HARMONIE. LIT. I. CHAP. II
uulteineut une application exciusi\e et sans relâche. {Le FhO' lansêhre.)
Faites ordoniMt UM pargatiun à vostr* oenreUc^ «lia j sera niî«tix «mployée qn'i Tostre ettoiuacb.
MoxTAfevs.
Ici, je voudrais bien en avoir fini avec ma thèse : mais, hélas ! je sais les objections ; elles ont assez souvent traversé mes oreilles : les voici, bien typées en ma mé-» moire.
— <x Monsieur, un homme ne peut pas être universel ; il ne peut tout savoir et tout faire. »
— Eh ! c'est tout-à-point pourquoi nous proclamons rimpuissance de Thomme isolé, les vices du Morcellement, la nécessité de la convergence de forces différentes, de Talliance des capacités diverses, la nécessité de FAssociation.
— <s Mais un homme ne peut pas avoir vingt états, et être habile en tous, o ^
— Aussi ne s'agit-il nullement de donner à cJiacun vingt états. La Civilisation, qui fait tout de travers, tombe dans les deux excès opposés d'extrême simplicité et d'extrême complication. Ou bien elle opère la division parcellaire du travail, comme dans ses manufactures, et alors elle applique la vie d'un homnle à une opération qui dure une minute, une seconde, et recommence toujours. — Ou bien elle n'établit pas la division, et alors elle force le travailleur à se charger de tous les détails relatifs à son art, à son métier. Elle oblige un jardinier, par exemple, à savoir et à exécuter tout ce qui concerne la culture de deux ou trois cents plantes différentes ; ce qui est impossible en pratique. L'exploi* tation d'un domaine quelconque exige, pour être bien foite, une masse de connaissances théoriques et prati--
DÉVELOPPEVF.NT INTELLBCTL'RL 2S|
ques, en agriculture, en botanique, en physique, en ad-
mîDÎstration, en relations commerciales, etc. , etc. , qu au*
cun homme ne peut cumuler : hé bien I la Civilisation
D'à pour cela qu*un fermier, un paysan ignorant ! Elle
jette toates les affah^, tous les détails d'un métier,
d'une profession, d'un état, sur les bras d'un homme.
En Harmonie, au lieu d'un jardinier affecté à la culture
de trois cents plantes différentes, tous avez pour cette
culture, — faite en grande échelle, bien entendu, —
trois ^nts Groupes. — U en est de même pour toutes
les Industries, et vous ne vous affiliez qu'au nombre de
Groupes qui est en rapport avec vos facultés, votre vou*
loir-faire, et votre savoir-faire.
— cr Mais, Monsieur, un homme de génie (bon! voici la sollicitude obligée pour l'homme de génie. De quoi on s'inquiète ! ) ne consentira pas à sortir de son cabinet pour aller travailler à la terre. U ne se soumettra pas à vivre sous un régime où vous le forcerez à changer de travail de deux heures en deux heures. »
— « Où vous le FORCEREZ ! où vous le FORCEREZ II! c'est ce forcerez qui revient là toujours, exprès pour vous faire damner ! Eh ! génie ou non, bon Dieu ! qui parle de forcer personne? Si un savant vent passer sa vie dans son cabinet, qui l'oblige à en sortir ? qui le force d'interrompre scm travail? Qu'il ne l'interrompe ni pour boire, ni pour manger, ni pour dormir ; qu'il travaille dans son cabinet jusqu'à y crever, si cela lui CONVIENT, est-ce que la forme sériaire s'oppose à cela ? Ce que nous disons, — et cela est banal, — c'est que la nature use et tue l'homme qui occupe continuellement son esprit et laisse dormir son corps ; que la fatigue du travail de tête trop prolongé devient un supplice intolérable ; qu'au lieu d'aller se promener sur une route, dans la rue, dans un champ, de mettre bêtement un pied devant l'autre, à la manière des Civilisés, pour prendre de l'exercice et se délivrer de l'obsession d'une pensée, le savant, après son travail de tête, sera heu-
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teax d'aller au travail des champs on des jardins. H trouvera là des Groupes ardents, intrigués, joyeux, qui vaudront bien, pour le distraire et l'exercer, le grand exercice, la grande distraction des Civilisés, leur maussade, leur désœuvrée, leur éternelle et insipide promenade ! Et certes, qui a travaillé de tête le sait : une idée maîtresse d'un cerveau échauffé par une trop longue incubation de la pensée, c'est une abominable torture ! Et quand elle s'y cramponne et s'acharne, lorsqu'elle vous poursuit au bain, dans la rue, au lit, partout !... qu'elle s'est établie sous le crâne, irritant, mordant, tenaillant toutes les fibres d'un cerveau qui tinte, c'est à rendre fou de douleur ! Alors on la maudit, cette société impuissante et flasque, qui n'a ni charmes ni exorcismes, et vous livre ainsi, sans secours et sans aide, aux griffes aiguës du démon des cruelles insomnies.... — Laplace a exprimé quelque part ces tortures dtt savant, récriminant de ce que notre société est trop pauvre en mobiles extérieurs capables de faire diversion à cette fièvre de tête ardente. Il déclare que, pour lui, quand il avait eu le bonheur de rencontrer quelque forte et valable distraction au dehors, il retrouvait, dans son cerveau rafraîchi, sa pensée alerte et vigoureuse, et qu'alors, et souvent sans effort et sans peine, il découvrait ce qu'il avait trop long-temps et vainement poursuivi. — Messieurs de l'objection, accepterez-vous la réponse de Laplace ? vous paratt-il compétent, et serez- Tous dorénavant tranquilles sur le sort des hommes de (énie au Phalanstère?
■Ht dltib, pointa*
Yaid la thèse :
Tout homme à des forces musculaires et intellectuel* ks. C'est donc que tout homme est appelé à user de
BATBLOrPnÈHT IKTIILBCTOBI.. S&3
son corps et de son intelligence, — ehacon, sans doute, en proportion des doses naturelles de ses facultés.
En outre, l'exercice doit être proportionnellement intégral ; car si un seul membre, un seul muscle est ex«pcé, l'équilibre naturel des parties dans le tout est dé^ trait. Les sucs nourriciers et la force se portent d'abord sur le muscle dont l'exercice les appelle ; bientôt il y a excès, exubérance monstrueuse, ou fatigue , exténuation, atonie, atrophie, — et les autres parties du corps non exercées s'appauvrissent, se débilitent, s'altèrent.
La santé, la vigueur du corps et de l'àme (mens sana in corpore sano), sont au prix d'un exercice intégral, équilibré, des facultés de l'âme et du corps. Cela est d'une surabondante évidence. Point d'Harmonie hygiénique sans cela. — Or, il n'y a pas d'exercice intégral équilibré, et par suite, de santé, de vigueur intellectueUe et corporelle, d'harmonie psycho -physiologique dans l'homme, hors du régime des Séries, hors de la loi d'alternance des fonctions.
Admirez à quelles honteuses aberrations la raison humaine est pourtant parvenue, en prétendant façonner l'homme à la Civilisation ! A mesure que l'esprit se resserre, que l'âme se matérialise, que le corps se pétrifie, que les populations s'énervent, que l'espèce ouvrière y
— car, an milieu de nos fanfaronnades de liberté, il est bien vrai qu'il existe chez nous des espèces , — que l'espèce ouvrière, dis-je, s'abâtardit.... leur système industriel se perfectionne ! Et quand l'homme est descendu plus bas en rang que la brute des bois, — plus bas, car elle bondit dans ses bois, forte, libre et fière I — quand le titre humain s'oblitère et s'efface ; quand Os ont fiiit l'homme, cheval aveugle, roue, piston, manivelle, oh 1 alors, c'est l'apogée de leur perfectionnement industriel I
— Eh ! quelle est donc la valeur de votre Industrie , si elle n'aboutit qu'à la dégradation du travailleur, à l'esclavage et à la misère des populations ?
C'était bien justice, que la raison humaine recueiBtt n 45
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cette honte, et fût traînée jusqu'au bout de ces monstrueuses conséquences. Qu'il s'agisse d'àme ou de corps, n'est-ce pas toujours, en effet, de répression qu'elle a parlé? N'a-t--elle pas voulu toujours se poser dominatrice, et régenter la nature? L'âme et ses passions, le corps et son organisme, l'orgueilleuse a prétenda faire tout entrer de force dans le cadre d'acier de la forme sociale et des lois qu'elle avait faites.
Voyez donc ! quand tout change, se meut et se trans^ forme ; quand l'Alternance est le signe, la manifestation, l'acte même de la vie ; quand, dans l'univers infini, il n'est mathématiquement pas une molécule en repos, et que la fixité absolue d'une seule molécule suffirait pour détruire l'ordre général, on veut immobiusbr l'homme !.... L'homme, que Dieu a si richement doté d'intelligence, de force, de passions variées, d'infinies facultés, on veut le soustraire à cette loi d'Alternance, mère des équilibres et des hautes Harmonies, loi de vie, avec laquelle un être est en affinité d'autant plus intime, qu'il occupe un degré plus élevé dans l'échelle des êtres ! Mais c'est une révolte corps à corps contre Tordre naturel des choses, contre la volonté de Dieu, révélée par les besoins, les désirs et les Attraits qu'il a mis en nous. Races flétries, dégénérées, souffreteuses, au sang impur I intelligences éteintes ! torpeur des âmes I ennuis dévorants ! maladies des corps et des esprits I déformations des êtres! dégénérescences!... vous témoignez, vous accusez, vous punissez !
Vienne donc la réintégration paradisiaque, le baptême du bonheur, le temps des joies, des plaisirs changeants , des travaux variés , des contrastes infinis ! Vienne sur la terre le mouvement, la vie, la liberté ! Vienne enfin la loi d'Alternance éveiller les puissances endormies, délivrer les ressorts comprimés, les facultés esclaves.... Hommes ! hommes ! jusques à quand vous perdrez-vous donc en des disputes vaines ? Ridies de la terre, puissants de la terre, il n'en est pas on parm
DÉYELOPPBMBNT INTBLLSCTOBL. 2S5
VOUS qui ne puisse sonner lui-même Thenre de la délivrance! oreilles sourdes, intelligences sourdes, cœurs sourds, combien de temps encore faudra-t-il vous jeter la Parole, et combien de temps vous demander l'épreuve. .. . l'épreuve sur une demi-lieue carrée de terrain ?