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colportée par les feuilles de toutes les couleurs; de cette politique qui prétend régénérer les nations par de purs changements de formes gouvernementales ou administratives. — Un peuple sauvage qui vit en république, le fera-t-on passer à une période supérieure en lui donnant une monarchie, ou réciproquement? Certes non. Mais un peuple sauvage deviendra civilisé si on lui fait adopter rindustrie, si on l'initie aux découvertes des sciences, aux procédés des arts, si sa hutte devient maison, si son krâal devient village, — et cela, quelle que soit la forme de son gouvernemeirt, cela aussi bien si son administration et ses lois sont entre les mains d'un roi, d'un président de république ou de trois consuls. Voilà qui est caractéristique.
Aujourd'hui il s'agit d'abolir la misère; d*augmenter la production ; d'organiser le travail et d'en répartir les produits à chacun suivant son droit ; d'universaliser les avantages sociaux et de les répandre sur toutes les tètes ; d'étendre à tous les individus et pour le plus grand bien de tous, les bienfaits de l'éducation; de faire converger les travaux industriels et les intérêts individuels: de créer des mœurs loyales; de prévenir la fraude e( l'oppression ; d'établir, enfin, l'harmonie entre les hommes. Or, tous ces bons fruits ne se récolteront pas dans le champ de l'administration civilisée, fût-il cultivé par Pierre le roi ou par Paul le consul : car l'administration ne crée pas les richesses, n'harmonise pas les intérêts, ne répartit pas les produits. Tout cela est eu dehors do son ressort; et nos hommes politiques feraient un bean tapage et crieraient d'une étrange façon, si elle manifestait la volonté d'intervenir dans toutes ces choses.
Et toutes ces choses, dont ne s'occupent ni Tadministration, ni les hommes politiques, ce sont pourtant les choses capitales , les choses qui importent en première ligne à la prospérité des nations, à la liberté, au développement intellectuel et au bonheur des peuples.
Proclamons-le doue à si haute voix que tout le monde
POSITION UV PROBLÈBII. 185
Feotende: U faut semer sur le sol de la uation, dans la Commune ; la force brutale et révolutionoaire n'a rien à faire en pareille œuvre. Une Révolution peut bien superposer un intérêt à un autre intérêt, écraser un parti sous un autre parti, une dynastie sous une dynastie, une monarchie sous une république ou réciproquement; mais non pas associer et combiner les forces divergentes. Ceci est la tâche de la Science ; c*est une découverte sociale seule qui peut aonner des moyens nouveaux pour obtenir ce résultat nouveau. Et cette Science, — nous Tavons assez prouvé par Inobservation rigoureuse des faits et par la stricte logique , — il faut qu'elle débute par produire une bonne organisation de tous les travaux qui s'exécutent dans Tatelier social élémentaire, dans la Commune.
Remarquez, au reste, ce que l'on gagne toujours à poser les- questions comme elles doivent l'être : Du jour où ce principe de raison, cette vérité limpide pour toute intelligence non obscurcie par l'esprit de parti et les vieux préjugés , sera admise comme point de départ, dès ce joor-là même la société se verra à l'abri des commotions politiques ; l'atmosphère se débrouillera bien vite, et la philosophie sociale, jusqu'ici vague et arbitraire, accomplira la révolution que les sciences naturelles ont subie en passant des domaines de l'imagination sur ceux de l'oteervation : les temps de l'alchimie politique seront clos, et l'ère de la politique positive et expérimentale s'ouvrira enfin. — On conçoit, en effet, qu'une théorie d'organisation communale quelconque ne demande qu'une lieue carrée de terrain , au plus, pour être mise à l'essai. On peut dès-lors expérimenter des procédés deré forme sociale avec la plus grande facilité, sans compromettre l'Ëtat , sans bouleverser le monde , comme l'ont fait si vainement les expériences arbitraires de la politique et de la philosophie sur les empires.
Ces funestes expériences, qui ont ébranlé l'Europe, ont créé par contre-coup, dans certaines régions, uu esprit
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dMmmobilisme et môme de rétrogradation qui D*est propre qu'à provoquer des révolutions nouvelles.
On sent bien pourtant que la société est mal à l'aise, on confesse qu'elle aurait besoin d'une réorganisation : l'état de choses actuel enfante désordres sur désordres, perturbations sur perturbations. Tout cela ne peut évidemment cesser que par une innovation sociale. On re* connaît qu'il y a quelque chose à faire.
Eh bien I les tentatives faites par la philosophie sur les nations ont été si terribles , l'épouvantement a été si grand, qu'on frissonne aujourd'hui au seul mot d'innovation. Pour une foule d'hommes, le nom de novateur est un nom maudit. — Et ce n'est pas sans quelque semblant de raison. — il n'en serait certes pas de même si , en place de ces régénérations trempées dans le sang, on eût tenté des essais localisés sur quelques petites circonscriptions territoriales. Et croye^vous que si l'on eût consacré à ces essais la millième partie des forces détruites, depuis quarante ans seulement, dans les expériences (1) politiques, on ne fût pas arrivé, même par
(1) Le ConatUuiionnel, dans un article où il coupe, taiUe et tian* jche à travers la Théorie de Fourier, qui, assure-t-il, Un a procm-é \plus de disiraclions et de ioies qu'aucun ouvrage moderne ^ formule à ce sujet le grave et intelligent jugement que voici :
« 11 faudrait, pour discuter sérieusement la valeur de choses pa- » railles, qu'elles fussent appelées à des résultats pratiques et im- » médiats, et nous ne voyons pas que notre société actudle se mon-
• tre aucunement disposée à laisser faire sur elle de la science
• expérimentale. Pour nous expliquer à nous-mêmes et pour rendre » plus sensibles aux autres celte répugnance et cette résistance de » l'instinct public aux essais de réforme, nous avons dierché one » bonne et saillante comparaison, et nous croyons en avoir renoon- » tré une.
* En partant du fait , contestable jusqu'à un certain point , que
• la société actuelle a de» plaies, que son sang est vicié, qu'elle est
• caduque, énervée, qu'elle doit périr, nous Tassimilions à un TieU-
• lard tenant d'autant plus à la vie que la vie le fuit, qui cherche i
• naître et à se retremper, et devant lequel un empirique ayant foi
• en la transfusion du sang viendrait dire : « Laisses -moi voua saî- » gner Jusqu'au blanc; J 'puiserai vos teines pour y introduire <».
POSITION DU PBOBLilU. 487
voie de tàtoimeuient, à an état de choses autre que celui où tout est encore en question, où pas une pierre de
* suUe la santé, la jeunesse, la vlgoeur. » Est-U beaucoup de vieil- » larda, dites-moi, qui se laisseraient tuer dans Tespoir de renaître?
* La société fera toujours ainsi. «
N'est-ce pas chose plaisante que de voir le Conuiiuiionnei, ce représentant caduque du libéralisme imbécile des temps modemee, qui a toujours tremblé à l'aspect dies révolutions, et qui n'en a pu moins travaiUé pour leur compta s'en venir comparer un procédé de réforme, qui part de la Commune et doit être essayé sur dix-huit cents hectares de terres , au charlatan qui veut taigner à blanc im vieillard^ et épuiser d'abord UM veines pour y introduire la santé e la jeunesse ? -- Eh ! le charlatan c'^t vous, vieux patriarche de la routine et de l'absurde, vieux père nourricier des révolutions !
Il ajoute :
« Quand on se présentera à elle (la société) avec les prémisses de » Charles Fourier, en partant comme lui du doute absolu et de Ci- » cari atsolu , c'est-à-dire en niant les antécédents de l'humanité » et en refusant de faire ployer devant eux la logique des théories » nouvelles, on se verra éoonduit , méconnu , calomnié peut-être ;
* oa gâtera les portions les plus belles et les plus pratiques d'un
• système trop entier, on s'exposera au sarcasme qui ne prouve 9 rien, et au discrédit qui démonétise tout. »
Qu'est-ce que l'on veut dire en énonçant que Fourier nie les antécédents de l'humanité ? — Voyrz comme le non-sens de la pensée se révèle bien ici par le non-sens de l'expression : — ne sembleraitil pas que Fourier nie que l'iiumaiiité actuelle ait des antécédents, on passé? — Ce n'est pas cela, diront-ils; nous accusons votre Uiéorle de nier la valeur du passé. — La valeur du passé, dites-vons. Bolà ! bien que vous soyez aujourd'hui les représentants du passé , que comprenez-vous à sa valeur historique ?-> Us viennent dire que Fourier, qui a donné la loi régulière du mouvement social et du développemeni successif des difft renies périodes^ NIB les antécédents de rhumaoité 1 1 Et ce sont là les gens que nous avons pour juges, les membres du tribunal de lU)pinion publique, une puissance, en- On, dont maint personnage révère encore aujourd'hui les décrets !...
Go! , Fourier comprend et vous apprend la valeur du passé ; il TOUS apprend quelle est la tâche providentielle de la Sauvagerie, de la Barbarie et de la Civilisation, dans la vie humanitaire. Mais ce qu'il nie. c'est que ces formes aitnt puissance de donner le bonheur aux hommes. Le Constitxuionnel hm^W-W découvert que dans la Sauvagerie, la Barbarie et la Civilisation actuelle, les hommes jouit^ lent du bonheur auquel leur nature aspire sans cesse ? Nous serions curieux de connaître son opinion à cet égard.