MÉPRIS
Dans notre époqoe oà l'indiistrialisaM fait proTcssion ùê mépriser loat oe ipi n'est pas auinufacture , atelier, fenneuKxlèle on.... phalanstère, onToit deê |;ens qui prétendent réorganiser la société par je ne sais quelles innovations dans la culture des pommes de terre (*).
OBI pour «ril ii dant pour dant.
MolsB,
Jr sais bien que c'est une route qui paraît fort triviale et bien vile à messieurs de la Philosophie, de r£conomie politique et de la Politique pure, que celle qui passe par la cuisine, la basse-cour et le ménage, pour arriver à résoudre non-seulement les questions politiques dont ils ne se mMent que pour les embrouiller ou les gâter, mais encore les problèmes sociaux auxquels ils n'oseot seulement pas songer.
C'est très-bas et très-trivial en effet. — Aussi Fourier leur semble-t-il fort ridicule avec ses économies d'allumettes et de bouts de chandelle, comme ils disent, ils ne descendent pas si bas, les Princes de la palabre ! oh ! non vraiment : leurs spéculations lumineuses, sublimes, toutes-puissantes, les emportent au sommet des hautes régions de la pensée I Allez les écouter dans les dégorgeoirs philosophiques où ils offrent leur savoir au public. Le docte professeur qui m'a fourni l'épigraphe de cette division vous apprendra, lui entre autres, des choses admirables et auxquelles vous ne vous attendriez guère.
Vous, pauvre homme, auditeur bénévole, vous croyez par exemple, que quand le pouvoir législatif est divisé dans une nation, quand il y a une chambre des communes et une chambre aristocratique, c'est parce qu'il y
(*) Épigraphe recueillie exactement pour la pensée, et approximativement fbor l'expression, à unekYon du eollège de France, en 1832.
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a préalablement, dans cette nation, des intérêts opposés, des puissances distinctes qui se traduisent par ces deux institutions Cest là une opinion évidente aux penseurs vulgaires qui n'ont que du bon sens ; mais les pen> seurs qui s* éclairent aux lumières de la philosophie française (1) vous apprennent, eux, que c'est la division des pouvoirs, la forme de l'institution qui a engendré le fait, qui a créé l'opposition des intérêts.
<x Pourquoi depuis si long-temps chez nos voisins » d'outre-mer, pourquoi chez nous-mêmes s'est-on si » mal entendu? d On vous l'apprend d'un mot : « C'est » qu'il y a deux chambres qui ne communiquent entre » elles que par des messages, deux chambres séparées , » cantonnées chacune dans son fort. » — Voulez vous créer l'harmonie politique ? « Faîtes tomber les barrières » qui les séparent, d Voilà la recette. Ainsi, l'aristocratie et la démocratie anglaises, qui sont à la veille de se ruer Tune sur l'autre dans un grand bouleversement révolutionnaire, qui déjà même poussent , dans chacune des deux chambres où elles ont l'une et l'autre des représentants, les hurlements précurseurs du combat; cette aristocratie et cette démocratie, pour s'entendre, n'ont qu'une chose à faire : c'est de se rapprocher, c'est de se réunir dans une « assemblée unique... » — à bonne distance de griffes et de dents. Faut-il que ces Anglais soient simples, pour n'avoir pas encore deviné cela !
Et nous donc , nous Français débonnaires ! nous vivons au sein de l'anarchie , — et l'anarchie est le ca-
(1) La Philoiophie française. Ce mot est anàteo bien naif et qui donne la mesure réelle de ce qu'on appeUe aujourd'hui les tciences ptif otopliiqnes. Il y a la phllosoptiie française, la philosophie aileinande , la philosophie anglaise » etc. ; c'est-à-dire qu*U y aurait la vtMité française, qui ne serait pas la vérité anglaise, qui ne serait pas la vérité allemande... Connaitriex-vous par hasard la çëométrie fiiin<;ai8e qui ne serait pas la géométrie allemande, «t rafetroDomie allemande qui ne serait pas l'astronomie anglaise. — En Térlté, on ne leur demanrle pas de prendre tant de soins à fournir eoxHnéines des armes pour se foire battre. (iVbfe deia^ éâii,)
I^ARALL^LB DE LA rBODtlGTlON. 275
>*actère de notre époque, d — c^est le professeur qui le dit : riches contre pauvres, maîtres contre ouvriers, jeunes hommes contre vieillards, intérêts contre intérêts , tout s*y heurte misérablement... Hé bien ! a Tous ces j» intérêts ne sont opposés qu*à la surface, i» — à la surface, entendez-vous?
Voulez-vous les mettre d*accord, harmoniser la surface ? (.'est encore le même procédé. « Ayez une assemblée nationale unique; faites-y asseoir, sur les mêmes » bancs, riches et pauvres, propriétaires et prolétaires : » le prolétaire des chantiers et le prolétaire des manu- » factures, le prolétaire des arts et le prolétaire de Tin- » telligence ; et alors, placés face à face, ils s'expliquej» ront, ils s'aboucheront , et Tharmonie naîtra d'elle- » même!!! .. » Puis , vient une grande palabre : a On » s'inspirera du saint amour de Thumanité, on s'imposera » par enthousiasme les sacrifices nécessaires de part et » d'autre!!! etc... »
>otez que c'est lui, lui-même, qui dit SACRiFiCB : cr On » s'imposera les sacrifices nécessaires de part et d'aiii> tre... »
Vous voulez savoir la vraie base de Tbarmonie des intérêts? — Eh! c'est le sacrifice de ces intérêts... C'est posé, cela!
M. de La Palisse était en vie un quart d'heure avant sa mort, et c'est bien dommage qu'il n'ait pas été en vie quelque temps encore après, car il pourrait, lui aussi, professer la législation comparée au collège de France, et nous indiquer de solides bases pour fonder l'harmonie.
Et puis, fonflor l'harmonie, à quoi bon ? — a II 9 n'existe plus d'aristocratie chez nous, et il n'en sau- » rait renaître désormais. » Celui qui dit cela, c'est le même docteur qui parlait tout-à-l'heure de riches et de prolétaires. Ici on ne comprend plus. — Parachevons pourtant l'exposition du procédé d'harmonie, en résumant le grand principe de rassemblée unique.
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« L*asseml)lée léo;isiative doit être Texpri^ssion fidèle » de tout ce (jui compose rinimanitô, de toutes les elas- » ses, de tons les âges... Or, dans la nation il y a des » jeunes, des vieux et des moyens ; donc sur les bancs » de la représentation nationale , doivent se mAler les » vieillards, les jeunes hommes et les hommes mûrs. >
Et alors deux superbes palabres dans ce goût-ci :
4® a Quel est le jeune homme qui à Taspect de ces vé- » nérables tètes, blanchies par Tâge et Texpérience, ne » se sentirait ému d un saint respect? quel est celui d'en- » tre nous, jeunes hommes, qui ne serait prêt à etc.. » — Tout ceci dans un siècle où ceux d'entre hoiâs qui sont jeunes ne désignent les vieillards vénérables qne par une des trois dénominations de momies, fossiles on perruques !
2® « Quel vieillard, au contact de ces jeuaes hommes, JD l'espoir de T avenir, qui portent dans leur sein la vie et » le progrès , ne sentirait son cœur glacé s'échauffer » d'une sainte ardeur? quel est celui d'entre eux qui méconnaîtrait les besoins nouveaux de l'humanité et » ne serait prêt à etc.. » — Ceci encore dans un siècle où ces jeunes hommes, l'espoir de V avenir, ne sont regardes par les vieillards que comme de dangereux brouillons, des brise-raison, des cerveaux brûlés, sourds à toutes les leçons de l'expérience et du passé!
Oh! M. de La Palisse, M. de La Palisse I les regrets que je viens d'exprimer il n'y a qu'un instant étaient une injure à vos successeurs!
Ce professeur a fait un livre sur la Révolution française.
Or, au commencement de la Révolution française, il y a eu une convocation des trois ordres de TËtat , la Noblesse, le Tiers et le Clergé. Le Tiers — qui sentait ses forces — voulut une assemblée nationale unique auliea de trois, comme le voulaient la Noblesse et le Clergé.— Et il n'y eut qu'une seule assemblée, une assembla unique. C'est là que remonte l'invention du grand procédé d'harmonie.
^ARALLÈLB DC LA PRODUCTION. Vît
Or, le Tiers coupa les tîntes des deux autres ordres de la représentation nationale unique. — Il réalisa Tharmonie vivement... en gros et en détail. Après ce débuts la chambre unique ne contenait plus que des gens du Tiers. Les autres avaient été harmonisés...
Etrange phénomène I d'épouvantables dissensions écla* tèrent au sein de cette assemblée unique, qui n'était plus composée que de représentants du Tiers. Voyant cela* un bon et loyal curé, une àme évangéliqoe et dévouée, comme on n'en rencontre pas sous toutes les enveloppes philosophiques, le curé Lamourette monte à la tribune et fait un discours si bien empreint de raison tou^^ chante , de charité chrétienne et d'angélique onction , que les larmes viennent aux yeux de tout le monde, gens de la Plaine, Girondins et Montagnards... Et ceci n'était guère dans leurs habitudes.
L'effet fat tel que tous les bras s'ouvrirent ; tous tes partis se jetèrent les uns dans les autres : on se pardonna tout , on oublia tout , on sacrifia toutes les divergences sur l'autel de la patrie ; on jura Tunion par acclamation , on s'aima à l'unanimité : — on s'embrassait dans toutes les parties de la salle ; le public s'embrassait dans les tribunes.— C'était une ivressede patriotisme, un enthousiasme, une frénésie d'amour; c'était une bénédiction....
Le lendemain , la Montagne en envoyait quarante de la Gironde porter leurs têtes sur la place de la Révolution.
L'Harmonie ne s'arrêta pas là. Vous savez le reste.... . Oh ! pitié ! pitié ! car c'est sur ces décombres encore amoncelés par nos villes , car c'est sur ces cadavres que les vers n'ont pas achevé de ronger , car c'est en présence de ces mêmes signes des temps dont l'apparition a précédé ces épouvantables catastrophes , car c'est aujourd'hui enfin, que des rhéteurs amoureux de la popularité s'en viennent perfidement caresser les passions révolutiomiaires de la jeune génération par de délirante»
278 OBGANISATIOII. MV. H. CHAP. I.
paroles 9 et mentir effrontément au bon sens , pour avoir occasion de palabrer et de plaventrer devant elle!....
Ce que je vous ai dit de l'un , je vous Taurais dit des antres. C'est un exemple , et non une exception- Ab uno disce omnes. Ils débitent tous les mêmes denrées : niisi res et palabres ! Il a'y a de difierences que dans la quantité, le débit, et la manière de faire Tarticle. — Et puis, à côté d eux , dans la sphère officielle, ne sont- ce pas des procédés de tactique, des intrigues , des ficelles parlementaires , des intérêts de coterie que Ton donne au pays pour des principes d'ave* nir? Ont-ils une autre science ces grands charlatans politiques, que le public a en si long-temps là sottise de croire capables» et dont les troupeaux des cabinets de lecture ruminent encore les creux discours avec un reste d'acharnement ?
Mes dignes réformateurs des nations, nous verrons bien si vos rabâchages révolutionnaires valent les pommes de terre du Phalanstère, comme vous dites. Ah! vous avez vos conclusions sur nos économies de bouts de chandelles et d'allumettes. Hé bien! nous aussi, nous avons nos conclusions , quand nous voyons — d'une part , un homme d un génie à faire éclater le crâne de Newton , qui résout le Problème des Destinées générales et révèle à Thumanité SA LOI , tout en s'appuyant d*abord sur des calculs de pot au- feu : — et d'autre part, d'impudents et plats sophistes, pleins d'orgueil et vides de mérite, embrouillant tout, confondant tout, bouleversant les nations et les conduisant à la misère et aux carnages politiques avec leurs ramassis de contradictions grecques, romaines, anglaises, américaines, avec leurs grands mots et leurs grandes théories, vides et sonores, M^omme leurs cerveaux.
* Vous voyez bien que nous avons aussi nos conclasions...,
Kt c'est pourtant tout cela qui insulte aujourd'hui au génie et étouffe mcîcliamiuent sa voix !!!