VICES DU COMMERCE. S
tendi'e à élever la Production pour augmenter et généraliser la Consommation, le bien-être, la culture morale et intellectuelle.
Cependant , tous les produits ne sont pas créés là où ils doivent se consommer : de sorte qu'il faut un certain système de Distribution pour faire circuler les richesses, et mettre ce qui sort des mains du producteur à la portée du consommateur. C'est ce qu*on appelle du nom générique de Commerce.
Ainsi, vous le voyez, le Commerce n*est utile que pour servir les besoins ae la Production et de la Consomma* tion ; il doit être le valet des deux autres branches et non comme aujourd'hui le mattre qui leur fait la loi. Son rôle est subordonné. Improductif de sa nature, il n'ajoute rien par lui-môme, en cjuantité ni en qualité, aux objets qui passent par ses mains : ses opérations doivent être exécutées avec le plus petit nombre d'agents possible.
Or, ceci n'est réalisable qu'au moyen d'une organisation administrative, qui mette le producteur directement en rapport avec le consommateur, et qui supprime tous les iutcrmédiaires grugeurs, voleurs et parasites.
Il faut juger l'arbre a »«& fruii<:.
MaJt.'HirS tfU'igrliqHr\.
Aujourd'hui le commerce est-il organisé de manière à mettre directement en rapport le Producteur et le Con« sommateur? Oh! certes non, le Commerce n'est pas une AGENCE subordonnée à la Production et à la Consommation , ouvrant à l'une les voies les plus larges pour aller à l'autre; oh! non (1}.
(]) On ferait erreur, si Fod croyait qne ce chapitre, destiné à examiner les effets déplorables de notre organisation ^commerciale, est dirigé contre les Individus qui vivent aujourd'hui de négoce. Ceux-ci sont parfaitement en leurs droits dans la société dont nous critiquons ie& formes. L'individu n*a rien à faire ici : si l'organisation est mauvaise, ce n'est nullement à lui qu'on doit l'imputer. — > Sans confondre les professions du soldat , du marchand , du bour-
fe^.
46 CBITIQDB. SBCT. T. 04F. II.
Le conimerçaiit est ua entremettvtir qui met à proBt l'aDarchie générale, et la non orgaDisatioo de l'industne- Le commerçant achète les produits , il achète tout, il est propriétaire et dcteoteur de tout, de telle sorte que :
1° 11 tient sovslejoug la Production et la Consommation : puisque toutes deux sont obligées de lui demander, soit les produits à consommer en dernier terme, soit les produits bruts qui doivent être encore travaillés, les mitières premières, Le Commerce, avec ses menées d'accaparement, de hausse et de baisse, ses opérations sans
rviiu, je puis dire que ?l la euciété a besoin d'eux, ve n'est pas iaa quu le>t elTetf de leurs proreâsions sonl imputables ■■ présenlei leoi un nieiJIeur sort dans ime meilleure orgaDÏaallon aoctalê, et Ils at demunderiint fin mieuï que de changer de métier.
La er!tir|u« du commerce, (elle que la produit l'ËroIe soclélain, est acceptée comme très Ju"le et très eincle pnr nombre de commpr^ans que je pourrais ciler; el sIFourler apu.dés iSOS.lalancKr uu milieu de l'engouement universel, c'est surtout pan e que la Civtlli'allon l'avait Forcé * vivre dans le cloaque mercanlfle.
Si la société actuelle est douée d'une puissance assez funeste peur impi ser la fonction de cantmis-marc/iaitil à un homme pareil, le» inHirhandî, eu\. peuvent bien se regarder coirime atsous . Du reste, >u'rui sur ue sujet, les propres paroles du l'euteur de la Théorie dti Quatre lUomitiamis :
• Dans le cours de la discussion qui va s^l^-^e, j'aurai lieu d'ev [irimiT des opinions peu flatleuses pour le commeri* en général ; lunisj'al observé dé)à qu'en critiquant une proression, je oecriUqnepas le:' inilividus qui l'eierccnt. ■ PluE loin ;
\ L'analyse de ces brigaudages déinuolrera que le corps dea négot£ill(« (il faut se garder de les coarundre avec les maoufacturien), irftil dans l'ordre social qu'une troupe de pirates coalisés, qu'unt ' HBtt^le vfiulours qui dévorent l'Industrie agricole et manufactutttB, tt Bsservii'sent en tous sens te corps social.— Soit dit sans la CQUqU'''' Individuellement : Ils Ignorent eux-mêmes la malfalsance dtJ(ur profisslon; et quand Ils la connail'aient , peut-on blâmer ~~ spollnieiir en Civilisai! od, puisque celte société est le jeu des „ et di^s fripons ■
liii>te que mol qui appartiens à l'armée, je n'en confesse pM — ■«» *1"^ la eucrre est un odieux fléau. J'ajoute mfore quetaconi- %nrn,f,t qoi "" s'est laissé jamais aller aux itéduciions corruptrices. 4ftii [^(f iipiices démornllsatrii'e.4, aui occaslaiis si nomlireusn dont " Cal t ri^'i'*""''' ' 1^ P*''' comnier^nt. surtout qui g'rst oonservF 'ratii-i»! Io.vhI, peutse dive télé haute, plut honnête, plaonrobeei Phi»iipri-i'*' <iue n'importe quel saint du parBdii.C'e«l un hannK "Itrotiv^ 1"" l<! I^cr etpar leCeu. {JVote de la prtmiirt ediiim.)
VICB8 DU COHMBICB. 47
nombre et \sl propriété intermédiaire des objets, ranroane à droite et à gauche : il fait darenient la loi \\ Va Production et à la Consommation, dont il devrait n*étre que le commis subalterne.
^ Il spolie le corps social par ses immenses bénéfices, — bénéfices prélevés sur le consommateur et le producteur, et tout-à-fait hors de proportion avec des services que le vingtième des agents qu*il emploie suffirait à rendre.
S9 11 spolie le corps social par ladi^^racfton des forces productives , en enlevant aux travaux de création les dix-neuf vingtièmes de ses agents, qui sont de purs parasites. C'est- àrdire, qu'il ne spolie pas seulement en s* appropriant des valeurs sociales à doses exorbitantes, mais encore en diminuant considérablement Ténergie productive de l'atelier social. La très-grande majorité de ses agents reviendront aux fonctions productives aussitôt ({ifune organisation commerciale rationnelle sera substituée à rinextricable état de choses actuel.
4^ Il spolie le corps social par \^ falsification des produits , falsification qui se pratique aujourd'hui avec une fureur poussée au- delà de toutes bornes. En effet, quand cent épiciers se sont établis dans une ville où il a y en avait antérieurement aue vingt, on ne consomme pas, . pour autant , plus de denrées épicières dans cette ville. Voilà donc ces cent vertueux marchands obligés de s'arracher le profit que faisaient honnêtement les vingt premiers : la concurrence les force à se rattraper aux dépens de la consommation , soit par l'élévation des prix , ce qui arrive quelquefois ; soit par la falsification oes produits , ce qui arrive toujours. Dans un pareil état de choses il n'y a plus ni foi ni loi. Les denrées inférieures ou frelatées sont vendues comme denrées de bonne qualité toui.. '"^ fois que le chaland bénin n'est pus assez connaisseur puur y voir clair. Et quand elle a Lien attrapé ledit chaland, la conscience mercantile se reconforte en se disant : — « Je fais mon prix , on est libre de prendre ou de ne pas prendre, je ne force personne à acheter. » — Les pertes dont la falsification et la mauvaise crualité des produits grèvent la consommation sont incalculables.
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5<» il spolie le corps social par des engorgements, foctices ou non, à la suite desquels d'immenses quantités de marchandises encombrées sur un point s'avarient et se détruisent faute d'écoulement. Écoutons Fourier : (Th. des quai, mow>.^ p. 334, l""^ éd.)
« Le principe fondamental . des systèmes commerciaux , le principe laissez une entière liberté aux marehands, leur accorde la propriété absolue des denrées sur lesquelles ils trafiquent; ils ont le droit de les enlèvera la circulation, les cacher et mén\e les brûler, comme a fait plus d'une fois la compagnie orientale d'Amsterdam , qui brûlait publiquement des magasins de canelle pour faire enchérir cette denrée : ce qu'elle faisait sur la canelle, elle l'aurait fait sur le blé, si elle n'eût craint d'être lapidée par le peuple , elle aurait brûlé une partie des blés pour vendre l'autre au quadruple de sa valeur. Eh I ne voit-on pas tous les jours, dans les ports, jeter à la mer des provisions de grains que le négociant a laissés (fourrir pour avoir attendu trop long-temps une hausse; moimême j'ai présidé, en qualité de commis, à ces infâmes opérations, et j'ai fait, un jour, jeter à la mer vingt mille quintaux de riz* qu'on aurait pu vendre avec un honnête bénénce, si le détenteur eût été moms avide de (;ain. C'est le corps social oui supporte la perte de ces déperditions qu'on voit se renouveler chaque jour, à l'abri du prmcipe philosophique : laisiex faire Us marchands, »
6® Le commerce spolie encore par \es pertes^ avaries, coulages^ etc,^ qui proviennent ae Textréme dissémination des produits et denrées dans des millions de magasins de détail , et par la multiplicité et la complication des transports morcelés.
7® Il spolie le corps social par une usure sans limite el tsans vergogne, une usure enrayante. En effet, le commerçant opère toujours avec un capital fictif, trèssupérieur a son capital réel. Tel commerçant, avec un fonds de 30 mille irancs, agit , en émettant des billets,
i>ar des revirements et dès paiements successifs, sur un onds de 400, 200, 300 mille fr. ; il tire donc de ce capital qu'il n'a pas l\) des intérêts usuraires sans proportion avec ce qu'il possède véritablement.
(1) On a établi, «nr des documents statIsUques , il y a quatre •ns, que la valeur des billets en circulation en France cet supé-
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8^ U spolie le corps social par des banqiÂeroutes sans nombre : car les accidens journaliers de nos relations industrielles, les commotions politiques , les perturbations de toute espèce, amènent le jour où le négociant, qui a émis des billets au-delà de ses moyens, ne peut plus faire face à ses affaires; sa débâcle, frauduleuse ou non,
Sorte de rudes coups à ses créanciers. La banqueroute es uns entraîne celle des autres , c^est un feu de file de banqueroutes, une dévastation. Et c*est toujours le producteur et le consommateur qui pâtissent, puisque le commerce, considéré en masse , ne crée pas les richesses et n'engage que des râleurs très-raibles par rapport à la richesse sociale qui passe tout entière entre ses mains. Aussi combien de fabriques sont écrasées soq$ ces contre-coups ! combien de sources fécondes sont ta* ries par ces menées et ces désastres !
Le producteur fournit les denrées ; le consommateur, l'argent : le commerce , lui , fournit des billets non hypothéqués ou hypothéqués sur de faibles valeurs , sur un crédit imaginaire ; et les membres du corps commercial ne sont pas solidaires et garants les uns pour les autres ! — Voilà en peu de mots toute la théorie de la chose.
9^ Il spolie le corps social, par Yindépendance et l irresponsabilité qui lui permettent de i^' acheter qu'aux époaues où les producteurs, par obligation de se procurer des fonds pour payer les loyers et les avances de la production, sont forces de vendre et se font entre eux concurrence. Quand les marchés sont très-pourvus et les produits à vil prix , le commerce achète. Puis , jl opère la hausse , e{ par cette manœuvre bien simple il dépouille le producteur et le consommateur.
10® Il spolie le corps social par une considérable sous-
lieure de qaatorie foiff à Tenseiable de la richesse réeUe totale ! Il foot ajoater que cette immense valeur factice n'est hypothéquée encore qae sur une fraction de la valeur totale réelle. Cette surémission die valeurs fictives a atteint, ces dernières années, aux États-Unis, une proportion bien plus effrayante. — Plus de deux cents banques émettaient, émettaient indcilnimenl des billets sans contrôle ni garantie. La liberté du commerce y régnait à ce point, que les commis de la plupart de ces banques se faisaient pour eux-mêmes et pour leurs amis des sommes immenses en papier-monnaie. — (iVo/e de la première édition,)
traction de capitaux, qui reviendront à l'industrie productive, quand le commerce jouera son rôle siibordoDoé, ne sera plus qu'une agence opérant des transactions directes entre de grands centres de consommatioQ, des Communes sociétaires, et des producteurs plus ou moins éloignés. Ainsi les capitaux engagés dans les spéculations du commerce, — quelque faibles qu'ils soient comparativement à 1 immensité des richesses qui passent par ses mains, — n*en composent pas moins des sommes énormes , qui reviendraient féconder la production si la propriété intermédiaire des objets était enlevée au commerce, et la circulation des produits administrativement organisée. L'agiotage est la plus odieuse manifestation de ce vice.
l/agiotage spolie le corps social , en détournant les capitaux pour les faire entrechoquer dans les tripotages de hausse et de naisse, qui fournissent d'énormes bénéfices aux joueurs les plus habiles. Dès-lors les cultures et les fabriques n'obtiennent qu*à un prix exorbitant les capitaux nécessaires à leur exploitation ; et les entreprises utiles qui ne donnenl qu'un bénéfice lent et pénible, sout dédaignées pour les jeux d'agiotage qui absorbent la majeure partie du numéraire.
(Th. des ijuat, wiout?., p. 359, -1** éd.)
\\^ l\ spolie Je corps social par Vaccajfkarement :
Car renchérissement d*une matière accaparée est supporté ultérieurement par les consommateurs, et auparavaol par les manufacturiers, qui, obligés de soutenir un atelier* fooi des sacrifices pécuniaires, fabriquent à petits bénéfices, soutiennent, dans Tespoic d^un meilleur avenir, rétablissemenl sur lequel se fonde leur existence habituelle, et ne réussissent que bien tard à établir cette hausse que Taccapareur leur a fait si promptement supporter. (/6id.)
L'accaparement est Te plus odieux des crimes commerciaux, en ce quMt attaque toujours la partie souffrante de Tiodustrie : s'il survient une pénurie de subsistances ou deoi^ quelconques, les accapareurs sont aux aguets pour aggraver le mal, s*emparer des approvisionnements existans, arrher ceux qui sont attendus, les distraire de la circulation, en doubler, tripler le prix par des menées qui exagèrent la rareté et répandent des craintes qu'on reconnaît trop tard pour illusoires. Us font dans le corps industriel Teffet d*une bande de bourreaux qui irait sur le champ de bataille déchirer et agrandir les plaies des blessés. » {QwU, Meuv., p. 334 ;
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EntiD, tous ces vices, et bien d'autres que je u'ai pas cités, se multiplient les uns par les autres dans l'extrême complication des filets mercantiles : car les produits ne passent pas qu'une fois dans les mains audes du Commerce; il en est qui entrent dans vingt ^trente filières avant d'être livres au consommateur. D'abord la matière brute passe par la griffe commerciale pour arriver au f[ibricant qui lui donne une première façon ; puis elle retombe au Commerce, et revient à une fabrication qui lui donne une autre forme; et ainsi de suite, jusqu'aux dernières confections. Alors elle entre dans les grands compt'iirs, qui vendent aux magasins en gros, qui vendent anx di'taillan<s des villes, qui vendent aux bas détaillants et détaillants de village. Or, à chaque passage, le produit a laissé quelque chose dans les mains mercantiles. Jugez maintenant si ce Commerce anarchique, auquel nos économistes ont voué tout l'amour de leur cœur, est une si grande source de prospérité! s'il sert bien les intérêts de laproduciion et de la consommation (1)!
Comparez oonc cette anarchie mercantile avec l'or^^anisation précédemment décrite. Les agences commerciales déléguées par les communes et les provinces font arriver les produits dans les entrepôts et les magasins pubJics, sans rien prélever sur la valet ir de ces produits : — Ces agences sont rétribuées comme des fonctionnaires et socîétairement intéressées.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans les détails : nous n'indiquons le principe de l'organisation que pour faire mieux comprendre la critique du désordre actud ; mais déjà nous pouvons constater que le Commerce véridique et direct^ débarrassant les voies de la circulation, et augmentant les bénéKces du producteur, tout en dr-
(1) Un de mes amis qui parcouraU dernièrement les montagnes do Jura où il se fait, comme on sait, uùe qnantité considérable de travaox sur métaux, eut occasion d'entrer chez un paysan qui fabrl* qnail des pelles ; il lui demanda le prix de ses pelles: — ^ Entenoons-nous, » répondit le pauvre paysan, pas économiste du tout, mais homme de bon sens ; « moi je lc> vends 16 sous au commerce,
3iii vous les fait payer 40 dans vos villes. Si vous trouviei moyen e mettre le fabricant en rapport direct avec le consommateur, vous les auriez à 28 sous, et no,u8 y gagnerions 12 sous tous les deux. » {Noie de la première Edition.)