ORGANISATION. L1V. I. CHAP. I
une poignée de cheQevis; c'était la pénurie dans toute sa force, et Végoïsme dans toute sa hideuse énergie.
Hé bien ! quand on eut retrouvé des cantonnements, quand la fidèle Pologne nous eut donné du pain, quand elle eut ranimé et réchauffé nos débris, les sentiments revinrent aux cœurs, la discipline se rétablit, et, sous ce rapport du moins, tout fut comme devant.
Élargissez cet exemple, interrogez-le, et avec lui mille autres du même genre que vous fournissent l'observation et r histoire, et vous reconnaîtrez :
Que le développement harmonique des sentiments sociaux veut être assis sur une large base de richesses sociales.
Ce» ctpaeitét sans emploi sont un des plus grands fléittt ds l'époqoe. Bn faTorisant lear développement, n'est-ce pm exciter à faire de l'eiereice, pour gagner de l'appétit , dci geiis aoxqoek on ne peut rien donner à manger?
B. L., jtgricmiltur.
J'ai tout étudié, tout appris... Insensé que j'étais d*élargir mon cœur pour que le désespoir put j tenir.
Ai.BXAHDaB Douas.
Que si vous réfléchissez encore à Finfluence de la richesse sociale, vous reconnaîtrez que c'est sur le développement du bien-être que reposent toujours aussi le développement intellectuel d'une nation et le degré de liberté dont elle est capable de jouir.
Il est sensible, en effet, qu'on ne peut pas répandre l'instruction dans des familles misérables, qui ont besoin pour vivre d'employer tout le temps de tous leurs membres à des travaux salariés, et qui, d'ailleurs, dans l'état où nous en voyons la majorité en France, ne montrent pas même le désir de faire apprendre à lire et à écrire à leurs enfants.
Et puis, lire et écrire, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui de l'instruction ! ~ Savoir lire, c'est un instru* ment, voilà tout, et un instrument qui, par le temps qui
POSITION DU PaOBLÈME. ^75
court, introduit souvent dans la tête plu:) de mauvais que de bon. Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir, à parler vrai^ d'instruction réelle, solide, utile, pour les classes privées du nécessaire. Je dis plus: l'instruction et Téducation sont le plus funeste des cadeaux que Ton puisse faire à un paria. Il faut être aveugle pour ne pas voir qu'aujourd'hui, dans cette société qui sue le malheur par tous les pores, la classe la plus malheureuse, la classe pour laquelle la vie est toute de torture, c'est celle des hommes sans fortune, mais dégrossis et raffinés par une éducation qui a élargi leur esprit et leur cœur, qui les a initiés aux jouissances de l'opulence , qui a développé en eux des besoins ardents, une ambition dévorante : pour ceux-là, quand ils ne parviennent pas à s'ouvrir une porte de fortune , — et ce n'est pas chose très-facile aujourd'hui, — pour ceux-là, disje, la vie n'est qu'une déception amère, elle s'égare souvent dans Tabjection ou se termine par le suicide...
Ce développement intellectuel, ces raffinements hors de proportion avec les moyens de satisfiaction des besoins qu'ils créent, sont la grande maladie de toutes les Civilisations avancées, et l'une des causes les plus énergiques de leurs névralgies politiques. Vouloir instruire le peuple avant d'avoir réalisé pour lui des conditions de bien-être, avant de lui avoir assuré des droits à un travail lucratif, honorable, attrayant, c'est une pensée qui ne saurait être exécutée que très-incomplètement, et dont l'exécution serait souvent funeste à la société et au peuple lui-même. Ces vérités-là sont prouvées par des faits que Ton peut nier, mais que l'on ne saurait détruire.
D'un autre côté, la liberté sera toujours un mot vide de sens tant que le peuple n'aura pas conquis le bienêtre. Qu'est-ce que la Liberté du Pauvre, du Prolétaire, de l'homme sans culture intellectuelle et sans fortune, de l'homme qui a besoin, de l'homme contraint d'engager chaque jour à un MaItre ses bras, son travail , son activité, de renouveler chaque jour le contrat de vente
\7Â oaaAifiSATioN. lit. i. chap. i.
de sa personnalité, c'est^-dire le contrat de son esclavage ?
L'Esclave des colonies a un Maître qu'il ne s'est pas donné : le Pauvre , le Prolétaire est obligé de se chercher et de se donner un Mattre. Il meurt de faim, loi et sa famille, ou il mendie, s't7 ne trouve pas un Maître! — Donnez au Pauvre toutes les libertés politiques du monde, donnez-lui le droit de suffrage, d'électorat et d'éligibilité, il n'en sera pas d'un iota plus libre ; il n'en sera pas moins contraint de se mettre chaque jour en quête d'un Mattre pour avoir son pain de chaque jour. Que lui importe la liberté politique si vous lui refoisez la liberté sociale?
Tant que l'aisance sodale n'existe pas, que l'honiiue du peuple n'a pas un minimum d'existence socialement garanti^ le peuple n'est qu'un vaste troupeau de pauvres créatures incultes, grossières, toujours exploitées sous le nom de prolétaires, de paysans, de serfe ou d'esclaves, par les classes détentrices de la propriété et des instruments de travail : — troupeau souvent écorché et toujours tondu. — Tout cela est indéniable.
Si donc on veut la liberté, si l'on appelle de ses voeux le développement intellectuel du peuple et l'avènement de la justice sociale, il ne faut pas se jeter à Tétourdie dans tout ce qu'on nous donne aujourd'hui comme voie de progiès; il faut peser la valeur des moyens qu'on propose pour aller au but, et ne pas débuter par mettre, comme le dit fort bien le proverbe, la charrue devant les boeufs. Eh bien ! au lieu de rechercher les conditions du bien-être général et de l'aisance universelle, premières bases du développement des droits, des libertés, premières conditions de la véritable émancipation de tous , où en est-on maintenant ? — A persuader à la nation q«e la chose la plus pressante est de concéder à tous les citoyens des droits politiques d'élection et d'éligibilité ! — En présence des affreuses réalités d'ignerance, de grossièreté, d'incapacité, de misère, de misère surtout, quise
POSITION DU PBOtLiuiE. HS
dressent tout autour de «ous, et sous -un cief gros de tempêtes, il faut en vérité que la politique soit bien impudente pour avoir le front de leurrer le peuple à ce point, et le peuple serait bien sot de se laisser malagraboliser ainsi ! — Mais vous êtes donc pour le monopole politique? dira quelque lecteur delà Gazette ou du National, Non , Monsieur, je ne suis ni pour le monopole politique, ni pour aucune des monstruosités civilisées; mais je suis pour que Ton ne prenne pas les routes qui éloignent du but ; je suis pour que Ton ne coupe pas brutalement le nœud gordien qu'on doit délier; je suis pour que l'on propose des combinaisons nouvelles et des solutions aux problèmes sociaux, et non pour qu'on reste indéfiniment au fond des abtmes révolutionnaires ; — car les nations n'y gagnent rien et le peuple surtout y perd beaucoup, puisque c'est toujours le peuple qui paie l'impôt avec ses sueurs, et la victoire avec son sang.
Supposons un pouvoir politique animé du plus ardent amour pour le Peuple. Que fera ce Pouvoir, s'il veut améliorer le sort du peuple : ne faudra-t-il pas qu'il innove ; et s'il veut innover, qu'il connaisse des Combinaisons nouvelles^ qu'il possède la solution des Problèmes sociaux ? — Eh bien ! pourquoi ne point étudier immédiatement ces Problèmes? Pourquoi n'en point chercher immédiatement les Solutions? Pourquoi en rester indéfiniment aux querelles purement politiques ? Pourquoi tant de combats, dont le Pouvoir est l'objet, quand tout consiste d'abord à vider une question de Savoir (I) ?
(1) La Uièse qae noua soutenions en 1834 est aujourd'hui gagnée. A part quelques bancs de mollusques politiques tout le monde est aujourd'hui d'accord que les réformes électorales n'ont qu'une valeur relative. A ce point de vue, eotant qu'elles ne prétendent plus à l'usurpation et à l'étouffement de la question sociale, et en présence de l'effroyable corruption qui s'est développée dans le monde officiel , l'École Sociétaire peut et doit maintenant appuyer et défendre ce genre de réformes. [JVote de la 2^ Édition.)
n6 ORGANISATION. LIV. I. CHAP. l.
Qu'un trouve moyen d'augmenter U richesse «t é*y faire participer tous les citoyens. B. Dulakv.
La règle de société est une opération par laquelle on partage nu revenu produit par on capital total, ea parts proportionnelles aux mises partielles qui oot servi à former ce capital. Si les différentes mises partielles ont été engagées pendant des temps inégaux , il faudra encore tenir compte de cette dinerence.
Tri,ité tÉ'jiriiAmetiqne.
Nous venons de prouver qu'il faut s'occuper d'abord à chercher un moyen d'augmenter, dans une haute proportion, la richesse sociale. Voilà le point de départ d'une saine politique.
Eh bien ! sur cette question même de la richesse générale, comme partout ailleurs, vous trouverez encore la politique du siècle en défaut. Où en est-elle ? — A des rognures de budget. Diminuer l'impôt, prendre aux- uns pour donner aux autres ; abaisser ceux-là, élever ceuxci ; voilà tout ce que l'on sait proposer : et l'on se bat, et l'on s'injurie, et l'on se tue, pour cette politique de déplacement.
Ce n'est pas cela. — Au lieu d'user le temps et la vie à s'arracher des lambeaux, il faut aviser à désobstruer les sources de la prospérité publique, il faut organiser l'industrie, les travaux domestiques, agricoles et manufacturiers, tous les travaux productifs, et quadrupler, octupler, vingtupler les richesses par des procédés nouveaux.
La France, si l'on répartissait également son revenu annuel sur ses trente-deux millions et demi d'habitants, donnerait pour chacun, dit la statistique, une valeur de onze sous à consommer par jour. Elle est donc misérable et dénuée. En présence de ce fait avéré, plus puissant à lui seul que tous les raisonnements du monde, il faut songer à augmenter le produit dans une haute proportion (1).
(1) On a contesté cette moyenne de 1 f sous. Que lo chiffre soit un
. .POSITION DU PROBli:»IK. ^77
Voilà le premier problème buiiiaia et social que la Science doit résoudre, et cette solution n'est an pouvoir d'aucune révolution et d'aucune forme gouvernementale.
Et ceci n'est pas tout : — A la combinaisou sociale qui aurait puissance de«quadrnpler le revenu annuel, on doit en outre imposer la condition de répartir équitablement ce revenu entre tous les ayant-droit; car c'est encore une opinion ridicule, de mesurer le bien-être d'une nation à son revenu seulement, sans s'inquiéter s'il est absorbé par une minorité de pirates sociaux, industriels, mercantiles, etc., ou s'il reflue sur toutes les tètes.
Pour que le quadruplement du produit portât de bons fruits, il faudrait, par exemple, qu'il sextuplât le gain actuel du pauvre , en quadruplant le revenu de la classe moyenne, et doublant celui du riche, ~ tout en liant solidairement les intérêts de ces trois classes. — A ce prix seulement, Taccroissement de la richesse générale serait un bon prélude à l'harmonie sociale ; — car si le revenu total augmentait et que les classes nombreuses restassent toujours dévorées à belles dents par la misère, il n'y aurait, dans ce fait, nul germe d'accord. Il ne saurait être mauvais, d'autre part, que les riches, les détenteurs actuels de la propriété, les privilégiés, trouvassent eux-mêmes leur compte au nouveau système social. — Tout ceci est de la plus prochaine évidence.
Nous voici donc conduits à exposer le principe d'après lequel doit s'effectuer la Répartition des produits.
Or, voici : Pour que la Répartition des produits du travail humain soit légitime, satisfaisante et sociale, il
peu plus élevée, qu'importe? Ce quMi y a 4e très-sûr, c'est que ce misérable chiffre de 1 1 sous est fort supérieur à la valeur de la consommation moyenne de plus de 28 millions de corps hnmalns sur 33 dont se compose la population de la France, qui n'est pas le plus mauvais pays du monde. — Or. comme II ne s'agit pas de rien pren^ dre à personne, la nécessité absolue d'aviser à un énorme accroiftlement de la richesse publique reste toujours la base du problème «ocial.
^T8 ORGANISATION. UV. I. CUAP. U
faut que, — conformément à uu axiome d^éternelie justice, — elle donne à chaque individu une part proportionnelle au concours par lui apporté à la Production. — Ceci est encore de la plu$ prochaine
évidence.
Donc, pxamipons quelles sont les voies de concours à la Production : cette recherche est des plus faciles, en effet:
1 ^ U est sensible que, pour se mettre en mesure de créer des produits, il faut des terres, des édifices, des instruments de travail, des avances en denrées ou numéraire, etc., toutes choses que nous comprendrons sous la désignation de Capital ;
29 II est sensible au même degré que^ pour mettre en valeur le Capital, il faut agir sur lui par le Ti^avail;
3^ Il est sensible enfin que Faction du Travail sur un Capital donné, deviendra d'autant plus productive qu*elle sera exécutée avec plus de Talent,
Le Capital, le Travail et le Talent sont donc les trois puissances, les trois facultés industrielles de rhomme, ces trois modes de concours à la Production. — D*où il suit rigoureusement, en bonne et loyale justice, que celui qui apporte, dans une entreprise quelconque, son Capital, doit être rétribué pour cet apport, comme aussi celui qui fournit son Travail, comme encore celui qui fournit sou Talent. La répartition, pour chaque individu, dans Tentreprise à laquelle il prend part, doit donc être proportionnelle à son concours à la Production, estimé en raison composée des quantités de Capital, de Travail et de Talent qu*il aura fournies.
Ainsi, dans cette Entreprise, dans cette Association industrielle , la valeur totale des produits doit être partagée entre tous les sociétaires, entre tous les ayant- 4roit, proportionnellement, pour chacun, à son concours calculé dans les trois branches.
Donc, il faut que la combinaison sociale que nous cherchons, satisfasse à la condition souverainement impor-
POflTION 00 PROBLi^MB. i79
tante, de l'estimation des 7*apport!i du Capital, du Travail et du Talent de chacun avec la Production générale. Cette estimation faite, la Répartition n'est plus qu'une simple question d'arithmétique , une application de la Règle de société.
Telle est l'expression mathématique de la justice sociale dans cette grande question de la Répartition. (Voy. la note R à la fin de ce chapitre.)
Qne l'on apprenne donc enfin à associer le Travail et le Talent, comme on sait associer déjà les Capitaux, et chacun, recevant en proportion du Capital, du Travail et du Talent qu'il aura engagés dans une Opération, nul ne songera à se plaindre. Voit-on jamais, dans la distribution deâ Dividendes d une Compagnie industrielle, ceux qui n'ont qu'une Action s'opposer à ce qu'on donne un dividende double du leur à ceux qui possèdent deux Actions? Non. Mais ce n'est pas tout d'avoir su satisfaire les Capitaux par un système équitable, il faut encore étendre au Travail le pnncipe de la Répartition sociétaire, puisque le Travail concourt, avec le Capital, à la création des produits.
II résulterait manifestement de la réalisation de et principe, que le produit total augmentant ou diminuant, ferait croître ou décroître , simultanément et dans la même proportion, les lots respectifs du Capital, du Travail et du Talent, — de telle sorte que, sous la loi de cette Association, le bien et l'intérêt de chacun se trouvent indissolublement liés au bien et à l'intérêt de tous.
Il n'y a plus de salariés ; il ne reste que des associés. V accord de l'intérêt individuel avec l'intérêt général est rigoureusement et mathématiquement réalisé.
Hors de cette disposition, c'est-à-dire quand le revenu du Capitaliste peut croître en même temps que celui du Travailleur reste stable ou décroît, il est évident qu'il y a nécessairement divergence des intérêts , — et par suite coUi^n, discordance sociale, guerre sourde ou' guerre ouverte entre les classes. ,
180 OBGASTSATION. LIV. 1. CRAP. I.
Il y a en môme temps spoliation et vol manifestes, quels que soient les phrases et les sophismes dont on puisse colorer le vol et la spoliation. Nous avons même reconnu que la spoliation pouvait être poussée à tel point que tout le prix des sueurs des prolétaires se condensât dans les caisses de quelques féodaux financiers.
En résumé :
Point d'instruction^ de liberté^ de bonheur ni d'harmonie sociale^ sans une grande augmentation de la Hchesse sociale.
Point de justice^ point de stabilité^ point d'harmonie^ point de convergence des intérêts^ si la richesse produite n'est pas répartie aux ayant-droit, proportionnellement au concours à la production; — de telle sorte que tous soient désormais parfaitement solidaires et que l'enrichissement et le bien des uns ne puissent jamais correspondre d l'appauvrissement et au mal des autres.
Toute politique qui ne prend passées deux conditions pour point de mire, est nécessairement vaine, étroite et absurde.
Chaque communa représente en France bUU habilanis. Travailler à la proipérité dei trento-eix milk coaniiiiautés, c*est travailler au bonheur des trente-su aitlions d'habitants, en simplifiant l« qoestion, «■ diainaant la difficulté de tout œ mi'étâblit la difMcence do rapport de trente-six mille a trente-six mUfions.
Les masses, aigries par la misère et deven«aa menaçantes, demandent le droit de yiwn par le traTaii, et les honunes de science gouvemementele dierchcnl par quelles abstractions constitutionncHee il j aara moyen de les satisfaire 1 1 L. Eovsbbao.
Taises- vous. Monsieur Mangain; teises-Toas, Moosieor Thiers. Vxeroa Hdoo.
Taisez-vous, Monsieur Hugo.
VicTom CoasioM4«T.
•Nous voici amenés à rechercher les moyens pratiques par lesquels on pourrait s»t>?fairç à cei5 deux condîtioDS.
POSITION DU PftOBLilME. 4S4
Si nous découvrons on système qui les réalise, nous tiendrons M clef qui ouvrira les portes de la prospérité publique et de Tharmonie sociale. Parlons d*abord de la première.
L'Augmentation db la richessb ne saurait résulter que de raraélioration et du perfectionnement des Procédés industriels. Ces procédés sont de deux genres :
Les Procédés techniques ou spéciaux j
Les Procédés systématiques ou généraux.
Procédés techniques. — Ce sont ceux qui concernent chaque métier, chaque science, chaque industrie en particulier. On sait quelle influence exercent, sur Taugmentation de la Richesse, les perfectionnements des Méthodes, des Instruments, des Machines, les Découvertes qui munissent THomme de nouvelles armes industrielles, ('/est à Taccumnlation des Connaissances, des Inventions et des Perfectionnements de cet ordre que nous devons notre Industrie et toutes ses merveilles. Enlevez-nous ces Procédés , et notre Industrie est anéantie : nous retombons à l'état sauvage.
Malgré la magnificence des Découvertes accomplies pendant les trois derniers siècles, nous assistons à peine à l'origine de la Science et de la Puissance humaines. Dans deux ou trois cents ans, nos prodiges actuels ne
paraîtront que des œuvres barbares On doit donc
compter les immenses progrès qui restent à faire dans les Sciences, dans la Mécanique et dans les Méthodes techniques *comme devant concourir, avec une très grande énergie, à l'accroissement de la Richesse générale.
La recherche directe de ces Inventions et de ces Perfectionnements techniques est l'aflaire des Sciences spéciales, et non celle de l'Ëconomie sociale. Mais l'Economie sociale a, par rapport à ces progrès eux-mêmes, une tâche capitale à remplir; car c'est à elle de déterminer le moyen de diriger, d'exciter et de propager rapidement ces Inventions et ces Perfectionnements dont
^82 ORGANISATION. UV. I. ClA^. t.
Texpansion est, dans Tétat actuel de la Sociék', environnée de mille entraves. Cette tâche, en elfet, rentre dans les attributions des Procédés systématiques ou généraux « les seuls dont nous ayons à nous occuper ici.
Procédés systématiques, — Ces procédés ne sont autre chose que les Modes Généraux de Texercice de rindustrie, les différents Systèmes possibles pour l'Organisation du travail dans l'atelier social.
Or, la question de l'Organisation du travail national et de l'atelier social se décompose sur le champ dans ses éléments, et les éléments naturels du travail national se trouvent dans la Commune. La Commune est Fatelier alvéolaire de l'exploitation générale.
Le problème d'un grand accroissement de la richesse sociale ne saurait donc être résolu que par une bonne organisation économique et industrielle de la Commune.
La seconde condition, la Répartition équitable des valeurs sociales, se ramène aussi à la même base ; elle se réduit généralement à la question d'un juste partage des revenus dans la Commune.
On le voit donc : ces conditions fondamentales de l'Harmonie, qui eussent été tout-à-fait utopiques si Ton eût émis la prétention de les appliquer d'emblée à l'ensemble d'une nation par voie législative» par procède gouvernemental , se présentent au contraire avec un caractère des plus pratiques lorsque, remontant à la source réelle des choses, on se propose de les introduire, par la Commune, dans la grande société. La question de la tran.^ formation sociale se réduit rigoureusement à l'organis^ation d'une ou plusieurs communes modèles, dont Tinfluence pratique déterminera plus ou moins rapidement l'Évolution qui remplacera les sociétés subversives par la société harmonique.
Tout ceci est fondé sur une logique tellement serrée, qu'un enfant qui a compris ce chapitre, peu i battre à vaude-route tout le sanhédrin de toife nos philosophes t>»
YOSITION DD PSOBtkMB. ISS
p^iqoes réunis; braves idéologues, qui veulent Taire le bonheur des nations avec des te\te.s de loi et des cartes d'électeurs à r usage des gens qui ne savent pas lire : — et c'est nous qu'ils qualifient d'utopistes I
Ëtait-il donc si- difficile d'observer que les changements heureux qui s'opèrent dans une nation ne peuvent se mesurer que par la somme de ceux qui s*opèrent dans les Communes? Que serviraient à une nation les décou» vertes scientifiques, si elles n'allaient se localiser dans les intelligences personnelles? Les méthodes agricoles et industrielles ne sont utiles, et fé^ndes qu'à mesure qu'elles se propagent dans les groupes de population dont la collection foit un peuple. Si vous voulez qu'une nation s'enrichisse, il faut savoir augmenter la richesse de ses Communes; si vous voulez qu'elle s'instruise, il faut porter l'instruction dans ses Communes; si vous voulez que le salaire y soit remplacé par la part proportionnelle dans les bénéfices, c'est pour la Commune, dans laquelle les travaux s'exécutent, que vous devez chercher les combinaisons capables de résoudre le problème. Si vous voulez l'ordre dans l'État, il faut intéresser à l'or* dre le citoyen dans la Commune qu'il habite ; si vous voulez qu'à jouisse de la liberté , il faut que l'organisation sociale de la Commune où il vit la lui garantisse. , Quelle que soit enfin l'amélioration que vous désiriez, .vous ne l'obtiendrez qu'à la condition de l'incarner d'à- Ibord dans cet élément alvéolaire de la société. La Comjmune, je l'ai déjà dit, — et par les déplorables rêveries qui coureat, on ne saurait trop le répéter, — c'est le premier atelier de la Production, de la Distribution et de la Consommation, c'est le premier théâtre de la Répartition, c'est la base de l'édifice, c'est ce que l'on doit songer à réorganiser d'abord, si l'on veut réorganiser la société. — Je voudrais bien voir que l'on essayât d'articuler quelque chose là-contre.
Ce principe sépare radicalement la politique positive de kt politique illusoire et utopique qui court les rues,