‹ Destinée socialeChapitre 54 sur 75 · RICHESSE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

RICHESSE GÉNÉRALE

J'appellerai le froment, et je le multiplierai, et je ae TOUS frapperai plus par la plaie de la famine.

Je multiplierai le fruit dei arbres, et les semcDccs do champs, afin qu'à Tavenir tous ne portiez plus Pop» probre de la stérilité et de la famine.

EZBCHIXI.. XZZYZ, 29, 30.

La division da trarail et l'emploi des macldnes qai en est la suite, opèrent une prodigieuse diminatioa de main-d'œuvre. C'est en cda que réside lear avantage. LsMosnr.

Il est facile de voir que, sous le rapport de la quantité de production et de la perfection industrielles , ou de la création des richesses, le régime sériaire cumule tous les avantages, soit que Ton considère le mécanisme matériel y soit que Ton ait en vue le mécanisme passionnel.

Mécanisme matériel. Pour comprendre, sous ce rapport, la puissance productive du travail sériaire, il faut se remettre en mémoire les effets productifs inouis du principe de la division du travail, dont nous avons déjà plusieurs fois parlé. S11 y a quelque chose de merveilleux dans Findustrie civilisée, ce sont les incroyables développements matériels imprimés, dans les temps modernes, à l'industrie manufacturière. Entrez dans une fabrique , dans une usine de France ou d'Angleterre , comptez les bras employés, examinez les produits, et vous ne voudrez pas en croire vos yeux. Cette fécondité

repose sur le mode de fabrication en grand, qui permet d* employer le principe de la division du travail, et d'appliquer les machines aux opérations de la production simplifiées par cette division. — Dix personnes font quarante^huit mille épingles par jour !

Toute vérité nouvelle, dit Lémontey, à ce propos, ressemble à Un ambassadeur chez des petiples bat^baltte, où il n'obtient créance qu'après un long circuit d'avanied, de négociations et de sacrifices. Si le premier qui observa deux forgerons se partager entre eux la fabrication d'un clou, eûl prédit que le principe d'une action aussi simple serait un jour le régulateur des destinées de l'Europe commerçante, eût-il recueilli d'autre réponse que le sourire de la pitié? Cependant la division du travail, qui multiplie les produits en diminuant la main-d'œuvre, a fait de si rapides progrès, qu'une telle prédiction ne paraîtrait aujourd'hui qu'une remarque vulgaire ... Il me paraît hors de doute que la postérité la placera un jour à côté des grandes causes qui, telles qtie l'imprimerie et la découverte de l'Amérique, ont fortement agi sur le sort du monde.

Or, en Civilisation, le principe de la division du travail n'a pu recevoir d'application que dans la seule branche de l'industrie manufacturière. Il ne peut s'introduire ni dans les exploitations agricoles, ni dans les ménagea morcelés, où la complication ancienne est nécessairement maintenue. Et pourtant ces travaux agricoles et domestiques sont bien autrement importants, bien autrement considérables que les travaux manufacturierSi

Eh bien I pour ces travaux, comme en tout emploi de l'activité humaine , nous avons reconnu que le principe sériaire, non pas seulement permet, mais exige la division du travail, le travail parcellaire. Les effets productifs de ce mécanisme sont donc incalculablest

S58 BiUtONU. UV. I. CH. lU.

1009. J'Ai dit quelquefois que les écrivains donnaient que de la crotte doiêe, et q«M leur donnait de l'or crotté. Sr M *m'

YouLBz-Tous apprécier, par un exemple, la valeur de la substitution du régime sériaire, — opérant en grande échelle et en division du travail^ — aux complications infinies du Morcellement? Prenons le plus menu, le plus infime détail du travail domestique, le décrottage et le cirage des chaussures. On peut faire honte à la Civilisation là-dessus. — Etablissons la comparaison sur un nombre de deux mille chaussures. Le régime morcelé entremet, chaque jour, pour le nettoiement d'un pareil nombre de chaussures, cinq cents domestiques, terme moyen, et plus, peut-être... Je ne parle pas d'une armée de brosses, pinceaux, bottes et bouteilles à cirage, etc. Si vous tenez compte du temps perdu^ vous n'estimerez pas trop haut en cavant à un quart-d'heure la dépense de temps par paire de chaussures. C'est donc, par jour, pour nettoyer deux mille chaussures , cinq cents heures de travail de domestiques... dans la Civilisation perfectionnée.

Entrez , un matin , dans l'atelier de décrottage d'un Phalanstère.

Il y a, pour cette fonction de travail domestique, dnq opérations distinctes.

i^ Apporter les chaussures et les assembler par rang d'espèces ;

2® Enlever la crotte;

3^ Mettre le cirage ;

A^ Donner le luisant;

S9 Emporter les chaussures, et faire la distribution.

Le premier et le dernier de ces cinq services sont faits par les Pages de ronde ; les trois autres , par la

BAVBLOFPJSKBirT INBUSTRIBL. 259

Série des décrottenrs^ enfants de hait, dix, douze ans.

Or, vous verriez vingt-quatre brosses circulaires, tournant sur elles--mèmes, au moyen d'un mécanisme, — comme des meules à émoudre. Ces roues-4>rosses, graduées en dimensions et en degrés de dureté, sont appropriées aux diverses espèces de chaussures , et se divisent en trois classes, celles qui enlèvent la crotte , celles qui mettent le cirage, celles qui donnent le luisant. A chacune des vingt-quatre roues , un enfiuit. Quatre ou cinq autres enfants fournissent incessamment ceux-ci de chaussures qui passent des brosses circulaires sèches aux brosses imbibées de cirage, et de là, aux secondes brosses sèches, où elles reçoivent le luisant, en un tour de roue. — En moins d'une heure, trente-six enfants auront parfait un ouvrage qui coûte cinq cents heures de travail de domestiques aux Civilisés, et comporte beaucoup de gaspillage. Il est inutile d'ajouter que le mécanisme est disposé dans l'atelier de manière à éviter la poussière et toute inconunodité. Les dispositions d'hygiène et d'agrément vont toujours sans dire en tout atelier sociétaire.

£tablirai-je ici que ce travail , qui aujourd'hui avilit ceux qui le font, pour lequel il faut à la Civilisation des valets, — ces esclaves modernes, est exécuté, en Association, par une Série dans les rangs de laquelle on compte les enfants des hommes les plus riches et les plus considérables de la Phalange ; que la domesticité civilisée a disparu, que ces enfants, après leur séance d'une heure, vont passer à d'autres séances, à d'autres ateliers, dans des salles d'école, etc., qu'ils sont et seront des hommes, et non des animaux de service appelés domestiques? Non, ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici.

Ici, j'établis seulement que le Morcellement affecte 500 heures de travail de domestiques à une besogne que le régime sériaire exécute beaucoup mieux en 36 heures de travail d'enfant, qui doit être estimé moitié moins que le précédent : donc, en ramenant à la même

iW JIAUlORIS. UV. 1* GB. m*

QjQité de travail, c'est, d'un côté 500 heures^ e4 4 8 de l'autre. Or, si vous faites application à la France, es supposant, il est yrai, que clique Français aixrait me chaussure, — ce qui doit paraitare aujourd'hui siogiiiièrement chimérique^ utopique^ fort beau, mai9 zw^r^alisable avec des hommes... un pays dans lequel cbacuB aurait des souliers, pensez donc 1 — quoi qu'il eo soit, admettez l'utopie d'une paire de souliers en Fianoe par individu, fixez à i francs seulement la valeur de k journée de travail, vous trouverez :

Que le Morcellement dépenserait par jour, en F!ranee, pour le décrottage des souliers , 8 , millions d'heures de travail ; — TAssociation n'en dépense que 288 mille ; ce qui fait, par jour:

Un million 333 mille francs, en Morcellement (4 ) ;

Et 48 mille francs seulement , en Associ»-

tion.

Une économie de 1 million %5 mille francs par jour, sur le décrottage des chaussures en France ! quatre cent millions par an ! n'est-ce donc rien? sur le décrottage des chaussures ! . . . Jugez par cela du reste. — Riez donc. Civilisés; c'est si dràle, l'arithmétique ! Et puis, allez lire vos journaux , écouter les discours de vos députés orateurs, et nager dans les débordements de palabres que chaque budget nous ramène périodiquement. Riez des économies infinitésimales de l'Association , et faites des révolutions pour obtenir quelques misérables ro^ gnures à votre budget, que chacune de vos révolutions.

(1) Pour se convaincre que cette énorme dépense de 1 mUUoa 833 mille francs par jour, pour décrottage de chauttures ea Francs, en supposant chacun chaussé, n'est point une estimation exagàrée, il faut réfléchir que le décrottage n'est jamais aujonrd'hn! payé moins d'un sou par paire de chaussure, souvent deux sons, trois sous. Eh bien! en cavant au plus bas, à un sou, tous trouva pour une population de 32 millions &00 mille indiTidus, la somme de 1 million 725 mille francs ; 393 mille francs de plus que Vestimation ci-dessus, pour payer le cirage et Tusure du matériel.

BÉVBIOPPnERT IlfBUStRIEI. 9é4

^ ncorc, a le don de faire croître à vue d'œU. Riez, riC2,

- nais riez donc !

-' Leurs économistes viennent leur dire que, sans la

-Hvision du travail, un homme ne ferait peut-être las plus (Tune épingle par jour, qu'à coup sûr il n'en

ferait pas plus de vingt qu'au moyen de la divi-

Mon du travail et des machines, il en sort des ateliers, narjour et par tété d* ouvrier, 48 mille (i). Ce sont des

. faits qui sont là ; il suffit de regarder, ... eh bien ! ceux qui leur disent cela, sans conclure à rien, ce sont des gens réputés très-savants. — Celui qui vient donner le moyen logique, irréfutable, d'étendre cette fécondité inouie à tous les travaux, tout en affranchissant le travailleur de la misère et de rabnitissement, celui-là, ils en rient!.., aFourier, ah! oui, Fourier.... Attendez donc, c'est » celui qui veut enrichir le monde en faisant des éco- » Demies sur les allumettes , et payer avec des œufs de » poule la dette d'Angleterre. ... ah ! charmant. . . . hi ! hi I » hi ! » — Eh ! voilà plus de quarante ans que nos économistes dansent sur les 48 milles épingles d'Adam Smith, et ils en restent là ! Allons, riez, riez bien; riez de l'application du calcul infinitésimal à l'économie agricole et domestique ; riez. Vous ne rirez jamais autant que vos enfants riront de vos livres, de vos opinions, de vos sciences, de vos croyances, de vos dogmes et de vous.... et encore faudra-t-il que vous arriviez à en rire bientôt vous-mêmes.

Nous conclurons de tout ceci, que les dispositions du régime sériaire sont , sous le rapport matériel , éminemment favorables, soit que l'on envisage la quantité, soit que Ton envisage la perfection des produits. Ceà dispositions sont donc, dans Tordre matériel, les con*ditions mêmes du maximum de richesse.

Il est facile de voir que, sous le rapport de \ ordre

(i) Adam Smltb, précédemment cité.

262 HABHONIIS. UV. I. CH. III.

passionnel y les dispositions du régime sériaÎFe marchent aussi tout droit au maximum.

§in.

Dieu a eadié on trésor dans 1« tniTail !

Db La. MinrAis.

Quand tous dîtes qna Dieu a-«acbé un trésor dans k traraH, pourquoi rester en chemin, et ne pas dite encore qu'en Vf cberdiant on peut le trouver? pourquoi ne pas formuler la Loi de ce travail teur? CbAKTSsx Vioooasox.

Mécanisme passionnel. — La quantité du produit dérivant de l'énergie du travail , résulte évidemment de l'entraînement , de la fougue industrielle , de l'Enthousiasme des corporations et des Séries. Le raffinement indéfini des produits, la perfection industrielle, sont garantis par l'active et incessante Rivalité des Groupes; et ainsi, cette jalousie d'artiste, multipliée par la masse du Groupe, élevée à ses puissances successives dans les Séries et les Phalanges, et surexcitée par leurs intrigues sans nombre et sans fin , fait éclore cet acharnement émulatif, cet amour de la perfection, qui créent en toutes choses des prodiges inouis.

Vous ne comparerez pas les résultats de notre industrie, morne, exténuée, bourrelée d'ennui, sans vie ni passion, aux résultats de l'Industrie harmonienne, nourrie de gaieté et de facétieuses critiques, passionnée, ardente à l'œuvre, dévorée d'ambition. La chaleur et la vie circulent partout, courent à pleins canaux. Ceci ne se compare pas, mais s'oppose. C'est le blanc et le noir, la lumière et les ténèbres , le calme et l'ouragan. D n'y a ni volonté, ni force, ni habileté, ni talent sans la passion vive , sans la passion tenace , sans la passion ardente I La passion anime et vivifie comme le soleil.

Sous le régime sériaire, les vocations étouffées respirent à l'aise et prennent essor; les facultés ensevelies

D£VSLOPPB>ElfT IN0U8TRIRL. 263

ressuscitent; les populations grossières, les masses humaines, auxquelles notre société a jeté un mauvais sort et qui dorment d'un lourd sommeil, se réveillent et se dressent. Debout ! c'est la trompette apocalyptique qui sonne aux quatre coins de l'ancien monde et le condamne , pour inaugurer la jeune Jérusalem. Réveillezvous , réveUlez-vous 1 Voici le temps de la passion, l'ère de la liberté ! De ces bourbes et de ces glaçons , l'étincelle a jailli. Le feu a pris, les flammes courent, l'humanité a conquis son génie, son unité, sa vie. Maintenant, elle EST. Les langues de feu de l'Esprit sont descendues. Sur tous les fronts humains le nom d'homme se lit, et c'est la passion qui a restauré sur ces faces dégradées l'inscription divine, le type longtemps effacé de la création. — La volonté fait la transfiguration, la passion fait la volonté.

Ainsi, en matériel et en passionnel, toutes les dispositions concourent à la perfection dans le régime des Séries,

Pour emporter la conviction du lecteur et achever sur l'excellence de ce mécanisme industriel , nous allons analyser ici un de ces chapitres de quelques pages, dans lesquels l'auteur du Traité de l'Association a su concentrer des volumes. Le voici, et c'est en lettres d'or qu'il faudrait l'écrire.

L'auteur, dans ce chapitre intitulé : sur l'option de

DIEU ENTRE LE TRAVAIL SÉRlÀlRE ET LE TRAVAIL MOR-

CBi6 (1), rappelle d'abord trois principes souvent émis par la philosophie, et dont elle n'a jamais su faire aucun usage sensé : .

. i^ Ne pas croire la nature bornée aux moyens connus;

2® Garder que des erreurs devenues des préjugés ne soient prises pour des principes;

(1) Traité de rAssocialion domestique-agricole , t. 2> Pt ?27i 1" éditiOD.

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