HARMONIE. LIV. I. CBAP. II
vail, qui peut favoriser merveilleuseineut la variété des travaux ?
£t vous aussi, M. Lombard, de la phthisie pulmonaire, j'aurais bonne envie de vous railler pour cette conclusion bizarre et saugrenue que vous mettez au bout de votre bon mémoire : « que les ouvriers devraient al- » 1er chaque jour, en plein air, agiter les parties de leur » corps qui sont en repos dans leur travail. « — Allons, on ne dit pas des choses comme cela, M. Lombard.
Vienne maintenant TÂcadémie, avec le prix qu'elle offre, de temps à autre, à la découverte de quelque pn»cédé sanitaire, applicable à tel ou tel genre d'industrie. Elle devrait laisser là son savant microscope, et regarder avec ses yeux, T Académie; et alors elle apercevrait que, dans notre régime industriel, toutes les industries sont délétères au corps et délétères à Tâme, et elle proposerait son prix sur l'ensemble. Mais bah ! elle s'en gardera bien. — J'ai vu dans l'incendie de Salins, une bonne femme, — elle avait perdu la tète, — qui éteignait bravement, avec une caraffe d'eau et un verre à
boire, la devanture de sa boutique La maison et la
ville flambaient.
tf vifudra un temps ou les peuples d黫iitu é% doonc» roui trois «ou» p.)r tête d'fioonouiUte qa*oii leur apjiorlerii dans on panier. Lbor (îoitAt.
Passons à présent au dire de l'économie politique. C'est Transon qui la mène, comme vous allez voir : — un article charmant.
Les économistes confessent tous que si la séparation des travaux est un puissant moyen d'accroître la production et d'améliorer les produits, c'est aussi pour les producteurs une cause certaine d'abrutissement ; et cependant ils ne font nul 60brt pour trouver une issue k ce vMtable emvl^ tideus qui
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ne laisse plus qu'à choisir entre ia dégradation de l'homme
et rimperfection du travail. Écoutons à ce propos un de
ceux qui ont le plus contribué à vulgariser parmi nous la
science créée par Adam Smith : « Un homme, dit M. Say,
<» qui ne fait pendant toute sa vie qu'une même opération,
» parvient à coup sàr à exécuter mieux et plus promptement
» qu'un autre homme; mais en même temps il devient moins
' » capable de toute autre occupation, soit physique, soit mo-
raie ; sê$ atUre$ facuUéê s'éteignent, et il en réeuUe wne né*
» GÉif énsscBNCE dam Vhomme considéré individueUement, »
M. Say montre lui-même que ce n'est pas seulement l'ouvrier
qui dégénère de sa netture par l'application à une fonction
unique; c'est encore, dit-il, l'homme qui par état exerce
exclusivement les facultés les plus déliées de son esprit. Mais
c'est principalement par rapport à la classe inférieure qu'il
6 attache à montrer les fâcheuses conséquences de la division
du travail. « Dans la classe des ouvriers, dit-il, cette incapa-
9 cité pour plus d'un emploi rend plus dure, plus fastidieuse et
» moins lucrative la condition des travailleurs. Ils ont moins
n de facilité pour réclamer une part équitable dans la valeur
» totale du produit. L'ouvrier qui porte dans ses bras tout
» un métier, peut aller partout exercer son industrie et
» trouver des moyens de subsister; l'autre n'est qu'un accesp
» soire, qui, séparé de ses confrères, n'a plus ni capacité,
» ni indépendance, et qui se trouve forcé d'accepter la loi
« qu'on juge à propos de leur imposer. »
Ayant si bien décrit le mal (4), vous croyez peut-être que le docte professeur y va chercher remède. Point ! ce n'est pas son affaire. Exposant les phéuomènes de la production, de la distribution, et de la consommation des richesses, il dit ce qui est pour, il dit ce qui est contre, le tout avec une lucidité de
(1) Traneon fait honneur id à M. Say d'un mérite qui appartient tout entier à Lémonley, dont on retrouve les phrases à peine altérée&dans le texle de M. Say. C'est ici de la part du coryphée de TÉconomisme un mérite de pore incrustation et non pas do sagacité ^rsonnelle. L'Économie politique, avertie par Texcellcnte critique de Lémontey, redisant des phrases entières de cette critique, et n'en continuant pas moins hardiment son commerce, aux applaudissemens du libéralisme de la restauration, c'est un i^énomèoe A'intntell^nee et de Gharlalanisme suffisamment remarquahla }
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Style très-remarquable, et il ne s'embarrasse pa& du resle. Voici la conclusion finale de son chapitre sur la division des travaux : « £n résultat, on peut dire que la séparation de$ » travaux est un habile emploi des forces de Thomme : » (habile emploi, M. Say 1 un procédé d'où résulte selon vouim^e \9L dégénérescence de la nature humaine; habile emploi, un mécanisme qui éuinl les facultés de Touvrier, qui lui ôte sa capacité et son indépendance! certes, il y a ici ub étrange abus de langage), « qu'elle accroît en conséquence » les produits de la sociétié, c'est-à-dire sa puissance et ses 9 jouissances (non pas sans doute la puissance et les jouis- » sauces de l'ouvrier), mais qu'elle ôte quelque chose à la ca- » pacité de chaque homme pris individuellement, » Quelqm chose ! est un peu bien faible après les aveux précédents de l'auteur; mais je vois bien ce qui a mis son esprit en repos; c est le « chaque homme pris individuellement. » M. Say avait déjà eu la précaution de nous dire que s'il résulte de la division du travail une dégénérescence, c'est dans l'homme considéré individuellement, (Voir plus haut la citation.) J'entends; — Les individus dégénèrent; ils perdent la dignité de leur nature, leurs facultés, leur liberté ! Ce néanmoins LA SOCIÉTÉ va toujours se perfectionnant. — Cela rappelle un peu ce bon simple qui donnait à perte le détail de sa marchandise, espérant qu'il pourrait se récupérer sur Tensemble de la vente.
Dès l'année 4808, M. Fourier, se garant de l'engouement général qui commençait à gagner les esprits en faveur de l'économie politique, la signalait comme une science fausse, une illusion, un cercle vicieux^ — En 4829, indigné de voir les économistes réduire définitivement leur science à une simple analyse du mal existant, et ne chercher aucune voie d'amélioration : cr C'est agir, s' écriait-il, comme un médecin qui dirait au malade : « Mon ministère consiste à faire D l'analyse de votre fièvre, et non pas à vous en indiquer les » moyens curatifs. » — Un tel médecin nous semblerait ridicule ;- c'est pourtant le rôle que veulent prendre aujourd'hui quelques économistes qui, s' apercevant que leur science n*a su qu'empirer le mal, et embarrassés d'en trouv3r Tantidote, nous disent comme le renard au bouc : T&che de Ven tirer et fais tous tes efforts. 9 (N. M. Ind., page 39.)
Et maintenant, s'il est constaté que M. Fourier apport*
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le vrai moyen de tirer du puits le pauvre hère, ne trouverat-on pas qu'il a le dsoit de remontrer sévèrement les économistes sur la nullité de leur science?
Voici le problème que les économistes devaient résoudre, ou au moins proposer : a Conserver les avantages incontesta* blés de la division du travail, même l'introduire dans tous travaux de culture et de ménage, où Tindustrie actuelle n'opère que par complication la pltu grande, affectant à un seul individu toutes les nuances d*une fonetiony et cependant échapper aux graves inconvénients signalés par M. Say, inconvénients inévitables dans les grands ateliers de fabrique où l'iiidustrie des civilisés opère par séances de la plus longue durée et de la plus grande iMfnotonie.
Le procédé d^industrie sociétaire, exercée en courtes séances et distribuée par Groupes et Séries de Groupes, satisfait pleinement à cette double condition. Dans le Phalansthre toute fonction agricole, ou de fabrique, ou de ménage, est accomplie par des Groupes de travailleurs. La tâche ainsi partagée entre plusieurs se fait avec rapidité, de sorte que, dans une même journée, le même individu peut s'appliquer succossWement à des fonctions trèSHdiverses.
La division parcellaire du travail devient la condition essentielle de l'application du procédé; car elle seule peut permettre d'affecter sans cohue un grand nombre de travailleurs à une même fonction. Mais en même temps la courte durée (les séances introduit la variété des travaux, et ainsi procure à chacun le développement de toutes ses facultés, la satisfoction de tous ses goûts.
On objectera peutrêtreque, pour accomplir un travail avec perfection, il ne suffit pas que l'ouvrier n'ait à s'occuper que d'un simple détail ; que, pour acquérir ce qu'on appelle dans les arts le tour de matn, il lui faut aussi une longue pratique. — Ceci est un fait incontestable, mais qui n'entraîne aucunement la nécessité d'une pratique en longues séances, — Quand les riches de la société actuelle veulent acquérir de l'habileté dans quelque exercice de corps, comme danse, escrime, natation, manège, ils ont besoin aussi d'une longue pratique; ^ais s'il leur fallait danser ou chevaucher tout le long du jour, et toute la semaine, et toute l'année, ce qui l«>ur est un exercice salutaire leur deviendrait une fatigue insupportable. "^11 en est de même de la dextérité industrielle, qui n'exigi»