DEFINITIONS
doat le seaà s'explique cependant avec facilité par les phrases où elles sont enchâssées. Pour éviter une déviation et une confusion de mots que la calomnie s'eut montrée ardente à exploiter, nous dirons que ce que nous appelons la Morale^ c^est la prétendue science pédante et mensongère qui affiche depuis trois mille ans la Kàtention de conduire les hommes à la vertu et aox nnes mœurs, avec des dogmes absurdes de modération et de compression des passions. Il faut utiliser les passions et non les comprimer, comme la Morale le pose en principe. Nous critiquons la Morale, précisément parce oue , telle qu on Ta faite , elle est incapable de conduire les hommes au bien , aux bonnes mœurs, d'introduire la vérité, la justice, la loyauté dans les relations. Passions à l'examen général de Tordre social actuel.
AiOTE AlllllTIO.\N£LLB Dfi LA TROISIEME ÈDtTlOx^.
PASSION. — La profonde iguorance où toutei^ les phllosopbir^ ont laissé rhomme sur sa propre nature [ ignorance qui provient préciBément de ce qae les philosophes n'ont jamais fait d'étude sérieuse sur les Passions humaines), a abandonné ce mot aux acceptions les plus diverses.
Tantôt pasêion signifiera un sentiment fort ou faillie , doux ou violent, un mouvement quelconque ou même on simple état de l'âme. Cest ainsi que la crainte , l'espérauce , la joie , la mélancolie , la tristesse, la curiosité, la colère, la haine, etc., sont appelées des pansimis dans tous les dictionnaires.
Tantôt le mot pusrion aura un sens essentiellement violent. On n'entendra par passion que l'excès même des mouvements passionnés. C'est dans ce sens que l'on dit : « Son amour est excessif, c'est • une vraie passion. L'amour, l'ambition sont des passions , mais « ramîtié n'est qu'un sentiment. »
Tantôt le mot passion sera pris exclusivement en mauvaise part : « Un liorome abandonné à toutes les passions , à tous les vices. *>
Une autre fols paMion. voudra dire : vie , chaleur : « Ce poème . « ce tableau^ ce caractère est froid, sans vie, sans passion. » AiUenrs , passion sera synonyme du mot amour pris dans son acception générale : « La passion des arts , la passion de la gloire , la passion du bien , du beau , du juste , du vrai , etc. ■
Fourier, s'élant le premier livré à l'étude scientifique de la nature humaine considérée sous la race passionnelle , a tiré le mot Passion du vague de toutes les acceptions de la langue, vulgaire.
Four loi donner un sens défini , déterminé. Par ce terme Passions , ourier entend exclusivement lex penchants co*}stitutifs de*^ Êtres ,
Nous avons démontré que les Congrès, ou Conseils d'administration du département, de la province, deb nation, et le Gouvernement central , ne pourraient être compacts, harmoniques et bien composés qu'à la condition d'émaner de nations, de provinces et de Communes dans le sein desquelles aussi les intérêts seraient unis, convergents et harmoniques : si bien que, dans notre monde-modèle, la composition de l'administration du département n'eût été possible qu'à la suite de la bonne organisation des Communes de ce département; et l'administration de la province, de la nation, du globe, qu*à la suite de la bonne organisation des Communes du globe. Or , quel spectacle présenterait la Commune dans ce monde parfait?
C'est dans la Commune, avons- nous dit, que se produisent et se consomment les richesses. Les administrations émanées de son sein en gouverçent seulement les rapports extérieurs, opèrent ses échanges, ses transac tious avec les autres centres de population, etc. Donc, je tiens à le montrer clairement, il n y a plus à exécuter! dans le sein de la Commune, que des travaux agricoles, domestiques, manufacturiers, des travaux dart, de science, d'éducation, de comptabilité intérieure : il ne reste plus que le travail de la production des valeurs sociales, et la Répartition de ces valeurs entre les coopérateurs associés.
Il est sensible que les travaux devraient être disposés de manière à produire le maximum d'effet utile , c^està-dire que, loin de s'exécuter aveuglément et sans ordre, ils relèveraient d'une organisation intelligente.
Mais, quelle est la signiGcation de ce mot Organisation? Définissons-le par des exemples. — Dans nos sodétés civilisées , l'industrie nous offre généralement peu d'exemples d'organisation. Les opérations agricoles ou manufacturières d'une Commune sont exécutées par des rnénages(\\x\ n'ont pas de liens entre eux. Rien n'est classé, hiérarchisé , ordonné dans notre Commune ; l'exploitation et les travaux y sont morcelés au gré du caprice, des idées incohérentes , des ressources et des lumières plus ou moins bornées des individus, saos ordre ni ensemole. C'est une anarchie complète.
IDBAL D*imi SO€léTB rAlFAITB. 24
Nos sociétés n'oiïreDt l'exemple de Vorganisalion que dans les fonctions gouvernementales , dans les dé* partements de la guerre, de la judicature, de la poste, etc.
La défense da pays n'est pas confiée au caprice, à la bonne yolonté, auxïorces isolées et divergentes des familles. Nous avons une armée composée de corps classés en divisions, en brigades , en régiments ; les régiments se subdivisent eux-mêmes en bataillons et en compagmes. L'ensemble est relié par une hiérarchie. Grâce à cette distribution, les grandes opérations d*attaque et de défense se font avec une précision et un ensemble qui se retrouvent dans les manœuvres du régiment, du bataillon, du peloton. — Chacun sent la nécessité de cette organisation pour la sûreté du pays.
Chacun apprécie aussi la nécessité d'une organisation ludiciaire pour la répression des crimes, des délits, et Varrangenient des litiges qui surviennent entre particuliers. Enfin on conçoit que si le transport et la oistribution des dépèches, des lettres, des imprimés, n'étaient pas organisés, si nous n'avions pas une administration générale des postes , ces fonctions laissées à cinquante mille entreprises particulières sans lien entre elles, offriraient le spectacle d'un désordre dont chaque citoyen aurait à se plaindre.
Ainsi, une fonction quelconque, militaire, judiciaire, commerciale on industrielle est organisée dans l'Etat ou dans la Commune, quand dans la Commune ou TËtal elle est exécutée avec ensemble, quand tous les services sont classés , distribués hiérarchiquement , ordonnés et combinés entre eux.
Bien qu on puisse trouver des exemples d'organisations très défectueuses, on ne peut nier cependant que Torganisation des fonctions ne soit bonne en elle-même, et qu'en toute chose il ne soit convenable de substituer une organisation rationnelle à l'action aveugle , incertaine , partielle, morcelée des individus ou des familles.
Et s'il est bon d'organiser la guerre, la judicature, la poste, les finances , ne doit-on pas organiser aussi Tindustrie, le travail productif, qui sont eJiargés de nourrir l'humanité , de créer tous les moyens de vie , de bien-
être et de perfectioanement des individus et des nations^ N'est-ce pas le comble de la folie crue de livrer ces opéiih tions de première importance au désordre, à Tanarchiof
Que dirait-on d'un manufacturier ou d'un graad fer mier qui laisserait le désordre dans son atelier ou daoal sa ferme? Que dire d'une société qui abandonne au désordre et au morcellement industriel toutes les Communes, c'est-à-dire tous ses ateliers élémentaires de production et de consommation ?
Ainsi la Commune de notre société idéale organise toutes ses fonctions Son territoire entier, avec ses cultures, ses ateliers et ses fabriques, est considéré comme domaine d'un seul homme. Tous les services y sont réglés, et marchent sous la direction d'une administration centrale , composée des plus capables nomnriês par les ayant-droit. La Régence, nantie de la confiance de la population, a toutes sortes d'intérêts à tenir savamment le gouvernail. — Les bénéfices des operations collectives sont d'ailleurs distribués à chaque individu proportionnellement à son concours à la production. Dans ce système-modèle, enelTet, on aurait trouvé un moyen de répartir les bénéfices entre tous tes sociétaires , non pas également , ce c|ui serait absurde, mais au prorata du concours particulier de chacun, ed Capital^ en Travail , et en Talent , estimés d'après un mode régulier, fixe et mathématique.
Chacun rencontre donc , dans cette Association communale, emploi lucratif pour lui et utile à la masse, de ses capitaux, de son travail et de son talent : une fouie de c&rriéres sont ouvertes à tous dans l'agriculture, l'industrie, la science, les arts ; et dans toutes ces branchies, réconipenses honorifiques et émoluments proportionnels à l'utilité reconnue, au vrai mérite, constate par le vote des pairs, des co-travailleurs.
Les émoluments de chacun augmentant proportionnellement aux bénéfices généraux de toutes les industries, chacun , à titre de propriétaire d'actions dans la Commune industrielle, ou à titre de travailleur, est intéresse au bien général , puisque la Commune doublant son revenu , les lots de chaque individu se trouvent aussi «l(Hi})lés.
Idéal d^ithb société jparpaitb. 2S
Les ÎAtéréts de toutes les classes M>Dt doue unis f*t convergents , et uoe éducation géoérale , donùée par }« Commaae, achève dans la nation et partout la uision des catégories.
11 faut ajouter encore, comme condition de première importance, que le mode d'organisation du travail aurait puissance de le rendre attratant, afin crue chacun, riche ou non , y fût entraîné par plaisir. Dès*iors, on ne verrait plus m despotisme, ni oppression , ni exploita-» tion de Thomme, ni misère , et les humains , nageant dans l'abondance de tous les biens , s'aimeraient, parce qu'ils ont plaisir à s'aimer , quand de fausses relations ne jettent pas entre eux des Ferments de haine.
Par le fait de cette organisation des travaux, et du procédé de répartition proportionnelle, chanue individu est socialement émancipé, mdépendant et liWe ; ainsi :
Paix générale et confédération des peuples; Organisation de tous les travaux utiles; Harmonie des intérêts, individuel et collectif; Développement intégral des facultés humaines; Fusion de toutes les classes;
Liberté parfaite de l'individu au sein de Tordre général, et à cause de Tordre;
ATTRACTION INDUSTRIELLE Cl UNITÉ d'aCTION.
l'el serait le tableau offert par cette société normale, bien différente de la nôtre.
Sans entrer encore dans des détails plus précis et plus régulièrement classés, nous concevons bien que c'est là ridéal d'un monde barmoniquement ordonné; que si pa* reille société existait sur une planète , on pourrait dire aue l'homme colleciivement envisagé, y serait réellement 1 administrateur et le gérant de son globe; il y posséderait, au milieu do ses nobles traxaux, toutes les richesses de sa cré;.(ion et de la création de Dieu ; ses facultés fh^| iiques , animiqnes et intellectuelles y atteindraient leur développement le plus magnifique*^; il jouirait dans ses sens , dans son intelligence et dans son cœur; il pratiquerait par libre essor et par attrait toutes les vertus de sa noble nature , il aurait conquis enfin la plus belle Destinée sociale qu'il soit possible de lui concevoir dans sa carrière terrestre.
24 PRÉLUDE It.
Or, si tout cola est vrai , il est r goureusement vrai aussi que les efforts de l'homme, sur cette terre sublunaire, notre terre à nous, pour le moment la troisième planète à partir du soleil , doivent concourir à rapprocher, autant aue possible , notre régime social de cette organisation typique , dùt-on ne jamais Tatteindre. Il est vrai encore que Ton peut juger de la valeur relative de différents régimes, passés , présents ou futurs , par un parallèle avec ce type pris pour terme commun de comparaison, fût-il, ce type, complètement irréalisable.
Avant de passer à la Critique sociale , qu'il me soit permis de prendre acte d'un fait établi et d'en établir un nouveau : — ces deux faits sont capitaux ; il sera bon de tes avoir sans cesse présents à l'esprit pendant la lecture de cet exposé.
Le premier, c'est que si notre idéal de société existait sur quelque planète bienheureuse, on n'aurait pas pu débuter, pour le réaliser^ par une autre voie que par l'invention d'une bonne organisation communale , et que l'harmonie générale n'aurait pu s'y établir qu'au fur et à mesure de l'application de ce régime aux différentes régions du globe. — D'où il appert aue si Ton veut aujourd'hui faire subir à la société en France, en Europe, et par suite dans le Monde entier, une heureuse transformation, quelle qu'elle soit, il faut s'astreindre à découvrir les lois et le mécanisme d'une bonne organisation de la COMMUNE.
Le second fait , c'est la réponse à cette question : — les membres de cette société idéale auraient-ils des passions semblables aux nôtres?— Apparemment ils auraient les affections de Famille et V Amour qui président à la perpétuation de l'espèce; eîY Amitié qui unit les individus de même sexe. Apparemment ils auraient V Ambition sans laquelle il n'y a pas de hiérarchie ni d'organisation possibles. Apparemment encore, ils se montreraient sensibles aux plaisirs des Sens , ils seraient désireux des richesses qui les procurent; car à quoi serviraient ces développements immenses des arts , des sciences et de l'industrie, à quoi serviraient ces travaux et ce luxe, ces produits, en toutes choses infinis et variés, si ces hommoi»
IDiAL h'vm tOClM PABTAin. 25
étaient des bnites ou des philosopoes cpii ne pussent ou ne voulussent pas en joutr? — Une noble Èmtdatiùn . de grandes et actives Rivalités les soutiendraient dans raccomplissement de leurs travaux. Il faudrait aassi que y Enthousiasme leur prêtât son secours et sa puissance. Il ne se pourrait pas faire enfin cpi'iis n'eussent la passion du Changement ; sans quoi , chaque être occupé à une seule fonction pendant toute sa vie, serait peu propre à la combinaison avec ses semblables; sa nature ne se développerait que sons une face : celui qui se livrerait incessamment à un travail d*esprit sans foire usage de son corps, perdrait force et santé; celui qui, toute sa vie, s'absorberait dans un travail corporel , res* teraît brut et grossier, et ne jouerait pas dans le monde un rôle d*homme, puisqu'il y pourrait être remplacé par un animal, un piston, une roue hydraulique.
Donc Amitié, Amour, Ambition, affections de Famille, besoins et plaisirs des Sens , amour du Luxe et des richesses , aptitude à la Rivalité , à l'Enthousiasme , et amour du Changement , toutes ces passions-là se retrouveraient chez les habitants du meilleur des mondes possibles. Or, si nous démontrons plus tard que les Passions, énumérées ici , mvX primitives ei mères de toutes les autres j — il faudra oien conclure que ces habitants du meilleur des mondes possibles , les nommes de notre société idéale et typique, pourraient bien être faits absolument comme nous le sommes nousmémes sur cette petite planète, que l'on croit si mal traitée par le Créateur.
ID^fimttintB.
Une idenes BotiT«ll« n Vt^W |Mis lâ £MttlU dl'employ«r quelques mots nouTeenx et de se créer «u besoin nne aomenclatiire eomplite?
C*. Fooftna.
Déjà nous avons tiré des déductions rationnelles , fort réelles, fort positives, de l'hypothèso établie au chapitre
56 GBITIQUR. SECT. I. CHAP. I.
la recberciie d une combioaisoû sociale, aussi bonne et féconde que celle-ci est détestable, soit chose absurde a priori. — A toutes les époques les hommes ont toujours eu la vaniteuse et sotte manie de se croire à Tapogée du développement humain. Eh ! qui donc oserait dire que dans mille ans, que dans cinq cents ans, que dans cent ans seulement et moins encore , la société ressemblera à ce (ju'elle est aujourd'hui? — Oui, comme la France d'aujourd'hui ressemble à la France des Gaulois : comme le royaume de Louis-Philippe ressemble au royaume de Pharamond.
Disons donc que la société actuelle exige des années improductives^ qu'elle perd par conséquent pour la création des richesses de grandes forces intellectuelles et physiques oui restent stériles quand elles ne sont pas employées a détruire. — Notre budget de la guerre est de quatre cents millions ; quatre à six cents millions (lue produirait le travail de nos quatre cent mille soldats : voilà pour la France une perte annuelle d'un milliard environ, et cela... en temps de paix !
B] Disons encore que la société actuelle fait éclore h son souffle impur d'mnombrables légions de scission- NAiREs, êtres improductifs ou destructeurs : chevaliers d'industrie, prostituées, gens sans aveu, mendiants, prisonniers, filoux, brigands et autres scissionnaires dont le nombre tend moins que jamais à décroître. Nous en accusons encore notre société ; car qui osera affirmer que toutes ces malheureuses créatures humaines seraient ce qu'elles sont si elles eussent été placées dans des circonstances heureuses, si la société eut été pour elles, dès l'enfance, une mère tendre et prévoyante ; si elles eussent rencontré éducation, aisance et travail attrayant? Est-ce donc que tous ces êtres étaient prédestinés? Sont-ils nés brigands, sont-ils filoux, mendiants, prostituées de race et de nécessité? Si cela est, qu'on ne les accuse pas; et si cela n'est pas, il est donc ^Tai
3u'une bonne combinaison sociale aurait eu puissance 'en tirer parti , d'en faire des gens utiles et honorables.
Il ne s'agit pas de crier contre le vice, le crime, le mal, Voilà tantôt trois mille ans qu'on le fait en vain, et
VIGBS DE L'iNBUSTBie. 57
la morale devrait être enrouée, il faut aller aux cmuses sociales des vices, des crimes, du mal, et enlever ces causes. S'en prendre aux effets sans remonter aux causes, c*est œuvre stupide, c'est vouloir arrêter la meule d'un moulin avec la main, au lieu d'arrêter, en baissant la vanne, Teau qui la fait mouvoir. — Continuons.
C) Au tableau des opérations improductives que nécessite notre société, il faut ranger celles de la magis- TRATumE et du parquet, des cours et tribunaux, gendarmes, police, geôliers, bourreaux, etc., fonctions toutes indispensables aujourd'hui à la sûreté de la société ;
D) Sont improductifs encore les oisifs, gens dits comme il faut , passant leur vie à ne rien faire, lions et lionnes, tigres et panthères, les flâneurs et les fainO<ants de tous les étages ;
E) Sont improductives les légions fiscales de la douane, des contributions directes et indirectes, d*es octrois; les receveurs, percepteurs, porteurs de contraintes, gamisaires, gabeloups, rats de cave, toute cette immense armée qui survedie, verbalise et prend ,« mais qui ne crée pas;
F) improductives les élucubrations des sopbistrs, philosophes, métaphysiciens, politiques, engagés dans des voies fausses, qui ne font pas avancer la science et ne produisent que des débats stériles ou des commotions ; \ les verbiages des avocats, plaideurs, témoins, etc.
G) Improductives enfin les opérations du commerce, depuis celles des banquiers à la bourse jusqu'à celles de l'épicier derrière son comptoir. Mais ici nous entrons dans une question qui demande à être examinée d*nn peu plus près. /
Ronerr i»b l'uia.
C'est la gntrrt I i
Toutes les catégories que nous venons de pas» ^ en revue, jusques à la dernière qui aura son chapitre t^ ipart, et bien d'autres que nous n'avons pas énumérée^ t^ sont franchement improductives ou destnictivesdesrich ^^es v
58 cmTIQVE. SBCT. I. CHAP. I. I
eR^iesdisparattront radicalement dans une organisation sor^ iD-àte. Toute cette puissance humame, tontes ces forcd p'h^iques et intellectuelles, misérablement gaspillées! ceviendront à la création. Ainsi , le premier caractère YKîîeux de la Civilisation est d'engendrer cette immense déperdition qu'une société barmortiqne remplacerait pai «ne immense production de richesses et de bien-être, ai^ grand bénéfice des improductifs actuels, et des produr^ teurs qui les nourrissent.
Mai& si notre Civilisation p^^che par cela qu'elle ea-
gendre, que même elle organise des légions essentielle-
ment improductives ou destructives, elle est entachée duo
^ vicp; bien plus capital encore; caT elle ne sait tirer des
i ^forces qu'elle applique à la production, qu'une quantité
df^ richesse très-petite par rapport à ce que les mémd
f orces donneraient dans un ordre de choses où l'indus-
' trie et les relations commerciales seraient organisées.
/ Ce que j'annonce ici sera démontré sans réplique dans
le cours de cet ouvrage : mais qui déjà, avec un peu de
i)onne volonté et de réflexion, refuserait de comprendre
combien l'incohérence, le désordre, la non-combinaii
son, le défaut d'association, le morcellement de l'indus^
; trie livrée aujourd'hui à l'action individuelle , dépourvue
de toute organisation, dépourvue d'ensemble, sont des
causes qui rétrécissent la puissance de la production,
perdent ou gaspillent nos moyens d'action? Le désordre
n'enfante-t-il pas la pauvreté, comme l'ordre et la bonne
gestion enfantent fa richesse? L'incohérence n'est-elle
. pas une cause de faiblesse, comme la combinaison une
\ cause de force? Or, qui peut dire que l'industrie agri-
^^ cole, domestique, manufacturière, scientifique, artisti-
j (]ue et les opérations commerciales, sont organisées au-
V jourd'hui dans la Commune et dans l'État? Qui peut dire
que tous les travaux qui s'exécutent dans ces domaines,
, lont subordonnés à des vues d'ensemble et de prévoyan-
c e ; qu'ils sont conduits avec économie, ordre ei entente ?
Q ui peut dire encore que notre société a puissance dedè-
yp louper, par une bonne éducation, toutes les facultés
qu( i la nature a données à chacun de ses membres ; dVm*
plo> ^cr chacun d'eux aux fonctions qu'il aimerait, qu'il
:aui ' ^'^ '^ mieux exercer, qu'il exercerait par consoqueni
VICES DS L*|NDtJftTBIB. 59
avec le plus d'avantagé pour lui et pour les autres ? At-on seulement pensé à poser le problème des caractères, de remploi social et régulier des aptitudes naturelles et des vocations? Hélas, T utopie des plus ardents philanthropes c'est d'apprendre à lire et à écrire à vin^t cinq millions de Français ! Encore peut-on dans les circonstances actuelles les mettre au ciéfi de réussir (4).
>'estrce pas une étrange chose aussi , et qui accuse bien haut , que ce spectacle d'une société où la terre n'est pas ou est mal cultivée , où l'homme est mal logé, mal vêtu; où mille travaux ungents sont à faire, et où des masses d'individus manquent à chaque instant de travail, et s'étiolent dans la misère ne fM)uvant en trouver ? En vérité , en vérité , il faut bien reconnaître que si les nations sont pauvres et faméliques , ce n*est pas que la nature et l'art ne leur fournissent les moyens de créer d'immenses richesses, mais c'est qu'il y a anarchie et désordre dans l'emploi que nous faisons de ces éléments : autrement dit, c'est que la société est piteusement faite, et l'industrie non organisée.
Mais ce n'est pas tout, et vous n'aurez qu'une faible td^e du mal , si vous ne réfléchissez pas qu'à tous ces vices qui tarissent la source des richesses et du bien-être, il faut ajouter encore la lutte, la discorde, la guerre sous
fi) Le nombre des enfants de l'on et l'antre sexe qui apprennent à lire, s'élève à près de deux millions. Mais, en revanche, le nombre ei^t grand des communes qui ont refusé de prendre part à ce mouvement du progrès. C'est avec pëîne qu'on voit près de la moitié des commones de France ne pas vouloir s'imposer elles-mêmes poar aider le gouvernement à répan-ire le bienfait de l'instruction primaire.
Nomiire d'écoles primaires élémentaires 35,007
Primaires supérieures 373
Privées 9,092
Total des écoles 44,472
ffombre d'élèves qni fréquentent ces écoles :
Garçons t ,176,248
Filles lit ,773
Total des élèves l ,907,021
Dépense totale de l'instroction primaire. 10,162,706 tr. I9 c. Ces chiffres sont empruntés au journal Vlnttiuuettr, { Noie de ktprefnitre édition»)
40 CftITIQUE. SBCT* I. CllAP. ij
mille noms et mille formes, (jue notre société fomente et entretient entre tous les individus qui la composent. Et toutes ces luttes , et toutes ces guerres correspondent à des oppositions radicales, à de profondes antinomies de tous les intérêts. Autant vous pourrez établir de classements et de catégories dans la nation , autant vous aurez d'oppositions d'intérêts, de guerres patentes ou latentes, à n'envisager môme que le système iûdustriel.
En effet, les industriels se divisent d'abord en deux classes, ceux qui possèdent les fonds, les capitaux, les instruments de travail, et ceux qui n'ont que leurs forces ou leur intelligence, leurs bras ou leur tête. Or, dites-le, sont- ils liés et associés, les intérêts du Capital et dn Travail, des propriétaires et des prolétaires ? Y a-t-il solidarité entre les gains et tes pertes des uns et des autres? Le manufacturier, l'entrepreneur, le propriétaire, le maître, pour me servir d'un mot qui , à notre honte, est encore très-français, ne peut-il pas s'enrichir ou se ruiner, sans que l'ouvrier ou le salarié s'enrichisse , lui, ou se soucie de la ruine du maître ? Les salariés et les
«rolétaires en masse ne forment- ils pas une popolation ottante dont les intérêts sont hostiles à ceux aes possesseurs des richesses et des instruments de travail , qui les emploient? Et cette hostilité, comprimée par la force publique, n'éclate- t-elle pas assez fort pour qu'il n*y ait
Sas stupidité à la nier? — A-t-on oublié Liverpool, lanchester, Birmingham, Londres, Paris, Anzin, Lyon, Lyon enfin! et Saint-Etienne et tant d'autres villes'^des trois pays où l'industrialisme a fait les plus grands progrès ,' l'Angleterre , la Belgique et la France ? Et ne laut-il pas admirer la niaiserie de ces hommes qui vont déclamant partout, même à la tribune nationale, contre ceux qui constatent des catégories dans la nation; braves ^ens, qui s'imaginent que quelques mots sortis de leur Douche fermeront les yeux et les oreilles, endormiront le peuple, empêcheront les ventres prolétaires de sentir la faim , les bouches prolétaires de crier misère ! En vérité nous sommes dans un temps étrange : on nie le jour, on nie le soleil, on nie ce qui crève les yeux. Les chicanes do Fesprit de parti,
VICES DE L'iffDUSTilie. Ai
les crreui*s et les contradictions morales et sopbisti(|ues, ont rempli l'atmosphère d'épaisses ténèbres et d*insi^ne mauvaise foi. La division et la ^erre sont pourtant bien là ! et la bourgeoisie Fa parfaitement reconnu , quand elle s'est écriée, tout effrayée, les barbares sont a nos portes!
£st-ce tout encore ; n'y a-t-il que deux camps dans la société : est-on d'accord dans ces deux camps?
Il y a plus de deux camps dans la société, et Ton n'est d'accord dans aucun des camps I...
D'abord les capitalistes possesseurs des ricbesses se font entre eux une guerre à mort par la concurrence. L'industrie et le commerce sont devenus de véritables naumachies ; chacun cherche à s'y faire sa place en ruinant, en écrasant tous les autres. Cette concurrence tant chantée par nos économistes, n'est autre chose qu'une guerre furieuse^ implacable , qui entraîne chaque jour des banqueroutes, des commotions de fortune , des désastres de toute espèce. Les économistes vous répondent par le monovoie , qui est un vice opposé à leur anarchie nommée liberté au commerce et de l industrie^ et là-dessus ils inscrivent sur leur drapeau laisses faire^ laissez passer. Oui ! laissez passer le vol , l'agiotage, la banqueroute; laissez piller, laissez détruire, laissez ruiner, laissez spolier le corps social tout entier ; laissez falsif^, les produits, laissez le désordre et la ^erre dans toutes nos relations industrielles et commerciales ; laissez faire, laissez passer ! £h , si le monopole est odieux, votre concurrence est-elle moins odieuse ! Vous ne savez donc combattre un mal que par un autre mal , le monopole par l'anarchie? Et pour cacher votre ignorance , la pauvreté de vos moyens, votre incapacité dérisoire, vous vantez un vice social par comparaison à un vice opposé
r* en est la contre-partie ! il est plus facile, eu effet , crier contre le monopole et de crier laissez faire, que d'iMVENTER un mécanisme industriel qui ne soit entaché ni de l'immoralité scandaleuse du monopole, ni de Timmoralité scandaleuse de la concurrence anarchique. Il est plus facile aussi d'être Tâue qui brait et qui brouli\ (jue le savant qui découvre.
Puis cette concurrence , bien mieux nommée yiwi re
42 CRITIQUE. SBCT. 1. Ctt.AP. I.
industrielle . et dont il faudrait des votâmes pour analyser tous les affreux effets dans les rangs de la haate et de la basse industrie et du commerce, elle se retrouve encore dans les rangs prolétaires ; elle divise les ouvriers, elle abaisse le prix de la journée de travail et en augmente la durée , elle rogne et rogne et rogne toujours le morceau de pain de ces malheureux. Toutes les fois que le nombre des travailleurs sur un point n'est pas inférieur aux besoins, la nécessité d'échapper à la dent de la misère développe chez eux cette concurrence dépréciative du salaire; c'est le cas général , et alors la classe inférieure, considérée en masse, est rançonnée, c'est le mot, par les classes supérieures. Cette dépréciation du salaire augmente avec l'accroissement de la population et l'emploi des machines qui font encore concurrence au travail du prolétaire. Et que leur proposent , pour les soustraire à ce gu t-apens social, ceux oui, de bonne intention, se font les avocats de ces malheureux? Que leur conseillent-ils ? ils leur conseillent de s'associer entre eux , de se coaliser contre les entrepreneurs et les maîtres, c'est-à-dire d'organiser et de rendre plus tranchée, plus palpable la division d'intérêts, l'énergie de la lutte entre le capitaliste et le prolétaire ; car ce n'est pas autre chose. — Vous voulez que les ouvriers s'associent entre eux? ~ Et les fonds et les instruments de travail,; et le crédit et les capitaux, les ont-ils? Et puis leur indique ez- vous un moyen d'association? Leur direz-vous comment ils tiendront compte des talents, de l'expérience, du travail , de tous les éléments intégrants de l'association ? Comment toutes les pn^tentions, fondées ou non, seront appréciées et satisfaites : comment les coalitions et l'association ne se briseront pas?... Des mots, des mots! Voilà pourtant où nous en sommes, et si cet avis des uns est absurde, l'avis des autres est odieux , car ils conseillent un intolérable stata quo ; ils n'ont pour remède que la prison, les baïonnettes et Fépée du sergent de ville! - Certes oui, c'est Tassociation qui doit terminer ces querelles ; mais sachezle, pour que la querelle du Capital et du Travail se termine , il faut associer ensemble le Capital et le Trayail, et non pas les tra> ailleurs entre eux seulement; et sa-
VICES DB l'industrie. 45
chez eBCore qu'il ne suffit pas de diro : il faut associer les intérêts, il faut associer les intérêts! car associer les intérêts n en dit pas plu< qu'unir les intérêts. Et tant qu'où se tmniera à dire : il faut associer, il faut unir; saai
CHERCHER, DÉCOUVRIR, APPLIQUER UN PROCÈDE d'aS-
sociation, d'union, on n*aura produit que des mots, on n'aura pas avancé d*un point. Mais lisez, lisez les palabres philosophiques, scientifiques, philanthropiques, politiques et hypermoraies de tous les bavards de la civilisation perfectible, et vous verrez avec quel aplomb on > donne aux bénins lecteurs des mots pour des choses. Kt pourquoi pas , après tout , puisque la masse des lecteurs prend toutes ces balivernes pour des idées et s en contente?
Voilà déjà bien des divisions, des oppositions %t des guerres d'intérêts ; voyons si nous sommes au bout.
Tous les individus se rangent dans une ou plusieurs lies trois catégories de producteurs, de consommateurs ou ik commerçants. Or, il est évident que l'intérêt du commerçant est en lutte avec celui du consommateur et du producteur. Le même objet qu'il a intérêt m vous vendre « lier, qu'il vous vend cher, en effet, et dont il vante, oute mesure, la qualité, n'a-t-il pas eu intérêt à l'acheter a bon marche au producteur qui Ta créé? ne Va-t-il pas déprécié dans leurs transactions? — Ainsi , l'intérêt do corps commercial, collectivement et individuellement en- >isagé, est en opposition avec celui du producteur et du consommateur, c'est-à-dire du corps social tout entier.
Et puisque nous voici arrivés à l'organisation commerciale, arrêtons-nous-y un instant ; regardons d'un peu prés ce sublime Commerce pour lequel on n'a pas assez d épithètes fleuries et reconnaissantes. Rappelons-nous toujours l'organisation-modéle décrite ci-dessus (prélude. II] et les dispositions administratives et commerciales d'une société réglées suivant le vœu du bon sens; c'est par com paraison avec une organisation intelligente et raisonnable quenous instruirons le procès de la Civilisation*