IV
Qnand oa additionne les suffrages, le jugement n'a qu'une valeur arithmétique; quand on les pèse, il s'étend à Tordre géométrique, eu se composant,
rt gravitaiiT fcrralia, vl ôi'nil.t'r a-.untrntornm.
Dans le milieu phalanstérien, le principe de l'élection s*appliquc franchement, et Télection confère des pouvoirs légitimes , parce qu'elle repose sur la compétence proportionnelle composée^ doublement basée sur la capacité de Télecteur et sur son intérêt à Tordre général. Examinons :
Compétence de capacité. \^ L'électeur appelé au scrutin pour décider du rang d'un candidat, est toujours éclairé sur l'objet de sa candidature, puisque chacun, de son propre consentement, n'exerce l'élection que dans les sphères de ses spécialités particulières, dans les Groupes et dans les Séries auxquels il est affilié. Un mathématicien n'est nommé que par des mathématiciens; un chimiste, par des chimistes; un agriculteur, par des agriculteurs; et ainsi dans toutes les fonctions, parfaitement nettes, tranchées, et distinctes les unes des autres, comme nous l'avons vu.
2® L'électeur éclairé sur les matières de la candidature, est éclairé aussi sur le mérite des candidats, puisque la valeur particulière de tout candidat lui a été ré* vélée, non pas dans un examen et dans un concours,
381 hàrvonib. lit. n. ci|. n.
mais dans cent examens et cent concours successib. Ce n'est pas seulement un échantillon de leur valeur que les candidiits ont donné à leurs collègues qui les jugent; ils ont étalé devant eux leur valeur tout entière, manifestée par l'ensemble de leurs actes dans les Groupes et les Séries.
Le régime sériaire fournit d'ailleurs des garanties de justice et d'exactitude en surabondance; j'en vais citer une, entre autres, fort digne de remarque.
Il existe, parmi les hommes, des caractères naturellement dissonants , antipathiques. C'est un fait bien connu. La théorie estime, en terme moyen, le nombre de ces répuisions naturelles à vingt par individu au sein d'une Phalange de dix-huit cents personnes. C'estràdire que chaque habitant de la Phalange aurait à pea près vingt antipathiques dans la masse. Or, pourquoi l'Intelligence organisatrice, qui a eu en wa l'unité de l'action sociale, la formation des liens et des Àeconb, qui a mis au cœur de l'homme un si riche trésor d'affectivité, pourquoi cette intelligence créatrice a-t-elle semé quelques antipathies naturelles parmi les humains? pourquoi ces exceptions? pourquoi ces dissonances obligées dans le clavier des cîiractères? — Pourquoi? C'est que, s'il importe qu'il y ait Accord général et unité d action dans le grand atelier humanitaire, il importe encore qu'il y ait, à tous les degrés des hiérarchies sociales, exacte et stricte justice. Or, si réiément affectif présidait seul au choix des candidats, Terreur pourrait être commise, car la générosité et l'affection sont soib
ÊQUILIBIES SOCIAUX* 388
vent aveugles. Il fallait donc prendre une garantie contre cet cfTet ; il fallait qu^un sentiment contraire, froid et taquin, vint assister à rexamcn, regarder de près, passer les concurrents à Tétamine, éplucher minutieusement les mérites. Il fallait une critique vive, alerte, pénétrante, n'omettant rien. II fallait donc à chacun ses Antipathiques ; c^r les Antipathiques sont merveilleusement aptes à la critique.
Donc, (piand une nomination quelque peu importante doit s agiter, les Antipathiques des concurrents sont officiellement appelés à donner leurs avis respectifs. Ceci est de coutume en Harmonie, où Ton ne prodigue pas, comme en Civilisation, des marques d affection aux gens que Ton déteste. Ce qu'on honore avant tout en Harmonie, c'est la vérité : on y a ses Antipathiques avoués.
En donnant leur avis, les Antipathiques exagèrent les imperfections ; sans nul doute ils grossissent les défauts; mais ils ont tout observé, tout scruté, tout analysé au microscope ; ils ont signalé tous les points faibles à Tœil de la critique bienveillante. Vous avez dans la conversation des femmes, quand elles en sont sur le chapitre d'une rivale, la preuve de Thabileté des Antipathiques à saisir toute défectuosité. — Leur rôle, cela va sans dire, est borné k la critique. Le jugement ne vient pas d'eux. — Les Sympathiques disent le pour, les Antipathiques, le contre : la masse prononce.
Cette importante fonction sociale des Antipathies na« turelles est une des éclatantes preuves que le mécaoi-
384 hàrmorii. liv. n. ch. ii.
cien qui a organisé Tliomme en a bien exactement calculé tous les ressorts et pondéré toutes les forces 1 — On dit qu'un ancien, après avoir exposé les secrets de Torganisme physiologique de Thomme, s*écria, pleii d'enthousiasme et de religiosité vraie : a Je viens de » chanter un hymne à la gloire de Dieu. » Certes, il a chanté aussi un hymne à la gloire de Dieu, celui qui nous a exposé les meneilles méconnues de Tâme, et qui nous a appris que les dissonances elles-mêmes avaie&t leur raison d'être et leur harmonique emploi dans le jea de la Destinée vraie ! Il faut comprendre qu'il possède la SCIENCE, celui qui nous révèle Teffet utile de tous les ressorts de réconomie passionnelle, et nous ouvre ainsi la voie du bonheur général.
Le jour qui tombe sur le mérite de chacun, dans le régime sériairc, est donc tel , — nous concluons de toat ce qui précède, — que les plus faibles vues en apprécient facilement le degré. Dès-lors, il est tout-4-fait inh possible que la résultante des opinions de ^ou^les électeurs soit erronée.
Maintenant que nous avons montré comment Télecteur j)lialanstcrien sait ce qui est juste, prouvons qu'il a intérêt à faire ce qui est juste.
Compétence d'in tiret. C'est une chose évidente qu'une Phalange sera d'autant plus prospère et J9orissante, que ses manœuvres de toute espèce seront exécutées de la manière la plus parfaite. — La supériorité de richesse et d'éclat sera, toutes choses égales d'ail-
tQUaiBilf SOCfAtl. S8K
leurs, pour celles où tom les genres de Talent et de Travail seront le mieux reconnus, encouragés, honorés, récompensés. II importe donc à la Phalange d'avoir les plus experts agronomes à la tète de ses cultures, les plus habiles mécaniciens dans ses fabri-* ques, les plus habiles administrateurs à ses affaires, les plus savants professeurs pour son enseignement, etc. Or, tous les habitants étant sociétaires, immédiatement intéressés à la prospérité générale, dont chacun est copartageant, les affaires de la Phalange étant ainsi par le fait les affaires individuelles de tout le monde , et chacun désirant naturellement voir ses affaires aller le mieux possible, il est de toute évidence que, dans le milieu sociétaire, l'intérêt individuel lui-même dis* pose et tourne Tesprit à la justice. — Ceci doit sembler bizarre aux Civilisés.
Le Groupe a d'ailleurs, ainsi que je Tai remarqué déjà, un intérêt d'amour-propre et d'esprit corporatif à la fois, qui Y obligent à apprécier équitablement ; car un Groupe mal dirigé ne pourrait pas tenir campagne dans les luttes et les rivalités des Séries. Il serait criblé de toutes parts et déserté par ses meilleurs soldats, qui passeraient bien vite à Tennemi.
La compétence se trouve donc assise ici en vods cok-*
POSÉ, et sur la capacité spéciale^ et sur l'intérêt formel
de l'électeur; de telle sorte qu'en supposant lesHarmo-
niens, — qui seront des hommes justes, — encore cent
fois plus imbus de présomption personnelle, cent fois,
plus aveuglés par la vanité que ne le sont les Civilisés, II S5
386 hàmoiiib. uv. ii. ch. ii.
en supposant que chacun comracnrat par s* appliquer à soi-même le bulletin le plus élevé, il resterait vrm que les bulletins postérieurs étant donnés par la masse .sbh vant Tordre des capacités, le résultat de Télection n'ei serait pas moins conforme à la justice ! L'amour pro|in individuel , quelque déraisonnable qu'on le suppostt, serait donc rigoureusement paralysé, même dans le eu le plus défavorable ; car le plus fort bulletin que chacun s'administrerait, serait un terme commun à tous les membres de Téquation et disparaîtrait du calcul.
Faites que l'ordre Tienne des cboses et non ffu dM hommes. Hoirs.
D*àprès ce que nous venons de dire on peut reconnaître que la justice repose, dans le mécanisme sériaire, sur tme DOUBLE GARANTIE, garantie iNTÉRiBctB et
OARANTtB IXTÉRIBURB.
La GARARTiB INTÉRIEURE se tire de la quadrupk compétence^ de la compétence bi-composée des votans, qui, en effet, sont compétents sur les matières du jugement, comme sur le mérite des candidats, et compétents en outre de pur l'intérêt personnel et de par l'intérêt corporatif.
La GARANTIE EXTÉRIEURE provicnt du contrôle régulier exercé sur les jugements d'un Groupe ou d'une Série par les Séries et les Groupes voisins.
«QUIUBRBS SOCIAUX. 387
Ce dernier effet mérite d'être spécialement remarqué. Les affaires particulières d'un Groupe, d'une Série, d'une branche quelconque, sont réglées par ses propres fonctionnaires. Eux seuls y ont un droit d'intervention directe. Ceci est incontestable, c'est de principe et accepté par tout le monde , car personne ne serait disposé à ouvrir à l'intrusion ses Séries. Pourtant la liaison et la solidarité des parties dans la Phalange est telle, que la mauvaise gestion d'une branche compromettrait plus ou moins les intérêts de l'ensemble. — Donc il est juste que le milieu ambiant ait une action sur chacune des parties.
Eh bien ! cette action du milieu ambiant, qui ne peut pas être une intervention directe au scrutin, g!t précisément dans rinflucncc du contrôle externe exercé par les Groupes et les Séries les uns sur les autres. — Le Groupe ou la Série nomme; les autres critiquent^ blâment ou approuvent. — A l'intérieur, l'élection; à rextcricur, la sanction de Topinion publique. En face du pouvoir d'exécution^ la responsabilité.
N'oublions pas d'ajouter que la puissance élective est proportionnelle pour chacun, en chaque branche, à sa capacité reconnue et constatée dans cette branche. Cette inllueiice pro])ortionnelle est un fait de nature qui va de soi-même et n a pas besoin d'être développe ici. Nakirellemeut l'opinion d'un homme consommé dans une spécialité fait plus autorité que celle d'un débutant, et vous ne donneriez pas à un néophyte
388 BARHOlfll. LIV II. ce. II.
une valeur égale, dans la pondération des votes, à la voix de celui qui renseigne et le guide.
Lors donc qu'un candidat aura passé à Fétamine deses Antipathiques, qu'il aura été nommé par ses concuirenls eux-mêmes, par des collègues qui se voient mutuellement ^l'œuvre; que le choix aiu*a été approuvé par lacritiqae extérieure des rivaux, confirmé par l'adhésion des alliés, ratifié par l'opinion publique régularisée dans les Séries et formée en un grand Jury souverainement intéressé à la justice, croyez-vous que le choix ne sera pas strictement et mathématiquement bon et juste ?
Je veux encore aller plus loin, et dire mieux que tout cela; je veux dire que tout sujet qui, dans les Séries, ne serait pas à la hauteur de son grade, offrirait spontanément sa démisF^^.n tout de suite. En pareille position en effet, dans vn pareil milieu, personne ne tiendraitdeux jours sous le feu croisé dont il seraitle pointde mire. Ce serait la position la plus fausse et la plus malheureuse pour vous que d'avoir le grade, et qu'on vît à à côté de vous, au-dessous de vous, en rang inférieur, un homme qui vous surpasserait en mérite, qui en donnerait chaque jour la preuve publique à vous, aux autres, à tous. Vous le prieriez bien vite de prendre votre place.
Les principes que nous venons d'émettre sont susceptibles d'êlrc exécutés par cent procédés pratiques différents, dans l'examen desquels il n'est pas ici de notre objet d'entrer. Nous dirons seulement que les
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opérations électorales, qui coûtent chez nous tant de dérangements, de dépenses et de temps, se réduisent à fort peu de chose dans la combinaison sociétaire, — fussent même les grandes opérations où toutes les Phalanges du Globe sont appelées à prononcer.
Il est entendu en outre, que les principes précédents s'appliquent non-seulement aux choix des candidats en toute fonction et en tout degré des hiérarchies sociales, depuis la Phalange jusqu*au Globe entier, mais qu ils fournissent encore le moyen précis de donner, sur quelque objet qu'on veuille le faire, l'expression de la volonté des masses compétentes et intéressées.
La question que nous venons de traiter prête à de grands développements que nous aborderons à un point de vue plus général et plus élevé dans un autre ouvrage. Terminons ce chapitre par sa conclusion spéciale, savoir :
Que le Régime sériaire possède incontestMement V inappréciable faculté de mesurer le mérite^ de jauger le talent et la puissance de travail de chaque individu en chaque fonction ou série dans les rangs de laquelle il est enrôlé. De telle sorte que la valeur relative de chacun^ en toute fonction est exactement représentée par un grade ou par un nombre proportionnel.
Le problème de la Répartition au prorata du travail et du TALENT, n'est donc plus qu une pure question d'à-