ORGANISATION* L1V. I..CHAP. II
Que le Système morcelé doit être proscrit;
Que les terrains et les industries de la Commune doivent être exploités et gérés uuitairement;
Que le Système du salaire, qui n'intéresse point le travailleur au produit de son travail , doit être remplacé par c^Iuî de la participation proportionnelle au concours.
Nous ne songerons donc pas à lacérer en dix mille parcelles et lambeaux, dévolus aux soins de quatre cents pauvres ménages, la lieue carrée que nous prenons pour hase d'opération. Il faudra, au contraire, que le territoire tout entier soit exploité comme domaine d'un seul homme, et que les eiïorts des travailleors, leurs capitaux, toutes les forces en un mot que Texploitation réclame , soient réunies en faisceau, intimement liées et combinées. 11 faudra, au lieu d'une exploitation divergente misérablement faite par quatre cents familles morcelées, une exploitation convergente vigoureusement conduite par quatre cents familles uuitairement organisées.
Il faudra, d'ailleurs, que la liberté, l'individualité et l'esprit de propriété puissent trouver leur compte, et se développer pleinement dans cette organisation de l'ensemble : et c'est au niode d'organisation des travaux et au système de la répartition des bénéfices entre les ayantdroit, que nous demanderons le complément de cette condition du système social.
Mais d'ores et déjà nous voyons parfaitement à quel procédé nous devons recourir pour unitari^er l'exploitation territoriale et industrielle de la Commune sans attaquer ni détruire le Principe de la Propriété individuelle , et en intéressant les simples travailleurs tout aussi énergiquement que les propriétaires, aux i*ésultats de l'œuvre collective. — Evidemment le procédé ne saurait être autre chose que la mise en société (4} des propriétés particulières, cheptels, instru-
(1) Société civile, anonyme, en commandite, on snWant toiiie autre forme légalp, exisiante ou à créer, peu importe.
AS80CIAT10K. 20S
roents de travail et capitaux d'exploitation , nécessaires à la constitation d*une Commane unitaire ; et l'extension aux travailleurs eux-roèmes du bénéfice de TAssociationy par Fattribution au travail de sa part proportionnelle et légitime dans tous les produits.
Le problème social est maintenant parfaitement déterminé : son énoncé économique se formule très-clairement comme il suit :
A.SS0C1ER en fonctions de culture^ ménage^ fabrique^ éducation^ etc. , quatre cents familles inégales^ pour opérer l'exploitation combinée , la plus productive et la plus économique, d'une lieue carrée de terrain, 11 est facile de comprendre que le système de rAssoriation réunit et cumule les avantages des deux exploi tations, la petite et la grande, sans p{trticiper à leurs vices respectifs, puisqu'il met enjeu l'esprit de propriété chez tous les coopérateurs, et qu'il agit en même temps avec toute la force et toutes les ressources des grandes opérations d'ensemble, des grandes Compagnies industrielles, commerciales et financières.
Voilà donc le mot prononcé et précisé, TAssociàtion. Quand ce mot, sur lequel on a tant divagué de nos jours, sera nettement compris dans son vrai sens, scientifique et pratique, la solution du problème ira d'elle-m(!me. Mais la confusion qui règne encore à ce sujet, exige que nous établissions ici quelques distinctions capitales, qui nous fourniront de nouvelles lumières pour continuer notre voyage de découvertes, et suivre le Christopbo, Colomb du Nouveau-Monde social.
Remarquons toutefois dès maintenant que nous n'avons encore exposé que la face économique et en quelque sorte matérielle du problème de TAssociation. Pour être intégralement résolu, ce problème devra embrasser la question morale tout entière, et porter sur les Passions , les Facultés et les Caractères , aussi bien que sur le Capital , le Travail et le Talent. — Nous aborderons en son temps cette grande et magnifique question.
WxqxtBBXon.
9B QUELQUES iLHBRIES CIVILISÉES,
On trnnpt que les battM parlof«at
(il ny a pas troit ioan),.M>
RABSIAtt.
Je suis insfrnit, par expérience, des difficultés que l'on trouve à introduire dans les intelligences civilisées,
— sans qu'il y subisse de déformation , — le sujet que nous traitons ici ; et je me tiens pour assuré que, malgré les grandes précautions que j*ai déjà dû prendre, nombre d'esprit» en seront encore à confondre i'^^^^odation et la Communauté. C'est une des mille aberra^ fions dans lesquelles neuf personnes sur dix ne manquent jamais de tomber : Et là-dessus les objections arrivenf en foule.
Vous voulez, s'écrient tout d'abord ceux qui n'ont pat compris, détruire la propriété ? C'est une monstruositél
— Eh! qui vous parle de cela?... La propriété est-elle détruite quand le propriétaire d'un domaine prend un fer« mier auquel il concède tiers ou moitié du revenu de set torres, pour les faire valoir ; ou quand, après une éva^ lu^tion réciproque de sa valeur, le fermier la prend t loyer?... Eh bien! quand, après une évaluation réciproque des valeurs du canton entier, la Phalange exploitera unitairement le canton, et en deviendra la fermière générale ; quand le produit du canton sera double, quintuplé, décuplé... par suite des économies, et de la bonne gestion de la grande exploitation, les propriétaires sorot't-ilsdonc dépossédés, parce qu'ils tireront, de leurs titres de propriété , des valeurs doubles et quadruples de leurs revenus actuels ? $
Quand semblable résultat aura été démontré par Texpénence sur un coin de terre, j'estime que beaucoup de
ANnilS CITILI8BKS. 207
pro|H*iétaires opioeront à être ainsi dépouédés. Aa lieu da titre d'achat et de possession d'un champ, qui vous donne le trois pour cent du capital dans les bonnes an«> nées, — qui ne vous donne quelquefois rien du tout à cause des mille accidents qui frappent les propriétés isolées, — vous aurez un titre hypothéqué sur toutes les riebesses agricoles et manufacturières d'un grand canton sociétaire ; ce titre vous donnera le six et le dix, au lieu do trois. Vos fermiers seront, en même temps, bien vè(^s , bien nourris, bien logés. Intéressés dans tous les bénéfices, ils amélioreront indéfiniment le sol, au lieu de le ruiner, — ce qui arrive souvent sous le régime dos baux à courte durée. Ils ne pourront plus vous voler. La misère ne les exposera plus à vous faire banqueroute, ou à vous demander des délais de paiement. L'éducation, donnée par la Phalange à tous ses enfants, vous mena* géra avec ceux qui mettent en valeur vos propriétés, des relations loyales, faciles, attrayantes même. — Quelle monstruosité trouvez-vous à tout cela?
Vous croyez que l'on a compris? Point.
—Hais l'homme, vous répond-on, ne se pliera pas à un régime de Communauté. J'admets parfaitement avec vous que si les mille lambeaux de terre du village morcelé! sont réunis dans une vaste exploitation ; Si les titres de! la propriété morcelée sont transformés en titres d'oc-l Hons^ hypothéqués sur toutes les richesses du canton ; Si les récoltes, éparpillées aujourd'hui dans quatre cents caves mal tenues, quatre cents greniers où souvent elles s'avarient, sont réunies, classées, soignées»dans une seule grande cave, dans un grenier unitaire ; Si vous ne cons* truisez que .quelques belles écuries et étables à chevaux, bœufs, vaches, cochons, etc. , au lieu des mille ou douze cents étables du village ; Si, pour les quatre cents cui«sines avec leurs quatre cents feux et quatre cents ustensiles de toute espèce, employés à faire quatre cents dtners par quatre cents femmes de ménage, vous n'avez qu'un grand atelier où huit ou dix femmes suffiraient à
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préparer la nourriture; Si vous étendez cette manutention en grande échelle à toutes les branches compliquées des travaux domestiques, préparations, blanchissage, laiterie, soin des animaux, etc., et à tous les travaux qu'on opère , — ou qu'on devrait opérer — dans la bourgade civilisée; nul doute qu'il n'en résulte une immense supériorité de richesses et de bien être.., — Mais, reprendon, vous avez beau dire, l'homme répugne à la vie de Communauté ; il tient aux sentiments de Famille : sa liberté lui est plus chère que tous les autres biens réunis. Vous détruisez la famille, vous détruisez la liberté, vous détruisez l'individualité, vous détruisez, vous détruisez, vous détruisez...
Quand Tobjecteur a fini sa kyrielle de vous détruisez, il faut reprendre en sous-œuvre toutes ses assertions, pour lui prouver qu'il aurait pu s'épargner la peine de les faire, s'il eût daigné donner une attention réfléchie aux choses, et ne pas tomber dans cette manie de taquinerie, qui consiste à attaquer de prime-abord, à l'étourdie, toute opinion nouvelle
Il y a bien, dans ce travers, une présomption qui ne laisserait pas que d'être amusante si on ne la rencontrait tous les jours. Des hommes qui, la plupart du temps, n'ont d'autre instruction que l'instruction du monde, qui raisonnent et argumentent comme on argumente, comme on raisonne dans le monde ; qui ne savent des choses que ce qu'ils en voient chaque matin dans ieur^ journal: des hommes de cette force-là eotendent parler,* cinq minutes, d'une Théorie qui a coûté trente années dej persévérance et de travaux à une tête trempée comme celle de Fourier; d'une Théorie qui recrute aes partisans parmi les hommes de science, de raison et de solide instruction ; que vous avez, vous leur interlocuteur, longuement et profondément étudiée : — et après ces cinq minutes de demi-attention^ ils vous adressent bravement, au grand contentement de leur amour-propre, quelques objections banales et saugrenues I — Et le:»
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vuilà consaiocus qu ils ont ÎDiprovisô ex* abrupio Técraisement de cette Théorie. . . dont ils n'ont passais! un mot ! Vous leur dites, vous, que ce n*est pas cela, qu'ils n'ont pas compris, qu'ils donnent à gauche, que leurs attaques ne portent pas sur votre système tel qu'il est, mais sur un mélange d'idées confuses qui vient de se former dans leurs tètes, — ce qui est très différent. Tout cela n'y fait rien ; ils vont, ils vont.... ils vous soutiennent au besoin qu'ils le conçoivent mieux que vous ; ils ont trouvé du premier coup le côté faible de votre affaire. Puis ils débitent l'amalgame qui s'est produit dans leur imagination,— appelant cela votre Théorie. ^ Det» monstruosités, des pauvretés de toute nature s'accréditent ainsi, et la vérité s'en tire comme elle peut. Dieu sait, pour l'objet qui nous occupe , les inepties que l'ou répond dans le monde à cette question : a Qu'est-ce donc que ce système de Fourier ? qu'est-ce que c'est que ce Phalanstère ? z> — Pour un qui répond, a Je ne le sais pas, » ou qui vous explique raisonnablement ce qu'il eu sait, il en est mille qui vous lâcheront des extravagances inouies. — Et ce n'est pas tout de dire, on écrit.
Le Courrier Français apprendra à ses abonnés que c'est aune confrérie de moines civils qui mettent en commun leur travail et leur industrie, et qui veulent » déranger les molles jouissances des propriétaires oi- » sifs. » (Courrier Français, 28 septembre 1833).
Dix autres journaux imprimeront aussi que le Phalanstère est un régime de Communauté.
IjàRevue de Paris, pour amuser ses lecteurs, prendra du Figaro, qui l'a pris à Verir-Vert, qui l'a pris à je ne sais qui, et le National répétera après tous les autres, que le système de Fourier consiste à promettre aux hommes une queue de trente- deux pieds^ termi-née par un œil! Ceci est une plaisanterie très-pardonnable à Vert-Vert et à Figciro : mais, en vérité, les grands journaux, si dévoués à leur pays, si dévoués à rhumanitéi si dévoués au progrès^ à la liberté, au bien-
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être du peuple, aux idées nouvelles, à la propagation des lumières ; dévoués à la république, dévoués à la monarchie, dévoués au roi, dévoués à la reine, dévoués au peuple, dévoués à droite et à gauche, et en avant, et en arrière ; dévoués dans leurs colonnes, dans leurs feuilletons et jusque dans leurs annonces : ces grands journaux, monopoleurs de la publicité, ne devraient-ils pas avoir autres choses à dire sur un pareil sujet, que des farces volées à Vert-Vert et à Figaro? — Le National, le National A. . qui en est à la queue de trente-deux pieds ! ! — Mou brave National, avec cette qneue-ià, vous nous avez donné, sur l'honneur, la bonne mesure de votre science politique !
— Le Phalanstère?...
— C*est une maison d'une lieue carrée pour loger cinq mille personnes à la fois.
— Pour en loger cinq cent mille, vous dis-je, je le sais de bonne part.
— C'est la Communauté des biens, des femmes et des enfants.
— C'est un système pour changer Feau de la mer en limonade gazeuse.
— On y apprivoisera les baleines et les requins.
— On y mangera, mon cher monsieur, vingt-cinq livres de viande par jour, et sous peine d'exclusion encore. \
— On chassera la lune, qni est morte, pour la remplacer par cinq jeunes lunes de toutes les couleurs.
£t mille autres jolies définitions du même goût, trèsbonnes à divertir des Civilisés, bien ignorants, qui, noB contents de mutiler la partie sociale et arithmétique de la découverte de Fourier, s'en vont gloser sur des théories transcendantes d'Analogie et de Cosmogonie^ dont les bases sont acceptées, comme la révélation des lois primordiales de la création, par ceux d'entre les hommes mûris à l'étude des mathématiques et des sciences exactes, qui les ont approfondies. Eh bien! je puis ga-
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rantir ici à ceux qui font tant d'esprit sur la queue de trente-deux pieds, que si Fourier s'était pris à prédire de pareilles modifications au corps humain, il aurait commencé par leur annoncer, comme plus probable, un allongement au moins égal de leurs oreilles....
Toates ces balivernes ne sont, je le sais, que de mauvaises pliûsanteries, ne prouvant rien, sinon la légèreté inouie des Français, qui, depuis vingt-six ans (\) que Fourier a produit son immense découverte, en sont encore (2) à gouailler ce qu'ils auraient examiné s'ils avaient eu quelque peu de bon sens et de justice.
Et puis, n'est-ce pas ? des galeux ont bonne grâce à bafouer Fhomme sain et bien portant qui leur apporte de la fleur de soufre!... Quelle jolie espièglerie font là les Civilisés, en cherchant à ridiculiser l'homme qui leur apprend à remplacer leur société râpée par une société bien étolTée ; qui leur donne les moyens de remplir le. rs ventres af&més, et de vider les immondices dont leurs têtes et leurs cœurs sont pleins, pour y mettre des pensées vraies et des affections nobles ! Voyez donc s'il ne faut pas beaucoup d'esprit et surtout beaucoup de sens, pour se gaber d'une Théorie dont la réalisation comblerait les désirs en lesquels se consument misérablement ces gabeurs, du matin jusqu'au soir de leur vie ! Pauvres insensés qui y sont attelés, à la vie, comme un cheval aveugle à sa meule ; qui la traînent comme le galérien son boulet ; et qui mordent, comme des bètes médian-^ tes, la main qui veut les délivrer.. Las ! vous vous jugez donc une bien triste espèce, une race étrangement dégradée et avilie ! puisque c'est le ricanement qui vous vient aux lèvres, quand on vous annonce qu'on peut faire de vous des gens de bien et des hommes heureux... Certes, toutes ces sottises nuisent à la marche xl'une idée, elles la démonétisent comme dit le Constitutionnel . dans un arlicle où il emploie toutes ses forces de Ckynsli"
III I II I I 11 ■ ■ ■!!■ .1.11— ~— ^.M.».— .Wil^iMiwM— M^K— ^— —
2^2 ORGAiMSATlOX. LlV. I. DIOBEàSlON.
tutionnel à atteindre ce résultat. Et puis, voiile&*voQ5 un échantillon des jugements sérieux qu'on porte parle inonde philosophique sur cette conception ; tenez, lisez : voici, pour votre instruction, les sept principes fondamentaux de la Théorie de Fourier :
4^ La gastronomie et l'opéra seront les grands mobiles de la Civilisation future.
'ip Le pain est mis de côté et réservé pour la gueusaille.
3° Les sociétaires ne vivront que de gâteaux sucrés.
4® Le travail aura autant d'attrait pour eux qu'en a maintenant pou(^ nous le repos.
5® Chacun des travailleurs sociétaires ne fera que ce qu'il voudra.
6^ Le danger sera été aux passions en leur accordant tout ce qu'elles demanderont.
7» Les jouissances et les richesses des plus opulents finan- (iers de nos jours ne seront rien en comparaison de celles des bienheureux PkatansUvistes.
Qui a écrit cela ? — Encore Figaro on Vert-Vert t — Non ; c*est un philosophe octogénaire, père de trente-et-un volumes, et en outre de six ou huit enfants : il est électeur; il est éligible ; et il aspire probablement à la pairie, dont il a bien l'air de faire la demande en débitant des fadeurs au gouvernement dans un livre intitulé : De la Souveraineté du Peuple, C'est dans une longue Note qui termine ce livre, ridicule monceau de banalités métaphysico-politiques, que se trouve la plus curieuse appréciation de la Théorie sociétaire qui soit jamais sortie de tète philosophique : c'est de cette savante note que j'ai extrait l'admirable résumé qu'on vient de lire. Tout le reste est de la même force ; — car c'est partout du style de M. le baron Massias, ancien chargé d'afbires près de la cour de Bade, résident Cons>ul Général à Dautzig.
Maiîi, direz- vous, cest un vieillard; il a peut-être l'esprit affaibli. — Soit, je le veux bien; je ne cite tout
ANERieS CIVILISÉES. 215
ceci que pour donner une notion des falsiticatioas sans nombre que le monde fait subir à toute idée neuve eu général et à celle-ci en particulier ; je cite pour engager le lecteur à ne s'en rapporter qu*à sa propre intelligence, à sa propre raison, à son bon sens, sans se laisser in* nueacer par les sottes opinions et l'ignorance ambiante. — Revenons au fait ; et, puisque Ton est réduit aujourd'hui, si Ton veut avoir des chances d être compris, à dêtiiiir tous les mots dont on se sert, expliquons d*abord que famille et ménage sont choses très-distinctes.
11 est faux que nous proposions, — comme l'assurent M. Massias et nombre de logiciens de sa trempe, — de détruire la famille en faisant, ainsi qu'ils disent, de quatre cents familles une seule famille: —ce contre quoi ces philosophes se récrient lieaucoup, eux qui veulent faire de tous les humains une famille de frères !
Nous savons fort bien, nous, que les affections de famille sont distinctes des autres affections de notre nature; mais nous voulons oruomner et combiner les travaux de ménage et autres — que les diverses familles, très-souvent opposées d'intér.H, — exécutent aujourd'hui d'une façon anarchique et fort dispendieuse.
Une famille et un ménage sont choses très-différentes. — Dans Tordre actuel, chaque Tamille a son ménage; ce ménage, c'est, puisqu'il faut Texpliquer à ces Messieurs, une cuisine, une cave, un grenier et tous les ustensiles nécessaires aux fonctions du travail dit domestique. Mais les marmites, les casseroles et toute la batterie de cuisine ; la lèchefrite grasse, Técumoiro, le tourne-broche, le pot-au-feu ; le cuvier à kssive et le linge sale; les ustensiles, les travaux et les détails du ménage, ne sont point nécessaires à la constitution de la Famille; de là ne dépend nullement l'affection réciproque de ses divers mem-» bres, — que divisent fort souvent, au contraire, les ennuis sans nombre attachés à l'insipide ménage. — Vous avez vu sans doute comme moi , lecteur , des gens :»in»p»' *>o?'i"oup leurs enfants et en être tendrement
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aimés, biea qu'ils prissent leur dtner au restaurant et | qu'ils tissent blanchir en ville. La Tamille royale pas» \ pour être très-unie. Le roi, la reine et les princes ne ' s'occupent cependant guâre, que nous sachions, du polaU'feu, du raccommodage des baii, ni de toutes ces gra- I cieuses opérations domestiques qui paraissent, aux philosophes les sources exclusives et sacrées des aiïection* ^ de la famille.
Et d'une : à d'autres maintenant.
— Mais vous voulez donc que tout soit en coiiiniuo dans votre système ?
Allons ! définissons encore et apprenons à notre interlocuteur, — qui est censé savoir la langue, — (\a Association et Communauté sont des choses fort dilferenlesi et même tout opposées. -- Le voilà déjà parti et qui galope; écoutez-le : I
— Qupi I tout le monde habitera le même édifice. Ce , sera un pSIe-mêle.... Dans votre Phalanstère on travail- j lera ensemble, on logera ensenible....
— Courage ! Ajoutez, pendant que vous y êtes, que les quatre cents familles de la Phalange coucheront dans le même lit... Mais voyons, calmez-vous, et écoutez un peu. — Dites-moi, d'abord, habilcz-vous une maison à vouï tout seul? Est-ce un pêle-mt^le dans cette maison, parce qu'elle renferme , outre votre logement, celui de cinq . de dix, de quinze autres familles? Est-^;e un pêle-mêle encore parce qu'au lieu d'être isolée, et circonscrite d« clôtures, la maison que vous habitez est llanquée d'autres maisons formant corps le long de la rue. . .
— Vous avez beau dire, ce sera toujours uue caserne.
— Une caserne comme le Palais-Royal, par exemple, oui. Une caserne où l'on trouvera, — pour des prix dîffcrents, bien entendu, — des appartements de luxe ou de modestes logements, des bains, un restaurant, une iûiSliûlhèque , un théâtre et mille commodités incoanvies, avec peu de dépense et une entière liberté; si c'est là une caserne, vousdites vrai. Ce sera une»
ANtBIfeg CITIUSJBS. 215
— Mais cependant tout est égal, tout est en comxiun... Je ne comprends pas les distinctions dont vous parlez.
— Rien n'est égal et rien n'est en commun. Tout dans le Phalanstère est distinction , et les distinctions sont très-exactement graduées , encore !
Et vous voilà dans la nécessité de mettre les points sur les i; et il faut que vous rétablissiez longuement la différence tranchée qui existe entre les deux idées contraires renfermées sous les mots Communauté et Association. — C'est ce que nous allons faire au chapitre suivant.
Toutefois, avant de Taborder, ce chapitre, il est nécessaire de donner encore un coup de maillet pour faire entrer une autre distinction dans \m tètes.
Vous dites à un civilisé : Pour première condition dt bien-être général , il faut augmenter les produits. L< dépense moyenne étant de onze sous par jour, en France cette moyenne est insufiSsante. Il faut élever le produi au quadruple au moins de ce qu*il est aujourd'hui, e faire refluer convenablement cet accroissement sur toute, les t'Êtes.
Vous êtes à-peu-près sûr que le civilisé vous répon dra immédiatement, — et il sera enchanté de sa sagacité : Pst! la belle avance! si vous augmentez proportionnellement la fortune de chacun, rien ne sera changé aux choses, et tout ira comme devant. Dame ! c'est clair, cela; car...
Si vous ne Tarrétez brusquement, il va vous enfoncer jusqu'à la garde douze car et dix-huit puisque à travers le corps.
Ëh I qui te parle d'augmenter la quantité des ëcus qui sont en circulation , civilisé de civilisation ? — On vous dit qu'il s'agit d'augmenter les produits. Dame ! c'est clair ^ celai augmenter les produits y le» produits, LES PRODUITS 1 1 ! entendez-vous ? d'augmenter les
2^6 ORGANISATION. LIY. 1. DIGRESSION.
produits en quantité et en qualité : afin que celui qui n'a que du pain noir à manger, de Feau à boire et des haillons pour se couvrir, ait du pain blanc, du boeuf, du vin et des habits ; et que celui qui a des habits , dn pain blanc, du bœuf et du vin, ait de meilleurs habits, de meilleur vin, et un dfner mieux servi. — C'est là ce que Ton vous dit.
Et il y en a qui s* obstineront sept fois sept fois, et soixante dix-sept fois sept fois à ne pas comprendre. — Dame ! c'est pourtant clair !
Au reste, je répète ici ce que j'ai exprimé au commencement de ce livre : La Théorie des Destinées est trop large pour entrer et tenir dans tous les cerveaux. Klle ne va qu'à ceux qui ont du cœur avec de l'intelligence. On ne la jette pas à la tête de tout le monde. Tout le monde n'est pas <fe force à mépriser les idées reçues, des préjugés sucés au berceau, et à faire bon accueil à la Vérité quand elle n'est pas encore devenue banale...
Qu'importe, après tout, à la Vérité ? •— A-t-elle besoin, pour marcher en avant, de voiturer dans ses bagages le caput mortuum de là Civilisation ?
N'ouvrons pas les sépulcres pour haranguer les morts. Parlons aux vivants, à ceux qui peuvent comprendre, aimer, vouloir, et formons, avec des recrues intelligentes et dévouées, la grande Armée de la Délivrance ! La queue viendra assez quand les obstacles seront vaincus, les champs labourés et ensemencés, les épis mûrs, et (|n'il n'y aura plus qu'à demander part à la récolte.
Nota de la deuxième édition. Le chapitre des Aneriêê cin- Usées pourrait être aujourd'hui , hélas ! considérsdïiemenl augmenté; mais nous n'avons pas le temps de nous arrêter dans des fouillis de sottises et d'ignorance. Cet échantiitoo suffit. Quand le lecteur sera au bout de cet ouvrage, il fera très-facilement lui-même justice de toutes les calembriedaioe» dont la k^gèreté des uns ot la jalousie des autres cherrhont a affubler la Théorie Sociétaire.