HAEMOME. LIV. III. GH. V
réuDÎr aucun père, ni aucune mère. La nature, d'ailleurs, destine chaque homme à se reproduire, mais non à passer sa vie à élever son enfant. Elle spécule en éducation, comme en toute autre branche, sur Téconomie de ressort; en conséquence, elle appelle Tenfant à Téducation sociétaire, mutuelle, corporative, en lui donnant attrait, dès le bas âge, pour toutes les circonstances de ce régime, et répulsion pour tout système d'éducation isolée, préceptorale ou paternelle.
L'affaire des parcns, c'est d'aimer, de caresser leurs enfans. La nature leur inspire pour ces petits êtres une adoration aveugle. Ils sont heureux de leur céder en toutes choses, de se plier à leurs volontés et à leurs caprices; c'est une idolâtrie. — Celte faiblesse passionnée, qui est le grand caractère, le caractère naturel de l'affection des parens pour leurs enfans, n'est certes pas chez eux le signe d'une capacité pour l'éducation, d'une destinée éducatrice. — Aussi les parens qui élèvent leurs enfans \es^ gâtent ; le mot est consacré. Et s'ils ne les gâtent pas, dans le sens ordinaire de la métaphore, ils les gâtent en sens inverse, ils les gâtent par des sévérités trèscruelles pour l'enfant qui l-es reçoit de ses parens, et tout aussi cruelles pour les parens qur
ÉDUCATION HARM. — 1*". DEVELOPPEMENS. 445
les infligent. Un père, une mère, qui punissent leur enfant, qui seulement sont avec lui sévères, contrarient directement le vœu de la nature. Aussi ils souffrent. Ce néanmoins, la philosophie civilisée veut que les garçons soient élevés par les pères, les filles par les mères, pour faire le bonheur des pères, des mères, des garçons et des filles, de tout le monde !
Or, notez-le bien , toute cette philosophie sur les pères, les mères et les enfans, qui semble être faite au profit de Taffection de famille, est funeste à cette affection, — que la Civilisation a lair de prendre sous sa protection spéciale, au mépris des autres affections, tout aussi saintes et certainement plus larges et plus sociales. — Le sol du foyer domestique est un sol ingrat, où le développement des affections est bien plus compromis que favorisé. L'éducation de l'enfant s'y résout en une succession de contrariétés, de vexations, de luttes et de douleurs. Qu'on ne parle pas des joies maternelles, des doux momens; ceci est le fait de la nature, ce n'est pas le fait du système d'éducation.
Dans ce malheureux système, toutes les impulsions de l'enfant sont méconnues et froissées. L'enfant n'a ni les goûts, ni les habitudes » ni le