‹ Destinée sociale (volume 4)Chapitre 84 sur 134 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

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Construisons le système d'éducation naturelle, ai-je dit. — Non ; ce n'est pas cela; ce n'est pas ainsi qu'il faut dire. Il vaut mieux dire, examinons quel système d'éducation va sortir du jeu des impulsions naturelles en milieu sociétaire. Entrons dans la Phalange.

4l8 HARMONIE. UV. III. CH. IT.

La Phalange abandon nera-t-elle , comme le village, comme la commune morcelée, 1 éducation à la charge des familles? Dans le village , dans la ville, dans la Commune civilisée, vos enfans croissent comme ils peuvent. Tous ne leur donnez pas d éducation, vous ne le pouvez pas ! c'est à peine si vous pouvez les nourrir!.. . qu'est-ce que cela fait à votre voisin, à Pierre, à Jacques, à Philippe, aux trois, quatre, cinq cents familles dont la juxta-^position compose votre village, voire ville? — Rien. Vous ne vous tourmentez pas plus pour les enfans des autres, que les autres ne se tourmentent des vôtres, et, comme il y a insolidarité complète, tous ces égoîsmes sont parfaitement justes et légitimes.

Pensez-vous qu'il en soit ainsi dans ia Pha^ lange ? La Phalange trouverait-^lle son compte à laisser inoccupés, vacantes, oisives, destructives, les facultés de sa jeune génération? Est-ce qu'il n'est pas de son plus cher comme de son plus matériel intérêt, que toutes les recrues de sa jeune armée, qui se forme et grandit chaque jour, soient exercées, habiles, heureuses? Ya-Ielle laisser ses forces naissantes se gaspiller, s'user à rien, se fausser, tourner à mal, par effet d'abandon et d'incurie? — Oh! non, non, mille fok non.

ÉDUCATION HABHONIQUE. — PRÉf ODE. l\ I 9

C'est donc riotérèt même de la Phalange qui garantit l'éducation à tout enfant. Voilà la providence sociale engendrée au sein de la Phalange, et née de la combinaison sociétaire. — Premier point. — Supprimes tous les discours moraux et les sermons adressés aux parens sur lobligatiori d'élever leurs enfans. — Economie au budget de la morale.

Et maintenant y l'éducation de la Phalange ressemblera-t-elle à notre éducation universitaire? La Phalange va-t-elle faire de tous ses enfans des savans en us F Est-ce un besoin pour elle de les ferrer de grec et de latin, de les barder de toutes ces choses stupides que nous avons eues à subir pendant huit ans, nous autres de Civilisation? — la Phalange? Elle a besoin de tout; il lui faut des agronomes, des mécaniciens, des professeurs, des artistes, des savans, des poètes, des administrateurs : il lui faut des hommes sérieux, profonds, tenaces, suivant et poursuivant une idée, une œuvre, une invention; il lui faut des hommes gais, actifs^ légers, re<^ muans, se mêlant à tout, voyant tout, portant la joie dans les Groupes : il lui faut les natures dévouées, bravant les dangers et les répugnances industrielles, fortes et s'animant aux obstacles; il lui faut les natures. délicates, nuancées, scru-

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pilleuses 9 perfeclionnànt toutes choses, raffioaut toutes choses, exigeant en toutes choses lé fini, l'art exquis, le goût pur; il lui faut ceux qui aiment à tout commencer et ne rien finir, ardens au début, et lâchant pied bientôt après; il lui faut ceux qui blâment tout ce qui n-est pas commencé et ne s'engagent qu'après les premiers pas; il lui faut ceux qui n'aiment que finir, achever , donner la dernière main ; les ébaucheurs ou metteurs en œuvre, les occasionels et les finiteurs; natures complémentaires, — inutiles, absurdes, malheureuses, fantasques, tourmeoteuses dans nsolément des fonctions civilisées, et qui deviennent magnifiques d'action, de puissance, et de riches emplois qiiahd elles se complètent et s'emboîtent au sein du milieu sociétaire ! Il faut à la Phalange toutes les fonctions, tous les goûts, tous les caractères; il lui faut pour ses modulations toutes les notes du clavier passionnel, toutes les cordes, tous les timbres et tous les tons ; il faut sur sa palette toutes les teintes et toutes les nuances ; il faut dans l'Unité la variété infinie.

C'est pourquoi, beaux, joyeux petits enfians, vous pouvez venir dans la Phalange. Tenez, avec vos caractères variés comme les couleurs et les parfums des fleurs de ses jardins; venez, tendres

boutons qui êles tout l'avenir , venez vous épar nouir au soleil d'Harmonie, qui dilate et fortiGe, qui mûrit les moissons sans les brûler : venez; il y a pour les jeunes plantes, selon leurs besoins et leurs désirs, l'eau et l'air, l'ombre et le soleil.

L'éducation qui ressort naturellement des cour venances phalanstériennes, sera donc cette éducation de développement qui aide les vocations h pousser, les caractères à manifester leurs dissemblances.

La piriTt que vous ares rcbuli-« fl c<'ll^ «loiiT on fera la tftte de Tanglt».

Pâttlm. ckTii. ta.

J'entends dire à mes oreilles : « Mais si les vocations de l'enfant ne conviennent pas au père. ...»

Ah! vraiment, n'est-ce pas?

Quand, en Civilisation, une vocation parle, — > car il arrive que certaines vocations vives se fonb quelquefois jour à travers le6 obstacles, — quand une vocation parle chez un enfant ou un jeuno

432 hahmonie. lit. iil. ch. it.

Ikdmme, et que l«â plans dé Itt nalare sûr ce caractère ne coïncident pas avec ceux que son père a conçus dans sa sagesse, on trouve toot simple que la volonté du père et les cônvebances de position remportent sur les convenances naturelles 9 et l'on a raison. C'est souvent le jeune homme lui-même qui sacrifie les goûts qu'il se ^ent^ pour se faife une carrière, un état, un sort

Mais qu'y a-t-il de commun entre les circonstances civilisées et les circonstances harmoniennes? Un père civilisé, dont le fils aurait du goût pour la maçonnerie, et qui peut le faire secrétaire d'ambassade, a raison de le mettre dans la diplomatie, dût-il même y rester gâcheur ; car un gâcheur diplomate est encore mieux colloque dans le monde qu'un maître maçon. Comment voulez-vous que cet enfant puisse donner cours à cet instinct, et que ses pârens le veuillent? 11 irait vivre avec des goujats; il ferait scission avec sa famille et sa classe. ••• Enfin, il est clair que , dans les circonstances civilisées , on ne peut pas suivre ses vocations et aptitudes naturelles; d'abord, parce qu'on ne les connaît généralement pas, ensuite parce que, fussent-eUes connues, l'arrangement des choses ferait obstacle pour le pauvre, et même le plus souvent pour le riche aussi.

ÉDUCATION HARMONIQUB. PRELUDE. 4^3

Dans la Phalange, c'est autre chose : dans la Phalange 9 yous le savez, toutes les industries, tous les travaux sont honorés, honorables, engrenés et compactes. Les fonctions les plus répugnantes, les plus méprisées aujourd'hui, sont les plus honorées dans la Phalange. Où ce sen^ timent prend-il sa racine? — Dans l'intérêt, dans l'intérêt même, dans l'intérêt individuel combiné avec l'intérêt général , dans l'intérêt corporatif de la Phalange. Il n'y aurait pour elle ni richesse, ni prospérité, ni existence même, si les travaux répugnans, mais nécessaires, indispensables, n'étaient pas exécutés dans son sein. Or, dans les Phalanges, il n'y a plus de mercenaires, de parias, de salariés, plus de ces misérables à qui ou ferait tout faire pour cinquante centimes; ce ne peut plus être la misère qui conduise au tra* vail, mais la passion et l'enthousiasme; sans cela, il n'y aurait plus de Phalange. La Phalange tient donc les travaux pour honorables en proportion des difficultés, des obstacles, des répugnances qu'ils présentent; elle les paie dans cette proportion, en fortune ou en gloire. C'est exactement l'inverse d'aujourd'hui.

La masse honore le dévouement dont elle a besoin. Toute la société ancienne a glorifié le soldat qui tue et qui se fait tuer, parce f/uelle

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