‹ Destinée socialeChapitre 60 sur 75 · HARMONIE. LIT. 11. CH. I · texte numérisé non relu

HARMONIE. LIT. 11. CH. I

quotidiennes. Et d'ailleurs , est*ce là pour enx cbose naturelle? tous ont-ils à cela disposition et Yocafion? est-ce que, par hasard , les hommes seraient venas au monde pour passer huit ans de leur jeunesse à pâlir sur des grammaires, des rudiments, des bouquins grecs et latms, attachés à un fastidieux travsdl dont ils ne sentent ni l'utilité, ni la convenance, trempant leurs doigts dans l'encre, usant silencieusement et gravement leurs pantalons sur des bancs ? La nature ne dit point qa elle veut tout cela, voyez-vous ; — elle dit tout le contraire ; elle le dit hautement par la résistance qi^ la grande majorité des sujets fait à ce régime.

D'ailleurs, je me rappelle fort bien, et le lecteur trouvera sans doute en lui-même des souvenirs analogues ; je me rappelle fort bien que nous avions, tout jeunes, au collège et avant, des vocations utiles très-prononcées : je me rappelle que nous mettions même en commun nos minces éc<)nomies pour acheter de petits instruments, scies, haches, rabots, pelles, pioches et râteaux, enclumes et marteaux. Nous faisions avec constance et grand plaisir, nos jardins et nos plantations. Nous regardions comme haute faveur^ et mettions en pratique des leçons de marcottage, de taille et de greffe; nous étions bien fiers des premières pousses de nos lilas, des reprises et des fleurs de nos rosiers. Nos petitesHraves et nos groseilles nous donnaient de délicieux goûters. Nous avons forgé, limé et fini des couteaux et des canifs. L'un de nous était devenu très-bon coutelier. Nous avons exécuté des roues hydrauliques , et de petites pompes aspirantes et foulantes, avec soupapes de cuir et ressort en fil de laiton , qui jouaient merveilleusement. Nous étions parvenus à fabriquer des arcs en frêne tellement parfaits , que c'était entre nos mains des armes dangereuses. Nous avons construit des fours maçonnés en briques et en tuiles, dont les voussoirs étaient réguliers et solides, et où nos pommes de terre cuisaient à point. Nous avosa modelé en terre j^a^tiqne , coulé des figii-

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Tines et des médailles en soufre ou en plomb. Nous avons fait des cartonnages et des bottes à compartiments, et j'en conserve assez religieusemeqt deux qui datent de cette époqne industrielle de ma vie, et me servent encore aujourd'hui. Puis, nous étions très-avides des explications de pbysicpie, de chimie ou d'histoire naturelle, qui se rapportaient à nos travaux mécaniques, et nous les retenions beaucoup mieux que le Rudiment de Lhoniond, et les agréables règles du Que retranché^ de la question Ubi et de la question Quâ.

Or, si tous ces germes eussent été développés; si toutes ces dispositions eussent été favorisées ; si ces vocations, au lieu d'être dédaignées et perdues par l'éducation civilisée, eussent été accueillies , conduites passionnément, régulièrement et librement, comme elles le seront par l'éducation phalanstérienne qui épie , suit et seconde toutes les attractions de l'enfant; eh bien! elles auraient porté fruit : elles auraient fait des mécaniciens, des agronomes, des artistes habiles, des hommes nourris d'une instruction scientifique, forte et solide... Peut-être aussi, — il faut bien tout dire, — un assez grand nombre d'entre nous n'eussent-ils appris, proh pudor! ni grec ni latin. Mais serait-ce donc là un si grand malheur ? — Les dix-neuf vingtièmes n'apprennent toutes ces choses que pour les oublier ensuite. Que reste-t-il, à trente ans, à vingt-cinq même, en la plupart de nous, de nos études du collège ? — La Civilisation m'emporte si, pour ma part, je suis capable aujourd'hui de lire sans une soixantaine de coups de dictionnaire une page de Tacite !

Et c'est quand on a méconnu toutes ces voies des jeunes vocations, quand on a foulé aux pieds tous ces bous germes , brisé , coupé , brûlé toutes ces tendres pousses du printemps, que l'on se plaint de la nature de l'homme, des dispositions de l'enfant ! Eh ! oui, la nature de l'enfant cause du dégât dans nos collèges ; oui, la nature de l'homme cause du dégât dans nos sociétés ; mais

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poorqaoi avons-noiis inventé des systèmes contraires d la nature de Tenfant, des lois contraires à la nature ùl'homme, au lien de nous rallier aux lois primordial de ces natures? Dieu vous livre des enfants pour en &ire des hommes, et vous voulez en fabriquer des lauréats du thème , des notaires hellénistes , des docteur> in utroque^ des procureurs du roi, des bacheliers, des avoués... que sais-je ! — Refaisons nos patrons, et prenons mieux les mesures...

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