ORGANISATION. LIV. K CHAP
la société nouvelle n'est posée , où bien des préoceypations sont encore à la destruction? — Chose étrange î ce
Fourier affirme qu'il est temps de passer à une nouvelle forme sociale, pour laquelle l'iiunianité est mûre ; il la présente et la décrit en détail, cette nouvelle forme : et s'il la décrit et la présente, c'est qu'il l'a trouvée en la cherchant par écart absolu et doiue absolu* Kt s'il fût resté sur les routes battues, s'il ne se fût pas placé, poor découvrir le bien et le vrai , en dehors des fausses combinaisons I ' de là société actuelle, qui a pour propriété caractéristique et dérivant de sa constitution même, d'engendrer le mal, il n'eût produit que de misérables théories de replâtrages, il eût passé sa vie à toaraer dans une roue sans issue comme un écureuil en cage, comme le chien d'un cloutier, comme les hommes d'Ëtat du ConstiiutionneL \
Et ces hommes qui condamnent niaisement Fourier pour son ^ doute absolu, pris comme point de départ d'une recherche de science sociale, ces mêmes hommes n'ont pas assez de points d'admiration ' an bout de leurs plumes dans leurs élucubrations sur Descirtes, quand ils le canonisent pour ce qu'il a pris comme point de départ | de ses recberclies métaphysiques, quoi P — eh ! tout justement ce même doute absolu. 11 est vrai que par cette voie Fourier n'est arrivé qu'à la découverte du moyen de réaliser le bonheur universel, tandis que Descartes a découvert, lui, que l'homme pouvant peuser, i c'est une preuve qu'il existe : — niaiserie métaphysique très-su- • blime, au dire de certains, et qui, heureusement pour ce grand esprit, ne constitue pas son seul titre de gloire.
Pour dernier perfectionnement de la raison, le ConsiUutiomti i veut encore que l'on fasse plier la logique devant les antécédents lif Thumanité. — Quand Coperaic et Galilée ont découvert et prouve que la terre tourne sur elle-même et circule autour du soIeU, c'e^t bien dommage que le Constituiionnel n'ait pas été là pour leur dire : '
« MM. Nicolas Copernic et Galiiée-Galiléi, U faut que vous soyez » bien osés pour contredire carrément tous les illustres philosophe^ \ 9 qui ont pensé que le soleil se meut autour de la terre, et peut y, V vous présenter avec des- prémisses partant de l'écart absolu d» , » lenrs systèmes ; vous n'aurez pas à vous plaindre si vons vou? '' » voyez éconduits, méconnus, calomniés peut-être, et vous gâterez ^' » les propositions les plus belles de votre système trop entier, Voo» » vous exposerez au sarcasme qui ne prouve rien et au discrtulit \ » qui démonétise tout , si vous ne faites pas plier la logique de votre » théorie nouvelle devant les antécédents do l'astronomie, si vou? » no tronquez pas votre tliéoric pour la mettre d'accord avec Topi niod ' « reçue de l'immobilité de la terre. Composez donc, Messieurs, et » ruiics faire au soleil une partie raisonnable du chemin pour m !
• pas gâter le» propositions les plus belles de votre système trop en- '
• "*^^' • ( lYole^de la première éditîou,)
POSITION DU PKOBLÈME. I^U
sont tout justement les amis du progrès et du mouveinent qui sont les pères naturels et légitimes de Tesprit de rétrogradation et d'effarouchement! Avant 89, la noblesse elle-même était portée de désir vers les améliorations sociales; -- aujourd'hui les fils corrompus des grands tribuns de la Convention , les révolutionnaires repus , la haute bourgeoisie gorgée, voudraient voir à la Bastille tons ceux qui agitent les questions sociales ! — Mais laissons ces libéraux dégénérés , et résumons-nous :
Nous tenons pour démontré que la réforme sociale doit être cherchée, avant tout , dans la réforme économique de la Commune , et que cette voie scientiiique et expérimentale est aussi sûre que les voies politiques sont dangereuses. Aucun homme, aucun gouvernement ne se fût effarouché de tentatives de cette nature, — et c'est là pourtant que la question sociale gtt tout entière.
Quand Fourier n'eût fait que découvrir cette vérité, quand il n'eût fait que mettre sur la voie de la politique positive et expérimentale, il eût déjà rendu à l'humanité un service immense. Cette seule thèse, dont l'énoncé |)eut se formuler ainsi : « Au lieu de s'absorber dans des B querelles de constitutionalisme politique, on doit son- » ger enfin à déterminer le plan d'une bonne organisa- » tion communale , » cette thèse seule le placerait audessus de Bacon , de toute la hauteur dont la science sociale domine les sciences physiques. — Que Messieurs de la philosophie et de la politique veuillent donc bien cesser de donner leur qualité d'utopistes à celui qui marche seul dans les voies réelles. Ces songeurs incorrigibles, égarés dans les plus étranges aberrations , Croient imaginaire tout ce qui sort de la sphère de lents rêves.
Napoléon, dont le sens droit et positif faisait si bien justice des bavarderies et des abstractions politiques des avocats et des idéologues , et qui se plaisait à répéter : « Que tout ce qui n'est pas fondé sur des bases physique- » ment et mathématiquement exactes, doit être proscrit » par la raison, » NapolCon, la chose vaut la peine qu'on
^90 ORGANISATIOH. UV. I. CHAP. I.
eu prenne acte , avait parfaitement entrevu que la réfuime sociale doit reposer sur la reconstruction de la Commune. H dicta, en 1800, à son frère Lucien, alors ministre de l'intérieur, une note d*où est extraite l'épigraphe de cette division, et où il exprimait positivement que (( s*il n'était distrait par la guerre, il commencerait » la prospérité de la France par les Communes. C'est » ainsi, » ajoutait-il, «que Henri lY entendait faire, lors- » qu'il parlait de sa poule au pot; autrement il n'eût dit » qu'une sottise. » Et, après avoir signalé plusieurs effets vicieux de l'organisation actuelle des Communes, il ajoutait:
« La Commune doit être attractive de la population ; elle en serait répulsive.
» Le premier devoir d'un ministre de l'intérieur est d'arrêter un mal qui porterait la gangrène dans ces 36 mille membres du grand corps social. »
Oui , Napoléon disait mieux que les abstracteurs de <|uintessences : — oui , la Commune doit être attractive, et c'est uniquement d'une bonne organisation des travaux de la Commune et de la convenable répartition de leurs produits, qu'où peut attendre la réalisation de ce vœu. Et ce sera toujours une mauvaise plaisanterie de parler de richesse nationale et de prospérité publique tant que la MISËRE et FIGNORÂNCE habiteront l'immense majorité, la totalité de nos communes I
L'histoire moutr« que c'c%t pur d«i tmufornutJfnt mù^ * iéculaires que la société passe généralement d'an étal
social i un autre : jamais décret geaTememeiital n'a rien fait directement à cela. La IMoven.
En résumant ce chapitre, nous voyons que les premières conditions génératrices de l'harmonie sociale sont:
4<^ La Création de grandes richesses par une organisation vraiment économique des travaux domestiques , agi icoleij, manufacturiers y scientifiques , commerciaux, etc. ;
POSITION OC PBOBLÈHB. if^
2» La Répartition des richesses ci^es, sur toutes testétes, sui- \aut la règle delà Justice sociale^ c'est-à-direproporliunQcltement, pour chacun , à son concours à la Production, e>(imée au prorata de sa mise en Capital, en Travail et en Talent ;
3** Enfin, que c^està TOrganisation de la Commune que ces deux conséquences doivent être demandées.
Voilà que le problème est posé ; voilà que la question se précise, et que Ton peut la saisir. Ce n'est plus quelque chose de vague, d'immense et d'obscur, — comme le sont par le monde les grands mots de régénération , de réforme, d'émancipation universelle, de progrès indéfini ou plutôt non défini , et autres généralités sonores qui ont mille sens, ou qui n'en ont aucun.
C'est quelque chose d'arrêté et de circonscrit , dont nous allons trouver les formes et les détails :
C'est — pour base, — une lieue carrée de terrain à exploiter par une population de dix-huit cents à deux mille personnes , hommes , femmes et enfants. C'est — pour objet, — à combiner entre eux les travaux de ces quatre cents familles , de telle sorte que leur effet utile devienne un maximum par les économies de gestion, par la convergence de tous les intérêts , de toutes les forces ; — à développer , au sein de cette population , chaque individualité dans ses goûts et dans sa liberté , pour son avantage et pour celui de la masse ; — à augmenter, autant que faire se peut, pour chaeun, le confort en logement, vêtements et nourriture, aussi bien que la culture morale et intellectuelle; — enfin, à rémunérer chaque membre en raison de ce qu'il aura payé de sa personne, de ses actes ou de ses biens envers la société.
£t quand on aura résolu ce problème fondamental de l'harraonie des relations intêrieurbs de la Commune, on pourra et il faiidra encore résoudre celui de l'harmonie des relations extérieures; — seconde tâche qui offre beaucoup moins de difficulté que la première.
£t alors la grande énigme sociale que la nature pro-
-11)2 OBUAMIS\TIO>i. LIV. I. CBAP. I.
pose au génie de riiomme sera devinée, la Loi de Bonheur découverte : TËre de I'Harbionie universelle s'ouvrira, resplendissante et glorieuse, devant THumanité. Tout ceci ne vous semble-t-il pas plus réel, plus positif, plus près d'influer sur le bien-^tre de Thomme, que les chartes octroyées ou non, les constitutions monarchiques ou républicaines, les trente ou quarante mille textes de lois qui nous gouvernent, les milliers de traités, contradictoires entre eux, de morale et de philosophie; tous ces langes de Tenfance sociale, enfin, dont il serait bien temps que Thumanité se débarrassât pour marcher dans sa force et dans sa liberté. ?