‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 58 sur 134 · HARMOHIB. LIV. II. CH. II · texte numérisé non relu

HARMOHIB. LIV. II. CH. II

sont-ils pas ces trois sophismes incarnés et vivants, ces trois sophismes en chair et en os, s'insultant réciproquement chaque matin dans leurs journaux, et chacun prouvant fort bien la vanité des deux autres? Cette incarnation, je le répète, est de Thistoire ancienne. L'humanité ne s* est assimilé jusqu'ici que ces trois sophismes sociaux. Elle n'a pas pris, dans cet ordre, d'autre nourriture; — aussi n'est-ce guère merveille qu'elle soit si souffreteuse, si piteuse et si maigre.

lie contrat socbl n'est pu de ma façon. Je ne l'ai pas signé dans le sein de nu mère.

ALrftBo DB MrnKr,

L'important aérait d'avoir des pftards et des na àt carton. ÀLrasD sb Htrs«sT.

Prenez mon ours.

Odry.

Revenons à l'élection politique, qui a amené cette digression ; examinons un peu ce qu'on en peut tirer en restant dans le milieu civilisé.

N'esl-il pas clair, en principe, et évident pour tout homme de bonne foi, que le droit de concourir à la formation des lois qui régissent tous les citoyens, ne peut pas, sans insulter la Justice, être retiré à l'immense majorité des citoyens, à un seul citoyen même, sous prétexte qu'ils ne paient pas assez d'impositions, ou sous tout, autre prétexte que vous voudrez dire? Entre ce

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droit et une cote d^imposition, quel rapport y a-t-il? Des lois faites sans le consentement de mon voisin, de vous, de moi, nous obligent-elles , vous, mon voisin et moi ? Des décisions prises par je ne sais qui , des conventions écrites par quelques-uns, par un grand nombre si vous voulez, peuvent-elles rien imposer, en bonne justice, à ceux qui sont restés en dehors des contrats, qui n étaient pas là, dont on n'avait pas Taveu pour contracter, qu'on a repoussés du pied? Il est certain et très-certain qu'il n'y a pas plus de raison pour obéir à des lois ainsi faites, pour respecter leur autorité, que pour obéir et porter respect à quelque Pouvoir* de fait que ce soit; que toutes les belles théories de légalité, de devoir, d'obéissance aux lois sacrées du pays, que l'on prêche aux peuples et que les peuples croient sur parole, ne sont que des sornettes, employées, conjointement avec les garnisaires et les gendarmes, pour faire marcher droit le troupeau et le contenir; qu'enfin, tout homme qui pense librement, quand bien même il conforme sa conduite aux lois, les méprise, ces lois sacrées, et tout le charlatanisme de leur baptême. — En toute évidence, pour qu'une loi fût obligatoire, pour qu'elle fût devoir, il faudrait au moins qu'elle fût consentie. Bien.

Donc il faut le suffrage universel ! entends-je dire à mes côtés. — Le suffrage universel ? eh bien! la loi sortie du suffrage universel recueilli dans la société actuelle, ne serait pas plus légitime que celle du monopole électoral, comme vous dites : non, pas plus légitime, en vérité; car les dix-neuf vingtièmes des populations qui

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voteraient aujourd'hui, seraient incapables de donner le moindre mandat en connaissance de cause ; elles ne comprendraient seulement pas la valeur de leur droit; elles ne sauraient pas ce qu'elles feraient en votant! Oui, vos populations en sont là, qu'elles sont incapables de contracter. Elles sont frappées d'imbécillité politique! et^ qui plus est, elles vous donneraient la plus belle collection de droits politiques possible pour un sac de

pommes de terre, ou une paire de sabots Quelle

obligation, quelle légitimité légale pourrait donc en sot' tir, du suffrage universel ? — Et puis, vous auriez de bien meilleures lois en recueillant toutes les voix ignorantes et stupides des masses? vous consolideriez bien l'Etat, en acceptant le sufl'rage de tous ceux qui veulent, ou à qui on ferait si facilement vouloir le renversement, je ne dirai pas de l'ordre de choses, mais du désordre de choses actuel, qui veulent mettre le désordre dans le désordre, multiplier le désordre par lui-même? Bravo, le suffrage universel!

D'autres s'approchent et disent : «r Nous ne voulons » ni le monopole de l'argent, ni le suffrage universel. D Nous consentons à imposer des lois aux populations » sans les consulter; mais nous voulons de bonnes lois. » En conséquence, nous réglerons réicction sur la comnpétence poHtùpic. C'est aujourd'hui l'opinion des » hommes éclairés et honnêtes ; il n'y a que les égoïstes » ou les perturbateurs qui puissent se refuser, etc.» — Bon! va pour la tyrannie de lois faites par les compétents. Mais alors, les hommes échairés et honnêtes, qui veulent priver de leurs droits politiques tous les incom-

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pétents , vont nous fournir on moyen d'apprécier la compétence politique, — J'attends le moyen.

Vraiment, le problème doit vous paraître difficile. Nous concevons bien, en effet, l'appréciation de la compétence en mathématiques, en chimie, en physique, en histoire naturelle, en agriculture, en mécanique, etc. Dans toutes ces branches d'industrie ou de savoir humains, il y a un corps de doctrine^ et des hommes versés dans ces sciences ou ces industries peuvent sans doute apprécier le degré de mérite, desavoir, la compétence enfin d'un sujet en chacune de ces branches....

Mais, en politique, avez-vous une doctrine? voudriezvous me dire sur quoi portera l'appréciation? qui en^mir nera les candidats à la compétence politique? qui prononcera sur la compétence politique? Les juges serontils des docteurs de la république, ou delà légitimité, ou

du juste-milieu, du tiers-parti, du quart-parti? et

dans la république, les prendra-t-on chez les Montagnards, chez les Girondins, chez les Doctrinaires-Américains, chez chez chez....? Je n'en ferai pas

rénumération, puisque aujourd'hui, en 1835, il y a autant de doctrines et d'opinions que d'hommes. Voyons donc, les gens éclairés et honnêtes, qui ne voulez pas qu'on fasse de la politique sans la savoir, avisez à asseoir la compétence politique sur quelque base solide. Au milieu de ces flots de sables mouvants, la compétence politique est à mourir de rire ! — Il y a un député philosophe, un des Civilisés les plus éclairés de la Chambre, sans contredit, qui est monté, l'année dernière, à la tri-

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bune (1), et qui a établi, déclaré et posé en termes clûrs et précis, a que ni le gouvernement^ ni l'opposition^ ni lui, ne savaient ce qu'il faut à la nation, d On n'a jamais rien dit de mieux que cela à la Chambre, ni avant, ni depuis ; et aucun des honorables n*a démenti ce fait, en venant dire : Messieurs, je vais vous apprendre ce

qu'il faut au pays Hommes éclairés et honnêtes,

apportez donc votre mètre de la compétence politique.

En conscience, les journalistes et les beaux diseurs qui nous inondent de théories sur la compétence politique, sur le suffrage universel, ou sur la légitimité de l'élection à deux cents francs l'électeur, devraient aa moins, — car il est des badauds qui s'y prennent, — prévenir leur monde par la déclaration du poète :

Ce que je dis est bon pour les buveurs de bière Qui cassent la bouteille après le premier verre.

En résumé, nous voyons que la Civilisation étant dans l'impossibilité de reconnaître les droits, ne peut pas, d'après sa propre logique, constituer un seul devoir. — Il v aurait bien d'autres choses encore à examiner: mais il serait trop long de donner ici le fouet à toutes les sottes théories qui le méritent. Ici la critique ne peut qu'être indiquée. — Revenons à l'élection phalanstérienne.

(1) M. Jouiïroy, dans la discussion de la loi sur ou plutôt contre les associations.

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