‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 45 sur 95 · ASSOCIATION ET COMMUNAUTE · texte numérisé non relu

ASSOCIATION ET COMMUNAUTE

n'est pas ma faute, si je suis sans cesse retardé dans la marche , obligé de m'arréter à chaque pas à des définitions, à des distinctions que la méfiance, la taquinerie et l'obscurité de beaucoup d^esprits, rendent tout-à-fait nécessaires. J'aurais certainement pu mettre en vingt-* cinq ligues les trois derniers chapitres : si je ne puis être pins bref et plus concis, sui* l'honneur, j'en suis bien marri.

Nota. (90 édition).— Le Communisme ou doctrine de la Communauté faft aujourd'hui de grands progrèè dans toute l'Europe; on aurait grand tort de Touloir se le dissimuler.

En tant que contenant une négation formelle du droit individuel de propriélé, et c'est le caractère de la plupart des yariétés du Communisme, celle doctrine est Irèa-dangereuse.

Le Communisme est un fruit naturel du Morcellement. Les misères, les oppressions, les spoliations, les douleurs qu'enfante, à l'apogée de son développement impitoyable, un individualisme désordonné, féroce, devaient créer par réaction, dans les classes sacrifiées, la bainc de la propriété et la pensée de la mise en eommun des Mens de tous au profit de tous.

I«8 révolutions terribles, évidemment contenues dans cette réaction qui ne fait que commencer et dont la marche est irrésistible, sont comme le glaive de la Providence suspendu sur les crimineUes sociétés qui maintiennent dans raotisme les masses déshéritées et exploitées.

Sans doute la pensée de la Communauté n'est qu'une idée vague, impossible, qui ne résiste pas à un examen sérieux, qui fuit à l'application, qui s'évanouit dès qu'on veat lui donner un organisme : sans doute rien n'est plus puéril que les formes que quelques-uns de ses apôtres ont essayé de lui créer dans ces derniers temps. Cette idée n'en est pas moins douée d'une invincible puissance d'envahissement dans les masses, précisément à cause de ce qu'elle a de vague et d'absolu tout à la fois. « Les prolétaires supportent tout le poids du labeur so- » cial ; les détenteurs de la propriété et des instruments de travail ab- » sorbent tous les prodoit : que la propriété individuelle soit abolie, » que tous les biens soient mis en commun, servent à tous, profitent à » tons. » Gela ne constilue eertes pas une organisation, un sy8ttaie,une scieuce sociale, mais c'est précisément ce qui rend si facile, à ceux que la réaUté actuelle écrase, l'acceptation d'une doctrine qui leur parait résoudre toutes les questions avec deux paroles t « Abolition de la pro- » priété et Communauté des biens. »

Quoi de plus simple que cette doctrine ? et comment les masses déshéritées, les prolétaires, n'accueilleraient-ils pas avec enthousiasme le vague idéal que ces deux mota expriment, en présoace de l'odleuBe société dont les cruelles réalités les meurirlasent chaque jour ?

Impuissants pour rien édifier, ces deux mots sont tout puissants pour briser une forme sociale oppressive.

Que l'Europe y songe i si eUe ne se hâte de fonder TA^i^ociation, elle aura, phrtM qn'eîle ne le pense, une rude partie sur les brns...

CHiLPITRE QUiLTRlÈME.

aperçu be la C0ndtttutt0n mat^nellf

y une |l^alati0e.

OuTA&Do. Apràs tout, Totre déoouTerie, seigneur aniral, n'éuit pet bien difficile.

Uir couRTxsÂV. Il n'y e pas grande gloire à cela.

AvT&B eouRTi»Av. Chacun aurait pu la faire, TOtre déeouTerte , seigneur vice-roi des Indes , car il ne fallait qu'aller droit de> yaot soi vers l'occident.

CouoifB. Messeigiieurs, j'ai été appelé fou pendent hait ana pour l'avoir dit... la chose, alors, était h f^ire. Kt puis, si c'était si facile, que ne le faisiez- vous tous- mêmes?... Messeignenrs , voici une autre découverte que je vous propose... (11 praad on œuf sur un plat. ) Faites tenir ceci sur sa pointe.

Tocs LBS coinrivis (après avoir essayé quelque temps sans po«- Toir réussir). C'est impossible ! c'est impossible 1

CoioMB (prenant ud œuf, le casse sur la pointe, se 1ère, et les regardant): Maintenant, Measeigneurs, chacun peut déco u vrit le nouveau monde et faire tenir un œuf sut sa pointe I...

Christtv-he Colombo Drame inédit.

Seriez- vous hommes à préférer la pauvreté, qui est le fait de l'isoteinent, au bien-être qui provient de la réunion des force.*? 11 est temps de secouer les préjugés puérils d'une Civilisalion mesquine, et d'étendre le cadre du système de la famille.

Rasmu.

Yods poavez maintenant vous faire une première idée de la constitution de la Phalange, disais-je au lecteur, à la iin du chapitre précédent. Nous allons, en effet , dans celui-ci , en dessiner le croquis au moyen d'un simple arrangement , d'une pure coordination des principes établis ci-dessus. Tout lecteur intelligent en viendrait à bout aussi facilement qu'un vieux disciple de la Science, puisqu'il n'y a plus qu'à résumer les principes et les appliquer à Télénient social , la Commune rurale, la lieue

^rée exploitée par { ,800 à 2,000 personnes.

~ri

ATËRÇt' d'unie PU.\LAIS<iK 229

Si VOUS vouliez , en effet , coiuiniiniquer à queiqu^un ridée que voos vous faites maintenant d*une Phalange , vous diriez à peu près ce qui suit, en procédant du connu à rinconnu :

Supposons que dix capitalistes veuillent tirer revenu de leurs fonds , en se livrant à une certaine opération commerciale ou industrielle; ils peuvent se mettre à rœavre d'après deux principes différents :

Ou ils établiront maison séparément , les uns à côté des autres; et chaque maison aura ses relations à elle , sa comptabilité, sa tenue de livres, son organisation pour les arrivages, les transports , les achats et les ventes , pour la fabrication des produits, etc. — Les dix maisons seront en concurrence et chercheront à s'écraser. — Voilà le principe de Morcellement.

Ou nos capitalistes considéreront qu*en se réunissant pour ne former qu'un établissement au lieu de diœ^ ils auront seulement à faire une fois , sur une autre échelle, ce que chaque maison était , dans le premier système, obligée de répéter dix, pour toutes les opérations de l'industrie commune ; Que la concentration de leurs capitaux les asseoira sur une base large et solide, qui étendra et assurera leur action industrielle et leur crédit ; Que les grandes économies de ce procédé leur permettront de livrer leurs produits à plus bas prix , d'en écouler de plus grandes quantités , d'être ainsi, à la fois, plus utiles à la société et plus sûrs de bénéficier, etc., etc. : — Et à la suite de ces considérations ils se réuniront en Compagnie actionnaire, stipulant que le gain total sera réparti au prorata de la mise en Capital de chaque coopérateur , sans préjudice des parts spéciales dans les bénéfices , convenues pour ceux des actionnaires qui ajouteraient à leur apport de Capital , leur coopération en Travail et en Talent. — II faut remarquer que, dans ce dernier système , au lieu de dix têtes intelligentes et directrices , il n'en faudra plus qu'une; Que l'intérêt commun prarantira la plus grande

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influence de direction dans l'entreprise an plas capable^ et que Taction, souvent aveugle, de l'individu, sera imàntenue par l'action éclairée de la masse. S'il y a plusîeuis branches à conduire , les plus capables dans chacune pourront être chargés d'en diriger ou d'en surveiller les opérations. Nos dix capitalistes sont maintenant ea union, et intéressés les uns et les autres à un enrichissement réciproque. — Voilà le principe de l'AssoGiation.

Etendons encore ce prmcipe, ajouteriez*vous : faisonsle passer du simple au composé, en l'appliquant aux industries comme nous venons de l'appliquer aux personnes.

Une maison de commerce n'opère que sur un seul produit, sur les -sucres, par exemple. Un mouvement de hausse ou de baisse, un engorgement momentané, une modification dans les tarifs; un seul accident, enfin , comme il en survient si souvent dans le commerce, suflBt pour la compromettre, quelquefois pour la ruiner ; et sa ruiné en amène vingt autres par filiations de banqueroutes.

Qu'au contraire elle opère sur un grand nombre de denrées coloniales et indigènes à la fois : le déficit sur les sucres sera noyé dans le compte général de profits et perles, sous les gains qu'auront produits les autres denrées. — Le premier cas met en évidence le vice du Morcellement des industries; le second fait voir les avantages de l'Association des industries, de leur solidarité.

De tout ce qui précède an conclut facilement que , pour tirer tout le parti possible du principe d'Association , il faut le généraliser, l'appliquer à la fois aux personnes, aux capitaux et aux industries. Ld^Communauié sociétaire peut donc être conçue, sous le rapport dç sa constitution industrielle , comme une grande société civile^ où il sera de l'intérêt de la masse des sociétaires que, dans chaque industrie spéciale, les plus capables aient le plus d'influence directrice, où ctiaque détail de* vra fie coordonner à l^nsemUe, où chaque intérêt devra

AfIBÇU D*inil PBALA1I«B. 231

trouver sa case , chaque individualité son emploi et s« rétribution.

Il est Tacile de voir , dirie^vous encore , que cette Commune sociétaire doit mener de front et combiner « suivant les convenances de son sol et de sa position topograpbique , Tindustrie agricole et l'industrie manufacturière, il est sensible que ce développement simultané augmentera cette solidarité desindustriet^doûion a compris tout^^rbeure les avantages et la sûreté. Vous pourrez démontrer Topportudité , la nécessité de cette combinaison , par des considérations d'un autre ordre , que nous allons indiquer.

U lîittt éublir an jiul« équittbn «niiv Im diffihwitdft f«dustric''; il faut rendre à l'induslrieacricoleU stip^ matie dae fe rotilité et i la qnaniité de tes produits , à aa géiiéralitfi i m moralité { il faal lut mliacher tes autres iodo&triet dans leur pronre intérêt ; en un mot. Il fa«t organiser intégraleiaciit Vindu^trie.

B. Dei^at.

S'it. arrive à une nation de se jeter à corps perdu dans rindustrie manufacturière en négligeant trop le travail de son sol , comme Ta fait la France , elle façonnera , il est vrai , de nombreux produits, et par conséquent leurs valeurs vénales diminuant, ces produits viendront s'offirir à un plus grand nombre de consommateurs. Mais les denrées de première nécessité , les grains, les produits du sol étant toujours cbers ; la grande masse des consommateurs, <^ui , avant tout, doit manger pour vivre , verra les produits manufacturés, malgré leur bas prix , rester du plus au moins, au-dessus de sa portée, à cause du haut prix des denrées de consommation première. L'industrie manufacturière elle-même y perdra, car ses produits, ne s écoulant pas assez largement, s'accumulent et causent des engorgements, des déperditions, et par suite des crises , des perturbations commerciales et industrielles. -* L'agriculture fournit les matières pre^

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mières : si Tagriculture est en souffraoce, le système industriel tout entier est vicié dans son principe même.

D'un autre côté, si la nation ou la commune se borne h l'agriculture, il y aura stagnation et perte de forces productives, chaque fois que le temps et la saisoa sus* pendront le travail des champs. Si nous ajoutons à ces considérations, qu'il est bon, qu'il est utile, qu'il est nécessaire de mettre à profit et développer toutes les aptitudes, toutes les vocations, tousies genres d'intelligence et de talent, toutes les natures et tous les caractères si variés des hommes , on reconnaîtra la sagesse de cette assertion : Que la nation et la Commune qui en est l'alvéole, doivent mener de front et combiner intimement les différents éléments de la vie sociale, les travaux de la culture et des manufactures, des arts, des sciences, de l'éducation, etc.

De là dérive rigoureusement que la Commune sociétaire, l'élément alvéolaire de la nation et de rhumanité industrielle (si l'on peut se servir de cette expression pour caractériser la nature de la société pacifique et productive de l'avenir, par opposition à ses antécédente guerriers et peu productifs), que cet élément, dis-je, n'est autre chose qu'une association de coopératkubs dont chacun, homme, femme et enfant, apporte dans l'exploitation, à la fois domestique, agricole, manufactorière, etc., du canton, son concours en Ckipital^ en Travail et en Talent, et recueille sa part, dans les bénéfices, en raison composée de son triple concours.

Si Ton veut considérer maintenant qu'il est d'intérêt général, dans le sein de la Commune sociétaire, que les travaux soient rétribués, non plus arbitrairement comme aujourd'hui, mais dans la proportion de leur nécessité et de leur utilité, on en déduira que le prix du travail à la portée des femmes et des enfants augmentera de valeur, et que chaque homme, chaque femme et chaque enfant, s'adonnant à des travaux en harmonie avec ses goûts, ses forces et ses aptitudes, rétribué comme foa^

APBIÇU D^UMB PHALANGE. 255

tioDuaires associés, jouissent d'une existeuce complètement iodépcadaute. Ou eu coaclura encore que la liberté y est garantie de la manière la plus formelle , précisément par le fait de la combinaison intime des intérêts^ et de la convergeuce sociétaire. Chacun est affranchi de toute dépendance , chacun vit comme il Tentend, va où il veut, fait ce qui lui plaK. —L'ordre a engendré la liberté.

Vous donneriez alors Tidée nette du mot Pbalangb par lequel Fourier a très-heureusement caractérisé la compacité des intérêts et la convergence des forces intégrantes du nouvel élément substitué à la Commune insociétaire. Vous expliqueriez que le mot Phalanstère (1) désigne l'habitation qui remplace, pour la Phalange, les masures isolées, enchevrètées et désordonnées du village morcelé.

Il faudrait insister sur la nouvelle constitution de la Propriété et sur les avantages qu'elle garantit au possesseur et au non possesseur actuels des richesses.

AjoatODt seolement qa» ce réialut, de rendre la propriété foocière à la fois oiobile et garantie, et de doiiner à tonte espèce de capitaux la néme séôirité qu'ans fonds de terre, nue ce résultat, dis-je, sera obtenu par la réalisation de l'association domestique-agricole, sans qu'il soit besoin d'apporter la moindre modificatkm à la législation exbtante , ce qui ne paraitra pas d'un nsé» diocre avantage , si l'on considère la lenteur désespérente des progrès qni dépendent de quelque réfome législatiTe. Abb& Tbahm».

La propriété individuelle est conservée dans Télénient sociétaire et représentée par des titres de parts ou Actions hypothéquées sur les terres , les constructions, les produits , les richesses du canton tout entier. La Phalange est fermière générale des capitaux ^instru-

(1) Pkalansière, habitation de la Phalange (f^^^vOî comme monastère, habitation du moine, du solitaire ij^ovoç) ; et pretbyCere, haliltation du prctre, du vieillard (Tr|&«7^v$}«

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ments de travail , meubles et immeubles sur lesquels elle opère.

Vous pourriez facilement faire comprendre que cette Propriété actionnaire est bien plus sûre que la Propriété morcelée, territoriale ou manufacturière, dont les pro* duits sont soumis, pour chacun, à des chances journalières, ainsi qu'il a été dît tout à Fheure. Cette sûreté vient de ce que toutes les industries se lient entre elles par balance de profits et pertes. Leur solidarité établit, dans la Phalange, une assurance mutuelle de tous les genres de revenus les uns pour et par les autres. —La concurrence existe entre les Phalanges; elle maintient entre elles une rivalité industrielle qui tend à accroître et perfectionner les produits; elle porte chnque centre d*opérations à choisir et développer les industries spéciales qui conviennent à la nature de ses terres et à sa position; elle sert à fixer le prix des denrées sur les marchés et dans les Congrès commerciaux. Mais nous démontrerons que cette concurrence, d* autant plus émulative qu'elle est mieux organisée et régularisée, n'est plus meurtrière comme dans notre morcellement actuel.

Vous auriez à faire remarquer encore que toutes les opérations d'approvisionnement, de vente , d'échange et de commerce, se faisant sur une grande échelle et directement de producteur à consommateur, soit que Ton considère des Phalanges ou des provinces, la loyauté préside forcément à toutes les transactions. Une Phalange qui fournirait des produits falsifiés perdrait immédiatement sa réputation et son crédit. Il n'en est pas ainsi dans les relations actuelles où le même produit passe par mille mains intermédiaires, sans conserver son vrai nom d'origine. Quand il y a fraude, et ce n'est pas chose p|p fréquente, on ne sait pas où elle a commencé. Il n'y a ni responsabilité industrielle, ni responsabilité commerciale^ et Ton ne veut pas même, aujourd'hui, tant la fraude est devenue le droit commun du eam^ merce , accepter la marque obligatùiref

La Propriété phalanstérienne , mieux assise et plus sûre que la Propriété morcelée, devient d'un usage bien autrement facile. Elle est complètement mobilisée. Le sol et les immeubles, représentés par des actions, sont véritablement monétisés. Ces actions sont des valeurs aoisi coDomodes et plus sAres que les titres de rente de l'Etat le plus florissant.

Le salaire est aboli, puisque les émoluments des coopérateurs en Travail et en Talent augmentent, comme les intérêts du Capital^ en proportion de raceroissement du Produit Total dont ils sont co-partageants, ainsi qu'on Ta compris par ce que nous avons déjà dit du principe de la Bépartition ioeiétaire, — Les salariés sont devenus fonctionnaires associés.

L'intérêt immédiat que tous les membres de la Phalange ont à l'accroissement du Produit Total, garantit dans chaque industrie spéciale , à chaque fonctionnaire , une influence et un rang proportionnels à son talent et à sa capacité dans cette industrie; et dans chaque industrie, comme dans toute la Phalange, l'action individuelle est soutenue par le concours éclairé de la masse des sociétâûres.

La Propriété n'est plus menacée par leprolétaire désormais associé aux bénéfices, et qui, au contraire, serait le premier à la défendre à l'avenant, comme^ujourd'hui le fermier à moitié et à long bail. D'ailleurs , le prolétaire place ses économies dans la Phalange. La Phalange fait, pour lui, fonction de Caisse d'épargne très-lucrative, et , l'élevant bientét au rôle de propriétaire et d'actionnaire, développe chez lui l'esprit d'ordre et de stabilité.

Vous ferez facilement comprendre que cette forme nouvelle de la Propriété réunit les avantages simultanés de la grande et de la petite Propriété, en évitant leurs vices. Ces vices sont, pour la petite, l'aveuglement, l'ignorance, la pénurie, le manque des avances nécessaires, la complication et la multiplicité des rouages, etc. ; — tandis que la grande Propriété» avec son unité d'action «t

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ses grands moyens, pèche aujourd'hui par cela qu'elle emploie des salariés dépourvus de tout intérêt au succès des opérations, au bien de la chose.

On aura donc une idée de la Pbalaage, si l'on conçoit un territoire d'une lieue carrée environ, peuplé de qua> tre à cinq cents familles , soit quinze cents à deux mille personnes, exploité comme domaine d'un seul homme. Chacun, à l'exception de rameublement, du linge, des objets qu'il consacre à son usage individuel, a apporté à la masse sa propriété mobilière et immobilière, dont la valeur, bien accrue par le seul fait de la combinaison nouvelle, lui est garantie sur ses titres d'apport comme elle l'est aujourd'hui sur ses titres d'achat.

Les haies, les murs de clôtures, les démarcations qui hachent, dépècent misérablement, enlaidissent et ruinent le canton, ont pour jamais disparu. Tout est harmonisé dans la Phalange. Plus de causes aux contestations vicinales et aux procès. L'antre de la chicane et le gouffire avide de la Justice sont désormais tout-à-fait libres de se fermer.

Les cultures que dirigent les plus experts agronomes, d'après les indications des méthodes consacrées par la science et l'expérience, sont réparties suivant les convenances du sol. Distribuées et entrelacées avec art sur toutes les expositions, elles présentent les aspects les plus gracieux et les plus pittoresques. L'utile et l'agréable se marient à l'avenant dans ces fraîches et luxueuses campagnes. Au centre de ces vertes prairies, coupées de mille canaux d'irrigation, de ces jardins plantureux, des bos*quets et des vergers qui engrènent les uns dans les autres sous mille formes heureuses, le Phalanstère a ré* pandu ses ardentes cohortes de travailleurs et sa belle population de femmes et d'enfants. Tous ces groupes, rivalisant de feu et de belle tenue, se déploient dans les plaines, et prennent position sur les colhnes, comme de^ armées en campagne, avec leurs uniformes de travail ,

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leurs chariots, leur matériel peint aux couleurs de cba« que bataillon, leurs drapeaux et leurs pavilloas industriels. Ils opèrent et manœuvrent sous le commandement consenti des chefs qu*ils ont choisis dans leur sein, et dont les grades et les distinctions représentent le mérite et le zèle.

Que si le temps ou la saison ne sont pas favorables aux opérations extérieures, toute la population rentre dans soD Phalanstère, qui s'élève royalement au centre du do* maine; elle s'y renferme comme dans un vaisseau surpris par la tempête, dont on a fermé les écoutilles; elle se répand dans ses grands et splendides ateliers, et reprend ses travaux d'art mécanique, d'art culinaire, de science et de heaux-arts. La journée s'achève par des b<als, des fêtes et des concerts; car, pour terminer tout ceci par de la pure logique économique, il en coûte moins à la Phalange d'exécuter, le soir, des concerts et des spectacles, dont les musiciens et les acteurs sont pris pîi^rmi ses membres, et d'éclairer ses grandes salles ornées par les soins de ses décorateurs et de ses artistes, que d'éclairer et de chauffer séparément chaque individu dans son appartement.

D'ailleurs, la Phalange est riche, et si elle travaille comme la ruche d'abeilles, comme la ruche lal)orieuse aussi elle regorge et de cire et de miel.

NOTA. Je prie de nouveau le lecteur de ne pas se créer des difficultés, qu'il ne pourrait encore résoudre, sur les questions d'accord des individus, de classement des capacités, d'appréciation des travaux et des talents , sur les relations personnelles, en un mot sur rien de ce qui concerne Tharmonie des passions et dos caractères. Ces questions viendront en leur temps ; nous n'eu sommes encore qu'à des aperçus, et nous ne nous orrnpon^ pour le moment qu'à con;$truire notre matériel.

ORGAIVISATION.

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