‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 63 sur 95 · ORGANISATION. LIV. II. CHAP. II · texte numérisé non relu

ORGANISATION. LIV. II. CHAP. II

ritoriaie : rinsouciance et la liberté sont les traits saillants des mœurs de cette période. Voyez rhabitation, comme elle est en conformité de relation avec ces caractères. Cette habitation n'est qu'une frêle construction de terre, de mousse et de branchages, élevée sans peine et abandonnée sans regret lorsque la chasse ou la guerre commandent le déplacement de la peuplade.

La pêche, la chasse et la guerre sont les seuls éléments de l'activité du Sauvage ; aussi les os de poissons qui lui servent d'hameçon. Tare et les flèches avec lesquelles il atteint sa proie dans les (oréts, et ses armes de guerre tomawk , zagaye et couteau à scalper , composent-ils avec les crânes des ennemis vaincus, les peaux des quadrupèdes et les dépouilles des oiseaux mis à mort, toute la décoration de sa demeure.

Voilà la construction, voilà la décoration.

Tous les caractères de la période sont là. La hutte vous dit toute la vie du Sauvage. — Dans cet état de faiblesse et d'enfance, l'humanité ne laisse aucune trace de son passage; son pied ne marque pas sur le sol ; elle ne change pas l'aspect des lieux où elle a résidé.

L'Arabe vagabond, lui, porte à dos de chameau sa maison, toujours prêt, dans sa vie errante, à dresser sa tente là où il rencontre une source d'eau vive et des pâturages. La corrélation est telle, que quand vous prononcez ce mot, l'Arabe, vous ne pouvez vous représenter l'homme du désert sans voir en même temps son cheval, son chameau et sa tente. — Le Lapon grossier hiverne dans une hutte enfumée et souterraine, et cette architecture aussi est en rapport avec ses habitudes et ses mœurs. Cette vie dans le sein de la terre, n*est-elle pas la représentation fidèle d'un état sociad véritablement embrionnaire et fœtal ?

Puis viennent les tours épaisses et crénelées du seigneur féodal, aux murs lourds et massifs comme sa cuirasse de guerre, le chàteau-fort sur la cime du rocher qu'il étreint de ses fondations de pierre et de ciment,

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comme un milan de ses griffes. Et au-dessous du manoir haut-bâti, qui commande fièrement la campagne à Fentour, surgissent de terre sur le penchant du mont, comme des taupinées, les misérables cabanes des vassaux, qui font une humble chaussure à son pied géant.

Puis c*est la cathédrale du moyen-Age, puissant et mystérieux assemblage de masse et de légèreté, à la fois imposante et gracieuse, aérienne et sévère; la cathédrale qui jette ses ogives aiguës et ses flèches brillantes dans les grandes ombres des nefs où vont s'enchevêtrer capricieusement leurs merveilleux contours. —Ce sont là mille colonettes qui se groupent et s'élancent au ciel comme de hardies fusées de pierre; mille sculptures saintes et sataniques ; mille figures angéliques et gro* tesques : des vierges et des monstres ; des chérubins et des animaux immondes ; des choses bizarres... tout cela hérissant l'immense édifice dentelé, découpé, brodé, p^rcé à jour, fragile, sonore, et tremblant au vent, et lourd pourtaot dans sa masse réelle , et carrément assis sur sa base. Et au-dessus de ces choses, des tours mirar culeusement posées dans les airs, au-delà de Tatmosphère des hommes, et planant dans la sphère supérieure d'où sortent comme des voix du ciel les voix des cloches, mélancoliques, étendues, vibrantes, qui commande&t au loin sur la terre et appellent les fidèles au culte du Seigneur. Cette cathédrale, c'est la puissante Théocratie qui a pris sa forme et revêtu sa chape de granit ; cette cathédrale, qui a le pied sur les maisons des hommes et la tête au ciel, est faite pour la célébration des mystères d'une religion de terreur et d'amour, de paradis et d'enfer, comme la hutte de branchages est faite pour l'homme du Cap ou des Florides , la tente pour 1 homme du désert, le souterrain enfumé pour l'habitant des régions polaires, le castel crénelé pour le chef féodal. Dans la hutte, l'humanité dort ses premiers sommeils et s'essaie à la vie; puis, quand la force et rintelligeuce commencent à lui venir, elle travaille dans la cabane /

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