II. Les prud'hommes et arbitres
12. Les cautionnements en garantie Industrielle. X. L'ébauche du système d'unité métrique.
La phllosophophie revendiquera ces caractères ultra-oivllliés, comme perfectionnements de son crô, et .tenant au domaine de la Civilisation perfectible ; il n'en est rien, ce sont des ei\)aiiiberoeDli* des engrenacps en périodes supérieures ; leur Invention, oomoM celle des relais de poste, est due à l'instinct, au besoin, et non & li science, qui n*a pas même pu faire adopter le earaeltee d'umiu minique, dont elle a essayé l'Introduction, et manqué en plein le sys* tème naturel. [IVottvfau J/ofi(fe, page 4S3.}
CITILlDATtOK. 109
suffisainmeni mrge . de prépanT l'uni versa usatiou d<'s fruits qu'ils sont apfielcs à produire dans une organisation supérieure : aussi l'invention de l'art nautique ou , plus généralement , Tébauche des grandes voies de rommunication étaient- elles réservées à la Civilisation. , Mais, par suite du vice radical de sa constitution , elle n'a pu créer les grands instruments dont nous venons de parler sans engendrer en même temps les fléaux désignés au tableau sous le nom de déboisements et emprunts fiscaux. Ces deux germes de décadence sont la conséouence inévitable des deux phases précédentes. Ku effet, l'opposition croissante desintérétsindividuelsaver Tintât général a livré le sol à une culture anarchique. Le déboisement des hauteurs est l'expression la plus saillante de ce désordre, parce que l'effritement des montagnes et la dcnudation des pentes qui en résultent, ruinent complètement le régime des eaux en détruisant les agents que la nature emploie pour soutirer d'une ma-^ mère continue l'humidité de l'atmosphère. Le déboisement, poussé à l'excès où la Civilisation le conduit , est la plus grave manifestation de l'absence d'un plan général de culture et du bouleversement de l'ordre naturel et convenable de l'exploitatioi} de la planète. C'est, en outre, le principal germe de la détérioration des climatures.
Les emprunts fiscaux, qui obèrent les nations, dérivent rigoureusement aussi des troubles et des guerres de deuxième phase. A mesure que les nations ont grandi, elles ont appliqué à la guerre les conquêtes des sciences et de la grande industne. Dès lors la guerre se fait sur une échefle colossale, les armées s'accroissent incessamment : le pied de guerre et le pied de paix lui-même deviennent ruineux. Ces causes, le caractère très-dispendieux du gouvernement représentatif et d'autres motifs encore enfantent les emprunts et les grandes dettes nationales.
Nous avons vu que la période entre en déclin, si elle ne sait pas, profitant de son impulsion d'apogée, s'élancer à l'éclielon suptTieur. C'est que, en effet, les caractères d'apogée recèlent le germe de la décadence, aussi bien que les éléments de la transformation.
Le déboisement contient le gernie de décadence matérielle par la détérioration des climaturos. Les enriprunts fiscaux contiennent le germe de la décadence politique, car ils inoculent le virus de la Féodalité financière au
corps social.
L'art des grandes communications, auand la Civilisation se prolonge, fournit à cette Féodalité ses armes les plus redoutables , et Tart nautique engendre le monopole maritime , caractère pivotai de la première phase de vibration descendante.
Enfin, la chimie, offrant des moyens infinis de falsification , ouvre aux fourberies et à la démoralisation mercantiles un champ sans limites.
Les quatre caractères d'apogée contiennent donc,— en système composé , matériel et politique , - les germes de la décadence. Si le génie humain, manquant sa tâche, n'a pas su organiser, avec les ressources d'apogée , le régime des grandes garanties , la Civilisation entre eu
déclin.
Le déclin régulier de la Civilisation est lui-même, il est vrai, voie d'avènement à la période suivante; mai> sur cette voie , remplie de turpitudes et de périls, les chances de chute sont nombreuses. Toute Civilisation qui ne peut parcourir cette voie jusqu'au terme retombe en période inférieure. — C'est encore un essai manqué, un avortement social , et l'humanité doit recommencer sur de nouveaux frais la conquête de sa Destinée.
Il serait facile de démontrer parla Théorie et par l'Histoire que la vibration descendante de la Civilisation est l époque la plus critique de la vie des peuples. Contentons-nous d observer qu'à cette époque , — et très-heureusement sous ce rapport, — la vie de l'humanité n'étant pas une^ mais multiple, puisqu'il existe simultancment sur le globe un grand nombre de sociétés différentes, il y a toujours de fortes chances pour que des nations moins avancées que celle qui tombe, en recueillent plus ou moins intégralement l'héritage, ou du moins réunissent, avec le temps, les principaux débris de ses connaissances.
CiTtUSATION. \\i
Traitièmê Pha$ê de la CivUUatkm.
DÉCLIIC.
Dacua oo rtomàas rsAkS.
Grrmt aimplf . Bftprit mercantile et fifêtl.
— eompoaé, CoÎBpagQiet actiomiaires.
Cùnlrffoid» . Commeroe anarchtque, Trn . ninsioiM ëconomiquei.
Ch. F*ouu.
Mirabeaa , mardiand de drap.
B"a-i^'n> de M. !.■ MAAQvis aa MiKAïKiii.
Quel est aajoord'hiù TéUt de l'Europe ?L' 4 ngle Verre d'oa eôtf; t Pe
poasède par eUe-m'éme une doiuination à laquelle jusqu'à pré.->r ut
le mcmde entier a dd se soumettre ; de l'aulra, l'fimpire iran<;- \\\
«t les poissaneas continentales, qui, avec toutes lesforeaa réunivs
de leur union, ne peuvent s'accommoder du genre de suprématie qu'exerce l'Aiq;letene. Cev puissances avaient aussi des colonies, un commerce maritime ; dles possèdent . en étendue de edtm , bien plus que l'Angleterre ; elles se sont désunies; l'Angleterre j eomoattn séparément leur marine ; elle a triomphé snr toutes l«s mers ; tontes les mannes ont été détruites. La Russie, la SuMe , ta France, l'Espagne, qni ont tant de moyens d'avoir des vaisseaux et Ae% matelots, n'oMntbasarderiincesradre hors de leurs radcx.
NAroLsoM.
La première moitié de la Civilisation , la vibration ascendante, indépendamment de la création des reftsources d*apogée, a eu pour effet, comme noas Tavons vu , de briserle joug nobiliaire , héritage du système patriarcal ou des conquêtes des Barbares.
La seconde moitié delà période, la vibration descendante, doit être ^n analogie inverse avec la premiôro , de même que les deux oerniers âges de l'homme nouii présentent inversement des phénomènes analogues à ceux des deux premiers. le dis analogues et non pas identiques , car Taube du jour et le crépuscule , Ten- Tance et la caducité, le commencement et la fin de tout mouvement, sont en analogie, mais non pas en exacte conformité. D'après ce principe, déduit ae la formule générale du Mouvement, nous pouvons nous attendre à voir la Civilisation, (}ui a commencé par une Féodalité , (inir aussi par une Féodalité. Examinons :
H 2 CRITIQUK- SECT. II. CHAI», tll.
Gemiê simple , Esprit mercantile et fiscal.
L'accroissement de la richesse des industrieux a taé la Féodalité nobiliaire : la puissance sociale ne repose
{»lus sur le blason et les parchemins, elle repose sur 'argent. Les voies de fortune sont Tindustrie, le commerce et les places. L'esprit de l'époque sera donc Fesprit mercantile et fiscal. Ce caractère est désigné au tableau comme germe simple de troisième phase. Et en effet ce nouveau caractère contient en germe une nouvelle Féodalité, la Féodalité financière, industrielle et mercantile. L'argent devenu l'élément réel de la puissance sociale, les choses vont tout naturellement se coordonner à cette nouvelle force. Les parias de la seconde moitié de la Civilisation ne seront plus des serfs, des vassaux , des manants, taillables et corvéables par droit seigneurial ; ce seront des légions de prolétaires et de petits industriels, parfaitement libres en droit, mais que la nécessité de vivre» la misère, livre à la merci des détenteurs de la propriété et des instruments de travail.
Pour qui sont les chances, les chances certaines, toutes les chances, dans cette lutte engagée sur le champ de bataille industriel entre le-s riches et les pauvres?
Ceux qui possèdent peuvent tout , ceux qui n'ont rien ne peuvent nen. Les moyens d'avènement sont, à l'époque que nous examinons , l'industrie , le commerce . le weni, les places. Pris en masse, les individus nantis, les maîtres des capitaux, fortifiés d'ailleurs par une éducation qui manque aux classes inférieures , ont sur celles-ci une supériorité écrasante. Les uns entrent dans la carrière montés sur des chevaux vigoureux ; les autres, à pied , traînent des semelles de plomb et plient soos le faix. C'est ce que Ton nomme la libre concurrence!
Ainsi , à partir du moment où la Civilisation , ayant affranchi politiquement les industrieux du joug nobiliaire , entre en plein développement industriel et mercantile, deux classes tendent à se formtT avec di»s carac-
tères plus tranchés de jour en jour : L clause qui po:^ sède, oui conserve et qui accumule, et celle qui n'a rien , ei qui ne peut rien acquérir 11 arrivera sans doute que quelques prolétaires parviendront, que (juelques propriétaires se ruineront : ces exceptions n'inhrment nullement la règle fatale. Les masses déshéritées restent dans la misère , c'est leur lot.
Ainsi la population laborieuse, qui a vaincu Taristocratîe nobiliaire, se divise après la victoire. Maîtres du champ de bataille , les hauts industriels , les hauts commerçants , les grands propriétaires bourgeois, qui avaient marché à la tète du mouvement populaire contre la Véodalité nobiliaire , constituent , avec les familles anciennes qui se rallient à l'industrie et y apportent les débris de leurs propriétés , une nouvelle liiomination , un nouveau pouvoir social assis sur Texploitation et la fortune. Le commerce et la spéculation jouent le grand rôle dans ce mouvement nouveau ; aussi , Fesprit mercantile formera-t-il le caractère saillant de la troisième phase. Cette phase prépare manifestement l'invasion de la Féodalité industrielle , qui caractérisera la vieillesse de la Civilisation, comme la Féodalité nobiliaire en avait marqué Tenfance.
Gerfne coinposê» Compagni^'s aclionnaiivs^.
Nous voyons, au tableau, les Compagnies actionnaires figurer ensuite comme germe composé de troisième phase. C'est qu'en eiïet la force des capitaux se multiplie et se puissancialise uar le régime des Associations financières. Ce système de concentration permet aux Barons de la finance de rassembler d'immenses capitaux et d'entreprendre des opérations qui centuplent leurs forces d'envahissement.
A mesure que ce régime s'étend, les grandes entreprises deviennent de plus en plus menaçantes pour les petits industriels et les petits producteurs*, qu'elles doivent, un peu plus tôt , un peu plus tard , écraser et dépouiller sans merci. Comment les faibles souti(ildraien^
UÂ CBITIQUB. SECT. II. CHAP. III.
ils indéfiûiiueDt la concurrence contre les forts? Nous ne tarderons pas à voir qu'à Faide du procédé de la Concentration actionnaire, les princes de la finance peuvent, eu se tournant vers l'exploitation agricole, envahir proniptement les deux tiers de la propriété territoriale elle-même
Quoi qu'il en soit, en troisième phase, la puissance des grands capitaux, multipliée par la concentration actionnaire, par les machines et les procédés de la grande fabricatiou, écrase déjà une foule de moyens et bas industriels et commerçants. Le prolétariat et le paupérisme marchent à pas de géant. Et comme les capitalistes habitent les villes, qui sont d'ailleurs les centres de consommation et de commerce, c'est dans les villes que s'établit d'abord rindustrialisme féodal , et que ses effets désastreux se manifestent le plus promptement; c'est dans les villes (^ue s'amoncellent des masses de prolétaires vivant au jour le jour sans qu'il y ait entre eux et leurs maîtres le lien qui attachait autrefois le seigneur et les vassaux. Ces bataillons de la Misère menacent la Civilisation ; car, indépendamment des perturbations industrielles qui arrachent quelquefois subitement à des populations ouvrières le morceau de pain qui les nourrit , la troisième phase, <- par le fait des deux mouvements qui s'accomplissent chez elle en sens contraire, — est pour le moim aussi féconde que la deuxième en luttes intérieures el en guerres civiles. — Toutefois, au lieu d'éclater au nom des droits politiques, les révolutions se font pour des droits sociaux : il ne s'agit plus seulement des formes du
fouvernement de la Société, il s'agit des formes de la ropriété et du droit à la Propriété. C'est la base même de la constitution sociale qui est mise en cause.
Pivot, Monopole maritime.
L'esprit mercantile et le puissant levier de la concentration actionnaire, qui tendent à livrer aux grands capitalistes la direction et le monopolede l'industrie , sont les éléments du Monopole maritime ou haut Monopole commer- "lal, pivot de troisième ohase. Ce Monopole influe évidem*
CITILISiTIOH. l'IS
tni^nt sut la politique générale au point d'en chan^r complétemenî la nature. Il en devient le foyer et lui imprinie un caractère tout nouveau qui révèle l'énergie sociale de l'élément mercantile à cette époque. Aussi , l'esprit mercantile est-il dès-lors l'arbitra souverain de la diplomatie et de toutes les transactions internationales, il nioDte sur le trône. [I fait siéger le grand-chancelier sur une balle de laine. 11 dicte la paix, la guerre, tes alliances, et règne en maître sur le mouvement social. Le lecteur trouvera , dans la Théorie des quatre wioufernenïs, une étude dctaillèedu Monopole maritime. — On comprendra suftisamment ici l'importame de ce caractère , désigné comme pivot de troisième phase, si ton rénéchità la puissance dont le Monopole maritime a successivement doté les nations qui l'ont réalisé. L'histoire des Tyriens et des Carthaginois, dans l'antiquité; celle des republiques de Gènes, de Venise, de Hollande, et la toute moderne histoire de l'Angleterre jettent sur celte' îDflueDce une lumière éclatante.
CotUTepoidt , Commerce snarchique.
Le principe de libre conciirrrin r. ;inrici]ji- générateur de l'aristocratie financière qm -c lorme H grandit rapidement k cette cpoque, engeuiln' If commerce anarchique oui devient le caractère de i mUrepoida de la troisième phase.
Ce sont, en effet, les liantes o|ir,i'Jinis rommerciales qui sont monopolisées d'abord jmi li'.- j:ritii(îa tapilalisles et les Compagnies actionnaires. Les petits capitalistes trouvent à leur portéti le commerce inférieur et les opérations de détail Ils s'y jettent avec fureur, ils encombrent d'une surabondance d'agents et d'établissements incohérents les canauK de la circulation. Les hauts commerçants sont entraînés k favoriser ces établissements; ils ouvrent des crédits et fournissent des marchandises à tous ceux qui veulent entrer en maison, — et cela, dans Ir but de se cWer chacun de nombreuses clientèles, de s'ouvrir des débouches.
H 6 GBITIQUE. 9ECT. IK CHAF. III.
La coucurreuce effrénée que ces agents eu fcous-orrire se font par suite de leur superfétatiou introdûil dans le commerce des fraudes et des falsifications de tout genre. La déprédation va croissant avec la complîcation et Tanarchie. C'est donc grâce à cette anarchie que le bas commerce peut se soutenir et faire contrepoids à Tenvahissement des grands capitaux. Mais du jour où les grands capitaux se mettront à organiser euxmêmes, au milieu des centres de population, — ce qu'ils commencent à faire, -- de vastes établissements pour la vente au détail; de ce jour-là, les moyens et bas marchands sont menacés de mort. Les opérations inférieures ne sauraient en effet tarder à être monopolisées par les hauts barons du commerce , comme le sont déjà les opérations supérieures : — bientôt l'anarchie commerciale sera réduite ;Ja régularisation du commerce deviendra plus facile , les caractères de Féodalité industrielle plus tranchés; — ce qui avancera la caducitéde la Civilisation et rapprochera par conséquent Favènement eu Garantisme , où conduirait rapidement rinstitution des solidarités commerciales.
Ton, Illusions économiques.
Il est palpable que le ton de la troisième phase est donné par les illusions de l'Ëconomisme, fille trompeuse du mercantilisme , de même (jue la poésie cbevaleresoue teignait de ses couleurs les époques de féodalité nobiliaire, de même que l'idéologie philosophique et libérale caractérisait l'époque de l'affranchissement politique des industrieux. L'esprit chevaleresque a été tue par reprit libéral qui l'a ridiculisé et nommé donquichotisme. Aujourd'hui, l'économisme est en train de tuer l'esprit lil)êrai par la politique des intérêts [l]. Les sources du matérialisme social sont ouvertes et coulent à plein bord.
CIVILISAI 10i(- HT