ORGANISATION. LIV. II. CHAP. I
puissants services à l'industrie manufacturière depuis le jour où celle-ci a passé de la petite fabrication à la grande, s'introduira rapidement, de la même manière, dans Findustrie domestique dont elle est exilée aujourd'hui. — Le ménage civilisé ne connaît encore qu'une seule machine, le tourne-broche. — Et cependant, à côté du ménage civilisé, on peut voir les dispositions des cuisines, lingeries, blanchisseries, etc., des grands établissements faits au compte des hôpitaux, des villes ou da gouvernement. Cinq ou six femmes, dans une cuisine peu spacieuse, propre, bien tenue, pourvue de quelques machines, d'un grand fourneau à divers compartiments, et d'un système de tuyaux hydrophores, suf&seut amplement à la préparation de la nourriture quotidienne de huit cents, mille, douze cents personnes. On prépare très-économiquement la nourriture de cinq nulle bouches, chefs et soldats, dans la cuisine , relativement trèspeu spacieuse, de l'hôtel des Invalides.
La chimie, la physique et la mécanique rendraient donc promptement d'immenses services dans le ménage sociétaire, par application à la cuisine, à la conservation des fruits et des viandes, à la blanchisserie, etc. Dans la manutention des greniers, où sont emmagasinées et classées les récoltes sèches du canton, et dans le cellier et la grande cave du Phalanstère, les emplois de ces sciences acquièrent aussi une énorme importance et font des merveilles.
Caves et Grenierê,
J'écris ceci dans un pays de vignoble où la monstruosité du Morcellement est flagrante à faire pitié.
Les valeurs perdues chaque année par les vignerons Salinois sont incalculables. — Et le fait que j'ai sous les yeux se manifeste plus ou moins en tout pays de petits propriétaires ou de petits fermiers vignerons.
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D'abord, la plupart des caves sont étroites, incoinmodes, mal disposées, mal garanties, très-mauvaises enfin. Puis, ces pauvres gens ne pouvant les meubler que peu à peu et à grand' peine, elles sont encombrées d'une foule de petites futailles en piteux état.
Si rannéeest abondante, ils ne peuvent loger toute la récolte, et sont forcés d'en vendre une bonne partie à vil prix aux spéculateurs. Souvent on s'est vu obligé d'abandonner des récoltes sur pied ; et les vignerons de ce pays vous diront fort nettement que les années d'abondance sont un mal pour eux. L'extrême dépréciation des valeurs et l'augmentation des frais de récolte constituent, — dans les grosses années , — deux éléments de ruine pour le cultivateur. Ajoutez-y l'octroi , qui porte sur la quantité.
L'abondance, l'abondance affamer le travailleur I Quelle société ! 1 !
Puis, ce qu'ils mettent en cave leur coûte, vous pouvez le croire, à tous ces vignerons isolés, des travaux incalculables en comparaison de la facilité des manutentions du grand atelier unitaire, meublé de foudres . de plusieurs mètres de diamètre , comme on en voit déjà chez les grands propriétaires. Les mouvements des liquides s'exécutent , dans le cellier phalanstérien, avec des siphons, des boyaux, par la compression de l'air, etc.
On n'a pas idée de9 pertes et des avaries que le Mor~ cellement occasionne dans ces myriades de mauvaises petites caves civilisées : j'en ai vu par centaines à la ville et à la campagne. La somme des valeurs anéanties par ce désordre occulte, par le mauvais état des lieux et des ustensiles, est immense. On ne saurait l'évaluer. — Ajou* tez qu'à ces détestables dispositions il faut joindre une confusion des récoltes, extrêmement dépréciative de leur valeur, carieplus souvent les qualités différentes sont grossièrement réunies et mélangées. La Phalange recueille à part, et même à des époques successives, ses diverses espèces de jçiisins ; elle classe toutes ses récoltes et les
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traite chacune suivaDl leurs convenances particulières. Elle produit ainsi, à infiniment moins de frais, des qualités intîniment supérieures.
L'oanologie ou scienc« de la gestion des vins est noe science très vaste, dont les applications demandent des dispositions inconnues à ta plupart des vignerons actuels, et qui d'ailleurs ne sauraient être réalisées en petite échelle. — Souvent des coupes, de simples mélanges faits à propos, suffisent pour prévenir des avaries, on pour doubler la qualité des vins.
Ce n'est pas tout : obligés qu'ils sont, ces petits cultivateurs, de faire de l'argent, pour vivre, et de b place dans leur cave, pour la récotte suivante, les f oiU contraints à vendre jeunes des vins que la Phalange, pourvue d'avances, conserve plusieurs années, doublant, ijuadruplant ainsi leur valeur et leur qualité en les laissant vieillir. — Des valeurs considérables sont donc perdues en grande partie par l'effet d'une consommatioD trop bâtée. Dans tous les cas, le profit est enlevé en totalité au producteur, car le spéculateur, le marchand en gros, peut seul, aujourd'hui, réaliser des bénétices résultant de la conservation des produits et de l'ajournement des ventes.
Etendez ces raisonnements ; appliquez-les à la gestion des autres récoltes, à toutes les opérations du ménage, et vous vous convaincrez que notre régime dontestico-industriel est une monstruosité telle qu'on n'eAl pu faire pis en cherchant à faire le plus maJ pos- -.Ilile,
Tout cela, savez- vous, est bien réel. C'est de l'arilhini'tique implacable, c'est du calcul inflexible et non de 'imagination. Eh bien! tout cela n'empêche pas que des iiiillicrs d'ignorants, de sots et d imbécilles ne trouveut superbes les conditions économiques du Morcellement, v-l nt traitent de rêves et de chimères toutes les choses du Phalanstère... dont ils .savent juste autant que des affaires de la lune.
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