‹ Destinée socialeChapitre 44 sur 75 · SI · texte numérisé non relu

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Voici quinze personnes identiques par un point de leur nature, reliées par un goût commun, et qui, par choix et passion, librement, ont formé Groupe. — Ceci est le fait primitif, fait tout de liberté, de spontanéité. Le Groupe, c'est Texpression de la vocation des individus et de leurs affections réciproques.

Le Groupe prend avec la Série et la Phalange, à la face de la Phalange, la responsabilité du travail dont il s'est emparé. Son honneur est engagé. Voici Tesprit corporatif qui apparaît. Le Groupe est affilié à la Série. C'est le second faU. Vous avez les deux premiers

222 U An MOME. JPUULOCiUË.

termes de la progression, voas pouvez la coutiiiuer ji&r qu'à rinfini. — Dès ce second pas, en effet, TindiTidi membre du Groupe est relié à la Série, à la Phalange, i la Nation, à rHumanité entière.

Les individus dans le Groupe se sont partagé les détails parcellaires de la fonction commune, et les Sous- Groupes comptent les uns sur les autres, comme la Série entière compte sur le Groupe, comme la Phalange compte sur la Série, comme la province compte sur la ^Phalange, la nation sur la province.... et ainsi jusqo'an Globe : car le Groupe opère sur les individus, comme la Série de première puissance opère sur les Groupes, comme la Série de seconde puissance opère sur celles de première, etc. .— Voilà la loi. — Aussi, quand on comprend le jeu de la Série dans la Phalange, on comprend également son jeu dans Funivers. — Si cela n était paâ, il y aurait donc beux lois, deux vëaités : chose absurde et contradictoire.

Déjà Ton peut concevoir qu'en prenant, logiquement et modestement, comme nous l'avons fait, la Commune pour premier champ de spéculations, nous nous élevons tout de suite plus haut que n'ont jamais été les ballons pleins de vent de nos idéologues. Et certes, nous montons sans effort, puisque, à deux pas de la formation naturelle du Groupe élémentaire, nous trouvons la loi de la hiérarchie sociale universelle. En effet, les compagnies s'encadrent dans le bataillon, comme les bataillons dans le régiment, comme les régiments dans la brigade, les brigades dans la division, les divisions dans le corps d'armée. Les satellites se conjuguent sur leur planète dans leur système, comme les planètes sur leur soleil dans un tourbillon, comme les soleils sur un soleil d'un titre plus élevé dans une nébuleuse..... Et de méihe, les Groupes s'affilient librement à la Série de première puissance, les Séries de première puissance a une Série d'ordre supérieur dans la Phalange, et ainsi de suite dans la province, dans la nation, sur le conti-

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neui, sar le glohe enveloppé pjir sa Hiérarchie sphérique. — Telle est la loi d'Association : et ainsi T Association s'étend de Tindividnalité à Tuniversalité.

Stiidions donc la loi d'harmonie dans la Phalange, car la Phalange est une miniature d'nnivers, un mierocosme ou petit monde fait sur le patron du grand. La Phalange une fois connue, on sait par extension le reste, les lois de la grande Société, et les lois qui régissent le monde, les grandes lois cosmogoniques; car, encore ane fois, il n'y a pas deux vérités, deux lois, deux systèmes dans l'harmonie universelle, deux régies dans la création. Donc, étudions notre Phalange.

Nous avons vu la formation spontanée du Groupe, immédiate et première manifestation des goûts et des affections individuels^ première agrégation, premier éiément de l'Association, expression de l'organisme humain, des impulsions naturelles, effet de liberté.

De même que l'agrégation des individus forme ie Groupe, de même l'agrégation des Groupes forme la Série, et l'agrégation des Séries la Phalange.

La Phalange en manœuvre, c'est une armée un jour de bataille. Honte au régiment qui chancelé ! honte au bataillon qui plie, au peloton qui fuit ! Aussi voyez-vous dans les Groupes de vigoureux esprits de corps, qui rattachent l'individu à son Groupe et à sa Série, comme le soldat à sa compagnie et à son régiment, et bien plus fortement encore, car on n'est pas amené aux Séries par la conscription et la gendarmerie royale ou républicaine. — Là, on s'est choisi son monde, son travail, ses chefs ; Tenrôlemept a été volontaire ; on le r<Hnpt s'il ne convient plus.

L'esprit corporatif, les liaisons formées au sein des Groupes, les vocations industrielles, les nombreuses chances d'avancement, équilibrent la mobilité, assurent Texécution des services, la persistance des individus aux fonctions qu'ils ont choisies.

Il y a des Civilisés, -^ c'est le grand nombre, — qui,

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SOT rannoDce de la possibilité qu'on aura de varier so travaux, ses occupations, d'employer successivement ses divers modes de facultés, vous jettent à la tête que dès lors les hommes efQeureront tout et ne parferont rien. On dirait, à les entendre, que Tespèce humaine tout entière va entrer en danse et en voltige comme une grande cohue d'épileptiques et de fous. Ehl non. Quand un homme a mordu à une affaire qui lui va, quand ii s'est incorporé quelque part, quand il a acquis, dans une partie, du talent, de l'influence, des titres à Favancement, quand il s'y est créé des affections et des intérêts, alors cet homme n'est pas en disposition de jeter au vent tout cela, d'abandonner une carrière commencée parce qu'elle est commencée, d'entreprendre aujourd'hui pour quitter le lendemain. J'ai toujours vu les hommes très-portés à ^'engouer de ce qu'ils font, à s'exagérer l'importance et la valeur de leurs spécialités : et cette prédisposition naturelle, souvent fort ridicule en Civilisation^ et qui, en Civilisation encore, ne suffit pas pour les attacher i leur travail répugnant, est fort bonne et très*utile dans le régime sériaire. — Par ainsi, quand les cadres des Séries seront remplis, ne craignez pas de voir des désertions continuelles. Rapportez-vous-en aux affections développées dans les Groupes, aux liaisons établies, à l'esprit corporatif, aux influences des Accords et des Discords, à l'amour de l'avancement, et à cet engouement naturel à chacun pour des travanx choisis librement et passionnément.

Jeunes et vieux, ceux qui sont là, vous pouvez le croire, épousent vivement les affaires du Groupe. Ils n'entendent pas raillerie sur ses produits ni sur le travail. Chacun se dévouera pour soutenir l'honneur do corps. Et puis. Ton est exact aux séances, ponctuel à la manœuvre, et chefs et soldats, à l'heure de l'exécution, sont jaloux d'être à leur poste.

Qui est maladroit au travail : il est, suivant les degrés, enseigné, badiné, plaisanté, raillé.

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Qui a des présomptions, des vanités, des prétentions sans mérite ; qui se gonfle : le Groupe le raille, le berne, le bafoue , et c'est ce qui forme vite. Voyez dans les collèges.

Qui apporterait au travail lenteur, tiédeur, et aurait Tair de travailler pour l'amour de Dieu : le Groupe le sifBe, et, s'il persiste , le chasse. Un Groupe ne s'accommode pas d'un air indolent et ennuyé. Si vous n*y êtes plus de cœur et d'&me, retirez-vous du service actif de ce Groupe, et mettez- vous sur son cadre de disponibilité; mille Groupes extérieurs vous sont ouverts. Les recrues compensent les pertes, et les Séries sont immortelles, comme le bataillon sacré des trois cents de Thèbes. — Au reste, cette complète liberté individuelle dans le régime des Séries, est une garantie qu'un Groupe n'aurait jamais, — ou bien rarement du moins, -^ à exercer l'expulsion.

Quand les Groupes sont formés, les esprits de corps développés, les membres qui composent le personnel d*un Groupe ne sont pas long-temps ensemble sur le terrain, sans se connaître et se classer entre eux sous le double rapport du Travail et du Talent. On n'est bien et sûrement jugé* que par ses pairs. Quand on est à l'œuvre ensemble, l'opinion générale se forme, se dessine, se prononce ; le mérite respectif des individus s'estime, s'apprécie, s'évalue : il est facile alors de le constater par des distinctions et des grades.

Mais l'ambition des différents membres du Groupe n'est pas enfermée dans ce cercle étroit. La hiérarchie sort des Groupes et monteà la Série, delà Série de genre à la Série d'ordre, et ainsi, et encore.... S'il faut des capitaines pour les Groupes, il faut des chefs de bataillon pour les ailes et le centre des Séries, des colonels pour les Séries, des généraux pour les brigades, des grades plus élevés pour les divisions. Et la hiérarchie sort de la Phalange, et montant toujours s'étend à la province, à la nati<m, tu Glob^. — iimiA le Régime sociétaifc

22^ HAUlOftlE. PftOUNrISE.

ra«aeftfaiii« le Globe, ses affûres naidierottl ment eonuBe celles de h Miahnge, de b provinoe* de la natioii, et le Globe aussi sen gcaré oomiiie doHiaÎBe d*iui setti homme, et cet homme, ce sera rHomaiiîtê une

et mante.

En s'em^lant dans un Groupe de la Phalange, on entre dans une année .où raTancement est indâini. On a devant soi route lai^e et carrière ourole ; route et carrière dans les sdences, les arts, l'administration. Tindustrie. Courage donc, les jeûnes ambitions! l'ambition est bonne, car Dieu Ta Eaite. U y a de l'air kî, et Ton respire à l'aise. Il y a de la fortune, il y a de la gloire, il y a de nobles récompenses, d'enifrans succès. Jeunes hommes, les femmes d'Harmonie tous tresseront des couronnes. Oh I tous ne savez pas ce qui vous attend au service de rhumauité! ce n'est pios l'atmosphère de Civilisation, avec ses lourds nuages, ses odeurs de misère , pesante atmosphère qui décourage , accable, tue. C'est le grand ciel pur, bleu, doré , infini.... On ne se suicide pas à vingt*ans, sous ce ciel-ci!

Aujourd'hui on court après les places, on se presse dans les services du gouvernement. — C'est que, sa mal qu'ils le soient par rapport aux vœux de la nature, ces services, civils ou militaires, sont organisés ; c'est que, si mal qu'ils soient généralement payés, il y a là pour chacun au moins un espoir d'avenir et de carrière ; c'est que le sous-lieutenant et le dernier des commis révent de grades plus élevés, de chances d'avancement; c'est encore qu'il y a dans des fonctions rattachées à un grand ensemble, formant corps et se liant aux intérêts généraux du pays, quelque chose de plus large et de plus honorable en soi, que dans le travail de celui qui ne spécule que pour lui seul, qui n'est lié d'intérêt qu'avec sa famille, qui aune du drap dans son étroite boutique, qui vend de la chandelle sur son comptoir graisseux. Puis, dans le9 services du gouver-

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iienient, le produit du travail, les émoluments sont Kxes, réguliers, et soustraits k cette variabilité dont les chances ruinent souvent ragricolteur, le fabricant, le marchand, isolés et insolidaires.

En Harmonie, la solidarité de toutes les branches de production dans la Phalange, des Phalanges dans le département, etc., établie par un système universel d'assurances mutuelles graduées, promet des appointements certains à tout fonctionnaire en toute fonction. Un minimum lui est garanti comme point de départ : de là, il n*a plus qu'à marcher en avant sur les mille routes de fortune et d'honneur que la corporisation régulière des industries ouvre toutes grandes au mérite et au zèle.

Et puis le fonctionnaire des Phalanges n'est plus un sALAnifi comme le fonctionnaire civilisé. ^ — Eu Civilisation, le roi lui-même n'est qu'un salarié; et c'est pitié encore de voir, à chaque commencement de règne, comment se débattent et se marchandent les gages de de la royauté. — Aux Phalanges, le fonctionnaire est un associé qui vient, sans mendier, prendre ce qui lui appartient dans le produit général. Ce sont des bénéfices partagés entre gens qui ont concouru. On n'est pas pay^ par le tiers et par le quart, par un maître, par le peuple, par le roi. On prend sa part, i|a part à soi. Dans la récolte des fruits du travail, il ne reste plus ni trace, ni vestige de servitude : pas plus que dans l'oeuvre du travail elle-même, où la liberté individuelle est parfaite, où Ton embrasse les fonctions qui plaisent, où Ton ne se lie qu'à ceux qu'on aime, où l'on n'écoute que ses propres penchants, ses propres sympathies. — Il n'y a plus d'oppression possible. C'est la liberté humaine, belle, forte, sans ennemis, solidement assise.

Ainsi, toutes les industries, toutes les fonctions sont honorées et honorables. Elles s'entrelacent, forment corps et convergent ensemble à la prospérité publique. —Vous n'avez pas pris parti dans les Groupes du labour.

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