LA CIVILISATION RUINANT SES PAUVRES
EXEMPLE DE L'ANGLETBftRB. >
uicsarc que les profits de fiiuuioes s'étcncUut «t sa multiplient, il se forme dans l'Eut ud parti eon*> sidérable dont *«s iatérôls se trouvent en opposition arec ceux du plcuple.
Nscsia .
Nous avons souvent signalé la tendance actuelle du mou-' vement ôocial et le procbaiit avènement de la Féodalité mercantile ) industrielle ou financière , comme ou voudra rappeler, qui caractérise la caducité de la Civilisation , comme la Féodalité nobiliaire en caractérise Tenfauce. Chaque jour amène des révélations et des faits indiquant la proximité de cet odieux dénouement qui menace de terminer le drame terrible et sanglant de la Civilisation moderne. Ce sujet est trop important pour que nous n'y revenions pas souvent : c'est là, en effet, le phénomène social qui devrait concentrer aujourd'hui toute Tatlention des penseurs. La profondeur et IMntensilé du mal appellent un prompt secours; il n'y a pas (ie temps à perdre pour en étudier les causes cachées et se ip.ellre en mesure d'y porter remède. C'est une question dévie "u de mort pour les nations européennes.
Et d'abord , n'enlendez-vous pas dire tout autour de vous que nos sociétés sont usées et vieillies; qu*elles sont impuissantes à satisfaire les nombreux besoins qu'elles ont créés; qu'une réorganisation radicale est urgente? Ces vérités sont généralement senties; elles sont banales aujourd'hui ; et cependant, tant est grand l'aveuglement, tant sont puissantes les préoccupations de parti , que la question de fond, la que^ tion sociale est négligée pour les questions toutes superficielles de la politique quotidienne. Eh! je vous le demande, qu'est-ce que la Légitimité, la Doctrine ou la République ont de commun avec cett^ réorganisation seciale dont chacun admet la pressante nécessité? Comment règleront-elles le compte du Prolétaire et du Piopriétaire? Comment délivreront-elles l'un de la faim , l'autre de la peur? Les hommes de ces différents partis ont-ils seulement des projets , des sytèmes quelconques à cet égard? Eh! bon Dieu 1 ils u'ont pas même la prétention d'en avoir, et c'est, en définitive, à remploi des prisons et à Tusage des baïonnettes qu'ils seraient tous conduits forcément pour maintenir l'ordre et calmer Ih faim. Le Mouvement s'occupe exclusivement de faire la guerre au Pouvoir; le Pouvoir suffit à peine à se défendre , et le Légitimisme intrigue au-dedans et au-dehors pour replacer une famille en lieu si dangereux pour elle, que, sans une incroyable aveuglement, celle-ci s'estimerait heureuse de l'avoir pu quitter à si bon marché. Or, je ne vois là rien qui ait rapport ^au fond de la question ; je ne vois qu'un tumulte qui emptVhe de la poser; je ne vois qu'une cohue de fous se quereliani avec tant d'acharnement sur la forme d'une girouette dorét dont ils veulent couronner le faîte de leur édifice qu'ils n« s'aperçoivent pas que l'incendie en dévore les bases.
Le mal pourtant est si grand que nombre de gens de conscience et de bonne foi , qui avaient mis leur espoir dan^i certaines théories politiques, tombent dans un atîatteroent complet et désespèrent de l'avenir des nations européenne^. Ils aperçoivent avec effroi , à l'entour d'eux , des symptômes de décomposition pareils à ceux qui ont caractérisé la destruction de tous les empires; et certes, jamais , à aucune époque , ces phénomènes ne furent aussi nombreux et les plaies sociales aussi profondes. Aujourd'hui, en effet, ce n'est pluà la guerre qui esi le terrible fléau des nations avancées en Civilisation; ce n'est plus la guerre, c'est la paix! C'est la
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paix , puisque le Prolétariat et te Paupérisme , ces deux rancerd rongeurs de nos sociétés modernes , s'étendent plus rapidement pendant la paix que pendant la guerre ! puisque leur marche s'accélère par te développement de l'industnalisme et raccrotssement de la population !
Ce résultat est prouvé cumulativement par les (rois faits suivante. On en pourrait citer bien d'autres, je me contente de ceux-ci :
4<> Les pays où la Civilisation est à Pétat le plus avancé , c'est-à-dire où Findustrie , les sciences et le système commercial ont reçu simultanément les plus grands développements; ces pays, comme l'Angleterre, la Belgique et la France, sont aussi les plus encombrés de prolétaires, de (»a(ivres , de meurl-de-faim de toute espèce. Il serait absurde de contredire ce fait en citant les États-Unis, car ils ont de la place et sont maintenant en train de s'étendre ; mais patience l ils recèlent tous les germes des progrès à faire pour nous rattraper.
2° Dans un même pays , le nopibre des pauvres s'accrott avec le mouvement ascendant de l'industrie et de la population , de telle sorte qu'en Angleterre une période de 75 ans (de 4750 à 4825) a suffi pour élever la taxe des pauvres dans la proportion de 4 à 44, tandis que. pendant te même laps de temps , l'augmentation des dépenses publiques , qui s'est faite en raison de l'accroissement de la population portée au double , et du changement opéré dans tes valeurs , est représentée seulement par le rapport de 4 à 4 . Ajoutons , pour corroborer la preuve, que dans le môme espace de temps àpeu-près (de 4765 à 4826), le nombre des accusés par année a été porté de 509 à 46 447. Ces deux nombres sont entre eux comme 4 et 34 . Encore a-t-il été solennellement affirmé par des magistrats de Londres qu'il li'y avait pas la dixième partie des délits dont les auteurs fussent mis en accusation aujourd'hui.
3» Dans les pays différents , enfin , ce sont tes villes les plus riches et les plus industriellement prospères , telles que Lyon , Mancbesler, Liverpool , Bristol , etc., qui sont témoins des révoltes de Prolétaires. Ces révoltes non politiques sont un des plus grands symptômes de malaise qui se puissent manifcâler; car, pour que le peuple se porte à de telles extrémités, il faut que sa position soit affreuse. Une populatioa
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entière d'ouvYiers s'insurge bien difficilement pour ses pro près intérêts , et d'elle-même.
Il est donc proavé par les faits que le Prolétariat et le Paupérisme augmentent, à notre époque de Civilisation , avec la population et plus vite qu'elle , en raison même des progrès croissants de l'industrie.
C'est là un signe odieux et menaçant , qui marque au front notre système social.
Veut-on la raison de ces faits? Elle est bien simple. — C'est que les capitaux suivent aujourd'hui sans contrepoids la loi de leur propre gravitation ; c'est que, s'attirant en raison de leurs masses, les richesses sociales se concentrent déplu» on plus entre les mains des grands possesseurs. Il n'en peut être autrement dans le mobcellehent des intbrâts , puisque la petite manufacture , la petite fabrique , ne peuvent pais lut* ter contre la grande manufacture et la grande fabrique; puisque la petite culture, se divisant et se subdivisant sans cesse, ne peut lutter contre la grande culture avec son matériel, ses avances, son unité; puisque toutes les découvertes desscienceset ée^ arts sont, par le fait, le monopole des classes riches et augmentent sans cesse la puissance de ces classes ; puisqu 'enfin les capitaux donnent la force à qui les possède , et écrasent qui ne les possède pas. — Ce n'est pas seulement dans les uifaires de production que les conditions actuelles sont énormément favorables aux grands industriels, aux grands propriétaires , et ruineuses pour les petits industriels , les petits propriétaires; l'avantage de position se retrouve avec un contraste aussi marqué dans les affaires de vente ou d aohat et de consommation. Ce sont là de simples vérités que nos superbes économistes auraient dû apprendre de leurs ouifttnières , avant d'écrire leurs chapitres et leurs volumes sur leur science de la richesse des nations qui meurent de faim.
II est donc avéré que , comme Producteur, comme Acheteur ou Vendeur, et comme Consommateur, c'est-à-dire sous les trois faces industrielles , la concurrence entre celui qui possède beaucoup et celui qui possède peu ou qui ne possède pas, est mortelle au dernier.
Or, sous la Féodalité nobiliaire, les grands Propriétaires, qui étaient des Seigneurs, eussent rougi de se livrer au commerce et à l'industrie. Ces fonctions entraînaient dérogeance. Alors au^si la masse des travailleurs acqu^&rait de jour en
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jour de nouvelles ressources ; les clas>es moyennes se formaient; le Tiers devenait puissant et la noblesse s'afTaiblissait. De nos jours, la prépondérance croisf^ante de Tindustrie a remplacé la noblesse de robe et d^épée par la noblesse de ^argent, et les écussons par le coifre*fort : le poids du coffirefort détermine la hiérarchie des rangs et Tordre des préséances. Aussi tous ceux qui possèdent sont-ils maintenant doublement excités et âpres à exploiter, spéculer, commercer, agioter et faire valoir. Outre la puissance de leurs capitaux individuels, les grands possesseurs de la richesse ont la force immense que leur fournit Fassociation des capitaux; cette torce corrobore et cimente leur coalition, déjà si menaçante, rontre les masses dont ils font le blocus industriel.
il est donc avéré que le mouvement social actuel tend à ilépouilier de plus en plus les classes inférieures et pauvres, au proflt des classes supérieures et riches; il est avéré que Pindustrie et le commerce, dont Pinfluence a détruit a la Féo- » dalité nobiliaire , en diminuant peu à peu les servitudes » personnelles et directes, opèrent de nos jours, en conti- » nuant leur développement, Taccroissement des servitudes » collectives et indirectes, et organisent rapidement la Féo- » dalité mercantile, industrielle ou financière » (Ch. Fourier, 1808) : ce qui constitue la phase de caducité de la Civilisation, phase la plus douloureuse comme la plus odieuse de la vie des nations.
Ce sujet voudrait un volume pour être traité. Ce que j^en dis suflSt cependant pour montrer qu'aujourd'hui tout progrès dans le système de la Civilisation entraine un péjoratif; que toute prospérité amène une extension du cancer social, et que notre organisation industrielle est une machine immense qui fait des Pauvres et des Prolétaires en quantité d'autant plus grande, que son travail est plus considérable et son mouvement plus accéléré.
Oui 9 à l'époque de vieillesse qu'elle a atteint , la CiviUsation fait des pauvres, et le mouvement qui l'emporte vers (a Féodalité industrielle est si énergique que TAngleterre, qui avait laissé aux siens une dernière obole, la leur retire aujourd'hui.
Elle ruine ses pauvres !
Eh bien! lumineux philosophes, brillants économistes, savants politiques , grands hommes qui chantez la perfecti-
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bilité sur tous les tons! que dites-vous do ces progrès que nous accomplissons? n'êtes-vous pas contents et fiers des pas de géant de votre Civilisation tant aimée? — Lisez les alinéas suivants, sur le sort des populations agricoles de rAngleterre; joies extrais du Temps, joubnal des PROCrBàs.
« Parmi les causes qui ont aggravé la position des labou- » reurs, il faut placer les enclosure's Mils ou actes du parle- » ment qui ont ordonné la clôture et la distribution, entre les » grands propriétaires, des terres communales , des terrains » vagues, etc. ; plus de sept millions d'acres de ces terres ont » déjà été closes. Il ne restera bientôt plus que les rochers, » les bruyères et les terrains absolument stériles qui ne soient 3> pas enclos. Certes, on ne peut révoquer en doute ce qnV » vancent, dans la défense de cette mesure, les économistes » anglais ; elle a pour résultat définitif l'accroissement de la i^ richesse du pays. Elle était nécessitée par l'augmentation » annuelle de la population , par la décadence de Tagricul- » ture , qui souffre tant du système suivi par les magistrats » dans la distribution des fonds provenant de la taxe des » pauvres , par l'augmentation du prix des denrées , et par » l'observation facile à faire du déficit annuel de la produr- » tion de ces denrées, qui oblige à une importation onéreuse. » On ne peut nier en effet que ces terres ne soient plus pro- » dttctives, mieux cultivées entre les mains de riches pro- » priétaires qui peuvent faire facilement les avances souvent » considérables qu'exige leur mise en rapport, et qu'en défi- 9 iiitive la communauté ne gagne un jour à ce changement. > Mais cette mesure, quelque juste qu'elle paraisse à cause » de ses résultats ultérieurs, n'en a pas moins pour résultat » immédiat la ruine d'un grand nombre de pauvres qui jouis* » saient du droit de parcours, du droit de {Àture sur les rom- » mimes pour leurs bestiaux, du droit tout aussi important à » leur bien-être de couper le bois ou de lever la tourbe ném oessaires à leur chauffage, et même en beaucoup de cas, la » charpente nécessaire à la construction de leurs modestes • habitations.
» Partout où Venclosure a été efibctuée, le nombre des va* » ches nourries par le pauvre, et qui nourrissaient à leur tour » sa famille, a considérablement diminué; souvent même elles p ont disparu jusqu'à la dernière; les dix moutons que chacun » d'rux achetait^ movnnnant six nonces par an, le droit de
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> mener sur les conimuiiaux, ont été vendus à vil prix; eo j* quelques lieux mémo la vente de lliabitation du pauvre a u suivi cène de ses bestiaux , et les malheureux paysans dé- ). possédés, sans qu'aucune compensation vienne adoucir, le i> coup qui les frappait , ont été obligés d'avoir recours au » fonds des pauvres pour le soutien d'eux-mêmes et de leurs n familles. Quelques-uns de ces bitU, il est vrai , laissent à >* tous le droit de devenir acquéreurs d'une portion du terrain T. soumis à la clôture, mais les mesures ont été tellement pri- » ses que le prix énorme du bill lui-même, celui du mesurage » et une infinité d'autres frais, qui montent souvent ensemble « à plus de 40 liv. sterl. par acre, ont partout empêché ceux » auxquels les concessions eussent été le plus nécessaires, de ïi prendre part à la vente. Ceux qui le tentèrent se trouvèrent » ensuite plus malheureux que les autres, parce que les sa- M crifices qu'ils avaient faits pour devenir propriétaires les n avaient privés du capital nécessaire pour mettre leur lot en j* valeur. Obligés d'emprunter, souvent à termes onéreux, leur u portion a presque toujours fini par être la proie de l'épicier, » du marchand du village, qui s'était empressé de leur faire » des avances. »
Remarquons bien l'état des choses, état qui ne peut qu'empirer en continuant dans le même système. La petite industrie , la petite culture , la petite propriété sont dans les plus mauvaises conditions pour produire, et produisent fort peu. Par la surabondance exubérante de ses membres et par la concurrence des grands magasins, le petit commerce se voit dans la nécessité de falsifier et sophistiquer les produits. — D'un autre côté, la population augmente dans une proportion tellement effrayante que son chiure d'accroissement est actuellement, en Angleterre , de cinq cents personnes par jour! La Civilisation ainsi acculée n^a qu^une issue : Téconomie politique la lui indiquera comme on vient de voir; elle posera on principe, en vue de l'intérêt général, qu^il faut augmenter la production, et, pour cela faire, supprimer la petite culture, la petite industrie, qui produisent peu et mal, et le petit cotiimeree qui détériore les produits. Elle conclura foroément dèslors à la suppression de la petite propriété , ainsi qu'elle concluait naguère, comme on sait, à la suppression de la grande en favorisant, de ses hauts, puissants et savants conseils, les lois d'expropriation révolutionnaire. Entretemp», la force des
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choses complétera, aux clianls de triomphe de PËconomie p<v titique, la spoliation déjà si avancée de la masse par !a minorité toute-puissante. Le sol sera intégralement envahi par de modernes conquérants industriels ; les capitaux et le pouvoir appartiendront légalement et légitimement à des Seigneurs mercantiles. La concurrence dépréciative du salaire livrera le Prolétaire pieds et poings liés à ces Suzerains d*\\n nouveau genre ; les masses populaires composeront un immense vasselage, salarié quand il pourra trouver du salaire, vivant au jour le jour quand il pourra trouver à vivre. — Cependant Tégalité devant la loi restera le premier article de ta constitution ; toutes les libertés seront inviolablement respectées: la liberté individuelle, la liberté de conscience, la liberté d'écrire et émettre toutes les opinions , sans que la censure puisse être jamais rétablie. Le Prolétaire , déclan* apte à vaquer à toutes les fonctions de TÉtat, ne se verra jamais contester aucun des droits imprescriptibles de Thomme et du citoyen ; il jouira même de ceux qui ont été oublî('t> dans la fameuse déclaration de 89 , comme le droit de vi\ re mille ans s'il peut, ou de mourir de faim, sans se plaindre, au coin des bornes. On peut espérer même qu*à cette époque, on sera enfin parvenu à établir définitivement et solidement dans le pacte fondamental, la consécration formelle et sans équivoque, du principe de la souveraineté du peuple.
On sera bien avancé alors ! Pourtant le développement progressif de la Civilisation et de nos institutions indéfini ■ ment perfectibles amènera bientôt la question des limites de