‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 24 sur 95 · FIN DB LA CIVILISATION PAR TRANSITION · texte numérisé non relu

FIN DB LA CIVILISATION PAR TRANSITION

en ^atanthmt.

J« transporterai le lecteur à l'époque où lu<> feriitei fi»cales, fermes d'asiles, auraient pris coiusistance cl commenoeraient à opérer grandement sou» la direc« tion du minbtre de l'iolermédiaire; à l'époque oii elles approcheraient de leur but, qui est de rendre ^ le peuple beureux, fier d'être admis à la ferme, aussi fier de celte nouvelle «mdition, qu'il est confus aujourd'hui de son sort philosophique , de sa chaumière sans pain, de ses légions d'enfants, à qui il est obligé de donner le fouet quand ils demandent du pain. Cm. Fou&iBa.

Si vous voulez revenir à la formule du mouvement de la Civilisation (page 1 53) et y donner un instant d'étude, vous comprendrez sans peine, et malgré rinsufRsance de nos développement :

422 CRITIOnE. SECT. II. CHAP. III.

Que les deux vibrations , ascendante et descendante , de la Civilisation sont, comme les deux moitiés de la vie humaine, symétriques entre elles par rapport au milieu ou apogée ;"

Que cette période commence et finit par uue Féodalité;

Que les deux phases de vibration ascendante opèrent la diminution des servitudes personnelles ou directes, et les deux phases de vil)ration descendante, laccroissement des servitudes collectives ou indirectes ;

Que, dans les deux phases extrêmes, il s'établit, des supérieurs dont la puissance est fortement assise, aux inférieurs tombés dans la dépendance, un rapport de protection caractérisé dans la première phase par l'esprit chevaleresque, et dans la dernière par les illusions en Association;

Que, dans les phases intermédiaires, où les forces sont moins inégales, le temps est fortement à la lutte et aux riîvolutions ;

Que les révolutions d'ascendance revêtent spécialement le caractère politique, et les révolutions de décadence le caractère industriel et social;

Que la nature des contrepoids établis par la Civilisation* ne produit que Téquilibre désigné en mécanique sous le nom d'équilibre instable;

Que les illusions de la vibration ascendante (chevalerie et liberté) sont empreintes d'un caractère de noblesse, tandis que celles de décadence portent les couleurs d'un ignoble matérialisme social

Enfin, vous comprendrez que la tâche providentielle de la Civilisation est la création des sciences et des arts, des instruments de puissance et de bonheur de l'huma nité ; mais que cette société est incapable de produire ce bonheur et cette puissance. Arrivée à sou apogée et dotée de ses conquêtes, elle doit organiser une période supérieure, compatible avec la justice et la loyauté, sous peine de s'engoufl^rer dans une voie de décadence, seraee (le turpitudes et côtoyant les abîmes révolutionnaires. — D'où il dérive très-scientifiquement que dans la vibration ascendante, le progresse mesure par les découvertes dans les arts, les sciences, et les procédés techniques

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d'industrie , tels que ta poudre à canon , la bonssole , rimpriincrie, lu\apour, la chîniit' expérimentale, l'astronomie rationnelle, par la création des méthodes mathématiques et de leurs applications à la géométrie, à la mécanique, à Fart des constructions, etc., etc.— A partir de Tapogée, le progrès se mesure surtout par l'invention des institutions qui élèveraient la Civilisation au Garantisme, ou, mieux encore, à une période plus avancée et plus heureuse.

t En un mot, et pour énoncer le principe dans sa gêné- ! ralité, — le progrès se mesure, aans toute la durée de Tenfance sociale, par l'ensemble des faits dont le concours tend à donner à l'humanité l'investiture du gouvernement unitaire et harmonique qu'elle est destinée à exercer sur son globe.

' La quatrième phase de Civilisation accomplie , on en- ' tre facilement en Garantisme. On conçoit, en effet, que les grandes fermes féodales n'ont pas de peine à anéantir le commerce anarchique : elles s'emparent des tran$^ ports , établissent des entrepôts pour leurs produits et servent elles-mêmes la consommation de leurs vassaux. Le nouveau mode de distribution se prête facilement à la régularisation et à l'établissement des solidarités et

Îaranties commerciales. On régularise de même laProuction et la Consommation : de telle sorte que , si la fraude n'est pas encore anéantie en toutes relations , du moins est- elle considérablement réduite.

Les fermes féodales , soutenues de fonds suffisants , *mènentde front les opérations de l'agriculture, de l'industrie et du commerce: ces opérations, savamment combinées, réalisent de grands bénéfices; leur concurrence contre les exploitations morcelées, écrasante pour cellesci , détermine forcément, sur tous les points du sol, la transformation des petites exploitations et leur agglomération par grands centres. La richesse génér< le augmente rapidement avec ces dispositions : la préparation des aliments devenant très-économique dans les fermes féodales où elle est faite en grande échelle , et les produits étant très-nombreux , le peuple n'est déjà plus exposé à mourir de faim et à nianquer du nécessaire ; il trouve dans tous ces centres d'action . et dans les gran-

Và4 critique, sect. u. cuap» m.

des opérations iudustrielies du gouvenieineut , un travail assure et, bientôt, varié à option. Le système des primes cmulatives et des parts dans les bénéfices accordées aux hommes de travail et de talent , s'étend de plus en plus; chaque ferme fait fonction de caisse d* épargne pour ses travailleurs , qui , par toutes ces causes réunies, ne tardent pas à devenir, pour la plupart , co-associés en capital avec les grands possesseurs actionnaires.

On voit qu'en traversant la phase de Féodalité îndostrielle, la propriété aurait passé de l'état de Propriété immobilière et morcelée à l'état de Propriété actionnaire ^{unitaire. Cette transformation, opérée parle dépouillement général des classes basses et moyennes , est le germe qui aurait préparé l'universalisation ultérieure de la Propriété. Ainsi, la quatrième phase de Civilisation a pour objet de changer la forme de la Pro- Sriété, de la rendre actionnaire^ composée et sociale, * individuelle^ simple et exclusive qu'elle est aujourd'hui. La quatrième phase, en outre, substitue les grandes exploitations régulières et unitaires à nos communes morcelées. Telle est sa tâche providentielle dans le mouvement général.

Déjà les masures et les cabanes du village ont été désertées par les paysans pour l'habitation de la grande ferme où, grAce à l'organisation générale de l'industrie, ils sont assurés contre la misère et le manque de travail; car ils trouvent du travail varié et à choix pour eus , leurs femmes et. leurs enfants, dans les cultures, les fabriques et les ateliers de manutention domestique. -^ Chaque grande ferme est pourvue de salles et d'écoles pour recevoir les enfants de différents âges ; et l'éducation , gratuite ou à peu près pour les parents , est d'autant mieux soignée que la lerme est intéressée à former une population intelligente et industrieuse.

Cette éducation, on le comprend, ne consiste pas à enseigner aux élèves le grec et le latin , a les nourrir d'une sainte admiration pour les mœurs des vertueux républicains romains : on les occupe peu du De viris et ûtYAppendiœ; maison les initie aux mathématiques, aux sciences naturelles, et l'on fait d'eux, par une éducation pratique, des travailleurs adroits, forts et intelli-

OARANTIAMC. 12:;

^eaU). Déjà aussi l'uu commeDce à consulter les vocations, et Ton tend à donner à chaque enfant une direction couforme, du plus au moins, à ses ^oùU et à sa nature.

Les travaux domestiques, qui absorl)ent dans les ménages morcelés tout le temps et tous les soifis des remuiez , u exigeant plus qu'un nombre très-réduit d'agent», les femmes peuvent se livrer à diverses fonctions rétribuées. Les occupations de ménage sont d'ailleurs, ellesmêmes, des travaux rétribués dans la ferme. Il résulte de c^"s nouvelles dispositions c^ue déjà le travail de la femme commence à devenir directement lucratif pour elle. La femme marche dès-lors à la conc^uéte de son individualité , de son indépendance sociale. Elle cesse tf être inféodée à Thomme et contrainte, par position, d'échanger avec lui obéissance contre protection jl). Désormais elle gagne sa vie , elle a rang social ; elle engagedans la société, pour son propre compte, son Capital, son Travail et son Talent. Elle a place par elle-même et pour elle-même, et. n'est plus seulement, comme aujourahui dans le monde, l'annexe d'un mari. Puis, comme dès-lors elle s'appartient de fait, le fait se traduit dans la législation; et le mariage, au lieu d'être un contrat d'inieodation de la femme à l'homme , devient un contrat d'union volontaire, qui n'implique plus une communauté de fortune et n'investit plus le mari de la gestion des biens communs. C'est un contrat d'union libre, avec garantie réciproque de dissolution quand il cesse de convenir à ^, l'un des contractants. La femme est hors de tutelle. — * Ceci prouve clairement que le divorce n'est point un caractère appartenant à la Civilisation , mais au Garantisme.

Le lecteur doit avoir maintenant une idée assez exacte de la période désignée sous ce nom , et dont nous venons de suivre pas à pas l'éclosion en étudiant la transformation naturelle des fermes féodales en fermes garantistcs. — Les nouvelles Communes méritent bien le nom

(i) « Le mari doit protection à sa femme, et la femme obciasanoe à ion mari. 9 (Art. 313 du Gode civilisé.)

de Communes garantistes, puisque ce régime présente au peuple des garanties réelles contre la misère et coûtre 1 extrême dépendance où la misère l'abaisse en Civilisation, et puisquen outre il offre à la femme une garantie sociale contre Tassujétissement où Thomme la tient aujourd'hui, — assujettissement honteux qui avilit et dégrade la femme en la dépouillant de la liberté sans laquelle il n'y a de dignité réelle pour aucune créature. La témme est aujourd'hui quelque chose qui se vend , se maqiiignonne et s'achète ; c'est un être sur le front duquel la société efface légalement le signe dont Dieu a maraué l'homme pour le distinguer de l'animal , le signe de la libre volonté !

Celte dégradation sociale est si hieu accomplie maintenant , que les femmes n'en ont pas plus le sentiment que le paysan russe ou l'esclave né sous le fouet du planteur n'a/lui-même, celui de son avilissement. Aussi la dissimulation , l'astuce et la ruse sont-elles généralement chez elles les conséquences forcées de ce faussement de caractère, de cette subversion de destinée.

Quoi qu'il en soit , et pour résumer notre rapide examen de la sixième période , nous pouvons dire que la richesse et le hien-être général se développent promptement avec elle. Les institutions et caractères de Garantisme, dont j'ai cité plus haut quelques échantillons déjà réalisés , se produisent, et se généralisent d'euxmêmes : la société est entrée dans la voie du progrès réel, de l'émancipation de toutes les individualités humaines, de la vraie liherté; elle marche à grands pas vers l'organisation du Régime Sociétaire que nous aurons bientôt à décrire , et que nous pouvons fonder sans passer par les périodes (1) qui nous en séparent, ainsi qu'il sera démontré plus loin.

Vous comprenez bien qu'un sujet aussi vaste que celui dont nous venons de faire la reconnaissance, demande-

.^}\^^ î^e/ait à propos de jeter ici un coup d'œil sur la sepUèm«

,penoae, et de montrer comment les classes riches réaliseraient ellcs-

«f!?îîï: ^"* ^î*® période, sous le rapport passionnel et pour les

?nn. il ' ^^ ^"'^ '^ Oiirnutisme réalise, avec les classes Inférieures,

sou:, le 1 apport maitrhi et pour VuiUe, Mais le régime phalanst^

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rait de longs développements pour être traité dans son ensemble. Le seul examen des caractères successifs exigerait des investigations fort étendues : que serait-ce si l'on voulait entrer dans le développement du cadre de critique générale rapporté au commencement de ce chapitre T II faudrait dix volumes pour le remplir.

Ce serait un beau travail que celui où Ton suivrait, la formule à la main, les mouvements des peuples les plus célèbres; où Ton déterminerait leurs progrès et leurs rétrogradations ; où Ton débrouillerait les caractères de dîRerentes périodes et de différentes phases, souvent mélangés et confondus dans la même époque ; où Ton donnerait, enfin, les raisons intimes des laits histori-

?ues, des marches en bonne route et des déviations. — le serait là véritablement tie Thistoire, ce serait l'histoire faite au point de vue de la destinée, l'histoire du développement matériel et passionnel de l'humanité. — Mais nous avons ici une autre tàrhe.

A la suite d*uue anaivse méthodique et complète de tous les caractères de Ta Civilisation, le lecteur serait à même d'apprécier très-ueltenient Tétat actuel des choses el déjugera teur valeur les innombrables bévues politiques et sociales de ce temps-ci. Nous en avons dit assez pour faire comprendre à quel point l'opinion est faussée par la crasse ignorance de nos hommes politiques de toutes les couleurs, de nos savants économistes qui ne savent rien, de tous nos faiseurs d'esprit public enfoncés sans çuide scientifique dans un labyrinthe dont ils ne connaissent pas un sentier, barbotant dans les contradictions et les paroles, et entraînant dans un tohu-bohu tumultueux les nations qui ont la sottise de leur accorder toujours foi et crédulité, mgilgré les horions sans nombre que cette crédulité leur a déjà valus. — Que voulez-vous? ce sont les rêveries renouvelées des Grecs alliées aux rêveries anglaises et mercantiles qui ont

nous présentera, en système compose, ce que cette septième përfode ne nous offrirait qu'en système simple ; et le lecteur, quand U aura pleine connaissance de la forme sociale que nous allons étudier en délai), pourra facilement construire lui-même la période sur laquelle nous glissons ici.

créance dans les esprits ! Ces chimères sout les dogmes du jour, cette religioû obscure, révolutionnaire ou raatérialiste, a succède avec ses subtilités, ses disputes et son fanatisme, au fanatisme, aux obscurités, aux subtilités et aux disputes de la théologie du moyen-âge et aux infamies de la féodalité et du despotisme. Les résultats sont toujours les mêmes, — de la misère, de la fourherie, de 1 oppression et du sang...

i 11 est facile de voir que l'état actuel de la France est une Civilisation de troisième phase, fortement crampon* née encore aux illusions et disputes démocratiques de deuxième phase, ce qui complique la position et augmente le danger de la crise. La force des choses, le mou> vement industriel assis sur la libre concurrence, nous poussent vers la quatrième phase ; c'est de ce côté que sont les tendances du gouvernement. Le parti républicain nous tire vers la seconde, et le parti légitimiste rétrograde à la première (1). Or, il s'agit de nous éle^ er, avec les ressources que nous possédons, à une période supérieure, sans passer par les infamies sociales de la quatrième phase ; et voilà que la Civilisation, tirée en sens opposes, s'arrête sur un volcan, et y croupit en engendrant mille caractères odieux. Cet état de choses est extrêmement critique, et comme il est, à peu de différence près , celui de Joute l'Europe , il est trèssensé de dire que l'existence de la Civilisation européenne est fortement compromise.

Il importe trop au but utile de cet ouvrage que k lecteur ne conserve aucun doute sur la tendance de notre Civilisation vers la Féodalité industrielle, pour que nous ne consacrions pas un chapitre spécial à l'examen des symptômes que le cours des choses nous fournit chaque jour sur ce sujet. Je vais donc achever de légitimer, par des citations, des observations et des faits, les prévisions de la Théorie. Les intelligences auxquelles ce livre s'adresse trouveront dans ce complément de critique une lumière suffisante pour arriver à conviction.

U) Depuis répoquc où nous disions cela, la Fcodalllé floanciëre a vilncii. Maîtresse du champ de bataille, elle organise sa victoire.

{JYoïe tie la 2« édition J)

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