comme Chine ou Japon, où son goût pour les voyages l'aurait attiré. Que lui ser\'iront, dans ce cas, les châteaux qu'il possède autour de Paris ou Londres, châteaux. souvent fort ennuyeux pour lui et sa cour? J*ai cité madame de Maintenon, qui (le son propre aveu mourait d'ennui ; il parait que Louis XV était de même avis, et désertait volontiers ses palais pour le Parc aux Cerfs (\) et la petite maison.
(1) Le monarque voyageant dans l'Harmonie, aurait trouvé betncoup mieux dans les 800,000 palais du globe, ainsi qu'on le vwn au traité du sympathisme occasionnel, sorte de plaisir que ne peuvent pas se procurer les monarques civilisés, même dans leur Pare
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Quant au salarié qui, au lieu de palais, n*a pas même un grabat, comme lesLazarons de Naples, réduits à coucher dans la rue,s'il acquiert Tavantage de résider, faire bonne chère et se délecter dans 800,000 Phalanstères, se faire transporter gratuitement de Tun à l'autre dans d'excellentes voitures, ne sera-t-il pas sur ce point 800,000 fois plus riche qu'un seigneur civilisé, qui n'a qu'un château, où il vit souvent fort ennuyé et très^lépourvu en tous genres de plaisirs ?
La richesse relative peut donc, en Harmonie, s'élever, en quelques branches, au degré incalculable designé sous les titres de milluple et infinitésimal : en prenant le terme moyen de ces accroissements relatifs, combinés avec les effectifs dont traite le i'^ chapitre, et les puissanciels dont traite le 2^, on verra que je suis excessivement au-dessous de la réalité dans mes évaluations de bénéQce général.
On le voit, lorsque Ton entre dans le monde harmonien, le calcul à la main, pour en évaluer logiquement, arithmétiquemcnt les richesses, pour en dresser Tinventaire, on est ébloui, on croit rêver. Le Civilisé nie, sourit, dit que cela est trop beau^et^parsuite^ impossible; puis il parle de la charte, de la république, du progrès continu, et autres denrées de sa consommation intellectuelle de tous les jours. ... — S'il montrait à un Sauvage une épingle, en lui disant qu'un civilisé en fait quamANTE-HuiT MILLE pareilles en un jour, le Sauvage aussi ne voudrait pas croire ; mais j'ai déjà fait observer, à
aux Cerfe, qui n'est après tout qu'un sérail, une réunion de piaf sir stani^e et de lien matériel. Ces sortes de Jouissances, le sympathisme oecnloonel et autres, ne s'établiront pas dans la l** génératloa d'Haimonle ; tout Ira par degrés. ( Traiu de FAêsoç,, 1 1 , p. S70.) Il 22
S88 HAiaoïmi. ut. i. c».
propos analogue, qne le Sauvage est dans son droit, et que le Gvilisé éclairé n*y est pas.
Quoi donc? dans un siècle qui se dit audacieux, libre penseur et franc du collier, dans un siècle très-fiuifiaffon d'esprit fort, coiffé, drapé, — il faut dire aujourd'hui grimé , — à la^révolutionnaire, dans cette France qui parle tant, gesticule tant, bat des deux mains sur son tambour, et crie à étourdir le monde qu'elle est la grande nation initiatrice, eh bien! — c'est pourtant nai,^il y en a à peine un, par quarantaine de mille, qui puisse et ose soutenir le regard d une IDËE nouvelle, l'envisager en face! Ces penseurs libres ne peuvent penser que par masses, ces fières intelligences ne peuvent aller que par troupeaux.... Et c'est vraiment pitié encore que de voir en quels champs elles pâturent, et quelles herbes elles broutent! Pauvres libéraux, pauvres matamores, qui avec fait tant de bruit contre les vieilles idées dont vous voos prétendez aflranchis, qui dansez si bravement sur les débris du vieux monde, les débris du passé, comme vous dites, vous êtes encore singulièrement esclaves de ses dogmes, après toutes vos mutineries philosophiques et démocratiques, allez !
C'est donc chose bien rare que le courage de Tintelligence? C'est donc un effort supérieur aux forces du grand nombre, que de prendre sa tête à deux mains, de poser une Idée là, en face, debout et nue, à deux pas devant soi, et d'articuler sur elle un jugement à soi, un jugement tranché? Qu'avez- vous donc à vous informer,
pour la juger, pour raccueillir et lui tendre la main, de
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la réception que les autres lui ont faite ? — les autres III.. il n'y a pour chaque homme qu'un juge, qu'une autorité; c'est celle de sa propre intelligence. — Je parle de l'homme qui pense.
Esprits indécis et flottants , races moutonnières, jusques à quand prendrez-vous pour force de tète, votre scepticisme qui n'est qu'une débilité ? Quand saurezvous soutenir le regard d'une idée ? Quand cesserezvous de voir, dans les réalités, des fantômes, comme les enfants qui ont peur la nuit, et comme ceux-ci, pour ne pas voir, de fermer les paupières ? Gens éclairés^ qui ne tarissez pas sur la routine des paysans qui labourent vos terres, comprenez donc, enfin, que si la routine matérielle leur clôt les yeux, la routine intellectuelle vous clôt, à vous, l'œil de l'âme, l'intelligence.
Ce n'est pas l'intelligence qui fait défaut, c'est le courage, le courage qui vient du cœur. Oh 1 ceux qui ont bon désir pour l'humanité, leur âme s'ouvre à l'espérance, et se fortifie du bon vouloir ; et le bon vouloir sait bien faire passage à l'intelligence. Debout donc les intelligences et les volontés ! debout, debout I sursùm
cordai l'étoile de la destinée brille sur nos têtes
Courage, frères, et hors du désert I dresson^nos fronts et regardons le ciel ; courage I la nuée lumineuse marche devant nous !
HARMONIE
ÉQCIUBRES SOGIAVX.
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