‹ Destinée sociale (volume 5)Chapitre 9 sur 95 · II · texte numérisé non relu

II

11 faut juger l'arbre à 5c& fruits.

Aujourd'hui le commerce est-il organisé de manière à mettre direittemeût en rapport le Producteur et le Consommateur ? Oh! certes non, le Commerce n'est pas une AGENCE subordonnée à la Production et à la Consommation , ouvrant à l'une les voies les plus larges pour aller à l'autre ; oh ! non (1 } .

(I) Od ferait errear, si Ton croyait qnc ce chapitre, destiné à examiner les effets déplorables de notre organisation <x)minerciale, est dirigé contre les individus qui vivent aujourd'hui de négoce. Ceux-ci sont parfaitem nt en leurs droits dans la société dont nous critiquons lea formes. L'individu n*a rien à faire ici : si l'organisation eet mauvaise, ce n'est nullement à lui qu'on doit l'imputer. — > Sans confondre les profc^î^ions du soldat , du marchand , du bour»

46 CRITIQUE. SBCT. f-. C»A?. II.

Le coDiinerçant est un entremetteur qui met à profit l'anarchie générale, et la non organisation de Tindustrie* Le commerçant achète les produits , il achète tout, il est propriétaire et détenteur de tout, de telle sorte que :

4^ Il tient sous le joug la Production et la CoDSommation : puisque toutes deux sont obligées de lui demander, soit les produits à consommer en dernier terme, soit les produits bruts qui doivent être encore travaillés, les matières premières. Le Commerce, avec ses menées d'accaparement, de hausse et de baisse, ses opérations sans

rciiu, je puis dire que 9i la société a besoin d'eux, ce n'est (hib à eux qu(^ les effets de leurs professions sont imputables : présentez lear un meilleur sort dans une meilleure oi^anisalion sociale, et ils ne demanderont pcis mieux que de changer de métier.

La critioue du commerce, telle que la produit TËcole sociétaire, Hsi acceptée comme très juste et très exacte par nombre de cornmerçans que je pourrais citer; et si Fourier a pu, dès 1808, la lancer au milieu de l'engouement universel, c'est surtout parce que la Civilisation l'avait forcé ^ vivre dans le cloaque mercantile.

Si la société aclueUe est douée d'une puissance assez funeste pour impi ser la fonction de commis-marchand à un homme pareil, les marchands, eux, peuvent bien se regarder comme absous . Du reste, \olci sur ce sujet, les propres paroles de l'auteur de la Théorie des Quatre Mouvtmenis :

« Dans le cours de la discussion qui va suivre, J'aurai lieu d'exprimer des opinions peu flatteuses pour le commerce en général ; mais j'ai observé déjà qu'en critiquant une profession, je oe critique pas les individus qui l'exercent. »

Plus loin :

« L'ana'yse de ces brigaudages démontrera que le corps des négociants (il faut se garder de les confondre avec les manufacturiers) , n'est dans l'ordre social qu'une troupe de pirates coalisés, qu'une nuée de vautours qui dévorent l'industrie agricole et manufacturière, et asservissent en tous sens le corps social. — Soit dit sans les critiquer individuellement : Us ignorent eux-mêmes la malfiiisaiwe de leur profession; et quand ils la connait''aient , peut-on blâmer aucun spoliateur en Civilisation, puisque cette société est le jeu des dupes et des fripons »

i'aj<'Ute que moi qui appartiens à l'armée, je n'en confesse pas moins que la euerre est un odieux fléaa. J'ajoute encore que le commerçant qui ne s'est laissé jamais aller aux réductions corruptricei. aux influences démornlisatrires, aux occasions si nombreuses doai il est environné, le peUl commerçant surtout qui s'est oonserre franc et loyal, peut se dire léte haute , plus honnête, plus probe fl pins rprouVé que n'importe quel saint du paradis. Cest un oomne éprouvé par le fer et par le feu. {Note de la première édition,)

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nombre et \sl propriété intetinédiaire det» objets, ranroane à droite ei à gauche : il fait darenient la loi à h Production et à la Consommation, dont il devrait n*étre que le commis subalterne.

^ Il spolie le corps social par ses immenses bénéfices^ — bénéfices prélevés sur le consommateur et le producteur, et tout-à-fait hors de proportion avec des services que le vingtième des agents qu'il emploie suffirait à rendre.

3® Il spolie le corps social par la (/t^fractton des forces productives , en enlevant aux travaux de création les dix-neuf vingtièmes de ses agents, qui sont de purs parasites. C'est-àrdire, qu'il ne spolie pas seulement en s'appropriant des valeurs sociales à doses exorbitantes, mais encore en diminuant considérablement l'énergie productive de fatelier social. La très-grande majorité de ses agents reviendront aux fonctions productives aussitÂt qu'une organisation commerciale rationnelle sera substituée à rinextricable état de choses actuel.

4^ Il spolie Je corps social par \9i falsification des produits , falsification qui se pratique aujourd'hui avec une fureur poussée au- delà de toutes bornes. En effet, quand cent épiciers se sont établis dans une ville où il a y en avait antérieurement aue vingt, on ne consomme pas, . pour autant , plus de denrées épicières dans cette ville. Voilà donc ces cent vertueux marchands obligés de s'arracher le profit que faisaient honnêtement les vingt premiers : la concurrence les force à se rattraper aux dépens de la consommation , soit par l'élévation des prix , ce qui arrive quelquefois ; soit par la falsification oes produits , ce qui arrive toujours. Dans un pareil état de choses il n'v a plus ni foi ni loi. Les denrées inférieures ou frelatées sont vendues comme denrées de bonne qualité tout . '"^ fois que le chaland bénin n'est pas assez connaisseur puur y voir clair. Et quand elle a Lien attrapé ledit chaland, la conscience mercantile se reconforte en se disant : — « Je fais mon prix , on est libre de prendre ou de ne pas prendre, je ne force personne à acheter, rr — Les pertes dont la falsification et la mauvaise qualité des produits grèvent la consommation sont incalculables.

Oui, humanité, religion, patrie, esprit social, conscience et justice... l'esprit de commerce bannit tout da cœur de l'homme, tout, jusqu'aux affections de famille, qui semblent la seule jouissance de la mercantile bourgeoisie, et qui ne tiennent pourtant pas pied devant les affaires d'intérêt. Grandisse encore le Mercantilisme, et Ton ne vendra pas seulement son opinion, sa voix, son vote ou son pays, on vendra encore père et mère ! Et il est en train de grandir, vraiment ! car il prend un déve^ loppement colossal et chaque jour envanit. Il est dans la littérature, dans l'art, dans la politique, dans le journalisme : il est partout. Ce sont des agioteurs et des marchands qui décident maintenant du sort des gouvernements, les soutiennent ou les minent et les font tomber ; et les décrets sortis de la bourse, la hausse et la baisse des fonds sont le grand régulateur politique des temps modernes. C'est à rougir de honte.

Au moyen-âge, on a vu des compagnies franches qui dévastaient villes et campagnes. C'étaient d'abord les Tondeurs, puis après les Tondeurs les Retondeurs, et après les Retondeurs les Escorcheurs. Eh bien ! aujourd hui le Commerce, lui, tond et retond le producteur, tond et retond le consommateur, et écorche tout le monde; et tout cela est très-légal encore, et il n'y a pas le mot à dire. — Le Commerce, c'est le voleur volant, le pirate piratant, l'araignée suceuse, le cancer dévorant : le Commerce, et ceci est plus vrai qu'une comparaison, c'est le chancre oui couronne et ronge l'organe de la production, et distille dans les veines et les artères * du corps social un virus syphilitique. '

C'esi par un sentiment plus ou moins net de toutes ces ' choses que l'antiquité méprisait le Commerce, que le

et fait à dessein la rareté sur le marché. La spéculation est si effrénée , qu'à Marseille , en huit jours, disent de grands journaux conservateurs, lus courtiers gagnent, en commission , sur les reventes, la valeur du prix d'achat des grains à Odessa. Et le gouvernement vénère les marchands et soutient dans les deux chambres qu'ils sont bien plus capables que lui d'approvisionner le pa>s el de remédier à l'insufllsaiire de la récoite.— « Laissez faire les marchands i • ce n'était pas assez ; nos ministres fainéÂnlj ajoutent aujourd'hui : • Gardons-nous bien de rien faire, de peur de gêner les marchands, de les mécontenter. » (N. de In V J&tf.)

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moyen-àge le iné|>risait, que parmi les prnpies, ceux

gai ont le plus développe le mercantilisme, comme les hinois, les Arméniens, les Tyriens, les Cartha^nois, les Juifs , ont été le plus mal famés. Le mercantilisme a faussé les brillantes qualités du peuple grec. Il a faussé en Angleterre rauticniedroituredela race saxonne; il a rendu méconnaissable l'esprit français, et démoralisé notre pays. Ce n'est pas pour rien que Jésus- Christ chassait du Temple, avec un fouet de cordes, les banquiers et les marchands, numularios et vendentes^ en leur disant : a Prenez-vous la maison de mon père D pour une caverne de voleurs ? Pecistis illam spelufir- *» en m latronum, »

De nos jours, après les verbiages de l'Economie Poli • tique et ses adorations insensées du Commerce anarchique et mensonger, qui est le fils de son amour ; après des erreurs, des illusions singulières et l'incroyable en-> gouement qui en a été la suite, l'esprit public revient au sentiment général des nations, à l'instinct de réprobation que mérite ce dépositaire infidèle des richesses so ciales.

La littérature indépendante, au nom de l'art et de la dignité humaine, s'insurge contre lui. L'art et le commerce! que voulez-vous qu'il y ait de commun entre ces choses ? Le commerce naguère déifié, est aujourd'hui moulé et baffoué dans la personne de V Épicier; l'Ëpicier, type et prototype, personnification vulffaire et courant les rues de l'esprit mercantile, comme liayeux est ta personnification de l'esprit philosophico-bourgeois-libérai, TËpicier enfin, qui, tant cet esprit a fait des ravages chez nous, est peutrétre aussi, à l'heure qu'il est , le type et la personnincation de la France !

Allons, boutiquier, calme-toi ! ne t'agite pas ainsi derrière ton comptoir; ne tourmente pas dans fes mains ton mètre qui n'a pas la longueur voulue, ne brise pas ton poing dans ta balance boiteuse : las! calme-toi... ce n'est pas à toi qu'on en veut des vices du vaste système dont tu es un membre bénin ; ce n'est pas toi qm as organisé ia société, boutiquier. Il serait aussi déraisonnable de s'en prendre à toi de tous ces maux, que de la guerre au soldat. Le soldat désire la guerre, tu désires la vente,

€4 vous avez raison tous les deux dans votre sphère. Vends, et tiens-toi en repos. Dans cette société-€i, ta conscience peut être tranquille. Si tu spolies,il n'est pas non plus que tu ne sois spolié, toi, et comme consommateur, et de mille autres manières. Car nous vivons dans un monde où les hommes se s{)olient à peu près par tous les points où ils se touchent : le salarié spolie le inattre en faisant mal et gâchant le travail convenu ; le maître spolie le salarié en payant au salarié un prix oui ne vaut pas sa peine et ses sueurs ; le gouvernant spolie te gouverné en prélevant sur trente -deux millions d'hommes des impôts qui ne sont consentis que par la petite armée des électeurs ; le gouverné spolie le gouvernant par la contrebande et la Iraude ; les propriétaires voisins se spolient par de fausses délimitations des propriétés ; les fabricants se spolient par des menées de concurrence et des écrasements ; les plaideurs se spolient entre eux, et la justice les spolie en masse ; le père spolie le fils, le fils spolie le père ; les frères et les sœurs se spolient en se disputant des lambeaux d'héritage quand le cadavre paternel est encore chaud ; les Aations se spolient par la guerre et la diplomatie. Oui, nous vivons dans un monde où les hommes se spolient

Er toas les points ou ils se touchent : spoliation, spotionl

Spoliation et guerre ! car Tune entraîne l'autre, et nous avons vu que Tune et l'autre ont leur source dans l'opposition des mtérèts et la mauvaise ou plutôt la nonorjganisation des choses. Nous avons vu qu il y a autant d'intérêts opposés dans la société qu'on y peut déterminer de catégories.

Nous aurions pu faire figurer encore dans ce tableau l'opposition d'intérêt entre les gouvernants et les gouvernés, opposition qui a aussi sa racine dans la cnose sociale ; car le gouvernement ne pouvant servir à la fois des intérêts opposés, a nécessairement des ennemis dans la nation. Pour se tenir debout et subsister, il est conduit à se^ faire des créatures et des partisans, en conviant ses amis à la curée de l'impôt : et d'ailleurs, plus il a d'ennemis, plus ses ennemis sont acti&, ta- <|ains, acharnés, plus la résistance lui devient eoA-

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le, phis le gouvernement esl ooéreux à la nation.

Si, après avoir observé ces antinomies entre les prodacteors, les consommateurs et les uiarchands, les propriétaires et les prolétaires, les capitalistes entre eux, les prolétaires entre eux, les gouvernants et les gouvernés ; si, après cette première analyse, vous descendez de ces grandes divisions aux détails^^ vous retrouvez les mêmes caractères d'incohérence, de lutte, d'hostilité, d'opposition des choses et des intérêts.

Si les producteurs de vins demandent Tabolition des douanes (1 j, et la liberté d'importation et d'exportation, cette liberté ruine les producteurs de blé, les fabricants de fer, de draps, de coton, et, il faut le dire encore, puisque oela est, les contrebandiers et les douaniers. S'il est de l'intérêt des consommateurs que des machines soient inventées qui produisent à moins de frais et baissent le prix des objets, ces machines cassent les bras à des milliers d'ouvriers qui ne savent, ni ne peuvent s'employer aussitôt à d'autres travaux. C'est encore là

(1) GeUe lutte d'intérêts se dessine chaque jour davantage : la voUà devenue st énergique qu*elie a amené le fameux manifeste des vignicoles de Bordeaux, dans lequel on a proposé de couper la France par une ligne de douanet séparant le Nord et le Midi. Le Journal des Débai», en répondant aui vignicoles, a, bien mieux encore que leur prop sition , mis en évidence la divergence et rhostilité radicales des intérêts industriels : car les vignicoies appuyaient leur demande sur une profonde antinomie du Midi et du Nord , et le Journal de» Debait a fait voir que dans le Midi el 'dans le Nord, comme dans la France entière, il y a aussi une •fouie d'intérêts divergents ; que dans le Nord et dans le Midi, Jeomme dans la France entière, il y a aux prises aussi des initéréts agricoles contre des intérêts manufacturiers, des Intérêts 'agricoles entre eux, et des intriiêts manufacturiers entre eux : — jsf bien que si Ton voulait séparer par des lignes de douane les 'Intérêts opposés, il faudrait en couvrir la France , il faudrait élabllr, non pas une ligne, mais un réseau tel que toute la population ne suffirai : [tas pour le garder! Cet état des choses, ce vice monstrueux de noire société industrielle , M. Thiers est venu le reconnaître catégoriquement à la tribune en ces mots :

« On a parlé d'une loi sur les douanes , j'y ai pensé, beaucoup

* pensé. J*ai fait des efforts pour voir si là était ce bten-être in- » connu et si rechi.'rché : mais en voulant faire le bien du Havre , » je faisais le malheur d*Elbeuf; el le malheur de Bordeaux , en » voulant faire le bien de f^yon, » (Chambre des Députés, 12 mai

• IS84. »— iVofe de la première édition,)

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un des mille cercles vicieux de la Civilisation, qui de manderait un chapitre d'observations, d'analyse et de critique : car il y a mille faits qui prouvent cumulativement que, dans le Régime social actuel, la production d'un bien entraîne toujours la production d'un mal avec elle.

£nHn, si vous descendez encore plus bas, si vous en venez aux détails vulgaires, vous trouvez que le tailleur, le cordonnier, le chapelier, ont intérêt à ce que les vêtements, les chaussures et les chapeaux soient promptement usés ; que le vitrier a intérêt à la grêle et aux orages qui brisent les vitres ; le maçon et l'architeck aux incendies. L'avocat s'enrichit aux procès, le méd^ cin aux maladies, le marchand de vin à l'ivrognerie, h fille de joie à la débauche. Kt quel malheur pour la magistrature, les gendarmes, les geôliers, comme pour le? avocats, les avoués et toute la basoche, si les crimes, le' délits et les procès venaient tout à coup à disparaître !

L'ex«rdce de l'industrie, qui fait les délices des aaiiiuut libres, castors, abeilles, gnépcs» fourmis, «st pour i*homuie un supplice dont il s affranchit dès qu'il jooîc de la liberté. Le peuple civilisé n'aspire qu'à nnertir. et le Sauya^ dit i son ennemi pour iraprfcaiion «u

préme : Ptns^rs-tu être réthtH à lafwnrrr nu chant;' é Cu. FoomiSB.

Ajoutez à tout cela que la Civilisation, qui sème de tout côté la division, la zizanie et la guerre, qui emploie une grande partie de ses forces a mire de grands travaux improductifs, ou à détruire; qui diminue considérablement encore la richesse générale par les frottements sans nombre et le désordre de son industrie ; ajoutez à tout cela, dis-je, que cette forme sociale a pour caractère de produire la répugnance industrielle, le dégoût du travail.

Partout vous entendrez le travailleur, ouvrier ou fonctionnaire, maudire son sort et son occupation, soupirer après la retraite qui le délivrera enfin du supplice Que sa position lui impose. C'est le grand, le fatal caractère

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de rindustrie civilisée, d'être répugnante, de n'avoir pour mobile pivotai que la peur de mourir de faim. Le travailleur civilisé est un véritable forçat. Tant que le travail productif ne sera pas organisé de manière à se conjurer sur plaisir au lieu de se conjuguer sur peine, ennui et répugnance, il arrivera toujours que ceux qui pourront s y soustraire l'éviteront. Ceux-là seuls se livreront au travail qui y seront contraints par le dénuement et la misère, sauf rares exceptions. Dès-lors, les classes les plus nombreuses, les artisans de la ri chesse sociale, les créateurs actifs et directs du bien-étro et du luxe seront toujours condamnés à côtoyer la misère et la faim ; ils seront toujours inféodés à l'ignorance et à l'abrutissement ; ils seront toujours ce vaste troupeau à*hommes de somme que nous voyons déformés, décimés par les maladies, et courbés, dans le grand atelier social^ sur le sillon ou sur l'établi, pour préparer la nourriture raffinée et les somptueuses jouissances des classes supérieures et oisives.

Tant qu'on n'aura pas réalisé un procédé d'iNBusTiiF. ATTRAYANTE, il scra vrai <r qu'il faut beaucoup de pau- B vres pour Qu'il y ait quelques riches ; b aphonsme hideux et làcne, que vous entendez chaque jour passer, comme un axiome d'étemelle nécessité, sur les lèvres de |ens (rai se disent chrétiens ou philosophes ! Il est t^èslacile ae comprendre que l'oppression, la fourberie, 1 indigence surtout , seront l'apanage permanent et fatal de toute société caractérisée par la répugnance industrielle, puisque alors c'est l'indigence seule qui peut condamner et forcer l'homme au travail ; — et la preuve péremptoire, c'est que si tous les ouvriers, si tout le monde devenait riche subitement, les dix-neuf vingtièmes des travaux seraient abandonnés !! -^ Que répondre à cela?

Oui ! pour que l'industrie générale ait son cours et que l'humanité vive,' il faut :

= Ou des esclaves oue l'on fait travailler par la vertu du fouets ainsi que cela se pratique dans les colonies et • chez les Barbares ; — ainsi que cela se praticpiait chez les nations anciennes, dans les vertueuses républiques de la Grèce et de l'Italie;

— Ou des malheureux, décorés du nom d'hommes li-

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bres^ ayant le bonheur de vivre sous une cbartc ronsi- Uitionnelle, mais forcés de travailler pa?- la vertu de ■'•. faim, ainsi que cela se voit dans les nations modernes, civilisées, chrétiennes et philanthropes ;

= Ou des hommes libres attirés par goût à Tindustrie, et travaillant par la vertu du plaisir. Il n'y a de véritable liberté possible que dans ce dernier cas, puiv aue <î'est la contrainte pure qui est le mobile du tra\ail dans les deux premiers. Ceux donc qui veulent l'éniancipation et l'attranchissement de Thumanité doiNcnt. avant tout, rechercher les lois d'un mécanisme avant puissance de rendre l'industrie attrayante; cela Ww plus efficace que toutes les républiaues et toutes les monarchies consiitutionnelles du monae. Yoilà long-temp> aue Ton fait un fier tapage a en faveur de la liberté et au peuple français, » — comme disent les crieurs publics, — et Ton n'a pas seulement déterminé la première des conditions sans lesquelles la liberté ne peut pas exister! on croit qu'il n'y a au'à Taire des révolutions pour avoir la liberté , que la liberté est quelque chose qui se conquiert avec le fer et le canon ; et toute?; ces agitations insensées perpétuent le mal social et l'eiiraciuent plus profondément.

Et les amis de l'ordre , eux aussi , devraient bien y songer^ eux qui prennent les baïonnettes et les canoiû peur des moyens d'ordre efficaces. A ce jeu de la force brutale, si vous avez aujourd'hui le dessus, vous pouve? avoir le dessous demain . l'histoire de toutes les révolutions fait foi de ce mouvement de bascule. D'ailleurs,

pré\

roi et que votre règne fût marqué à chaque mois de sâ durée par d'éclatantes victoires remportées sur des émeutiers, nous n'en serions pas moins en droit de regaider votre règne comme une époque néfaste.

Or, tant que vous tiendrez, amoncelées dans de grande centres de population , des légions d'ouvriers vivant au jour le jour, d'un salaire flottant qui peut leur manquer tout-À-fait d'un moment à l'autre, contraints d*ailleur< par la dureté de leur sort à un travail répugnant, ee^

VICES DU COMHBBCC. 65

nasses ne seront jamais plus satisfaites de leur état |tte vous et moi ne le serions à leur place ; elles ne se- ^nt jamais pins intéressées à Tordre que vous et moi ae e serions a leur place; et, comme vous et moi encore i nous étions à lenr place , elles seront toujours prèles k se révolter d'elles-mêmes , ou à écouter les promesses lorées et la voix passionnée des agitateurs.

Ce ne sont pas les propriétaires , les marchands , les rhefs industriels» qui foni de Témeut^ ou préparent la ^nerre sociale : ils ont intérêt a l'ordre , ceux-là. ^s émeutiers ne se recrutent pas parmi les riches, les K)urjgeois, les gens ayant pain et moyens. La nature larait-elle fait ces derniers aune pâte supérieure? metrait-elle,à dessein, des 6o«56S vertueuses aux crânes dos infants aisés, et de mauvaises bosses à ceux des classes tiTèrieures? — Ce sont bien certainement les mêmes lommes, voyez-vous : mais les circonstances sociales liflèrent pour les uns et pour les autres. — Si le hasard ivait voulu que les bourgeois qui fulminent aujourd'hui ant d'indignation contre ces canailles d' émeutiers et de iommunistes fussent, eux, les prolétaires et les ou- TJers; et que ceux-là, qui sont aujourd'hui ouvriers et prolétaires, eussent au contraire été les riches et les lourjgeois ; hé bien I ce seraient nos bourgeois d'aupurrhui oui s'enrôleraient sous le drapeau du communisme Jt de l'émeute. — Donc si vous voulez qu'ouvriers, irolétaires et peuple ne soient pas toujours prêts pour a révolution, sachez leur créer, à eux aussi, des intérêts i l'ordre social.

Et comme la combinaison sociale dans laquelle nous ivons ne le peut pas faire, il est nécessaire de conclure [u'elle est impuissante pour Tordre comme pour la lilerté. — Tout cela est caractéristique, tranché, net, ^remptoire et clair comme le jour.

Or, à tout cela savez-vous ce que l'on répond? — On épond jju'il est IMPOSSIÂLE d'organiser une autre ombinaison sociale.

Hé bien ! si cela est impossible , taisez-vous ! prenez otre parti sur les révolutions et les troubles , ne déclalez pas tant et si vainement contre des maux nécesûres... oui monsieur, nécessaires, puisque c'est vous

qui dites que l'aire dispaiattre les causes radicale» dl mal est chose IMPOSSIBLE! — Mais, en vertu éi cpielle infaillibilité prétendez-vous que la solution di problème social est impossible ; qu'en savez-vous? qm{ vous Ta dit? prouvez-le doiic? •— C'est impossible!!!... 11 y a sur cent personnes quatre-vingt-dix-neuf imbéciled qui croient avoir tout dit quand ils ont dit : impossible !!f| et quand on a démontré a ces gens-là que leur dire est une bêtise, qu'il. est souverainement absurde d'afSrmer qu'une ctiose ne sera jamais inventée et couniie parce qu'elle n'est encore ni connue, ni inventée, quand on leur a paraphrasé ces deux beaux vers :

Croire tout découvert est une erreur profonde , C'est prendre Thorizon pour les bornes du monde.

ils vous répondent : — a Oh I du moins, c'est bien difficile !» — Eh ! difficile ou non, est-ce une raison pour ne pas chercher ou pour refuser d'écouter et de comprendre ceux qui ont cherché et trouvé ?

Donc étudiez, étudiez sérieusement. ... ou taisezAous !

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