‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 25 sur 95 · CHAPITRE QUATRIËMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIËMK

ET COMPLÉMENTAIBB.

5nv Itiflûttoement qui em])orte Ub ttioUiantionn moi^cvnca ve» la SioiaiiU ininattitlU.

Décidément noos praiXMM l'Angletanv poor modM* : nos ingénieanf nos ministres Tont lui demander des rens«tgnemcBts ; noos nous mettons à sa suite , et nous plaçons tonte notre gloire h l'imiter. — Mab q«e TOUS dit la science ? Elle tous dit que cette industrie gigantesque a pour principe essentiel la co»* centration du sol et des capitaux dans un petit nom bre de mains. Et que tous crie Texpérienee? BU ▼ons crie que le résnltat de tontes ces merveilles c'est l'oppression des classes inférieorcs, c'est le r^ tabltssemeut de la Téodslité , ou plutôt l'établisse ment d'une réodaUté nourelle, féodalité mercantile

S lus odieuse et plus honteujte mille fois que rell es anciens. Assi. Tsamsok.

Les financiers soutiennent l'État comme la corde souitient le pendu.. MoeTRSQrtRir.

Il est vaguement admis qu'une nouvelle aristocratie s(^ forme maintenant (1834,-35) dans notre état social. Depuis quelques années, nos journalistes s'aperçoivent que Tareent est une puissance qui commence à remplacer celle des parchemins. Us se sont doutés que la

fropriété et le coffre-fort sont en train d'envahir l'inuence politigue et sociale ; ils ont eu la perspicacité de signaler ce fait qui crève les yeux ; — et puis ç a été tout. Ils ont fait là-dessus un peu de littérature, chacun suivant sa nuance ; ils en font même encore souvent sur ce sujet : plusieurs d'entre eux disent bien que c'est trèsmal, que cela n'est pas convenable, et qu'il ne faut pas que cet envahissement s'accomplisse. Ils sont les amis du pauvre, de l'ouvrier, du commerce ; ils sont les amis de tout le monde ; ils ne veulent pas que l'argent soit maître ! Oh non, ma foi, ils ne le veulent pas ! ils protestent même très- vivement contre c^e.... et puis, ils sont lesViévoués apôtres de la concurrence, de la libre concurrence, de ce grand bienfait de l'esprit philosophi<pie qui est toute leur

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science sociale , toute leur religion économique. ... et qui conduit tout droit à ta Féodalité industrielle ! — résultat dénoncé et démontré scientifiquement par Fourier en

1808... 11 n*y a encore que vingt -six ans!

Il est bien vrai que M. Sismondi, l'économiste, après un voyage d'outre-raer, est revenu annoncer sur le continent que FAngleterre était pleine de prodiçes industriels, mais qu'elle regorgeait de pauvres et ae meurtde-faim ^ et que Findustrialisme n'est jusqu'à présent qu'une exploitation monstrueuse.

La situation périlleuse jje l'Angleterre, dit M. de Siàmondi , lient surtout au système des grandes fermes : ia nation anglaise a trouvé plus économique de renoncer aux cultures qui demandent beaucoup de main-d'œuvre, et elle a congédié la moitié des cultivateurs qui habitaient ses chuinps. Il n'y a plus de paysans dans les campanges ; on les a fou es de disparaître pour faire place aux journaliers. Les journaliers qui , sous les ordres des riches fermiers , font tout le travail de l'agriculture , sont dans une condition plus dépendante, à plusieurs égards, que les serfs qui acquittaient la tapitation et la corvée ,..., et au plus haut terme de la Civi' Usaiion moderne, fagriculture se rapproche de celte période le corruptùm de lu Civilisation antique, où tout touvrnyf les champs était fait par des esclaves.

Sismondi , Nouveaux principes d'économie politiqur.

A ces révélations, ajoutons-en d'autres dont on ne rnntestera pas ta valeur.

Àsfetnblée des maîtres-artisans de Birmingham , 21 mars 18^7. Elle déclare «que l'industrie et la frugalité de Tou- » vrier ne peuvent pas le mettre à l'abri de la misère; que la fl masse des employés à Tagriculture est nue ; qu'elle meurt réellement de faim dans un pays où il existe une surabonn (lance (le \ ivres. » Aveu d'autant moins suspect , qu'il part de la classe des maîtres d^ateliers, intéressés à rédimer le salaire des ouvriers et déguiser leur misère.

Voici un second témoin , également intéressé à dissimuler le côté faible de la nation; c'est un économiste, uo indui> triatiste qui va dénoncer sa propre science.

VéODAUri IlfDUSTBIlLLE. 434

Londres , Chambre des Communes , 28 février l8iG. M. Huskissoii , ministre du commerce, dit : u Nos fabriques » de soieries emploient des milliers d'enfants qu*on lient à » rattache depuis trois heures du matin jusqu'à dix heuresdu » soir : — Combien leur donne-t-on par semaine ? — Un » schelling et demi (trente-sept sous de France , environ cinq » sous et demi par jour), pour être à l'attache dix-neuf heu- > res , surveillés par des contre-maîtres munis d'un fouet , » dont ils frappent tout enfant qui s'arrête un instant. »

Nouveau Monde , page 35.

Est-ce là de l'esclavage ?

Aussi la Quaterly Beview dit-elle : a 11 résulte de la législation actuelle que les ouvriers et leurs familles sont aussi complètement adstricti glebœ [ \ ) dans toute l'Angleterre que les serfs des temps féodaux, avec cette seule différence que ce n*est pas à la ferme, mais à la paroisse qu'ils sont attachés. »

La Quaterly Review avoue le fait , seulement elle le met sur le compte de la législation, ce qui n*a rien d'étonnant, parce qu'il est bien entendu aujourd'hui que toute espèce de mal a sa source dans la chose politique. On veut absolument que tout ressortisse d'elle. — C'est qu'aussi c'est un si bon thème d'opposition à paraphraser que celui-ci : « Le peuple est réduit à la misère par le gouvernement ! » — Et quand on vous jure sa parole d'honneur que c'est le gouvernement qui est cause que le peuple meurt de faim, qu'auriez-vous à dire si vous étiez de son bord? N'entendons-nous pas tous les jours uu œncert de journalistes qui soutiennent, affirment, et sérieusement encore, que c'est le principe monarchiaue qui pèse sur les rangs inférieurs de la société et réaime le pain des ouvriers ?.. En conscience, à quelque parti que vous apparteniez , dites, n'est-ce pas à casser les bras ou à faire crever de rire ?

Disons pourtant que dernièrement le National semble être venu sur ce point, en partie du moins, à résipiscence. Avant de le citer , donnons le remarquable passage des Débats, auquel il répondait : c'était à propos

(I) jidstrica glebœ , atUchés k la glèbe.

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des dernières afi'aires de Lyon , crises si graves , et qu'on oublie si étourdiment dès qu'elles sont passées !

Les événements de Lyon n'ont à nos yeux aucune coulein républicaine, et c'est pour cela surtout qu'ils doivent effrayer Leur cause est plus profonde et plus grave ; elle tient à l'éta? même de notre société commerciale et industrielle. Lyon est le symptôme d'une triste maladie sociale qu'il n'est au pouvoii d'aucune forme politique de guérir. Nous serions une république, que les choses à Lyon n'en iraient pas mieux. Gomme la monarchie, la république aurait à faire à d'immenses agglomérations d'hommes dans les villes manufacturières , à des foules dont la vie précaire et chanceuse dépend des mome^ ments et des vicissitudes du commerce. À moins de jeter c^ foules sur les champs de bataille , et d'en faire de la chair a canon , le danger serait le même pour la république que pour la monarchie. Journal des Débats, 22 février i 834.

Voici ce que, le lendemain S3, le National avouait à son tour :

Nous sommes forcés de nous dire avec le Journal de.- Débats de ce matin qu'un gouvernement républicain, dan^ des conjonctures semblables , ne ferait peut-être diversion au malaise de cette immense population ouvrière qu'en précipitant sa partie généreuse et vive sur des champs de bataille

révolutionnaires Comme le gouvernement du 7 août ne

fait la guerre qu'à l'intérieur, et ne sait armer les citoyin> que contre leurs concitoyens, il doit lui être plus difficile qu'à tout autre de conjurer des maux dont la cause est* cach^ dans les profondeurs d'une société trop instruite pour n'opposer que la résignation à la douleur , et trop peu éclairée, peut-être, pour chercher des remèdes hors des voies de réactions et de représailles.

Ce sont ici des aveux bien sin&uliers. Un reconnaît d* abord que le mal a sa racine dans lorganisation sociale, et non dans Torganisation politique. — C'est bien. On confesse franchement son ignorance, et Tignorance df tous les faiseurs d'opinion. — C'est mieux.

Mais voici qui n'est pas bien : — on sent qu'il y a des remèdes à chercher hors des voies de réaction et de iypr^nailles, et l'on se cramponne pourtant à une politique

FÉODALITÉ IRDUSTBIBLLE. 45S

de réaction et de représailles ! et l'on fait ses efforts pour bouleverser la société, tout en avouant son impéritie sociale ; car on confesse que le seul remède qu'on saurait employer consisterait à jeter sur les champs de bataille révolutionnaires la partie vive et généreuse de ces im* menses populations ouvrières , c'est-à-dire à changer la chair à misère en chair à canon ! Et l'on reproche au gou vernement comme une faute politique de n'avoir pas fait cela ! — La faim ou la gueule d*un canon I — belle alternative que nos hommes d'état de l'un et de l'autro bord offrent à leur peuple souverain I

Et puis ensuite ?... quand l'Europe aurait été bouleversée ; quand vous l'auriez entièrement républicanisée, que feriez -vous pour remédier au mal de la faim et de (a misère qui reparaîtraient plus fort que jamais : ~ car apparemment la guerre ne créerait pas de grandes ri* enesses? —.Alors, n'est-ce pas, vous jetteriez la partie vive et généreuse des prolétaires européens sur l'Asie et ar FAfnque, et vous républicaniseriez les Tartares et les Chinois. — Et après i...

Mais, en vérité, c est pitoyable !

Et le gouvernement, lui, que fera-t-il ? S'imagine-t il que ses baïonnettes, ses sergents de ville et les bâtons de ses assommeurs sont des denrées nourrissantes ? Je ne suis pas de ceux qui trouvent mauvais qu'un gouvernement ^ui est se détende et maintienne ce que Ton appelle aujourd'hui Tordre ; mais je crois que, dans son propre intérêt comme dans celui de la raison, de la justice et de la plus simple humanité, le gouvernement devrait prendre en considération la détresse sociale et y chercher un remède.

Chercher un remède !... c'est la t&che de tous les hommes d'intelligence ; et s'il y avait la moindre valeur chez ces gens qui mènent l'Opposition, ils en trouveraient, des remèdes, et en indiqueraient au Pouvoir, au lieu de se réduire au rôle de braillards, de harceleurs et de taons incommodes. Ils ne servent, tous ces gens-là, qu'à donner de la tablature au Pouvoir ; ils le forcent à se tenir incessamment sur la défensive, et, fût-il disposé à s'occuper de ces questions vitales, ils lui en ôtent la faculté et lui fournissent, par cela même, d'excellents prétextes

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pour s'excuser de ne le pas faire. Puis ils l'irritent , ils enveniment toutes choses , ils accroissent Tàcerbité et l'énergie de la répression , et ne contribuent pas peu à augmenter la grande dose des maux dont ils ont la niaiserie ou la mauvaise foi d'accuser le gouvernement. — Je ne parle pas plus ici du gouvernement actuel que de tout autre : à quelques très-rares exceptions près , que sont en effet toutes ces formes gouvernementales comparativement à la forme sociale et sans une bonne forme sociale (ij?

Avant de faire de nouvelles citations cpii résument oa . fortifient la thèse que nous traitons , il importe de don- "' ner une appréciation de Tinfluence sociale des emprunts fiscaux ou dettes nationales. J'ai dit qu'ils concouraient puissamment à nous entraîner vers la Féodalité de quatrième phase : j'en vais donner la démonstration.

Cette Féodalité, avons-nous vu , serait constituée dès que la plus grande partie des propriétés industrielles et territoriales de la nation appartiendrait à une minorité qui en absorberait tous les revenus, pendant que l'immense majorité, attachée aux bagnes manufacturiers et courbée à la glèbe , rongerait le salaire qu'on voudrait bien lui laisser. Alors on pourrait considérer la France , dans son ensemble , comme un vaste domaine exploité et mis en valeur par les masses, au profit d'un petit nombre de propriétaires tout-puissants.

Or, que se pa^^se-t-il quand le gouvernement fait des emprunts? — C'est la nation qui paie annuellement les arrérages, en prélevant sur les revenus de son sol et de son industrie la rente de la dette. Posséder des rentes sur l'État, c'est donc posséder des actions sur l'ensemble de la propriété française, sur le grand atelier de la production nationale. Ainsi , à mesure que la dette aug mente , toutes les propriétés foncières diminuent proportionnellement de valeur, puisque le revenu de la pro-

(I) Maître aujourd'hu! de la Bituatfon, le Pouvoir ne fait rien, rien, rUn. Tout ce monde ofnciei , gouvernement et oppoaUion , o(k po9iUoo et gouvernement ^ est o.^siflé, pétrifié ou pourri.

[;Vo/€rfeJaï»/fd.J

FBODALITÎ IlfDn8TII£LLE. 455

priété est partagé entre le propriétaire proprement dit, et le propriétaire rentier, le pro))riétaire général , le propriétaire dont le titre de propriété est Hypothéqué sur i ensemble des richesses nationales.

Le régime des emprunts tend donc évidemment à ré duire à zéro la propriété ordinaire , à faire passer entre les maÎDs des capitalistes préteurs les véritables titres de la propriété , à livrer à leur envahissement le sol tout entier. On voit que cette ^disposition est tout à l'avantaçe des grands possesseurs de la richesse, et principalement des financiers , banquiers et hauts commerçants, c'est-à-dire, des grands pirates improductifs. A mesure que la dette croit, la France devient de plus en plus la fermière de ces messieurs. C*est sur 1 industrie, sur la propriété territoriale et sur Ta^riculture qu'ils prélèvent leurs rentes, sans avoir à s'inquiéter eux-mêmes tie la rentrée; le gouvernement s'en charge avec son administration, ses garnisaires et son armée.

Mais venons à nos citations. — La première va nous donner l'opinion d'un homme que l'on ne saurait traiter de BÊVKUR, puisque cet homme était un Académicien. C'est Lemontev, en effet, qui est l'auteur du passage suivant, passage d.' autant plus remarquable qu'il a été publié tout au commencement de ce siècle. On ne comprend Çuère comment cette critique de Lemontev, si logique et si vigoureuse, n'a pas maintenu dans certaines bornes les docteurs de l'économie politique : il fallait que ce fût chez eux, véritablement, un parti pris de rester absurdes. Le lecteur remarquera dans ce passage que la portée de la critiaue de Lemontey va plus loin encore qu'il ne le crovait lui-même ; car cette critique s'applique au système {out entier de l'industrialisme morcelé, et non pas seulement à Vemjdoi de la division di^ travail, qui n est

Îu'uQ des faits saillants de ce système. A bien dire même, emontey faisait une véritable erreur de point de vue dont il est facile de remarquer au'il a eu le sentiment. C'est en effet une erreur de point ae vue que de critiquer la division du travail, dont le principe est en lui-même excellent, plein de fécondité et de puissance, — tandis que l'on doit critiquer seulement le faux et détestable

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emploi qu eu lait la Civilisation. — La critique de Lemotitey n'en est pas moins juste en fait et démonstrative d'une vérité que le lecteur doit commencer à admettre en thèse générale, savoir : Que la forifie civilisée gâte tout, vicie tout et corrompt les meilleurs germes. Ecoutons ces paroles de Lemontey, qui mettent si bien en relief les vices de notre industrialisme et Timminence de la féodalité de quatrième phase :

L'elTet inévitable de la divisiOD du travail , dans le sens que nous avons donné à ce mot , est de remplacer constamment le grand nombre des fabriques par Timmensité de quelques établissements. Les manufactures ordinaires ne peuvent plus atteindre ces colosses, que des procédés plus économiques mettent réellement hors de toute concurrence ; et ceux-ci , exigeant d'énormes avances , ne peuvent appartenir qu'à l'extrême richesse. Le mécanisme des entreprises par compagnie n*est favorable qu'à l'oisif capitaliste, et froisse encore plus la foule industrieuse.

Ainsi la classe moyenne , la partie la plus estimable de toutes les nations , se voit déshéritée des spéculations premières et productives (1). Une nécessité implacable la repousse dans un trafic subalterne, sorte de cabotage qui ne se trouve plus en proportion avec les besoins du commerre et la commodité des consommateurs , école de mauvaise foi qui tourmente les produits deTindustrie sans jamais y rien ajouter. De q§ seul déplacement doit nattre, avec le temps, une monstrueuse inégalité dans la distribution des richesses , et « dans colle des lumières, une confusion choquante des nuances

(!) La classe moyenne, la partie la plus esUmable de toutes les nations... Ceci pouvait peut-être se dire à l'époque où la classe moyenne n'avait pas encore été au pouvoir, quand on ne connaissait que le gouvernement des aristocrates, des rois ou de la canaflle. Aujourd'hui qu'elle a fait ses preuves , révélé son profond égoisme et donné la mesure de son libéralisme , « qui n'est libéral que de haillons , car c'est tout ce que ie peuple recueille de son Intervention ; • — aujourd'hui , Lemontey ne nous encadrerait pas sans doute la classe moyenne dans une aussi glorieuse épithète.

Le fait d'ailleurs, et c'est ce qu'il importe de faire comprendre à Messieurs de la classe moyenne, n'en est pas moins très-Jusie et irès-cxact ; les hauts industriels les déshériteront des spéculaUon^ preduflives, comme en sont déshéritées déjà les classes Inférieup^^.

PBOHAUTB l^OUttTRllIXB. . 157

douces et graduées dont se forme rhunnonie sociale, une altération funeste dans le caractère moral et Tesprit public d'une nation

Supposez à ces diverses causes une action ancienne et invétérée, et voyez le spectacle que vous offrirait un peuple ainsi déformé. C'est là qu'un égoïsme mercantile envahirait le droit des gens et la morale privée, qu^un homme serait éva* loé par ce qu'il possède , que les vertus seraient tarifées dans Topinion comme les crimes dans les codes barbares, que les impôts du peuple seraient aliénés à des marchands, que des guerres civiles se feraient par souscription, que des souverainetés éloignées seraient morcelées en coupons et vendues à la Bourse^ que la littérature marcherait à peine avant la livrée, que les beauic-arts seraient reçus par vanité plus que par goût, et moins accueillis que payés ; que les sciences conserveraient un reste de crédit, non pour la sublimité des découvertes ou la grandeur des résultats, mais pour Tapplication immédiate à quelque métier : c^est là que le commer» çant deviendrait, non pas l'objet, mais l'arbitre des honneurs, et que, par ce contre-senspolitique, au lieu de rendre le commerce glorieux , c^est la gloire qu'on rendrait commerciale. Si votre imagination s'avisait de pousser jusqu'aux derniers termes cette déviation de principes, vous trouveriez à la fm une nation où toute la science se renfermerait dans vingt têtes, et tous les capitaux dans cent comptoirs; où l'on ne rencontrerait au-dessous qu'ignorance et misère, vices et servitude, levain- de toutes les fermentations, matière de tous les embrasements.

Je viens de tracer, non pas ce qui existe, mais ce qui est possible. J'ai montré tout-à-coup le mal dans ses extrêmes , parce que la division du travail , cette tendance à micaniser les hommes et à concentrer les capitaux, a dans elle-même un principe d'activité formidable qui l'approche sans relâche des derniers excès. On ne saurait trop considérer qu'en politique les dissolvants les plus dangereux sont ceux qui pénètrent par des voies imperceptibles, et qu'il y a des prospérités trompeuses et un embonpoint précurseur de la maladie. Une nation n'a certainement pas les mêmes éléments qu'une banque, et tous les capitaux réunis ne fonderont jamais une compagnie d'assurance pour la vie politique des Ëtats. Quand une invasion s'opère, quand une crise intérieure s'allume, il

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