‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 3 sur 95 · V. Considérant · texte numérisé non relu

V. Considérant

rail». Si'pteîmbre 1817.

VMfttatioit

Simon Pierre leur dit . J« rais pécher.

JSAV. XXI. ^.

Cn problème eonTcnablempnt po4^ ^t h\*% pn» d'être résolu.

An ràxR.

Im miion finira pir avoir raison.

VotTAtax.

Voilii : r'eft i |>midre OU à laixaer.

SaAaitsrsAaK.

Craint le ehien qm entre en lobant.

Mox but est de donner nne Exposition Élémentaire, claire et facilement intelligible, de l'organisation sociale déduite , par Fourier , des lois de la nature humaine.

Nous vivons dans un siècle où les guerres , les com« nioiioDs politiques, les réactions insensées et les grandes soiiiïrances qui ont déchiré l'humanité à toutes les époques, se sont résumées dans un temps bien court et avec une effrayante énergie. Aussi le sentiment des misères sociales est-il aujourd'hui plus développé qu'il ne le fftt jamais : la douleur est mieux sentie , le mal parle plus haut, et l'on comprend partout l'urgente nécessité d'un roraède

L'innombrable quantité de combattants dont l'arène pûlitique est encombrée , les clameurs , les haines, les myriades d'opinions incohérentes et contradictoires qui se choquent et se pulvérisent, les troubles, les commotions politiques ou industrielles, les perturbations et les corruptions de tous les genres, toutes ces choses portent témoignage contre nos sociétés. Pour les intelligences quis' élèvent au-dessus de la sphère où le vulgaire s agite,

l PRÉLUOR t.

les mille voix qui se ])laigQeQt , ou c^ui parlent avec co 1ère, forment une voix collective, puissaidfte, lamentable et terrible, la Voix de rnoMME qui souffre. Cette voit accuse V organisation de la Société. — Ces plaintes, cei colères, ces gémissements s*elèveraient-ils, en eiïet, si, libres et heureux, les hommes vivaient sous des lois sociales calculées pour les besoins et les exigences de leur nature?

Aujourd'hui les investigations sur Tavenir de l'huma nite ne paraissent plus chose interdite à l'inteiligence. Onperniet les spéculations de cet ordre. C'est déjà m 'me un genre [)our tout écrivain, depuis celui qui fabrique de la philosophie transcendante jusqu'à celui qui débite des contes pour les enfants , d'apporté?^ sa pierre à r Édifice nouveau ; — c'est la formule de toutes les préfaces. — Mais si chacun veut apporter, sa pierre à I Édifice, encore faudrait-il savoir ce que sera cet Édifice ; encore faudrait- il en avoir détermmé le plan et les dimensions, et cela sous peine de n'amasser qu'un ridicule monceau de matériaux inutiles.-7-Dispensez-vousde nous apporter vos pierres, si vous n'en devez faire qu'un U> de ca Houx.

Le moment est donc venu de présenter à l'intelligence (MMitemporaine on plan régulier, capable de servir de base m grand travail de réorganisation qu'il devient urgent (f étudier; car la vieille société craque de toutes parts. £t puisque c'est un plan nouveau^ une invention^ une déeovvERTB SOCIALE, qu'il faut à ceux que préoccupe sérieasement la question d'avenir, il est bien permis de réclamer quelque attention pour une Conception formée en dehors de toutes les élucubratious pliilosophiques et littéraires dont nous sommes inondés et qui ne con- (daent à rien. N'eût- elle pas pour elle l'observation de> hits et la rigueur des déductions scientitiques, la Théorie de Fourier n'en serait pas moins digne encore de fixer les regards, par la nouveauté et la hardiesse des combinaisons , l'admirable liaison de toutes les parties , la poésie et la grandeur des résultats et des formes.

il but le dire pourtant : il ne manque pas d'esprits peu préparés encore à saisir une Tiiéone vraiment Aoa-

DECLABATION. S

vtUe. Il s'en faut de beaucoup que Tatmosphère iutelleetiielle soit diaphane et pure de tous auaees. Les serviteurs d'une Idée rénovatrice rencontrent a innombrabiesobstacles, et il faut, en vérité, avoir fait provision de force, de persévérance et de courage , il faut surtout une conviction profonde et sainte , pour marcher sans cesse et pousser toujours en avant sur pareille route.

Ceux-ci mettent en doute votre croyance, et sans s iaquiéter des gages que vous pouvez en avoir donnés, ils vous confondent avec ces charlatans sans foi ni loi, ces hannetons moraux et philanthropes qui foisonnent et bourdonnent dans les hauts et bas lieux du journalisme et de la politique ; — Et cette erreur se peut comprendre , car nous vivons dans un temps où Ton a fait marchand se de tout, opinion, religion, conscience.

Ceux-là disent que vous êtes des insensés, des utopistes, des têtes sans cervelle, c'est leur mot. Et ils passent en vous appliquant au front le nom de fou : nom Ignoble, s'il n'eût été porté et purifié par tous les zrands génies qui, devançant leur siècle , ont ouvert à rhuma> nité quelc^ue large et radieuse carrière. Le gibet de la croix aussi était infâme : Jésus l'a fait saint.

D'autres ont l'esprit rempli de préventions déraisonnables; ils sont en garde contre vous comme contre un ennemi, et vous ne pouvez rien semer dans ce terrain d'hostilité et de défiance. Ces dispositions malveillantes (\\ii vont chez plusieui*s jusqu'à vous supposer des infenttotts basses ou intéressées , ces préventions mauvaises dont on s'arme comme d'une cuirasse et d'une épée contre ceux qui professent une foi sociale et s'y dévouent, on les légitime par ces mots : « Il faut bien qu'ils aient leurs vues secrètes; sans cela ils ne s'occuperaient pas tant du bonheur de l'humanité! »

Voilà Qonc la moisson que récoltent de ce temps-ci les hommesà sentiments généraux. C'est un triste symptôme de l'égoïsme qui ronge au cœur notre société : if faut que le froid soit allé bien avant pour qu'on ne puisse plus comprendre un dévouement, un amour pour une œuvre sociale; il faut que la corruption soit bien profonde pour que la malveillance du monde accueille ceux qui

4 PBBLUDE t.

travaillent au bonheur des hommes! — Acceptons ce sentiment comme une manifeste révélation du mal. N'a-t-il pas fallu de longues douleurs , de cruelles destructions d'illusions et d'espérances pour que la société ait ainsi dépravé le cœur humain?

Mais la plus commune des prédispositions, celle qui, sans contreoit, oppose le plus a obstacles croisés et re~ croisés à la propagation d*une idée sociale nouvelle, c'est cette manie qu on a de mettre ses propres idées, des idées quelconques, à la place de celles qui forment véritablement la Théorie donnée. La juger avant d'en avoir vu le développement, introduire tout à travers des idées erronées et rausses, ployer, briser, déplacer celles de Tauteur, tirer de cet amalgame absurde et ridicule des conséquences plus ridicules et plus absurdes encore: voilà ce que Fimmense majorité des gens éclairés exécutent trës-fidèlement et à la lettre dans Foccurrence. Et Quand ils ont fait srimacer votre conception , auand ils 1 ont gaupée avec leurs idées, quand ils l'ont défigurée et réouite à Timagede leur esprit, àje ne sais quelle image niaise et grotesque, ils vous disent avec satisfaction . a Votre Théorie est une utopie bizarre et vulnérable I » Oh I certes oui , votre Conception passée à leur filière, votre Conception telle qu'ils Tout digérée, telle qu'ils la rendent, est quelque chose de vulnérable et de bizarre! — Voilà les misères que rencontrent à chaque pas , à chaque parole, les apAtres d'une idée nouvelle I et c'est ce qui nous a long-temps fait damner, ce qui nous a sou* vent rendus outrecuidants, ce qui nous inspire un involontaire mépris pour ces cœurs glacés et ces cerveaux étroits où ne sauraient entrer, de front, quelques pensées fortes, neuves, liées entre elles , qui ne peuvent ai s> raietter, ni s'éparpiller.... I

On voudrait connaître une Théorie nouvelle ex abrup* to, on voudrait l'avaler d'un seul coup, comme une hut*: tre; il la faudrait, que sais-je?en papillotes, en feuille- 1 tons, tout au plus en romans. Il faudrait qu'un homme de génie qui propose un mécanisme social , une combinaison de haute science , présentât ses plans lavés eo rose , avec des explications en deux langues , pour les uns en classique , en romantique pour les autres.

DECLABATIOR. ]$

Ensuite, on lui fait un crime de tout : — comment lire un livre dans lequel on rencontre vingt mots nouveaux ! — Eh I on en trouve par centaines dans un traité de chimie, de phjsique, d*histoire naturelle, de médecine, etc., etc. — Oui, mais ce sont des sciences, tandis qu'une Théorie sociale... — Holà! vous ne voulez pas qu une Théorie sociale soit une science, la première des sciences, la plus importante de toutes, la science pivotale, la Science de THomme ! ... En vérité, cet aveu suffit pour faire comprendre combien tout ce que Ton a débité jusqu'ici sur les relations sociales est faux et pitoyable. En ! si la Théorie nouvelle n*est pas une Science, si elle n'est pas revêtue de tous les caractères de certitude de la Science, eh bien ! c'est que ce sera encore une rêverie à ajouter au fatras des rêveries philosophiques et morales dont vos bibliothèques s'emplissent depuis trois mille ans !

Aujourd'hui on permet le néologisme ou Tarchéologisme dans les sciences et même dans les romans et dans les contes. Pas un littérateur qui soit content de lui, et dorme tranquille sur la composition de son livre, s'il n'a enrichi la langue de quelques expressions nouvelles ou restaurées : — et l'on vouerait inierdire ce droit à celui qui a besoin de vingt ou trente mots neufs, lui bien véritablement, parce qu'il apporte des idées neuves ! — C'est ridicule.

Puis on exige que vous réduisiez une Théorie sociale aux dimensions d'un article de journal. Mais où donc trouve4^n la chimie, la physique ou l'algèbre en dix paa;es in-octavo? Il faut qu'on sache qu'une science sociale, et c'est de la Science sociale découverte par Fou-J rier que je parle, car je n'en connais pas d'autre, — ne se lit pas, mais qu'elle s'étudie. i

Pour moi, je n'ai entendu exposer, dans Destinée so- " ciale, que l'application élémentaire de la Conception de Fourier au développement historique et à l'organisation normale de la société. Ceux qui auront à cœur de connaître cette grande Conception dans son immense et magnifique ensemble, devront, après leur initiation, entreprendre de plus hautes études.

Toutefois, pour élémentaire et facile qu'il soit à Tintelligence, ce livre ne s'adresse pas aux gens décidés à

6 PKBLUUE I.

juger sans savoir, à trancher toute question ex cathedra , ni à ceux qui croient avoir écrasé une idée par les motswfopf'e, impossible, rêve et chimère! — Il n est pas pour les gens sans cœur et sans intelligence ; ni pour ceux qui jugent tout avec les idées reçues, Tautorite des noms — et les préjugés, quel qu'en soit Tâge. Ceux-là, et tous ceux qui ne veulent pas entendre un appel pur et simple à la libre raison, au bon sens dégagé d'entraves, y répondre avec netteté, fermeté et sans couardise, n'ont rien de mieux à faire que de fermer ce livre.

Un mot encore.

Les hommes aujourd'hui le mieux disposés pour accepter des innovations sociales, ceux qui souffrent, dans leur cœur, du mal général , et qui invoquent le bien, les hommes de désir, pour leur donner leur vrai nom, sont pour la plupart enlacés dans une croyance fausse et trom-

f>euse. il faut marcher en avant, disent ils; il faut ({ue 'humanité s'afiranchisse dupasse; il faut qu'elle laisse là, comme l'enfant devenu homme, les langes de son berceau, et qu'elle secoue sans crainte ni vains remords le vieil héritage des douleurs et des misères séculaires.

C'est très-bien ; mais ils ajoutent, et c'est ainsi qu'ils résument leurs pensées d'avenir : il faut améliorer et perfectionner lasociété actuelle. Puis ils développent la théorie de la perfectibilité, mise en lumière par Condorcet et reproduite de nos jours avec des additions et des variantes sous le nom de progrès continu

Or, c'est ici qu'il faut s'entendre : veut-on dire que la condition de l'homme doit être rendue meilleure sur cette terre, et l'état social conduit vers la perfection que notre . nature comporte? En ce sens, on ne fait qu'exprimer vaguement un excellent désir.

Veut-on dire que le moyen d'arriver à mieux est de perfectionner les formes" existantes? — Il y a alors erreur, et grave erreur ; car si la forme sociale'est mauvaise dans ses bases, il faut cesser de songer à améliorer et perfectionner ce qui pèche par le fond. Ce n'est Elus de perfectionnement qu'il faut parler, mais bien de 'ansformation radicale et complète. 11 faut s'affranchir du jou|g des formes connues et poser le problème, indépendamment des combinaisons particulières dans les-

I DBCLABATIOll. 1

Celles rhonime se trouve placé mir terre en TanBée 4 847. ^ La seule condition que Ton ait à s'imposer, et je pria li*on note cette restriction, la seule condition nécessaire

Eur que Vavenir soit rattaché au paisé., c'est que tous i intérêts soient respectés et tous les droits reconnus !Que les hommes de la tradition veuillent bien suslendre les foudres qu'ils agitent à ces paroles : nous Icheroos de les contenter un peu plus tard.)

Cette observation sur la fausseté de la théorie de la perfectibilité, telle qu'elle a cours, esi très-importante : ar les plus grands efforts de l'esprit humain échouent levant une question mal posée. Quand on cherchait h ier entre elles les observations astronomiques, en parant de rhypothèse que la terre occupait le centre dit système planétaire, des hommes de génie entassaient ^fructueusement, dans des explications inextricables, courbes sur courbes, ppicycloïdes sur épicycloîdes. Le problème astronomique é&ît mal posé; les savants ens» sent persisté dix mille ans dans cette voie, que, dix mille ans, ils eussent fait la tâche vaine des Danaîdes. -^ Celui-là, au contraire, qui le premier vint dire : « Au lieu d'admettre en principe que la terre est un astre immo- » bile et central, avisons à examiner s'il ne se pourrait » pas faire au'elle marchât elle-même comme nous voyons » marcher les autres planètes : » celui-là, par \m simple déplacement des termes du problème astronomique, rendit facile une solution sur laquelle la sagacité des philosophes s'était et se serait inutilement exercée pen« dant des siècles. — Celui-là fonda la Science.

Cet exemple et mille autres prouvent que l'esprit humain s'accule entre des absurdités et des impossibilités toutes les fois qu'il s'entête à résoudre des questions mal posées. Il prouve aussi qu'aussitôt les questions . posées comme eiles doivent l'être, les solutions coulent de source vive. C'est une vérité reconnue par tous ceux qui cultivent le domaine des sciences exactes, et qui brille à leurs yeux de l'éclat d'un axiome. Nos faiseurs de philosophie et de sciences morales et politiques, pourtant, n'ont pas encore l'air de s'en douter.

Aussi, grâce à une aberration primitive, nous voyons, en morale aussi bien qu'en politique, une cffrovable con-

tradîction de toutes choses. Les ouvriers de la phiioso-

Khie sont comme les ouvriers de Babel, frappés de conision ; confusion des langues, des idées et des mots, et cela dure depuis trois mule ans! — C'est assez. 1! est temps que Ton cesse de vouloir faire tourner le soleil autour de l^ terre ; il est temps de passer , du chaos ou les erreurs et les contradictions se choquent, se pulvérisent ou se dévorent, à un ordre scientitiaue où tout }M)urra s'expliquer, se classer, se comprendre.

Pour arriver là il faut traiter les questions sociales comme on a traité celles de la philosophie naturelle ({uand on a constitué les sciences positives. 11 faut aujourd'hui faire comparaître au tribunal de la raison cette mascarade d'opinions philosophiques, politiques et morales, qui ont trouvé créance aans le monde, et qui ont reçu frauduleusement le droit de cité. La Science Sociale doit être constituée de toutes pièces, avec des observations et des faits, sans plus tenir compte de tous les sys«tèmes de la philosophie, que les Copernic, les Galilée, tes Kepler, les Nev^ton et autres, n'ont fait compte des croyances accréditées jusqu'à eux chez les astrologues et les alchimistes.

Nous verrons si cette philosophie capricieuse et hautaine, qui a tout brisé, est bien solide, elle, sur les débris qu'elle a faits ? nous verrons si son piédestal est si bien matonné que la pince n'y puisse faire aigre, ni le pic y mordre : nous verrons bien, car l'affaire est engagée et l'on ne peut plus refuser la bataille !

En attendant, qu'il nous soit permis ici d'établir en fait: Que tous les procédés sociaux sortis de V arsenal philosophique^ lois et systèmes, reposent sur des bases essentiellement fausses, puisqu'ils so7%t contradictoires entre eux, variables et incertains.

Il ne s'agira donc point, pour constituer la Science Sociale, de se trouver d'accord avec telle autorité, telle croyance, telle idée reçue. Il s'agira, avant tout, de se trouver d'accord avec le bon sens. 11 ne faudra même pas craindre de partir souvent de principes opposés à ceux qui ont eu cours , car on ne peut espérer des • résultats nouveaux que sur des voies nouvelles. j

DiCLARATIOR. ' 9

J'annonce ainsi, (^s le début, la rupture du t>yâtcine de la nature ou de Dieu, promulgué par Fourier, avec les dogmes artificiels et surannés des pnilosophies obscure^, étroites, compressives. L'on ne trouvera point dans la Théorie sociétaire les moyens de perfectionner la société actuelle, qui est mauvaise en soi, et qu'aucun procède de législation, de morale ou de religion ne pourrait rendre bonne, encore que tous les Saints viendraient travailler avec nos hommes d'État.

Il est bien entendu que nous allons tailler en plein drap, construire de toutes pièces une organisation directement déduite de données naturelles de Tordre, des lois essentielles de Thumanité. Nous verrons, après, si nur telle organisation est réalisable et si son application u'offre pas les plus grandes facilités, par cela même qu'eIK* favorise chacun dans ses sens et ses instincts, comnic dans son intelligence et dans son cœur.

Detenntttation b'un but sùciaL 'Hiial Vunt

sméti parfaite.

Pourquoi Dieu ront a*t<-il créé «t mis au inonde t

Le Catrcktamr.

Va Dieu les bénit et leur dit : Croisses et mnltiplicvrotts, peuples la terre, assujétissez«la, et coininaudra aux poissons de la mer et aux oisfiaux du ciel et à tous les animaux qui se roeuveat sar la terre.

Genè.fe,t. 8.

L'ordre des choses idéales est comme un iiirHide nouveau qui n'est point réalisé, mais qui nVst point impossible.

Obermun.

Uh monde privé de chef unitaire, de goaTemeiiieiil ventral, ne ressemble -t'il pas à un univers qui n'aurait point Dieu pour le diriger, où les astres graviteraient sans ordre fixe, et s* entrechoqueraient à perpétuité ; comme vos nations diverses , qui ne présentent aux yeux du sage qu'une arène de bëtes féroces acharnées à se déchirer, à détruire mutuellement leur ouvrage?

Ca. Fooxixx.

Quand on veut faire un voyage , on doit savoir, avant de partir, où Ton veut aller ; quand on entreprend une opération industrielle ou militaire , il est bon d'en avoir fait le plan : en toutes choses, enfin, il convient d'avoir un but. Mais si, dans les adaires importantes surtout, c'est folie de marcher au hasard , n'y aurait>il pas folie également à se diriger vers un but qui ne serait pas déterminé , vers un but incertain , imaginaire , et de ne prendre pour fanal de direction que des mots vagues et vides, des paroles creuses?

N'est-ce pas folie , par conséquent , de s'entremettre aux affaires politiques et sociales, d'y souffler le froid ou le chaud, de vouloir placer son opinion comme un poids dans la balance, lorsqu'on ne peut pas dire exactement,

IDEAL d'une société PARFAITE. W

nettement : voici ce que je veux , voici ce que je propose?

rîmagine que l)ieQ des gens qui out la parole haute aujourd nui, seraient forcés de se taire si le public s'avisait d'exiger d*eux la définition de ce qu'ils veulent : j'entends une défin tion véritable, et non pas une de ces escobarderies politiques^ une de ces tartines logomachi* aues , où Ton déclame des principes nuageux et contraoictoires, où Ton préconise les grands biens qui résulteraient de leur adoption , mais sans expliquer commeni et par quels moyens pratiques.

Et au fait, je demande pourquoi les partis, au lieu de n'avoir les uns pour les autres que de grossières injures, qui ne profitent guère au pays , en attendant quMs en viennent aux coups, qui lui profitent moins encore, ne concluent pas entre eux une trêve.

Pendant cette trêve , les talents et les lumières des combattants seraient employés à rédiger, dans chaque opinion, une exposition de ce que feraient les hommes de cette opinion^ s'ils avaient le pouvoir. Alors nous saurions rxactement ce que veut la Gauche, ou la République ; quels remèdes le Centre prétend appliquer à nos plaies ; Quelles institutions établirait le gouvernement d'Henri V; nous connaîtrions aussi les garanties par lesquelles les différents systèmes assureraient à la société la jouissance de leurs promesses respectives.

Je ne sais pas au juste combien nous aurions de programmes à examiner : il s'en présenterait sans contredit beaucoup , car il se ferait de nombreuses combinaisons distinctes, tranchées et même hostiles dans chacune des grar des catégories. Mais y en eût-il trente ou Quarante principaux , cela vaudrait mieux que le gâchis dans lequel nous nous débattons. On pourrait cliercher à s'entendre, rlî^nter sur quelque chose; puis, si l'on ne s'arrangiM ; is , - ce qui est très-probable, — quand on reprendrait l'injure, la haine et le combat, on saurait au moins pourquoi l'on se bat, pourquoi Ton s'injurie.

Mais il y a de bonnes raison^ pour quç les meneurs des partis lie se mettent pas aiu^i à nous dire , chacuç, leur but et leurs moyens Ce seraient des utopies si vî-

12 pbëluoë II.

des, si vaines, quand on les venait ii nu , que i'arèue politique ne tarderait pas à être évacuée, — et les chefs y trouveraient peu leur compte. En attendant , tenez pour sûr aue s'il y avait, par là, quelque chose de réellement capanle de faire le bonheur du pays , on s'empresserait de nous le dire. Ces messieurs ne consacreraient pas tout leur temps à s'attaquer et se mordre, les uns les autres, comme les chiens et les ours de la Barrière- du- Combat ; nous aurions des Expositions et des Livres , et non pas seulement de vains articles de journaux.

Quant à nous, membres d*um École Sociale qui s'accroît tous les jours, nous ne serons confondus avec aucun de ces partis politiques usés, car nous présentons une Théorie où tout est décrit et donné, but et moyens. Nous savons ce que nous voulons ; nous expliquons nos procédés de Réalisation; nous démontrons la valeur des garanties que nous présentons; nous demandons l'examen. Et, ce qui est un bien meilleur caractère encore, le système que nous enseignons et (]ue Fourier a découvert , peux , les conditions réalisées , être établi ici ou ailleurs, partout et par qui voudra. Ce n'est point un monopole; c'est la Vérité sociale qui , comme la Vérité géométrique ou la Vérité physique, est indépendante des personnes et des coteries : elle appartient à tous; elle est de bon aloi partout où il y a des nommes. Elle n'est pas comme cette vérité politique qui diffère à Paris, à Vienne, à Londres, à Berlin , qui varie tous les ans et tous les mois, qui flotte au gré des hommes et des choses, et qui n'engendre que des illusions ridicules, odieuses ou sanglantes.

La Théorie à laquelle nous sommes en voie de conquérir le monde, facile à comprendre dans son ensemble et dans ses détails, nette, positive et complète, n'est hostile à aucun intérêt. Elle ne renverse pas, elle ne brise pas: elle transforme. Elle se prête , sans danger pour 1 état social, à l'expérience et à l'essai. C'est même d'un essai sur une très-petite échelle, sur un territoire d'une demilieue carrée de terrain , oue doit lui venir sa toute-puissance d'envahissement. C'est à l'expérience qu'elle en appelle en dernier ressort.

Mais, pour arriver à l'essai , il est sensible qu'il faut

IDÉAL D'uNB 80C1STÉ PARFAITE. 15

lui avoir gagne d*abord des coavictioos nombreuses. Il y a une œuvre de Propagation à faire ; et telle c^t la première tâche à laquelle nous nous sommes voués, têtes et cœurs. *~ Les succès obtenus en garantissent le prochain accomplissement.

L'Expoâtion élémentaire d'une Doctrine sociale sérieuse se présente naturellement sous deux faces : la critique de la société ancienne et le développement des institutions nouvelles. Nous commencerons par la critique : il convient de connaître le mal , pour déterminer le remède. Toutefois , comme un jugement quelconque exige toujours une comparaison , nous allons esouisser d'abord, en peu de lignes, un idéal social, un ordre de choses où lout serait pour le mieux, humainement parlant. Notre hypothèse, en admettant, si Ton veut, qu elle ne pftt se réaliser que dans un temps trèsreculé, nous servira du moins à éclairer les défauts des organisations sociales qui en diffèrent, et à découvrir les dispositions par le moyen desquelles on s'en rapprocherait le plus vite et le plus sûrement —Cette métnode, 3ui consiste à faire le roman du Bien général pour en écouvrir les conditions formelles , peut paraître à quel- Sues gens un procédé bizarre et plus voisin des domaines e l'imagination que de ceux de la science. Il faut les 5 revenir cependant que tel est le procédé de solution es questions en mathématiques , où , pour trouver les inconnues d'un j[vrob]cme, on le suppose toujours, de prime-abord, résolu.

Construisons donc par la pensée, sur un globe quelconque, une société dans laquelle les causes sociales du mal n'existeraient pas, l'humanité n'y employant^on activité et sa puissance qu'au développement des éléments utiles au bonheur de ses membres.

II régnerait sur ce globe un ordre comparable à celui qui brifîe dans les cieux. Là, les mondes sont hiérarchisés entre eux; les satellites tournent autour de leurs planètes, et celles-ci autour du soleil central sur lequel se concentrent toutes les attractions du tourbillon , et qui verse, en échange, à chacun de ces mondes équilibrés nar lui dans l'espace, la vie, la fécondité , la chaleur et la lumière.

14 PBÉLUDB II.

Là, point de perturbations violentes , de chocs ni de mouvements irréguliers et désordonnés. Tous ces astres , dont chacun vit de sa vie propre, et porte son atmosphère proportionnelle, ses mers et ses continents peuplés d'une infinie variété d'êtres, se balancent dans des mouvements calculés pour que les jours, les nuits et les saisons se succèdent harmonieusement sur leurs méridiens et leurs zones Ils exécutent leurs révolutions et parcourent , dans des temps précis , leurs orbites , anneaux immenses qu'ils entrelacent et croisent autour du soleil comme les figures d'une danse merveilleusement cadencé e. Partout unité et variété, ordre , hiérarchie , harmonie, mesure.

L'humanité se serait donc organisée, sur un de ces mondes, à l'imitation des grandes lois sidérales. On y aurait compris que l'être intelligent et puissant par excellence, l'nomme est, de fait et de droit , sur son glohe, la créature pivotale et rectrice ; que c'est à lui de présider au développement de la Vie à la surface de la terre, de cultiver, d'embellir la planète qui lui a été confiée ; que s'il a reçu la force et l'intelligence, il a charge de gouverner et de parer son noble domaine, de tirer de la nature. Valma parens, toutes les richesses gne son sein fécond recèle, tous les épanouissements de Vie auxquels le génie humain est appelé à donner essor. En un mot , on aurait reconnu que la fonction, ou la destinée terrfstrb de l'homme, est la gestion de son globe. Donc, pour me servir de la belle pensée et des expressions du poète, la Paix, descendue sur la terre, y sèmerait de l'or, des fleurs Ht des épis; les Peuples s'y donneraient la main dans une fraternelle et sainte alliance , et travailleraient de concert à l'exploitation et à l'embellissement de leur globe, au développement et au perfectionnement de leurs facultés et de leur divine nature.

Sur ce monde, un Gouvernement unitaire et central régirait les grandes opérations exercées par les nations des différents continents. Point culminant de la hiérarchie administrative, établie comme un réseau sur le globe entier, cette Régence suprême dirigerait les armées industrielles, dont les immenses travaux opèrent h la surface terrestre des modifications profondes, tels que le

IDifAL D*DNB SOCIÉTÉ PARFAITE. 13

reboisement des chaînes des montagnes effritées, la conquête agricole des grands déserts, rétablissement des communications de premier ordre, irradiant de la capitale du globe aux capitales continentales, et reliant celles-ci entre elles. Ce Gouvernement central, par son admin'stration unitaire , équilibrerait la production et la consommation des conti lents, et présiderait aux échanges commerciaux de leurs produits respectifs. En un mot, il dirigerait toutes les anaires générales du globe, toutes les opérations d'ensemble : il en serait le haut régulateur industriel.

Puis, autour du Gouvernement central vous verriez groupés des 'gouvernements de second ordre, qui, d'après le même mode, présideraient à Tadministration des continents, régulaiiseraient par des statistiques faciles à dresser, les rapports industriels de leurs grandes circonscriptions territoriales , et dirigeraient le grand Système des échanges.

Puis, des gouvernements de troisième ordre à la tête de ces nouvelles circonscriptions; et dans ceux-ci les gouvernements des empires; et au-dessous, les administrations provinciales, départementales et communales, dont les fonctions sont toujours analogues.

il faut remarciuer que , dans notre roman , ces centres progressifs aadmmistration, dont l'ensemble forme sur le globe la grande Hiérarchie sphérique^ ne sont tous que des Congrès de différents ordres, nommés par les populations dont ils traitent les affaires ; et comme ces anaires sont toutes industrielles, commerciales ou scientifiques, la direction en est confiée à des hommes spéciaux et capables de remplir leurs mandats.

Les délibérations de ces Congrès ne sont d*aill<^urs pas obligatoires ; mais, provenant du concours des hommes reconnus les plus éclairés sur les matières à régler, il arriverait bien rarement qu'elles ne fussent pas ratifiées par l'acceptation des mandataires.

Ces gouvernements, réglant dans les différents degrés hiérarcniques les mouvements commerciaux et financiers, présidant aux relations' industrielles extérieures des divers centres de population, ne sont autre chose que des Gérances nommées par des Associations plus ou moins

nombreuses, et iavesties de la conKaace de ceux qui les ont choisies.

Il n'y a plus de Pouvoir ayant à ses ordres une armée, une gendarmerie, une police ; il n'y a plus de despotisme ni d'usurpations possibles , -- ce qu'auront toujours à craindre les natibns tant qu'elles seront obligées de fabriquer des sabres; car c'est l'inévitable destin des moutons d'être tondus tant qu'il leur faudra des bergers ayant chiens et ciseaux , les bergers s'appelassentns rois, présidents ou consuls.

Voilà donc, dans notre utopie d'un monde unitairement organisé, Tidée très-générale du système administratif ou gouvernemental. C'est d'après ce mode que seraient régularisés les rapports extérieurs des nations, do> provinces et des communes.

Quelles autres fonctions l'humanité aurait-elle à accomplir, et comment ces fonctions seraient-elles exécutées ?

Il n'y aurait plus de guerres ni de discordes intestines dans ce monde-modèle. En dehors du système des reia tions administratives dont nous venons de parler, il ne resterait donc que les opérations productives, les travaux domestiques , agricoles , manufacturiers , scientifiques, artistiques, et l'élaboration des idées et des croyances.

Or, ces travaux, où s'opèrenl^ils? où se prociuisent el se consomment les richesses? où vit l'agriculteur, le manufacturier, le savant, l'artiste? — Dans la Commune.— La Commune est donc l'atelier social, Télément alvéolaire de la province, de la nation, de la société. Donc, si à l'organisation du Gouvernement unitaire, réglant et régularisant les rapports administratifs et commerciaux de.^^ Communes, des Provinces et des Nations, on joi^ait une bonne organisation intérieure de la Commune, il est palpable ((ue l'utopie d'un monde harmoniquement ordonné serait complètement esquissée.

Or, bien oue nous soyons partis d'une hypothèse purement idéale aujourd'hui , celle d'un Gouvernement unitaire enveloppant tout un globe, nous pouvons pourtant déduire de cette spéculation un théorème dont les conséquences, très-réelles, sont loin d'être, dte maintenant , sans valeur , à savoir ;

IDÉAL d'une 80CIBTÉ PARFAITK. -17

Que l'organisation de la cosmcnb est la pierre angulaire de l'Édifice Social, quelque vaste et quelque parfait qu*on le suppose.

Ne seDt-on pas, en effet, pout peu que l'on ait lu avei* attention ce qui précède, que les Congrès administratifs de différents ordres, départementaux , provinciaux , nationaux, etc., dont les membres se recrutent dans les ComMiries, sont élus par les Communes, ne seront bons et bien choisis qu*à la condition que ces Communes soient, elles-mêmes, eu position de les bien connaître et de les bien choisir.

Car, s*il y a des intérêts opposés, des discordes, des

Ï partis hosiûes dans la Commune , les centra divers de a hiérarchie administrative reproduiront inévitablement l'opposition , la discorde et les luttes d'intérêt existant au sein des Communes dont ils émanent : — dans les différents Congrès, par conséquent, il y aurait opposition, discordance et lutte.

Puis , si vous réfléchissez que les Communes étan^* dans l'état où nous les voyons, même en France, leurs populations, courbées sous le poids de la misère et de la plus triste ignorance , sont comf lètement incapables de choisir des mandataires avec connaissance de cause, vous conclurez, dacette seconde raison, que l'hypothèse d* un bon gouvernement, d'un gouvernement mvesti de la confiance de ses administrés , est irréalisable avant la bonne organisation des Communes.

Réfléchissez enfin que les fonctions administratives, fût-ce sous le meilleur des gouvernements possibles , ne sont que des fonctions d'arrangement , d'ordre, de prévoyance générale, et nullement des opérations agricoles, manufacturières, scientifiques, des fonctions directement productives des richesses ; et vous admettrez que l'installation du meilleur gouvernement possible serait peu de chose encore, à elle seule, pour l'humanité : vous sen* tirez que le bonheur social dépend surtout de l'ordonnance des travaux qui s'exécutent dans la Commune, de la régularisation des fonctions domestiques , agricoles, manufacturières, des fonctions de la science, de l'éducation et des arts ; — car ce sont ces fonctions qui créent la richesse des individus et detf nations et tous les

nombreuses, et investies de la contiance de ceux qui le ont choisies.

Il n*y a plus de Pouvoir ayant à ses ordres une armée, une gendarmerie, une police ; il n'y a plus de despotisme ni d usurpations possibles , — ce qu auront toujours à craindre les natibns tant qu'elles seront obligées de fa-| briquer des sabres; car c*est l'inévitable destin de^ moutons d'être tondus tant qu'il leur faudra des bergers ayant chiens et ciseaux , les bergers s'appelassentns rois, présidents ou consuls.

Voilà donc, dans notre utopie d'un monde tmitaivement organisé, l'idée très-générale du système administratif ou gouvernemental. C'est d'après ce mode que seraient régularisés les rapports extérieurs des nations, des provinces et des communes.

Quelles autres fonctions l'humanité aurait-elle à accomplir, et comment ces fonctions seraient-elles exécutées ?

Il n'y aurait plus de guerres ni de discordes intestines dans ce monde-modèle. En dehors du système des rela tions administratives dont nous venons de parler, il ne resterait donc que les opérations productives, les travaax domestiques , agricoles , manufacturiers , scientifiques, artistiques, et l'élaboration des idées et des croyances.

Or, ces travaux, où s'opèrenl^ils? où se proauisent et se consomment les richesses? où vit l'agriculteur, le manufacturier, le savant, l'artiste? — Dans la Commune.— La Commune est donc l'atelier social, l'élément alvéolaire de la province, de la nation, de la société. Donc, si à l'organisation du Gouvernement unitaire, réglant et régularisant les rapports administratifs et commerciaux de.s Communes, des Provinces et des Nations, on joignait une bonne organisation intérieure de la Commune, il est palpable que l'utopie d'un monde harmoniquement ordonné serait complètement esquissée.

Or, bien oue nous soyons partis d'une hypothèse parement idéale aujourdliui , celle d un Gouvernement unitaire enveloppant tout un globe, nous pouvons pourtant déduire de cette spéculation un théorème dont les conséquences, très-réelles, sont loin d'être, dès maintenant , sans valeur , à savoir :

IDÉAL d'une 80C1BTÉ PARFAITE. 47

Que l'organisation de la commune est la pien*e angulaire de l'Édifice Social, quelque vaste et quelque parfait qu'on le suppose»

Ne seDt-on pas, en eiïet, poui peu que Ton ait lu avec attention ce qui précède, ({ue les Congrès admioistratifs de différents ordres, départementaux , provinciaux , nationaux, etc., dont les membres se recrutent dans les ComMpoes, sont élus par les Communes, ne seront bons et bien choisis qu'à la condition que ces Communes soient, elles-mêmes, eu position de les bien connaître et de les bien choisir.

Car, s*il y a des intérêts opposés, des discordes, des

Ï»artis hostiles dans la Commune . les centra divers de a hiérarchie administrative reproduiront inévitablement l'opposition , la discorde et les luttes d'intérêt existant au sein des Communes dont ils émanent : — dans les différents Congrès, par conséquent, il y aurait opposition, discordance et lutte.

Puis , si vous réfléchissez que les Communes étan^ * dans l'état où nous les voyons, même en France, leurs populations, courbées sous le poids de la misère et de la plus triste ignorance , sont comf lètement incapables de choisir des mandataires avec connaissance de cause, vous conclurez, dûcette seconde raison, que Thypothèse d'un bon gouvernement , d'un gouvernement investi de la confiance de ses administrés , est irréalisable avant la bonne organisation des Communes.

Réfléchissez enfin que les fonctions administratives, fût-ce sous le meilleur des gouvernements possibles , ne sont que des fonctions d'arrangement , d'ordre, de prévoyance générale, et nullement des opérations agricoles, manufacturières, scientifiques, des fonctions directement productives des richesses ; et vous admettrez que Tinstallation du meilleur gouvernement possible serait peu de chose encore, à elle seule, pour l'humanité : vous sentirez que le bonheur social dépend surtout de l'ordonnance des travaux qui s'exécutent dans la Commune, de la régularisation des fonctions domestiques , agricoles, manufacturières, des fonctions de la science, de l'éducation et des arts ; - car ce sont ces fonctions qui créent la richesse des individus et detf nations et tous les

Nous avons démontré que les Congrès, ou Conseils d'administration du département, de la province, deU nation, et le Gouvertfement central , ne pourraient êt^ compacts, harmoniques et bien composés qu*à la coLdi tion d'émaner de nations, de provinces et de Communes dans le sein desquelles aussi les intérêts seraient unis^ convergents et harmoniques : si bien que, dans notre monde-modèle, la composition defadministration du département n'eut été possible qu'à la suite de la bonne organisation des Communes de ce département; et l'administration de la province, de la nation, du globe, qu'à la suite de la bonne organisation des Communes du globe. Or , quel spectacle présenterait la Commune dans ce monde parfait ?

C'est dans la Commune, avons- nous dit, que se produisent et se consomment les richesses. Les administrations émanées de son sein en gouverçent seulement les rapports extérieurs, opèrent ses échanges, ses transac tious avec les autres centres de population, etc. Donc, je tiens à le montrer clairement, il n y a plus à exécuter, dans le sein de la Commune, que des travaux agricoles, domestiques , manufacturiers , des travaux d art , de science, d'éducation, de comptabilité intérieure : il ne reste plus que le travail de la production des valeurs sociales, et la Répartition de ces valeurs entre les coopérateurs associés.

Il est sensible que les travaux devraient être disposés de manière à produire le maximum d'effet utile , c'està-dire que, loin de s'exécuter aveuglément et sans ordre, ils relèveraient d'une organisation intelligente.

Mais, quelle est la signification de ce mot Organisation? Définissons-le par des exemples. — Dans nos sociétés civilisées , l'industrie nous offre généralement peu d'exemples d'organisation. Les opérations agricoles ou manufacturières d'une Commune sont exécutées par des ménagesqui n'ont pas de liens entreeux. Rien n'est classé, hiérarchisé, ordonné dans notre Commune ; l'exploitation et les travaux y sont morcelés au gré du caprice, des idées incohérentes , des ressources et des lumières plus ou moins boméesdes individus, sans ordre ni ensemble. C'est une ananhic complète.

IDEAL D*UNB SOCISTB PABFAITB. (9

perdent dans des subtilités inutiles ou dangereuses; oue fa logigue aurait beau être serrée et rigoureuse , et les déductions intermédiaires excellentes , les conclusions n'en seraient pas moins nécessairement fausses et absurdes, puisque le principe dont on part est , lui , faux et absurde?

Voyez les résultats : on se débat . on se bat , on s'érrase*puison recommence. Et les peuples, qu'y gagnentils ? Si leur position s^améliore ; c'est en raison des richesses qu'ils acquièrent , des développements d'intelli* gence, de moralité et de puissance qui en découlent; c'est au développement des arts, des sciences, aux perfectionnements des méthodes agricoles et industrielles qu'ils le doivent. Si nous sommes affranchis du joug féonal , ce n'est pas aux constitutions que nons«le devons, car les constitutions n'ont rien fait autre chose que de constater l'émancipation , opérée , du Tiers-État et des Communes ; émancipation due à cela seul que le Tiers- Fltat, les Communes, les hommes taillahlcs et corvéables, avaient acquis peu-à-peu, par les sciences, l'industrie et les idées, une puissance sociale supérieure à lancienne puissance féodale de leurs seigneurs.

Les Constitutions écrivent les faits sociaux accomplis, voilà leur rôle.

C(»tte question est trop importante pour que je ne me réserve pas d'y revenir. Pour le moment, il me suffit de remarquer que l'hypothèse d'une société parfaitement organisée, nous a servi déjà à démontrer que ceux qui poursuivent le bonheur sorial par la route exclusive de ta politique et des transformations constitutionnelles, poursuivent une chimère et rêvent une utopie; qu'il n'y aura pour l'avenir, tant qu'on se traînera dans cette voie, que des luttes , des révolutions et des convulsions analofîues à celles du passé. Pour le moment , enfin, il me suffit d'avoir établi rigoureusement que la question so ciale a été jus(|u'ici aussi mal posée par nos philosophes et nos politiques, que les questions astronomiques lorsqu'on voulait tout expliquer en supposant la terre immobile ; aussi mal que les questions de la physique et de la chimie, au temps des astrologues et des sorciers. — Revenons.

30 PBÉLUDB 11.

Nous avoiis démontré que ks CoDgrès, ou Conseils I d'administratioa du département, de la province, deli ! nation, et le GouveriTemeot central , ne pourraient être ' compacts, harmoniques et bien composés qu'à la condi- 1 tion d'émaner de nat'ons, de provinces et de Communes | dans le sein desquelles aussi les intérêts seraient unis, ' convergents et harmoniques : si bien que, dans DOtre | monde-modèle, la composition de l'administration du département n'eût été possible qu'à la suite de la bonne or- ' ganisation des Communesde ce département; et j'adui- ' uistration de la province, de la nation, du globe, qu'à ta j suite de la bonne organisation des Communes du globe. | Or, quel spectacle présenterait ia Commune dansée ■ monde parfait? j

C'estdans la Commune, avons-nous dit, que se produisent et se consomment les richesses. Les administra- ' tioDs émanées de son sein en gouvernent seulement leii 1 rapports extérieurs, opèrent ses échanges, ses transac lions avec les autres centres de population , etc. bouc, ' je tiens à le montrer clairement, il n y a plus à exécuter, j dans le sein de la Commune, que des travaux agricole!), domestiques, manufacturiers, des travaux dart, d? ! science, d'éducation, de comptabilité intérieure: ÎI ue : reste plus que Ir travail de la production des valeurs so- I claies, et la Répartition de ces valeurs entre les coopc | rateurs associés.

Il est sensible oue les travaux devraient être disposés I de manière à produire le maximum d'effet utile , c'est- ' à-dire que, loin de s'exécuter aveuglément et sans ordre. 1 ils relèveraient d'une organisation intelligente. !

Mais, quelle est la signification de ce mot Organisation ? Defînîssons-le par des exemples. — Dans nos so- j détés civilisées , l'industrie nous offre généralement peu d'exemples d'oi^auisation. Les opérations agricoles ou manufacturières d'une Commune sont exécutées par des mi^idt/'-.^qiiin'ontpasdelieusentreeux. Rien n'est classé, hiérarVhisé, ordonné dans notre Commune ; l'exploitï- Lioni'tli's travaux y sont morcelés an gré du caprice, des idée? inioliérentes , des ressources et des lumières plus •m iiitjius liQméesdes individus, sau-s ordre ni enseniole. "BtuD': aDarclitc complète.

IDBAL D*UNB SOCliTB PAIVAITI. 24

Nos sociétés n'oiïreDt Texemple de Yorganisation que dans les fonctions gouvernementales , dans les départements de la guerre, de la judicature, de la poste, etc.

La défense du pays n'est pas confiée au caprice, à la bonne volonté, aux forces isolées et divergentes des familles. Nous avons une armée composée de corps classés en divisions, en brigades , en régiments ; les régiments se subdivisent eux-mêmes en bataillons et en compagm'es. L'ensemble est relié par une hiérarchie. Grâce à cette distribution, les grandes opérations d'attaque et de défense se font avec une précision et un ensemble qui se retrouvent dans les manœuvres du régiment, du bataillon, du peloton. — Ctacim sent la nécessité de cette organisation pour la sûreté du pays.

Chacun apprécie aussi la nécessité d'une organisation indiciaire pour la répression des crimes , des délits , et l'arrangement des litiges qui surviennent entre particuliers. Enfin on conçoit que si le transport et la distribution des dépêches, des lettres , des imprimés , n'étaient pas organisés, si nous n'avions pas une administration générsue des postes , ces fonctions laissées à cinquante mille entreprises particulières sans lien entre elles, oflriraient le spectacle d'un désordre dont chaque citoyen aurait à se plaindre.

Ainsi, une fonction quelconque, militaire, judiciaire, commerciale ou industrielle est organisée dans FËtat ou dans la Commune , quand dans la Commune ou TÊtat elle est exécutée avec ensemble, quand tous les services sont classés , distribués hiérarchiquement , ordonnés et combinés entre eux.

Bien qu'on puisse trouver des exemples d'organisations très défectueuses, on ne peut nier cependant que l'organisation des fonctions ne soit bonne en elle-même, et qu'en toute chose il ne soit convenable de substituer une organisation rationnelle à l'action aveugle, incertaine, partielle, morcelée des individus ou des familles.

Et s'il est bon d'organiser la guerre, la judicature, la poste, les finances , ne doit-on pas organiser aussi l'industrie, le travail productif, qui sont chargés de nourrir rhomanité , de créer tous les moyens de vie , de bien-

12 pàéLUtJÉ 11.

être et de perfectionnement des individus et des nations? N'est-ce pas le comble de la folie oue de livrer ces opérations de première importance au désordre, à l'anarchie?

Que dirait-on d'un manufacturier ou d'un grand fer mier qui laisserait le désordre dans son atelier ou dans sa ferme? Que dire d'une société qui abandonne au désordre et au morcellement industriel toutes les Communes, c'est-à-dire tous ses ateliers élémentaires de production et de consommation ?

Ainsi la Commune de notre société idéale organise toutes ses fonctions Son territoire entier, avec ses cultures, ses ateliers et ses fabriques, est considéré comme domaine d'un seul homme. Tous les services y soQt réglés, et marchent sous la direction d'une administration centrale , composée des plus capables nommés par les ayant-droit. La Régence, nantie de la confiance de la population, a toutes sortes d'intérêts à tenir savamment le gouvernail. — Les bénéfices des opérations collectives sont d'ailleurs distribués à chaque individu proportionnellement à son concours à la productim. Dans ce système-modèle, en effet, on aurait trouvé un moyen de répartir les bénéfices entre tous les sociétaires, non pas également, ce çjui serait abstirde, mais au prorata du concours particulier de chacun, enCapitaf, en Travail^ et en Talent, estimés d'après un mode régulier, fixe et mathématique.

Chacun rencontre donc , dans cette Association communale, emploi lucratif pour lui et utile à la masse, de ses capitaux, de son travail et de son talent : une foule de carrières sont ouvertes à tous dans l'agriculture, l'industrie, la science, les arts ; et dans toutes ces branchies, récompenses honorifiques et émoluments proportionnels à l'utilité reconnue, au vrai mérite, constate par le vote des pairs, des co-travaillcurs.

Les émoluments de chacun augmentant proportionnellement aux bénéfices généraux ae toutes les industries, chacun , à titre de propriétaire d'actions dans la Commune industrielle, ou à titre de travailleur, est intéresse au bien général , puisque la Commune doublant son revenu, les lots de chaque individu se trouvent aussi

iilïlés.

Idéal i>*iniK société jparpaitb. 2S

Les intérêts de toutes les classes .sont doue unia ft convergents , et une éducation générale , donnée par la Commune, achève dans la uation et partout la fusion des catégories.

Il Faut ajouter encore, comme condition de première importance, que le mode d'organisation du travail aurait puissance de le rendre attrayant, afin crue chacun, ri* che ou non , y fût entraîné {Mir plaisir. Dès-lors, on ne verrait plus m despotisme, ni oppression , ni exploita-» tion de Thomme, ni misère , et les humains , nageant dans Fabondance de tous les biens , s'aimeraient, parce qu'ils ont plaisir à s aimer , quand de fausses relations ne jettent pas entre eux des ferments de haine.

Par le fait de cette organisation des travaux, et du procédé de répartition proportionnelle, chaiiue individu est socialement émancipé, mdépendant et linre ; ainsi :

Paix générale et confédération des peuples; Organisation de tous les travaux utiles; Harmonie des intérêts, individuel et collectif; Développement intégral des facultés humaines; Fusion de toutes les classes;

Liberté parfaite de l'individu au sein de Tordre général , et à cause de Tordre;

attraction INDUSTRIELLB et UNITÉ D^ACTION.

Tel serait le tableau offert par cette société normale, bien différente de la nôtre.

Sans entrer encore dans des détails plus précis et plus régulièrement classés, nous concevons bien que c'est là ridéal d'un monde harmoniquement ordonné; que si pareille société existait sur une planète , on pourrait dire one ThommecoUeciivement envisagé, y serait réellement 1 administrateur et le gérant de son globe; il y posséderait, au milieu de ses nobles tra>aux, toutes les richesses de sa cré;.i)on et de la création de Dieu ; ses facultés ph} iiques , animiqoes et intellectuelles y atteindraient leur développement le plus magnifique ; il jouirait dans ses sens , dans son intelligence et dans son cœur; il pratiquerait par libre essor et par attrait toutes les vertus de sa noble nature , il aurait conquis enfin la plus belle Destinée sociale qu'il soit possible de lui concevoir dans sa carrière terrestre.

précédent. J'achèverai de légitimer cette niarcîie inaccoutumée , en montrant qu'elle nous aura servi à nrcciser la valeur de certaines expressions indispensaob. et (]u'elle nous permettra de aonner une base à notrv critique sociale. Commençons par quelq^ues définitions.

Et d'abord observons que si Thumanité entrait daD> une société organisée et ordonnée à la manière de cejfc que nous venons de décrire, ce serait pour elle une trauslormation heureuse, une ère brillante et nouvelle qui trancherait avec tout son passé. Toutes les sociétés connues , en effet , depuis celle du sauvage qui chasse au sein des forêts et vit dans une hutte misérable , jusqu'à la nôtre où les arts et l'industrie sont sortis du néant au souflle du génie de Thomme, où le petit nombre habite des palais, et les masses, de misérables chaumières, des ateliers infects; toutes ces sociétés, dis- je, ont pour caractères fondamentaux Vincuhérencey le morcellemeiU et la lutte des intérêts entre eux. La société décrite, au contraire, a pour base Y association^ ïunité d'action^ et pour fruits la richesse^ le bonheur^ V harmonie.

Donc, — ici, combinaison des éléments sociaux ; — là, désordre et anarchie des éléments sociaux. La société nouvelle contrasterait avec les précédents de l'humanité, comme la lumière et les ténèbres. Tordre et le désordre, la pauvreté et la richesse, le bruit et l'harmonie, le chaos et la création : elle différerait plus de notre société actuelle nommée Civilisation, que cette Civilisation oe difl'ère de la Sauvagerie ou de la Barbarie.

Jusqu'à nous, l'humanité a parcouru des formes ou périodes sociales incohérentes : la Sauvagerie, le Patriarcat, la Barbarie et la Civilisation — au sein de laquelle nous vivons.

Le principe d'Association lui ouvrirait des formes ei des périodes nouvelles, aussi lumineuses que les précédentes sont obscures; aussi bienfaisantes et divines que les antres se sont montrées infernales.

Le mot Civilisation caractérisera pour nous la période sociale dans laquelle l'humanitc est entrée au sortir de la Barbarie, et où sont encore engagés tes peuples les plus avancés de cette terre.

La Civilisation est un progrès sur la Sauvagerie et la

INblNITIONS. 27

Barbarie ; mais c'est toujours une soi-iéte incohérente pleine de maux et de misères. Nous dounerons aux {sociétés combinées de l*ayenir, fécondes en biens et en richesses, le nom générique d'Uarmonie, La Civilisation et toutes les périodes historiques connues ont pour base étroite le ménage familial; la société harmonique aura pour large base Idi Phalange industrielle, ou la Commune sociétaire, dont nous déterminerons les lois.

— Le mot dualité exprimera la diversité d*essor ou de destinée. Le même cours d*eau peut ravager la contrée s'il se jette furieux sur les champs et les prairies; il peut renricnir si on lui a ménage un lit, des endiguements et des retenues calculés pour les arroser et les féconder. De mémerÂmour, l'Ambition, toutes les passions peuvent, dans telles circonstances, prendre un essor subversif ti malfaisant ; et , dans d'autres , un essor bienfaisant et harmonique. Le jeu des passions est donc dualisé. — L'homme peut être heureux dans une société bien combinée, il est nécessairement malheureux dans une société incohérente : sa destinée est dualisée.

— Àbyssus abyssum invocat. — - Le mal appelle le mal. — la pierre va au tas : le malheur se compose de plusieurs malheurs qui s'engendrent les uns les autres ; le bonheur de plusieurs bonheurs qui se lient, qui naissent les uns des autres : — la question sociale contient plusieurs questions qui doivent être résolue^ simultanément. Dans ce sens, et pour rendre ces idées, nous dirons : le mal est composé; le bien est composé; la question so ciale est composée. — Par opposition on fait œuvre de simplisme, quand on n'envisage qu'un côté d'un objet , qu'une face a une question. Le simplisme, la vue courte et bornée, est la cause ordinaire des disputes insolubles.

— Dans une classification quelconque^ le terme qui joue le rôle principal , par rapport auquel les autres se coordonnent , sera dit terme pivotai. Le colonel est l'iudividu pivotai du régiment; le général, de Tarmée. Le soleil, centre astronomique de notre système sidéral , en est Tartre pivotai : Tbomme est la créature pîvotate parmi les êtres qui peuplent son globe ; etc.

— Souvent nous emploierons le mot industrie d<iu> sa belle et générale acception qui comprend tout travail utile à rhumanité, les travaux scientifiques et artistiques, aussi bien que les travaux agricoles et manufacturiers,

. dont l'ensemble concourt à l'exploitation intégrale du

S lobe. L'industrie, ou plut6t rindustrie-attrayante est la estinée active de l'homme.

— On attache souvent au mot passion une acception mauvaise, parce que la Civilisation a pour effet d'ouvrir à la passion bien plus d'essors subversifs que d'essors harmoniques. Nous prendrons le mot de passion daus une acception tout-à-fait scientifique et indépendante de la moralité des actes (qu'elle provoque. La passion , c*est l'expression de l'activité propre de l'être. L'acte ne vient qu'après la passion; n est volontaire, et la volonté est la synthèse de la passion. La passion, c'est la forer vive, spontanée et motrice de l'homme; -c'est elle oui stimule et met en mouvement nos forces intellectuelles et musculaires; c'est d'elle que proviennent, bons ou mauvais, tous nos actes en première source. La théorie de la Destinée Sociale consiste surtout à produire la loi naturelle de l'utile emploi de ces mobiles primordiaux de l'homme, depuis les plus vulgaires appétits des sen>

Jusqu'aux plus sublimes aspirations de la passion du )eau , du bon , du vrai et du juste, jusqu'aux élans le^ plus élevés de l'amour de Dieu et de l'humanité.

— V exception est toujours pour quelque chose dans la règle. Voilà un principe d'une vérité générale, dont je préviens le lecteur une bonne fois, afin a éviter de le rappeler à chaque instant. L'exception est variable en théorie de mouvement : le plus ordinairement elle est du huitième. Par exemple, dit Fourier, si j'énonce en thèse générale, « les civilisés sont très-malheureux , » il faut entendre que les sept huitièmes d'entre eux sont réduits | à l'état d'infortune et de privation. — Et ainsi du reste.

Il est nécessaire de définir ces mots et quelques autre> encore que nous pourrons rencontrer sur notre chemin , pour 6ter tout prétexte à la mauvaise foi de certaines gens, qui affectent de trouver ob(fcures des expression>

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