CHAPITRE TROISIÈME
Conlittiond f^énkaite "bt l'Cliucation;
L'édueation unitaire doit éiever les hommt» iu« perfections du eotpsel de rame. No« instituteurs, •rroés de fouets, de palettes et d'abstraction» métapliysiques , savent former des Nérons et des Tibères: laissons^eur ce honteui talent, fruit de l'éducation parfis//* ûmplt , et étudions le système d'éducation intigrulê compote», qui saura , d'un Tibère et d'un Néron , pris au berceau, former un monarque plus Tertueux que les Antonins et les Titus.
Ca. FooiiiB.
Qu'en résultera-t-il pour l'éducation? Des élèves bariolés. Xbai P&eL.
Tout cet échafaudage d'institution civilisée n'eat qu'un cboe d'élémens ineoneiliablas , un aaâem» Mage monstrueux de toutes les duplicités d'action.
Cl. Fovana.
Nous nous sommes attachés jusqu'ici à la partie officielle de Téducation^ à l'éducation pédagogique: le mot- éducation a pourtant un sens général beaucoup plus large que la signification restreinte dans laquelle on l'enclave d'ordinaire.
400 HARMONIE. LIV. lU. GH. III.
On doit entendre par éducation l'ensemble des circonstances qui agissent sur l'individu , qui le modifient d'une manière quelconque. Rousseau, qui savait fort bien poser de bons principes généraux, quoiqu'il leur fût toujours inconséquent deux lignes après, l'a parfaitement reconnu :
« L'éducation nous vient de la nature , ou des hommes^ ou des choses. Le déydoppement inleroe dd nos fiuadléi et de nos organes est Téducation de la nature ; Tusage qu'on nous apprend \ faire de ce développement, est Téducation des hommes; et Tacquit de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent , est Téducation des choses.
» Chacun de nous est donc formé par trois aortes de m»tres. Le disciple dans lequd leurs diverses leçons se oontrarient, est mal élevé, et ne sera jamais d'accord avec Im-aiâne; celui dans lequel elles tombent toutes sur les mânes points, et tendent aux mêmes fins, va seul k son but et vit oonaéqoemment.
delui-lk seul est bien élevé
» Puisque le conc-ours des trois éducations esl nécessaire à leur perfection, c'est sur celle k laquelle nous ne pouvons nen
qu'il Êuit diriger les deux autres. »
Emile y liv. 1.
Celte dernière conséquence est inévitable; il est clair comme le jour que l'éducation doit être Unitaire, et de plus, qu'elle doit se faire conformément à la nature. Or, voulez-vous juger l'éducation civilisée en vous plaçant au point de vue de cette condition de Y Unité de$ fmputêhm; voyez, je cite Fourier. Voici la tête du chapitré avec son titre c
CONDITIONS DE t'éDUCATION. ^0\
Q|î\DRlLLE DE CONFLIT EN BDVCATION CITILISBE.
( Tratié da t'A$ê«eimtiom éom.-^gr. , tome a , p. t84* )
« Far diversion, plaçons ici le tableau d'un équilibre à la mode civilisée: c'est tout à point un sujet d^entr'acte^ propre à confirmer que nos régénSrmieurs sont partout au superlatif de perfection idéaUe, et mu super laiif do dépravation réeUe.
» On saitquelleest leur fécondité eH illusions de balanoe et contre 'poids , leur intelligence à nous donner:
» En finance , des équilibres de colonnes de chiffres , i défaut de comptes exacts ;
i> En constitution, des équilibres de droits et de pouvoirs, à défaut de libertés réelles;
» En éeùnomisme , des équilibres de hahmee eommer*. eittle, à défaut de richesse effective;
» En motàle , des équilibres éP abstractions et de perfectibilités, ^ défiami' de bonnes mœurs,
n Leur talent est de mémo farce en éducation , où nous pouvons amàlyser une quadruple^ eoilmoion d'onseigns" fnens divergens, doimëaf au ttème ëj^ye. le $able0U serait plaisant, si les résultats n'en étment déplorables. Il va c&nfondre lé réjgime civilisé, en Vopposant à Im^néme,
» Nos politiques, si exigeans sur Tuoit^ d^action, n'ont pas observé que Tëducation civilisée , quel que soit lé système adoptô à r^ard dW élève , entremet pourlTendoctrinery quatre agences hét^gènes en principes et en intérêts ; qu'elles sont touties quatre en conflit pour lui donner ,diir9nt son en&nce , autant d^ûnpul'sions contradictoires, lesquelles, \ Tâge de puberté, sont absorbées par une impulsion pivotale qui ^t Tesprit du monde, rim^Mftàittiftff^di& et sdmreiif Menée. knsAfscm te binrrc mécanisitte.
4o2 HABMONIK. LIT. III. CH. III.
» D*ordioaire , un eii£int de la classe aisée reçoit , daik» son kas-âge , quatre sortes cTéducation :
1. La Dogmatique ; S. V Insur génie ; S. La Cupide ; 4. L'Evasive;
La MoifDAuns ou Absorbaute.
i*. « La Dogmatique, donnée ostmsiblenient par ]es précéptenrs et professeurs, qui recommandent le m^pcis des richesses perfides, et autres sornettes comme les Tertns des dois Brutus, Tun immolant ses fib, Tautre immolant son père; ou bien les vertus des jeunes républicains de Sparte « qui « en tuant des Dotes II la chasse, volant leur subsistance, exerçant la pédérastie collective , préludaient aux vertus patriotiques de Vêge mûr.
M L'institution, \ la vérité, mêle \ ces baUvemes Ubéndes, quelques préceptes excellens, mais qui ne font qn^eflieurer et glisser. Il arrive de cette bigarrure, que Tenfriit goûte et admet ce qu'il y a de plus dangereux , et repousse le pen qn*îl y a de bon. La cause en est dans le conflit des trois impulsions suivantes.
a**. » La €upiDE ou insociale , donnée secrèlemcnl par la pères, qui enseigneut k Teniant que Fargent est le netf de la guerre, et qu'il faut avant tout songer k gagner du quibus, per fas et nefas. Les pères n'osent pas donner en toutes lettres cet odieux précepte ; mais ils le prennent pour canevas de leur doctrine , et disposent Tenfant a être fort accommodant sur toute çhapce de bénéfice, k savoii* façonner la morale aux convenances de rintérêt.
» N*est-ce pas Ik le thème des leçons paternelles, sauf l'exception , qui confirme la règle P D'ailleurs, sur ce vice radical de l'éducation familiale , si quelques hommes probes font exception , leur nombre s'élève-t-il au 8*. P Pas même au 16*. Rari nantes in gurgite vasto,
5®. » L'Insurgente , donnée cabalistiquement par les camarades qui , dans leur ligue turbulente contre les pédans et lei
CONDITIONS DE L'iDUCATION- ^o5
pères, ont pour règle de £dre Unit le contraire de ce qn'on leur ordonne; railler la morale et les moralistes; briser, que* relier , piller dès qaih ont un iùstant de libertë; se venger de la soumission forcée par la rébellion secrète et la dissimulation concertée; ériger Tesprit de reVolte en point d'honneur, par dédain et sévices envers ceux qui favorisent Tautorité régentale.
4". » L'ÉvAsivE, donnée furtivement par les valets, qui aident reniant k échapper au joug , le flagornent, le régalent en secret de friandises volées, pour se Êiire prôner auprès des pères. Ils le soutiennent et le conseillent dans toutes les menées tendant k Taffranchir des entraves morales : aussi Tenfant riche regarde-t-il les valets comme autant d'affidés secrets, et ceux-ci n'ont pas tort dans ce rôle ; car les pères et mères sont déraisonnables au point de renvoyer sans autre motif, un valet qui déplairait ^ leurs enfans ou seulement au Êivon.
» Tels sont les champions qui se disputent Tarène, jusqu'à rage de 13 ans, ou un cinquième athlète pluis vigoureux vient prendre la part du Uon , tout envahir. Inter quatuor litû gantes, quintus gaudet. Ce vainqueur est ,
X » L'éducation MONDAINE ou absorbante : il faut la placer en pivot, puisqu'elle broche sur les quatre autres, et en élimine ou modifie tout ce qui n'est pas a sa guise.
» L'enfant, k 16 ans, lors de son entrée dans le monde, reçoit une éducation toute nouvelle; on lui enseigne k se moquer des dogmes qui intimident et contiennent les écoliers; a se conformer aux mœurs de la classe galante , se rire comme elle des doctrines morales ennemies du plaisir, et se moquer bientôt après des visions de probité^, lorsqu^il passera des amourettes aux afiaires d'ambition ; enfin s'engager dans les folles dépenses, les emprunts usuraires, et communiquer sa dépravation k toutes les fillettes qu'il peut fréquenter.
• YoiSk un quadrille d'éducations bien dbtinctcs, dont quatre sont en concurrence jusqu'à Tâge nubile , ou la pivotale vient éclipser et absorber tout^ les autres. AvMit cet âge, la 1".,
4p4 HARMONIR. LIV. III. CH. 111*
celle des savaiis , n'a qu'une influence apparente : c'est entre les trois autres que la pomme est dbputée ; elles eoTahissent k cœur, l'esprit et les sens de Télève; et lorsqu'il atteiot 15 ans, à peine lui reste-t-il de réducation dogmatiqiio lu Uiger hoii de préceptes vertueux , la plupart dangereux s'ils sont suini à la lettre , mais qui n'ont d'empire qu'autant qu'ib se concilient avec les impulsions mondaines. »
Un conflit bien remarquable encore , est celui qui provient du choc de I éducation religieuse avec les précédentes. Jusqu'à dix ou douie ans, les enfans sont abandonnés aux prêtres (par des parens^ la plupart du temps incrédules, philosophes, athées» qui détestent les prêtres); ils sont amenés par les prêtres, aux enTirons de la première communion, à une avettgle et stopide créance à tout ce qu'il plaît à ceux-là de leur dire ; ils portent des scapulaires et des chapelets, des reliques, du bois de la vraie croix; on les enfonce dans toutes les pratiques de sacristie; on abuse d'eux, faibles qu'ils sont; on lear meoble la tète avec des récits de miracles, des lectures absurdes, des contes sur Tenfer et le purgatoire; et pour en faire, quoi? — des voltairiens ou des athées, quand leur éducation sera finie, (car^ au sortir du collège, qui croit au Christ, et combien croient à Dieu ou s'en soucient?) et des vieillards hébétés et stupides, s'ils vont jusqu'à la vieillesse cacochyme des Civilisés, qui lesfai(
CONDITIONS DE l'ÉDUCÀTION. 4^^
retomber palfaologiquement dans Teofance , et ramène , par correspondance d'état organique , des êtres usés de mal et de débauches , dans les terreurs superstitieuses dont on avait frappé leurs esprits à huit ans. Cette honteuse et dernière infirmité y certaines gens ne rougissent pas, d'ailleurs de l'appeler une conversion sainte, un effet de la grâce, le doigt de Dieu, comme si Dieu intervenait dans de pareilles dégradations !
Du reste, ce qu'il faut remarquer, c'est que celte éducation d'église, cette odeur de sacristie dont on oint les enfans , et qui s'évapore si vite au contact des idées philosophiques du siècle, forment conflit, non-senlement avec l'esprit du siècle, mais encore avec l'instruction dogmatique distribuée dans les collèges. Il n'y a certes pas accord entre les enseignemens de Taumônier et les leçons du professeur. Le matin ou fait admirer dans la classe les suicides de Caton et de Brutus, le meurtre patriotique de Scévola et beaucoup d'autres actes héroïques; le soir, à la chapelle , tous ces héros sont des damnés que le diable fait rôtir depuis fort longtemps, et qui rôtiront toujours. Pour qui se décideront-ils, vos enfans, pour les fiers profils et les têtes hautaines de Rome et de Sparte , dont on exalte ici les passions vigoureuses, ou pour les figures à cheveux
4o6 HARMONIE. LIV. III. CH. III.
platS; les saints mendiants cl tous les types d'humilité mystique que, là, on leur oGTre en exemple? prendront-ils pour modèle Alcibiade ou saini Antoine, Thémistocle ou saint Crepin?
Entendez-vous pourtant^ et ne broyez pas l'inlelligence de vos enfans sous tant de coups opposés; ne leur faites pas alternativement admirer et condamner les mêmes choses; ne leur dites pas qu'il faut mépriser l'argent, et en môme temps qu'il faut se mettre en devoir d'en gagner, beaucoup. — «Ce jeune homme ne peut plus être estimé par les honnêtes gens, • disait dernièrement, en plein salon, certain personnage, en parlant d'un jeune homme qui a préféré une carrière littéraire au commerce de son père. Ce personnage était un recteur d'académie , qui a passé sa vie à rabâcher à des milliers de jeunes gens, sur la foi de Cicéron et des autres, qu'il n'y a d'occupation noble et digne de l'homme que l'étude des belles-lettres , de noble commerce que le commerce des muses !
Enfin, pour comble de contradiction, observez que, dans un pays monarchique, des professeurs qui ont prêté serment à une charte monarchique, font, d'après les ordres mf*mes du gouvernement monarchique, sucer aux jeunes générations le lait républicain et la haine de la royauté , haine
CONDITIONS DE l'ÉDUCATION. 407
qui esl la quiolessence des livres anciens. Comme c'est conséquent et logique! Certainement, la France , qui avait le caractère essentiellement monarchique, ne se serait jamais engouée de république et eût fait moins de révolutions pour des formes gouvernementales, si Ton n eût pas exposé si infatigablement à l'admiration de chaque génération les vieilles doctrines de la Grèce et de Rome; très-probablement on eût cherché les améliorations et les réformes en d'autres voies. Eh bien ! c'est la monarchie elle-même qui a donné et donne encore l'éducation républicaine. Au collège, elle monte les jeunes tètes an diapason républicain, et au sortir du collège elle met en prison ceux qui veulent faire de la république !!..... Et vous ne diriez pas que tout cela est bête et stupide? plus bête que le Panthéon n'est gros. — Cette Civilisation n'est qu'un conflit de monstruosités, une lutte intestine de toutes sortes d'extravagances contradictoires, une Babel, un charivari étourdissant : c'est avec cette édu<*: cation d'incohérence que l'on arrive à des professions de foi du genre de celle de M. de Chateaubriand: «Bourbonnien par devoir, républicain par conviction, et monarchiste par raison. » Hélas! hélas! sommes-nous condamnés à tremper long-temps encord nos plumes dans les misères et les stupidités civilisées? Quand donc
4o8 HARMONIE. LIV. Ilf. CH. III.
sorlirons-oous de ces bourbiers? Quand sera-t-on disposé à se rendre au bon sens? Quand n'aurons* nous plus à parler qu'avenir, bonheur, harmonie?
Oh ! le* mots , les mots . le« étemtllM parole* i
A. M Mbi
LalMcsIea donc forger , poar qu'ils deviennent forgerons.
Voici encore un aspect de Téducation civilisée.
La vie moyenne csl de trenle-cinq ans chez nous. L éducation civilisée, qui se proloûge jusqu'à dix-huit, vingt-deux, vingt-cinq ans et plus, retient l'élève y pendant tout ce laps de temps ^ hors de tout emploi productif de ses forces : ainsi, l'homme étant une machine de trente-cinq ans de durée moyenne, en Civilisation, on s'arrange de manirre à la faire marcher à vide et dépenser sans rien produire^ pendant les deux tiers de son existence! — Médecins, Légistes, Elèves des écoles civiles et militaires, etc., etc.; nous, enfin, qui sommes les gens élevés, bien élevés ^ comme on dit, n'aurions-nous pas eu tous, en mourant à vingt-deux, vingl-qùatre , vingt-cinq ans, à nous rendre ce témoignage : que nous avions
CONDITIONS DB l'eDUCAHON. 4^9
beaucoup mangée absorbé, con$emmé, coûtée sans ivoir produit la naleur d'uM ohoU ?
Joignes ce caraetèr/e de notre éducation aux lutresy et accouplez-rle surtout à ce grand prin"^ ^ipe d edueatkm , que les Civilisés répètéat eux^ nêmes chaque jour, savoir^ que pour bien M^ir es choses , il Us faut pratiquer. Ils posent le >riDcipe que pour A;[7;[7r^n(/re \\{dxx\. faire ^ et, sous )rétexte d'apprendre, ils empêchent de faire )endant les deux tiers de la vie moyenne !
s- ïn.
Tout mcUei le graio de blé «ur une |)i«rr<>, et vou* dc8tan4ek «prit |ioun|aoi il nm fumiM p« d'épi. Chanto» méridiohah.
Une partie de h •cincncc tomba le long du chemin . ofik ft\ie Tut ib^lâ* tvs picda , et le» ^acauk du eid la mangèrent. — Une autre partie tomba sur de* pltuie»^ et ajraol iHé, cUe aéisb», parpe.qh'cla u*a?ai( point d^bumldité. — Une autre tomba au ifiiliep 4n épkiM , et le* èpinoi croiaMnt nvee la •cmehcè, t'étouffèrent. — Une autrr partie tomba dapa une bonne terre, et tjmti leré. cU« porta du ftuîl , et rendit cent pour uh.
Lrc. nu. 5. C. 7. 8.
Si la semence vient mal, ce n'est pas là faute le la semence. Semez bien , semez en bonne erre.
Noi|s avons vu que la Civilisation abandonne
4 10 HARMONIE. LIV. III. Ctf. III.
sans éducation , sans soin , sans culture , ïa grande majorité des individus qui naissent sous ses lois; qu elle livre les masses à la vive action de tous les vices engendrés par le dénuement dans les basses couches de la société, et laisse la misère, la crapule et la débauche s'attacher comme des ulcères rongeurs aux neuf dixièmes des générations naissantes.
Serait-ce donc qu'il n'est pas de l'intérêt d'une société que ses membres soient gens de travail, de talent, de bonnes mœurs, éduqués, habiles? Qui fait la gloire, la richesse, la prospérité d'un pays, sinon le travail, le talent, les vertus de ses citoyens?
Il est donc de l'intérêt direct de la société, comme de l'intérêt de l'individu, aussi bien que de droit humanitaire, qu'il y ait un système d'éducation publique , applicable à toute la génération naissante, une éducation qui soit un fait de providence sociale, et non un fait hissé au hasard des naissances et à la charge des familles. — Ainsi, l'éducation doit être twiverselle et non exceptionnelle.
Nous avons vu que Téducation des Civilisés, fausse et absurde dans son objet, n'ayant pour ressort que la contrainte, amoindrit, comprime,
CONDITIONS DE LEDUGATIOlff. 4^ >
étouffe et violente les natares, étiole et déforme les corps et les âmes^ — - Serait-ce donc qu'il n'est pas de l'intérêt de la société que chacun de ses membres soit développé dans sa virtualité propre , qu'il lui apporte le concours de ses forces 9 de ses facultés natives? L'individu réussirait-il mieux, par hasard, dans les fonctions pour lesquelles il n'a pas de vocation , que dans celles vers lesquelles il se sent appelé par sa nature? toutes choses ne seraient-elles pas mieux faites, là où chacun ferait ce à quoi il est propre, qu'ici où tous les rôles naturels sont intervertis?
Il est donc de l'intérêt direct de la société, comme de l'intérêt individuel , ainsi que de droit humanitaire, que l'individu ne soit plus ajusté de force à une fonction par le hasard des circonstances et la force aveugle des mauvaises combinaisons, mais qu'il puisse, au contraire, aller franchement à ses aptitudes, et qu'il soit aidé dans le développement de ses vocations. Ainsi, l'éducation doit appeler les dispositions, et non les étouffer; féconder les germes, et non les écraser ; elle doit obéir à la nature , et non lui commander ; être conforme aux vocations, et non arbitraire,
Nous avons vu que les influences auxijuelles
4)0 HÀIHQMB. UV. lU. Cllf III4
Tenfant est soumis, en éducuUon cifULséeV 90ii| autant d'impulsions contraires, autant de forces parfaitement opposées, qui a entrechoquent et tiraillent simultanément Félèf e dans lea sens les plus difierens; si bien qu'un enfant civilises trth- ▼aillé par ces actions di?ergtntes, est dans la position d'un homme écartelé à quatn» cheYaux* -^ Si pareille divergence est une moYisIruosité flagrante, il faiil ea conclure qu'une éducalÂon raisonnable doit èlre convergente làtkn^ ses impul* sions.
S'il est d'ailleurs contraire aux intérêts de la société et de l'individu, que l'élève soit condamné à l'improductivité jusqu'à Tâge do di3(-huit ou vingt-cinq ans, qu'il soit réduit pendant tout ce temps à un état passifs à apprendre un réie,—T dont souvent même il n'aura pas une^rase h dire plus tard, — il convient alors que Téduca* lion soit pratique, exerçant et utilisant les forces aussitôt que possible , active^ et non paaive.
L'homme étant corps et esprit^ et devant utiliser pour soi et pour les autres les facultés de son corps et de son esprit , il est de l'intérêt de l'individu, comme de l'intérêt social, que l'édur cation prenne souci de ces deux ordres de facultés, qu elle forme à la fois l'âme et lo corps.
CONDITIONS DX l'ÉDUGÀTION. ^ï^
— c Les méthodes civilisées bégligeot le c6rps et pervertisseat rflme. »—' L'éducation doit dotot être composée^ et doq simple.
Par raisons analogues, il est dans Tintérét de Tindividu, comme dans Fintérêt de la société, que rindividu jouisse de toute la plénitude de sa vie ; qull développe toute sa virtualité ; toutes les forces de son corps et de son âme ; qu'il fournisse te contingent complet de ses facultés. — Donc, que l'éducation, au lieu de ne soigner qu*un côté du corps et de l'esprit; de ne s'attacher qu'à tel ou tel détail, réducaitidn doit les embrasser to«is, et ialroduîre la perfection sur tous les points. — « Nos systèmes d'éducation ne tendent qu'à fausser pièce à pièce les développemens dn corps, et vicier ceux de l'âme par l'égoïsme et la duplicité. » — L'éducation doit donc être intégrale^ et non partielle.
Enfin ^ réducation doit favoriser les mouvement dans le sens des penchans, ouvrir le champ aux essors; développer et produire toutes les richesses de la belle nature humaine,-^ et non les perdre misérablement sous les dures et idiotes lois de la contrainte pédagogique.
Donc, dans une société raisonoiablement or-
4i4 ffAtiiOHti. Lnr. m. CH. m.
ganisée , et pour t'intérit individuel comme pour t intérêt collectifs — qui s'accordeDt fort bîea dans leurs exigences, quoi qu'on dise^ (>) — l'éducation doit être :
. UIIITEKSELI.E e| DOn BXGEPnOlfNELLE ;
CONFORKE AUX YOGATIONS et non ARBITEAIBS ;
ÇOlfVERGENTE et non DIYEaGBinx;
ACTIVE et non PASSIVE;
COMPOSÉE et non SIMPLE;
INTÉGRALE et non PARTIELLE ;
DE DÉVELOPPEMENT et non DE CONTRAINTE.
A ces conditions, l'éducation sera