ORGANISATION. LIV. II. CHAP. III
gasins , de boutiques et de mesquines constructions disloquées et boiteuses que la complication actuelle prodigue et entretient à grands frais. — Quelques grands et beaux ateliers, quelques vastes locaux , un bazs^, lui suffisent pour préparer les aliments plus ou moins re« cherchés de ses différentes classes de pensionnaires , pour confectionner les travaux du grand ménage , pour emmagasiner les récoltes et les produits du canton, pour étaler, enfin , ses marchandises de vente extérieure ou de consommation.
Les relations sociétaires imposent donc à Tarcbitecture des conditions tout autres que celles de la vie civilisée. Ce n'est plus à bâtir le taudis du prolétaire, la maison du bourgeois , Fhôtel de l'agioteur ou du mar • quis. C'est le Palais où Thomme doit loger. Il faut le construire avec art, ensemble et prévoyance ; il faut qu'il renferme des appartements somptueux et des chambres modestes , pour que chacun puisse s'y caser suivant ses goûts et sa fortune ; — puis il y faut distribuer des ateliers pour tous les travaux , des salles pour tontes les fonctions d'industrie ou de plaisir.
Et d'abord jetons un coup d'œil à vol d'oiseau sur l'ensemble des dispositions architecturales résultant dis grandes conditions du programme sociétaire; nous voici planant sur une campagne phalanstérienne ; regardons :
Ali ! ce n'est plus la confusion de toutes choses ; l'odieux péle-méle de la ville et de la bourgade civilisée; l'incohérent agglomérat de tous les éléments de la vie civile, de la vie agricole, de la vie industrielle; la juxtaposition monstrueuse et désordonnée des habitacles de l'homme et des animaux, des fabriques , des écuries, des étables; la promiscuité des choses , des gens , des bûtes et des constructions de toutes espèces... Le Verbe de la Création a retenti sur le Chaos ; et l'Ordre s'est fait.
Les éléments confondus dans le Chaos se sont séparés et rassemblés par genres et par espèces au comman-
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dément de la Parole. Avec la Séparation, la Distinction et l'Ordre , ont surgi la vie , l'économie et la beauté , toutes les harmonies de la vie, toutes ses magnificences.
Contemplons le panorama' qui se développe sous nos yeux. Un splendide palais s'élève du sein des jardins « des parterres et des pelouses ombragées , comme une He marmorienne baignant dans un océan de verdure. C'est le séjour royal d'une population régénérée.
Devant le Palais s'étend un vaste carrousel. C'est la cour d'honneur, le champ de rassemblement des légions industrielles , le point de départ et d'arrivée des cohortes actives, la place de^ parades, des grandes hymnes collectives, des revues et des manœuvres.
La route magistrale qui sillonne au loin la campagne de ses quadruples rangées d'arbres somptueux , bordée de massifs d'arbustes et de fleurs, arrive, en longeant les deux ailes avancées du Phalanstère, sur la cour d'honneur, qu'elle sépare des bâtiments industriels et des consb'uctions rurales , développées du cAté des grandes cultures.
D'un côté, le palais de la population ; au centre le cheflieu du mouvement, la grande place des manœuvres ; de l'autre côté la ville industrielle , les abris des récoltes , les toits protecteurs des machines et des animaux, qui secondent l'hopigie dans la conquête de la terre.
Au premier rang de la ville industrielle, une ligne de fabriques, de grands ateliers, de magasins, de greniers de réserve, dresse ses murs en face du Phalanstère. Les moteurs et les grande machines y déploient leurs forces, broient, assouplissent ou transforment les matières premières sous leurs organes métalliques, et exécutent pour le compte de la Phalange mille opérations merveilleuses. C'est l'arsenal des créations actives et vivantes de l'intelligence humaine, l'arche ou sont rassemblées les espèces industrielles ajoutées par la puissance créatrice de l'homme aux espèces végétales et