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avait besoin^ pour première condition d'existence» de soldats tuant et se faisant tner. — Rien n'é-^ tait plus caressé, plus flatté, plus honoré, plus brillant, que le militaire pendant la révolution et l'empire : alors on avait besoin du soldat; les bourgeois sentaient que le corps du soldat était le rempart qui les séparait des Cosaques et du pillage ; les patriotes comprenaient que le corps du soldat les préservait de l'envahissement et du démembrement. Les lâches eux-mêmes étaient les premiers à glori&er l'armée.
Aujourdliui, tous ces gens-là la méprisent, parce que l'on est depuis vingt ans en paix. Oui, je dis qu'aujourd'hui l'armée est en défaveur au* près du boutiquier, du notaire, de l'avocat, du libéral, du contribuable, et même du patriote, qui n'a guère de sympathies dans l'armée que pour les mauvais sujets, les brouillons, les pratiques, et ceux des sons-oiBciers qui voudraient devenir officiers par l'expulsion générale de leurs supérieurs qui ne sont pas patriotes, — conformément aux pures doctrines démocratiques reçues, et qui ne datent pas d'hier. — On défait les Comtes pour se faire Duc. Connu. — Or, si demain Nicolas venait avec ses bandes, et qu'il fut d'humeur à faire la guerre en barbare, à piller et ravager quelque peu la France, oh!
alors y le soldat français grandirait subitement de dix coudées; il serait de nouveau fêté, couronné; il redeviendrait héros ^ guerrier couvert de lauriers j favori de la gloire^ fils de la victoire j etc.
Voilà le principe. — Dans le régiment^ on peut voir que déjà les corvées les plus dégoûtantes j relatives aux soins et à la propreté de la caserne^ n'ont rien de déshonorant. Chacun y passe; les officiers et sous-officiers surveillent eux-mêmes; et s'il pouvait arriver dans le régiment discipliné^ ce qui arrivera dans la Phalange associée^ si quelques escouades se chargeaient volontairement de ces sortes de travaux^ pour en éviter les répugnances à la masse ; ces escouades dévouées seraient bien vues et honorées par les camarades.
— « Mais, Monsieur 9 s'il prend fantaisie à mon fils d'être cordonnier, balayeur, je serai donc obligé de le laisser prendre ces états? » — Que voulez-vous répondre à des objections ainsi tournées, après toutes les explications que vous avez données!... — Si vous ne pouvez pas vous transporter en esprit dans une Phalange, et la voir pour comprendre les effets de son mécanisme , attendez que l'on en ait construit et réalisé, et laissez ceci. Parce que vous avez le cordonnier.
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le balayeur civilisé soas Yosyeux, voas transportez toat cela dans les Phalanges, sans voir qae toot cela y est changé et transformé. Yons n*avez donc pas compris le mécanisme des courtes séances, des Groupes, des Séries ; vous ne vous représentez pas la propreté et le luxe d'espèce de tous les ateliers; vous ne sentez pas le point d'honneur de toute industrie ; vous n*ave£ pas compris que la Phalange est un tout compact, à la prospérité duquel tous travaillent synergiquement, que tous les rameaux, toutes les branches se réunissent au tronc commun, qu'il y a fusion harmonique et convergente de tous les intérêts et de toutes les forces, que la Phalange proportionne les récompenses et les honneurs aux difficultés et aux répugnances des fonctions, qu*il n^ a plus le mercenaire dont l'un est cordonnier, Fautre balayeur, l'autre commissionnaire, plus d'hommesmachines que Ton meut avec un écu ; mais des Séries dont les différens Groupes se sont chargés des travaux relatifs à la cordonnerie , aux services de propreté, etc., et qui expulseraient ignominieusement de leur sein l'individu qui accepterait un salaire particulier; que tel qui a passé ce matin deux heures à tailler des bottes dans les élégani ateliers de cordonnerie de la Phalange, vous donnera le soir à l'amphithéâtre une leçon degéoraétric descriptive, lui savant, à vous ignorant; que
tel enfant qui a verni vos souliers, est le fils du plus grand dignitaire de la Phalange, et cominande lui-même en plus de dii endroits; que votre cheval à été pansé ce malin par tel page qui se croît à juste titre de meilleur ton que pas une de nos nullités fashionnables du boulevard de Gand ; que les vocations variées des enfans , des femmes, des hommes, et leurs nombreuses affections et relations dispersent tous les sociétaires indistinctement dans toutes les fonctions reliées et mariées en un seul grand corps ; que les débuts industriels qni paraîtraient les plus humbles à un civilisé, s'allient aux plus grandes choses et aux plus grands caractères, et conduisent lesHarmoniens aux postes les plus élevés; queLouîsXVI, roi de France, n'en est pas moins roi de France, en Harmonie, pour être un habile forgeron et maçonner un mur dans le parc de Versailles; que les fonctions industrielles aujourd'hui réputées abjectes, sont des occasions et des moyens de développement pour le corps et d'instruction pour l'esprit; que tel enfant que ses goûts conduisent dans les ateliers de tannerie, de cordonnerie, de boyauderie, de boucherie, prendra dans ces ateliers, et dans les connaissances des hommes qu'il y trouvera, les premières notions de chimie, d'histoire naturelle, d'anatomie, etc., et entrera par ces portes dans telle science où
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il se rendra célèbre plus tard; qu'on deYieol célèbre d'ailleurs à titre de grand industriel, comme à titre de grand artiste et de grand savant spéculatif; qu'il n'y a dans la Phalange ni manansy ni rustres, ni goujats, ni aristocrates impertinens; que tout Harmonîen de quinze ans est plus instruit, plus adroit, plus habile, et sait mieux vivre que les plus distingués civilisés de trente ans; en un mot, qu'il y a lien, engrenage et mariage des fonctions, des Groupes, des industries , ralliement des individus au sein du luxe général, fusion des classes dans l'unité harmonique de la Phalange, et par conséquent du monde entier, et que le ton unitaibe glorifie toute industrie sur la terre....
Si l'on ne comprend pas ceci, on ne comprend pas le milieu phalanstérien , et il faut l'étudier. — Si on le comprend, les objections tombent d'elles-mêmes : on sent que les pères ne sont plus en lutte contre les vocations de leurs enfaos; qu'ils sont enchantés, au contraire , au fur et à mesure qu'elles naissent chez eux et se développent, et qu'ils voient garçons et filles prendre parti dans les industries miniatures^ s'enrôler dans les Groupes, gagner de l'avancement dans Icê Séries et les cadres de l'enfance. — Quand uft enfant, après avoir fait preuve d'adresse et d'ha^
bileté, et prouvé son savoir-faire dans un examen passé sur un nombre d'industries exigé, est admis à un Chœur supérieur dont il convoite depuis longtemps l'entrée 9 cet avancement est une grande )oie pour les parens, comme pour lui-même. Les parens tirent vanité de tous les trophées industriels de Tenfant , quelles que soient les industries ; il avance, il monte, il se développe en santé , en force , en intelligence ; il est heureux sous les yeux de ses parens. Que. faut-il de plus aux parens? Quel plus grand bonheur pourriezvous réserver à d^jmères, des pères, à propos de leurs cnfans, d^Wle paradis, quand vous seriez maître de disposer le paradis à votre gré ?
— Mais ce sera donc en toutes choses un paradis qu'une Phalange d'Harmonie? — Ce sera mieux , beaucoup mieux du moins que toutes les descriptions qui nous en ont été faites. Le paradis, c'est le royaume de Dieu. Quand les lois de Dieu régneront sur la terre, l'homme aura reconquis le paradis perdit; — ou plutôt, au paradis terrestre, état de bonheur brut des premiers jours , il aura substitué , par sa propre virtualité créatrice, le paradis c^ï^sfif, c est-à-dire le règne intégral du Bien et du Vrai dans Tordre physique, dans Tordre moral et dans Tordre religieux. Et qui pourrait douter que le réel divin ne dépassât
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infiniment en splendeur et en bonheur Vidéal humain tel qu'il a été conçu dans les époques de raflOiction et des misères !
Mous venons de voir que les parens seront bien éloignés de contrarier les vocations natives de leurs enfants, et que, dans toutes les dispositions propres à faire éclore celles-ci , ils salueront les gages du développement et du bonheur des êtres qu'ils aiment*
L'ordre M»ciélKirt M ralliera à b nutft^ BitMUe, qui cet d'édoquer le c«rpr «HKiprit* Cs. Pocuii.
On sait d'ailleurs, en Harmonie , que c'est par le matériel que l'éducation doit commencer. — La théorie c'est la généralisation des faits; logiquement elle ne peut, elle ne doit venir qu'après les faits. La pratique d'abord, la science après: soyez soldats et manœuvrez ; plus tard vous dirigerez la manœuvre. Un enfant de quatre à cinq ans comprend et parle fort bien sa langue; il n'a pourtant pas appris la syntaxe en nourrice; vous montrerez les règles quand on saura assez les mots; vous arriverez aux abstractions, aux spéculations, après avoir parcouru le domaine des réalités , des expériences. La théorie et la pratique se donnent la main, se soutiennent, s'entr aident ; mais les choses passent par les sens
avaDl d'arriver à rintelligeoce ; à la pratique ac-* tive appartient donc Yinitiation. Formez d'abord un corps robuste, agile, alerte, si ?ous voulez avoir un esprit actif, solide et bien nourri. Me surchargez pas un enfant d'études prématurées, qui affaibliront son esprit, émousseront son intelligence , débiliteront son corps : vous faites un double mal à cet enfant; vous le tuez au moral, vous le tuez au physique. Rallions-nous à la nature, et toujours prenons-la pour guirle; la nature, c'est Dieu.
La nature inspire à tous les enfans, dès le bas âge, des goûts industriels; ils aiment le bruit des ateliers, lô maniement des petits outils. Yoyezles aux Tuileries remuer, transporter du sabl^^ creuser la terre et brouetter les déblais. Us aiment à construire des maisonnettes, gâcher du plâtre ou de la boue, diguer les ruisseaux, établir des écluses et des moulinets; ils sont toujours en œuvre. Vous faites leur bonheur avec un petit marteau, un char, une petite pioche, une petite scie, on petit râteau, un jardinet dont vous leur confiez le soin. — Vous faites leur désespoir avec vos livres.
C'est donc la aature qui a voulu cela. Elle a voulu que le corps se formât et se fortifiât , avant
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tout, par des exercices matériels; elle a donaé aux enfans des vocations qui les entraînent à l'air, qui les poussent au mouvement, à Faction, parce que Tair, le mouvement, l'action, leur sont choses bienfaisantes et nécessaires. Elle ne leur a pas donné les goûts sédentaires qui conviennent à l'étude réfléchie que vous^^eur imposez avant le temps. Quand vous assujétissez la nature mobile de l'enfant à un travail qui exige le calme, la méditation, et que l'enfant se révolte contre vous, qu'il ne vous écoute pas, qu'il vous nargue et vous maudit, qu'il macule d'encre son livre et en déchire les feuillets, c'est lui qui a raison et vous qui avez tort, car il se défend contre vous qui l'attaquez. — Il est fort sot de se plaindre des enfans en pareilles circonstances, et de dire qu'ils sont paresseux. Quand vous vous plaignez de ce qu'un enfant n'aime pas l'étude , c'est tout juste aussi raisonnable que si vous vous plaigniez de ce qu'il n'aime pas l'eau-de-vie. Attendez. Plus tard, il sera homme à suivre deux heures, sans distraction, la même pensée, et à boire une bouteille de rhum avec vous. Vous voulez avoir les graines avant les fleurs, et les fleurs avant que les tiges n'aient levé. A chaque chose son temps. Ne bouleversons pas brutalement toutes les convenances, à la manière des infâmes coutumes et des odieuses institutions civilisées.
ÉDUCATION HÂKMONIQUI. — PRilODE. 4^3
Ainsi, 1 éducation consiste, dans la Phalange^ à favoriser, par tous les moyens possibles, Téclôsion des vocations et le développement des natures. II ny a plus de moralisation , de pédago* gismc, de sermoneries, de directions imposées. Quand le soleil, au printemps^ réchauffe Tatmos* phère et féconde la terre , il ne commande pas aux violettes de pousser des roses, aux jasmins de fleurir des renoncules; il anime toute plante dans son espèce, il vivifie tout germe dans son titre de vie; il fait croître Thysope à côté du cèdre, la fougère sous le chêne, et la mousse sous la fougère. La Phalange agit sur les générations écloses en son sein, comme le soleil au printemps sur les plantes de la terre; elle réchauffe, aide, soutient, fortifie, nourrit, développe. En Harmonie, chacun sait que le plus grand tort que Ton pourrait faire à un enfant, serait de contrarier sa nature. Un être appliqué à d'autres fonctions que celles auxquelles son organisation le rend propre, y resterait toujours inférieur à ce qu'il aurait été en suivant son cours naturel; comme toute plante, gênée dans son développement normal, perd sa beauté, le luxe de ses formes, de ses couleurs, et finit par un avortement.
Gomment étions-nous devenus, au collège, II. 28
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adroits à la balle, aux billes, aux différens jeux, habiles à nager, à patiner, bons sauteurs, bons coureurs, bons jardiniers, etc.?... C'était en pratiquant les choses. En fait d'éducation , la Phalange s'appliquera donc à attirer l'enfant au travail, à lui présenter mille amorces, mille séductions, mille plaisirs pour l'entraîner à l'industrie. — Or, le ressort d'Attraction industrielle est toujours le même pour l'enfance et pour l'âge mûr; c'est toujours la formation des Groupes libres et leur affiliation en Séries, puisque ce sont les jeux libres des enfans qui nous ont manifesté ce mécanisme.
Le libre déyeloppement des yocations , Toilà le principe de l'éducation ; la pratique des choses dans les Groupes et les Séries, yoilà le mojen.