‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 53 sur 95 · HANCHE DES TRAVAUX MANUFACTURIERS · texte numérisé non relu

HANCHE DES TRAVAUX MANUFACTURIERS

QUESTION ȣ8 MACHINEB.

Toutes les fois que, daii& un at«lier. l'action sera par- ▼enue i une telle sin^plicité qu un cbîru puis» y remplacer un bomine, sovcz sûr que le chicii tk^'

▼ieiidra un ouvrier , et l'homme un meodiaiit

Que devieadront ces bras innombrables qoa le takol d'nn mécanicien aura désoccupés ?

LiMOaTBv.

L'iHHBNSB supériorité de la fabrication en grand sur la petite fabrication, dans cette branche, est assez démontrée par les faits^. Toutes les fois que la grande industrie manufacturière, avec ses machines, ses capitaux, ses vastes ateliers et la division du travail , est venue s'installer

PARALLELE DB LA PIODUCTIOIf. 264

quelque part, elle a écrasé subitement les |)etites industries du même genre. Ceci est bien constate. Toutefois, nous avons, à ce sujet, quelques importantes réflexions à soumettre au lecteur.

Aujourd'hui, quand une machine s'introduit, elle casse instantanément les bras à une foule d'ouvriers. — On sait qu'on n'a pas osé réaliser l'emploi des scies mécaniques dans les carrières de pierre des environs de Paris , parce que cette puissance immense aurait enlevé leur gagne -pain à des légions d'ouvriers que l'on redoutait. — M. LaRitte voulait étal)lir une brasserie centrale, ^il a reculé devant la même conséquence. Enfin , dernièrement, à Paris encore, on n'a pas osé monter des machines à coudre les pantalons de pacotille, parce que cette invention eût porté un coup mortel à trente mille femmes qui vivent misérablement de ce travail.

D'une part , l'emploi des machines est évidemment nécessaire à la multiplication de la richesse sociale : d'autre part, on ne peut nier les crises terribles aux- (|uelles leur introduction donne infailliblement naissance.

Ces crises sont un résultat mille fois prouvé par l'expérience; car, malgré les exemples que je viens de citer, les grands industriels reculent rarement devant les conséquences désastreuses que nous signalons. — D'ailleurs, qu'ils reculent ou non, il n'en est pas moins avéré, en thèse générale, que dans la forme sociale actuelle l'introduction d'une machine, qui est en soi-même un bien d'autant plus grand que la machine épargne plus de travail, entraîne toujours avec elle un mal directement proportionnel à cette épargne, c'est-à-dire à l'énergie productive de la machine ! De telle sorte que le bien et le mal étant ainsi liés, on reste dans l'obligation de ne pas réaliser le bien, ou de créer un mal en faisant un bien! C'est un des exemples les plus clairs du septième caractère générique des sociétés subversives, le cercle vicieux qui joint, dans ces sociétés, un péjoratif à chaque

262 OROANISATION. LIV. II. GHAP. Ù

amélioration, une douleur à chaque enfantement. (Voyez le tableau des Fléaux lymbiques, page 100)

Hé bien ! comment se tire de là TÉconomie politique? — Comment? eh! mon DieH, avec son escobarderie ordinaire; absolument comme dans le cas de la grande et de la petite propriété, du monopole et de la concurrence anarchique. Au lieu de reconnaître qu'il y a vice de part et d'autre, et d'établir la nécessité d'une nouvelle combinaison des intérêts industriels, elle vous débite des subtilités puériles et cruelles à la fois y pour prouver qu'il ne faut pas s'inquiéter du mal transiloire causé par l'introduction des machines. — Du mal transitoire, Messeigneurs? serait- ce donc que le développement de la science s'arrête; çerait-ce qu'on ne fait pas sans cesse des inventions et des perfectionnements mécani-' ques? et ce mal que vous qualifiez de transitoire, n'estil pas renouvelé chaque jour, et par conséquent permanent dans votre chère Civilisation?

Mais ce n'est pas tout : voici une découverte encore plus curieuse de la science de nos docteurs.

L'introduction d'une machine, disent -ils, au lieu d'être nuisible au prolétaire , est au contraire un bien pour lui; ils trouvent à cela deux raisons :

La première, c'est que les objets fabriqués baissent de prix, et que les ouvriers peuvent se les procurer à meilleur marché. — De telle sorte, n'est-ce pas, qu'un ouvrier qui gagnait quarante sols par jour à faire des l)on-^ nets de coton , doit s'estimer fort heureux quand il est privé de travail par Fintroduction d'une machine à faire les bonnets de cotons ; car le bonnet de coton qui I ui coûtait seize sous ne lui en coûtera plus que dix désormais. — Ote donc respectueusement ton bonnet de coton pour faire honneur à ces messieurs quand ils passent devant toi, bienheureux ouvrier, ouvrier fortuné... et crève de faim en chantant un hymne an Progrès, à TËconomie politique, à la liberté du travail , aux lois qui la consacrent , à la Charte et à la Société !

Page 1