OR&ANISATION. LIV. II. CHAP. I
Cette épargne est immense et ramène forcément, en outre , les hommes de Joi aux travaux féconds de la science et de l'industrie. Le nouvel ordre de choses donne congé à cette race improductive et parasite de procureurs, d'avoués, d'avocats, qui ne savent qu'embrouiller les affaires particulières et jeter le désordre dans les affaires publiques qu'ils ont sans cesse la prétention de régenter avec leurs absurdes subtilités idéologiques et chicanières : — choses assez prouvées par leurs œuvres dans les quarante années qui viennent de s'écouler. — Toutes ces individualités grugeuses, réduites par la société actuelle au rôle de frelons, seront élevées à la dignité d'hommes utiles ; et cette dignité leur sera plus lucrative et plus glorieuse qu'aujourd'hui leurs sciences de mots, leurs langues et leurs poumons.
Je ne rappellerai pas tout ce que j'ai dit précédemment sur l'immense supériorité industrielle de la culture en grande échelle, comparée à la culture morcelée. Le Morcellement appauvrit, ruine le sol et le fait tomber ea poussière ; il détériore et abâtardit les races d'animaux ; il engendre une superfétation d'instruments lourds et barbares; il multiplie les travaux, les chômages, les pertes de temps ; il fait obstacle à l'introduction pratique des bons procédés scientifiques, par les influences combinées de la routine, de l'ignorance, de l'exiguïté des capitaux, etc.
La culture sociétaire produit tous les avantages oppo-
dcr avecques Dieu de ses acquests, il dict estre toaU les louis aprei à saUsfaire, par bienfalct^, aux successeurs de ceux qu'U a desroDbez ; et, sMl n'acliève (car d'y pourveofr tout à la fols, U nepeuU), qu'il en chargera ses héritiers, à In raison de la science qu'il a lo) seul du mal qu'il a faict à chascun. Par cette description, soit vrayé ou faulse, cetluy cy regarde le larrecin comme action deshonaote et le hait, mais moins que IMndigence; s'en repent bien simplemeiit mais entant qu'elle estait ainsi contrebalancée et corapeoséf il ne s'en repent pas, •
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ses. Cela a été dit et compris. — Spéculons roaintenant sur les effets de la Propriété composée et de Tabsence du vol. Ecoutons un moment Fourier :
Une boussole principale des Civilisés, dans leurs distributions de cultures, leurs assolements, leurs époques de cueillettes, c*est le risque de vol. Dites à un agronome : Vous semez-là du blé, j'y mettrais un verger; le terrain me semble convenable : oui, répondra-t-ii, mais je serais volé; c'est un local que je ne peux pas surveiller. Reprochez-lui de vendanger trop tôt, de récolter ses vtîrgers avant maturité ; il vous dira : Vous avez raison ; mais je serais volé ; je n'aurais rien, et je suis forcé de cueillir mes fruits encore verts.
Traité de fAssodation, tome 2. p. 51 .
En Harmonie, on ne court aucun de ces risques; la distribution des cultures s'établit en pleine convenance avec le terrain, et rien n'empêche qu'on répartisse à chaque sol ce qui lui est assorti. Cette répartition s'opère suivant trois modes que nous décrirons plus tard , et qui donnent aux campagnes d'Harmonie un aspect enchanteur, tout en favorisant au plus haut point l'accroissement des produits de la terre, par Temploi de la gestion agricole la plus savante.
Citons maintenant un passage du Traité de l'Association qui met dans tout son jour l'heureuse influence de l'esprit de Propriété composée.
Un des ressorts les plus puissants pour concilier le pauvre et le riche, c'est Tesprit de propriété sociétaire ou composée. Le pauvre (4) en Harmonie, ne possédât-il qu'une parcelle d'action, qu'un vingtième, est propriétaire du canton entier, en participation; il peut dire : nos terres, notre palais, nos châteaux, nos forêts, nos fabriques, nos usines; tout est sa propriété; il est intéressé à tout l'ensemble du mobilier et du territoire.
(Ij Le mot pauvre n'implique pas ici l'idée de privation : il ne signifie rien autre chose que le plus bas degré de la richesse sociale. En Harmonie^ il ne peut pas exister de pauvres proprement diU.
238 ORGANISATION. UV. 11. CBAP. I.
Si dans l'état actuel on détériore une forêt, cent paysans le verront avec insouciance. La forêt est propriété simple ; elle n'appartient qu^au seigneur; ils se réjouissent de ce qui peut lui préjudicier, et s'efforceront furtivement d^accroître le dégât. Si le torrent emporte des terres, les trois quarts des habitants n*en ont pas sur ses bords, et se rient du dommage : souvent ils se réjouissent de voir les eaux ravager le patrimoine d^un riche voisin dont la propriété est simple, dépourvue de liens avec la masse des habitants à qui elle n'inspire aucim intérêt.
En Harmonie, où les intérêts sont combinés et où chacun est associé, ne fût-ce que pour la portion de bénéfice assignée au travail, chacun désire constamment la prospérité du canton entier; chacun souffre du dommage qu'essuie la moindre portion du territoire. Ainsi, par intérêt personnel, la bienveillance est déjà générale entre les sociétaires, par cela seul qu'ils ne sont pas salariés, mais co-intéressés; sachant que toute lésion sur le produit, ne fût-elle que de douze oboles, ôteracinq oboles à ceux qui, privés de fortune et d'actions, n'ont part qu'au dividende industriel fixé, conmie on l'a déîÀ vu, ^ trois classes de dividendes.
Traité de VÀssoeialion, tome 2, p. 78.
Aujourd'hui, la destruction du poisson et du gibier est portée à son comble. Chacun tue , ravage et braconne pour son compte autant qu* il le peut. Les civilisés vont jusqu'à empoisonner les rivières pour recueillir la ving* tième partie du poisson qu'ils détruisent ! — En Harmonie, le ravage et la dépopulation, sans favoriser aucun intérêt particulier, léseraient au contraire les intérêts de tous : de telle sorte que Ton gagne d'immenses produits sans rien faire , par cela seul que l'esprit de propriété composée préside à l'aménagement des rivières et des forêts. On s'entend sur les époques d'ouverture et de clôture de la chasse et de la pêche ; et la chasse et la pêche cessent d'être des dévastations pour devenir de véritables récoltes. Tous les praticiens s^accordent à dire qu'un bon régime d'aménagement, en ce sens, des rivières et des forêts, serait pour une nation une source de richesse qui n'est pas à dédaiji^ner. Mais la police de
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ia chasse et de la pèche ne peat être bien établie qu'à la condition d'être consentie par la niasse et de servhtous les intérêts, ce qui n'est pas possible en système de Morcellement.
L'ensemble des manœuvres et T unité d'action sociétaire, assurent la facile et prompte destruction de toutes les races malfaisantes et nuisibles , oiseaux de proie, insectes et quadrupèdes. Au sein de l'anarchie actuelle, vingt cultivateurs auront beau pratiquer avec grands soins Téchenillage sur leurs propriétés : toutes leurs peines sont vaines, si les voisins ne les imitent pas, si la mesure n'est pas générale, unitaire. — Aussi est-ce chose faite pour apprêter à rire, que de voir nos cent à cent cinquante sociétés d'agriculture s'escrimer chaque année contre les rats et les chenilles; — sans préjudice des ordonnances royales contre les hannetons, dont l'exécution est confiée, comme on sait, à d'infortunés sous-prcfets.
Le Civilisé a bonne grâce vraiment à s'intituler Roi de la création, quand il est débordé, grugé, dévoré et battu par les insectes ! — C'est que, voyez-vous, l'homme isolé est le plus faible, le plus misérable et le plus souffreteux des êtres. Si Dieu appelle le genre humain à gouverner la Terre, c'est à la condition du ralliement de toutes ses individualités. La couronne n'est pas pour l'individu , mais pour l'Espèce. L'Espèce ne s'en saisira que le jour où elle saura combiner ses actes et ses forces. Jusque-là, l'homme n'est qu'une caricature de roi, un roi comme les César et les Alexandre de Charenton. — Voyez donc, la Civilisation prend si bien ses mesures, que le GrandLouvetier^ qu'elle prépose à la destruction des espèces malfaisantes, se trouve précisément l'homme de tout le royaume qui a seul intérêt à leur conservation. .. car plus de loups , plus de grand-louvetier... En vérité, ma pauvre Civilisation perfectionnée, tes conservateurs ont bien raison de te vanter ! quelles ingénieuses combinaisons! I — Et c'est que, en toutes choses, il en est ainsi. — Mais poursuivons.