‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 66 sur 95 · ORGANISATION, LIV. II. GHAF. II · texte numérisé non relu

ORGANISATION, LIV. II. GHAF. II

mes çà et là, comme on voit dans un jardin mal tenu dei limaçons à la bave impure ramper sur la tige d'un iilas en fleurs. - L'accouplement du luxe et de la misère : c'est le complément du tableau.

La Civilisation a de rares palais, et des myriades de taudis, comme elle a des haillons pour les (passes, et des habits d'or et de soie pour ses favoris peu nombreux. À c6té de la livrée brodée d'un agioteur, elle étale la bure de ses prolétaires et les plaies de ses pauvres. Si die élève et entretient à grands frais un somptueux opéra oà de ravissantes harmonies caressent les oreilles de ses oisifs, elle fait entendre, au milieu des rues et des places publiques, les chants de misère de ses aveugles, les lamentables complaintes dé ses mendiants. Puis, ici et là, elle ne sait créer qu'égoïsme et immoralité, car la misère et lopulence ont toutes deux leur immoralité et leur égoïsme.

Oh non, non ! dans nos villages, dans nos villes, dans nos grandes capitales, l'homme n'est pas logé: — car j'appelle homme aussi bien le chiffonnier ijui butine la nuit, sa lanterne à la main, et cherche sa vie dans le tas d'ordures qu'il remue avec un crochet ; aussi bien lui et ses nombreux frères en misère, que les hommes de la bourse et des châteaux. — Et j'appelle logement de rhomjDie une habitation saine, commode, propre, élégante et en tous points confortable.

Et pourquoi l'homme n'est-il pas logé? — C'est toujours la même réponse à cette demande et aux autres : Pourquoi a-t-il faim? Pourquoi a-t-il froid? Pourquoi estil dépourvu d'éducation, et en toutes choses -inisérabie et dénué? — Toujours il faut répondre : Il y a des lierres dans les carrières, du bois dans les forêts, du fer au sein de la terre ; le sol ne refuse pas de produire quand on y sème ; les arts, les sciences, l'intelligence et la force sont là : ce n'est pas la puissance qui manque ; il y a du travail à faire, et des hommes qui manquent de travail. 11 faut augmenter l'effet utile du travail par la coordina.

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tion des travaux ; il faut augmenter la quantité de travail en créant l'attraction industrielle ; il faut organiser ! il faut réaliser l'Association, il faut passer de l'Incohérence à l'Harmonie! — Voilà à quoi il faut songer; et Tonne s* occupe qu'à des luttes administratives, à des guerres de partis, à des querelles de déplacement. . . Qu'ont de commun toutes ces mauvaises chimères, avec la découverte et Tcssai de l'organisation sociétaire de la Commune ?

Vous avez vu que la demeure de l'homme se transforme avec la nature des sociétés : il y aurait sur ce sujet de curieuses études à entreprendre , surtout si l'on faisait porter les investigations sur l'Art en général ; car l'Art, ainsi que nous avons commencé déjà à l'établir, a reflété avec une merveilleuse exactitude les caractères particuliers, les mouvements successifs , les phénomènes variés et multiples qui se sont manifestés aux diverses phases de la vie des peuples. Toutes les conceptions qui ont apparu au sein de l'humanité, toutes les idées qui sont venues au jour, toutes les croyances qui ont passé sur cette terre, ont eu puissance, comme la lyre symbolique d'Orphée, de remuer les rochers et les forêts : elles ont revêtu des formes monumentales, elles se sont incrustées au fronton des temples, aux marbres des sanctuaires et des théâtres ; elles se sont coulées en fer, en bronze, en métaux précieux ; elles ont animé des bas-reliefs et des statues ; elles ont harmonie des couleurs sur les toiles des tableaux ou sur les parois des édifices; elles ont changé et ployé de mille manières la forme de l'habita- Hon de l'homme; elles sont allées s'empreindre dans ses armes, dans ses ustensiles, et jusque dans ses draperies et ses vêtements : car toutes les nations et toutes les époques ont leurs combinaisons plastiques particulières, distinctes les unes des autren, dépendantes des mœurs, des habitudes, de la vie intellectuelle, corrélatives à leur socialité propre.

Cette corrélation est si intime qu*il est hors de doute que l'on ne puisse reconstituer l'histoire sociale d'une

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époqoe dont toutes les traditions seraient éteintes, doit tous les textes auraient péri, si Ton possédait d'assez nombreux vestiges de ses monuments, de son architecture publique et privée, de sa peinture, en un mot des formes générales sous lesquels FÀrt s'y manifestait. On ferait pour un peuple, avec de pareilles données, ce que Cnvier a su faire, au moyen des débris de leurs squelettes, pour ces espèces animales disparues de la surface du globe, dont il a décrit avec exactitude les instincts, les mœurs et les habitudes. Tout est lié dans le monde social comme dans la nature ; et si partout la matière se plie au joug de l'esprit , si partout la forme réfléchit la pensée, toujours aussi la pensée tend à passer en acte, à se matérialiser, à se produire extérieurement dans des formes. Faite à ce point de vue de corrélation, une histoire intégrale de TArt serait un admirable monument archéologique où habiterait tout le passé, et qui ferait revivre à nos yeux les générations éteintes, les siècles écoulés. Ce serait un immense panorama du développement de l'humanité sur le globe et de ses grandes révolutions sociales.

On pousserait Tappréciation des rapports corrélatifs jusqu'à des détails singulièrement minutieux, jusqu'à des approximations par centièmes et par millièmes, si l'on veut me passer l'expression. Ne trouve-t-on pas son sens corrélatif, à la salle à manger, à la cuisine, au salon, à la chambre à coucher du Civilisé, comme à la hutte du Sauvage et à la tente de l'Arabe, comme à la cabane de nos paysans, comme au taudis de nos prolétaires qui sont encore des Barbares dans notre Civilisation grelïée sur Barbarie ?

La caserne et la prison, le café et le théâtre, la taverne et le cabaret n'ont-ils pas chacun leur expression particulière ? Chaque construction même n'at-elie pas un âge, ne porte-trelle pas sur le front son extrait de naisance ? ~ Les variations de l'arohitecture militaire, à ^icnccr par la palissade de troncs d'arbres, jusqu'au

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front bastionné de Yauban et de GormoDtaigne, doublé de demi-lune et de contre-gardes, aax fossés profonds, aux remparts à ras de terre, vous disent fidèlement tons les perfectionnements et toutes les mutations apportées dans Fart de la guerre par les inventions successives. Des combinaisons du front bastionné , on déduirait l'état de la physique, de la chimie, de la géométrie, de toutes les sciences en un mot, dans la société capable de les avoir construites.

Enfin, dans notre siècle d'industrialisme et de mercantilisme, n*avpns-nous pas à foison des constructions à caractère industriel et mercantile ? L'aspect carré, lourd, nu et régulier de ces manufactures où nos populations ouvrières, transformées en machines humaines, condensent en argent , pour des mattres, leurs sueurs, leurs plaintes, leurs larmes et leurs peines, n*est-il pas clairement révélateur ? Nos rues à base de glorieuses boutiques, les unes misérables, les autres étincelantes et dorées, sont-elles menteuses et ne font-elles pas, chapitre par chapitre, toute la théorie du Commerce anarchique et mensonger ? Et les maisons à loger construites par les spéculateurs dans les grandes villes, n'indiquent^Ues pas sous leurs étages écrasés , sous leurs fenêtres étroites et comprimées , que les familles peu aisées sont là mises à ration d'air et de lumière, dans ce grand casier où se serrent vingt pauvres ménages étriqués , où Ton escompte la santé des hommes , leur vie et leurs poumons ?

Que si Ton voulait pousser ces considérations plus loin et descendre jusque dans la vie individuelle, on remarquerait que Fatelier d'Tin artiste, le cabinet d'un écrivain, d'un homme de loi, d un homme de bourse, etc., ont lours ordonnances particulières et spéciales qui caractérisent ces diverses professions. Enhn, tous les jours ne nous arrive-t-il pas de tirer, de l'aspect d'un apparteuient* des conclusions approximatives sur le cariictêfe personnel de celui qui l'habite, de faire la description

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détaillée et minutieuse du genre d'habillement d'un homme, pour peindre son caractère ?

Mais, sans nous attacher plus long-temps au développement de cette idée, que toute forme de la matière correspond à une pensée, soit dans les œuvres de rhomroe, soit dans les œuvres de Dieu, nous arrêtons ici en thèse générale et comme chose prouvée, savoir :

Que l'homme , en passant de la vie sauvage et nomade à la période barbare qui le fixe au sol, quitte la hutte et la tente pour entrer dans la cabane dominée par la massive demeure du despote militaire, laquelle est commandée bientôt elle-même par la grande construction religieuse et théocratique ;

Que la Civilisation , venant ensuite, cherche à régulariser à l'extérieur et aligne lentement et péniblement les agglomérations en mode confus ou barbare, qui sont encore l'état de presque tous nos villages et de la majeure partie des quartiers de nos grandes cités.

Le Garantisme, qui viendrait après, ne s'en tiendrait pas comme la Civilisation à ce système de garanties architecturales en mode simple et purement extérieur, il élèverait les garanties au mode composé, spéculant sur la commodité, la salubrité et l'agrément intérieurs et extérieurs des habitations humaines.

Je ne parlerai pas ici de l'archi tectonique garantiste non plus que de celle de la septième période. ^ Les lecteurs qui seraient curieux d'en connaître les éléments principaux, trouveront un plan détaillé d'une ville garantisse à {' Extroduction du premier volume du 2Vaî(é de V Unité universelle. C'est une curieuse étude.

Il y aurait sur ces sujets de bien beaux travaux à faire. Pour moi je n'ai eu ici d'autre but que de prouver en principe, et de faire comprendre qu'il n'y a pas à reculer devant cette conclusion logique ;

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Qiie V Évolution soùtale qui conduira l'humanité en PÉRIODES HARMONIQUES, 1101^5 a/>por/6ra des PALAIS là où la CiTiLiSATiON n'a su bâtir que des maisons

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