ASSOCIATION
propriétaires s'occupaient de tout autre chose que de l'exploitation de leurs domaines , dont ils laissaient la sttrveUlance à des intendants voleurs et à des mercenaires. — Les produits de Vexploitation de ces grands domaines étaient peu considérables.
Arrive la Révolution. Elle dépossède ces grands propriétaires, eipatrie les uns, coupe la tète aux autres; elle brise ces domaines avec la hache , et en vend les morceaux à très-bon marché, car, avec une somme de papier-monnaie représentant vingt francs, valeur réelle, on achetait des propriétés fort respectables. Alors , une foule d*hommes qui jusque-là n'avaient travaille que comme salariés et pour le compte d*autrui , commencèrent à travailler pour leur propre compte. L'énergique excitation produite par Tesprit de propriété développa puissamment Teffort et Teffet du travail. La production s'accrut considérablement. Le premier effet du Morcellement des grandes propriétés changea la face du sol : Pamélioration fut flagrante. Là-dessus nos économistes se rangèrent avec enthousiasme sous le drapeau du Morcellement et crièrent : Vive la petite propriété I — ils ne s'apercevaient pas, les savants^ que c'était l'esprit de propriété qui avait opéré le bien, et que la division des grands domaines n'était qu'un fait qui avait mis en jeu cet esprit. CQnfondant la force et le fait qui, dans un cas particulier, avait suscité la force, ils se mirent à chanter la petite propriété : la petite propriété devint leur idole, leur religion. Si bien que le Morcellement du sol et la Divergence indus tri elle ^ qu'ils nomment libre concurrence , furent érigés par eux en dogmes économiques. £t c'est ce qui compose encore aujourdliui tout le fonds de leur science. — Ils n'ont rien de plus et rien de mieux dans leur bagage.
C'était bien. — Mais voilà que l'augmentation de la population, les héritages, les notaires et d'autres causes, qui vont divisant et subdivisant rapidement la petite propriété, et qui la subdivisent même beaucoup plus vite que
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la grande, ont déjà, sur une foule de points, haehéletarrain en lots si petits , en morceaux si exigus , qae le sol est menacé de tomber en poussière. L'exploitation devient de plus en plus difficile, gênée , onéreuse ; et ce beau système économique donne pour résultat en France, quoi? — dans toute sa nudité, la misère de l'Irlande, où la division des cultures, sinon des propriétés, est également poussée à l'extrême par la location infiniment morcelée des grands domaines !
Eh! le simple bon sens ne sufiisait-il pas pour faire prévoir ces résultats? Pensait-elle, la science, qu'un territoire morcelé et lacéré à l'extrême^ se prête à une exploitation facile et bien entendue? Dans une pareille anarchie, les cultures peuvent- elles être distribuées suivant les convenances du sol? n'y a-t-il pas une immense déperdition de force et de travail, dans la mise en valeur de tous ces fragments soumis à une subdivision indéfinie, à une subdivision telle qu'on voit dans certains pays une multitude de bandes de champs larges de trois pas, de deux pas, quelquefois d'un seul ? Et la place perdue, entre totis ces lambeaux? Et les complications, et les proces en délimitation (1), etc., qu'engendre ce piteux état de choses? — Messieurs les savants n'ont rien oublie, sinon de faire entrer toutes ces causes réductives dans le calcul de la production ! Et le défaut d'avances et de capitaux, qui ne permet pas au paysan de se donner de bons instruments, d'acheter et de nourrir assez de bestiaux pour avoir en suffisante quantité les engrais , in-
(0 « La négligence ou Tinipéritie des géomètres rend les arpentages particuliers presque toujours imparfaits; les tenant^ et aboutissants ne sont point énoncés , ou le sont par la dénomination vague de plusieurs; les pièces sont souvent mal orientée^. Après un certain laps de temps , elles ont changé de figures, sont souvent déplacées par des fermiers infidèles ; et si un même détenteur a fait pluiiieurs baux dans une exploitation , il n*est point rare de le voir se former une propriété aux dépens du véritable propriétaire, a {JourntU des Travaux de V Académie de ^Industrie* Septembre 183K) [N, de la à" Éd.)
AiSOCUTlOM. -IM
dtspensable base de la bonne agriculture; le défaut d'ar vances qui le force à exténuer de travail son cheval ou sa paire de bœufs mal nourris , ce qui amène la dégénè* reseence des races ; le défaut d'avances enfin y qui entraîne l'appauvrissement du sol, et qui jette partout, sous la griSe de T usurier voisin , le propriétaire exigu I...
Puis, à mesure qu'on descend l'échelle de la propriété, rignorance va croissant. La routine, seule loi des esprits incultes, multiplie encore les obstacles à l'adoption des bonnes méthodes et d<$ découvertes de la science. Enfin, les vices sont si nombreux et si palpables, que les praticiens les plus instruits dénoncent nettement aujourd'hui le Morcellement, et déclarent en face à l'Économie politique , que la petite propriété oppose d'infranchissables barri^^s aux progrés de l'agriculture. — Voici, sur ce sujet, le jugement de Patuio :
Les terres de quantité de villages et de paroisses que j'ai eu occasion de voir par moi-même, sont distribuées d'une manière si désavantageuse pour leur culture, qu'on n'aurait pu faire pis si on l'avait fait exprès. Naturellement on se serait attendu à trouver les terres de chaque propriétaire rassemblées en un même lieu ; mais loin de là , si un hérilage est de cent arpens, il faut aller les chercher en trente ou quarante places différentes ; quelquefois à une grande distance, où ils sont mêlés avec d'autres par morceaux d'un petit nombre d'arpents. C'est un extrême inconvénient pour tous ; car il faut que réciproquement chacun passe journellement sur les terres de son voisin pour labourer, semer, moissonner les siennes ; les labours se croisent en différents sens, forment de tous côtés des pointes et des haches qui augmentent le travail et perdent toujours du terrain. Quelques morceaux sont même si petits qu'ils ne valent pas la peine d'y transporter les charrues aussi souvent qu'il serait nécessaire.
Etsai iur ramèlioratUm dêiterre$.
Le Morcellement territorial et la subdivision -des propriétés ramèneront nécessairement d'ailleurs, comme nous l'avons assez constate , la formation des grandes propriétés féodales» Si ce résultat n*est pas encore très-
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sensible eu France, du moins sous le rapport territorial, c'est uniquement parce que les grandes entreprises agricoles y ont été long-temps négligées. Mais que les capitaux se dirigent sur cette voie, qu'ils entrent dans ce mouvement comme ils sont entrés dans Tindustrie, et bientôt nous serons témoins de Técrasement de la petite exploitation agricole par la grande, ainsi que nous avons vu Tatelier écrasé par la manufacture. On en viendra vite au système des grandes fermes, à Finféodation C3mplète de la petite propriété progressivement dépossédée par^la guerre industrielle, comme la grande Ta été brusquement par la guerre révolutionnaire.
Rien n*est plus évident que ce cercle vicieux et les terribles conséquences qu'il entraîne.
11 est sensible que les grandes propriétés qui se reformeraient à la suite du mouvement que nous signalons, seraient beaucoup mieux dirigées et beaucoup plus productives que ne Tétaient les domaines de la féodalité nobiliaire. Aussi F Angleterre, où les grands propriétaires féodaux se sont directement convertis à l'industrialisme, où l'on n'a point passé, comme en France, pour réaliser la transformation, par un Morcellement révoluticmnaîre, l'Angleterre retire de son sol , quoique bien moins fécond que le nôtre, un revenu proportionnellement de beaucoup supérieur. — Le fait est bien connu. — Mais ce revenu est concentré aux mains d'une classe trèspeu nombreuse, et les travailleurs y sont réduits en servage industriel, adstricti glebœ^ comme le reconnaissent si bien les Anglais eux-mêmes.
Sans rentrer ici dans les considérations sociales que nous avons émises sur les vices de la répartition des produits, nous pouvons résumer par une citation cette critique de la grande et de la petite propriété.
Nous voyons en Angleterre la grande propriété favoriser de belles entreprises, canaux et chemins de fer ; cela parait précieux en théorie, mais, en résultat, le peuple anglais n'en recueille qa'une effrayante misère^ et malgré le» SOO million^
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dfl taxe anmieUe pour les pauvres, il y a p\m de mcndianuel de voleurs en Anglrterre qu^en aucun pays civiliïu^ Redisons que Londres seul contient 230 mille mendiants, filous et vagabonds.
Voilà pour fruit de la grande propriété, le mal à côté dm hien, le mal engendré par le bien même, car la grande propriété est utile, elle présente des avantages incontestables en exploitation agricole et manufacturière. S'il faut spéculer sur la petite propriété, ou traiter avec elle, on ne peut entreprendre aucune amélioration : les petits propriétaires sont, par leurs jalousies et leurs mésintelligences, incapables de se concerter pour un travail utile; et bon nombre d'entre eux sont hostiles à une entreprise qui profiterait à leurs voisins.
La petite propriété est à son apogée en Irlande ; nul pays n^a plus morcelé ses campagnes ; tout y fourmille de petits producteurs qui, réduits à un lambeau de champ, n'y sèment que des pommes de terre, par impossibilité de recueillir assez de blé sur un terrain si exigu. Llrlande, parvenue au superlatif du Morcellement, est si pauvre que la plume se refuse à en décrire la misère : le ministre Canning n*eut pas le courage de visiter les dépôts de mendicité à Dublin : il en vit un où 1 400 hommes étaient à demi nus et affamés ; il fut stupéfait, interdit ; le maire qui le conduisait lui dit : a Ce n^est qu^un des moindres, je vais vous en faire voir de plus hideux. » Canning refusa; c'était un des perfectibilistes, homme du progrès et du vol sublime, qui ne voient la Civilisation que dans les salons.
Voilà donc, dans la petite propriété comme dans la grande, le mal àeôlè du bien, le cercle vicieux inséparable des dispositions agricoles de Civilisation.
Ch. FouRiER, Réforme indttstrielte, tome 2, n*> 3.
Les faits portent donc condamnation contre les principes de r£conomie politique ; et, pour ceux qui ne voudraient pas croire à cette condamnation, parce que c'est un homme de génie qui la formule, pour ceux-là, terminons par les paroles d'un homme qui n'avait que du bon sens , mais qui était ministre de Tintérieur, et qui s'exprimait ainsi, dans un ouvrage dédié à l'empereur :
La répartition entre tes propriétaires est si vicieuse, qu'un
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territoire, s*il est de cinq cents hectares en tout, se trouvé formé communément de cinq n nœ mille parcelles^ qui appartiennent à cinquante ou soixante particulière. Par Teffet des morcellements et des partages successifs, les champs ont reçu les figures les plus défavorables; leur longueur excède souvent cent fois leur largeur. Il y a des propriétés qui ne contiennent que deux ares ; il en est de moindres encore.
Fr. dbNeufchatbau, Voyage agrùfMmi4iv4,
rentends rép1ir|iMr, que Toalet-Tov» donc? faol-il n*avMr ' ni grands ni petits propriétaires? faut^il toat réduire an
jiiste-iiiiliea , ft la sainte égalité? Non, saos domla ; j« ▼ais expliquer ce qu'il faut faire,
Ch. Fovazxa.
Écootes le bon sens.
E. BouaDOii.
Nous sommes en droit de prendre acte des faits établis au paragraphe précédent, et de conclure :
4" Que le Morcellement du sol est en lui-même très-fâcheux, et que la dernière conséquence des subdivisions territoriales serait Tanéantissement de Tagriculture ;
2*» Que le système des grands domaines se prête merveillowsement, au contraire, à une bonne gestion, à toutes les améliorations et à toutes les économies qu'on peut introduire dans Tagriculture ;
3» Que la division des grands domaines de Tancien régime , a mis en évidence la puissance de Tesprit de propriété qui transforme en travailleur zélé , — quand il est appelé à travailler pour son propre compte, — le même homme, qui n'était qu'un pauvre, un triste et paresseux champion lorsqu'il travaillait, comme salarié, pour le eompte du grand propriétaire.
Que faut-il donc faire pour tirer du sol des richesses énormément supérieures à celles que peuvent donner TuB ou l'autre des deux systèmes d'exploitation? — CV.st vous, lecteur, qui allez répondre :
ASioctAnoM. Ml
//^tt/, (tirez- vous, aviser à COMBINER sociale- ■BNT l'esprit de PROPRifiTfi, SI heuveux et si puissant da/ns l'un des systèmes^ avec les dispositions non moins heureuses , non moins puissantes que l exploitation suit GRANDE ÉCHELLE manifeste dans Vautre.
Yoilà, selon les iadications du pur bou sens, ce à quoi les Économistes devaient s'ingénier, au lieu de patauger dans leur Morcellement, et de louer un vice, par comparaison avec un vice opposé, ainsi que nous les avons déjà vas faire pour leur libre concurrence, qu'ils vantent par opposition au monopole : — toujours du simplisme , et jamais la moindre invention !
Les principes que nous venons d'établir relativement à l'agriculture, s'appliquent également à toutes les autres branches de l'industrie humaine . travaux domestiques, opérations manufacturières, fonctions commerciales, etc. En effet, d'un côté, le système de la grande exploitation, bien ordonnée, bien organisée, bien pourvue de capitaux et de machines , dirigée par des praticiens habiles, employant les procédés les plus perfectionnés, sera toujours dans des conditions de productivité et d'économie très-supérieures à celles de l'exploitation incohérente et morcelée. D'autre part, le travailleur, intéressé au produit de son œuvre, dépensera toujours une énergie bien autrement intelligente , soutenue et féconde, que ne le sera jamais l'action du simple salarié qu'aucun intérêt n'excite à grossir les bénéfices du maître qui l'exploite.
11 résulte, sans réplique, de cette étude des deux systèmes pratiqué*? jusqu'ici, que ces deux formes industrielles sont vicieuses , et qu'il faut avoir recours à une troisième capable de paralyser leurs défauts respectifs et de cumuler leurs avantages.
Si l'on fait application de ces principes à la question de rq}*ganisation d'une Commune modèle, on établit imipédiatement *