‹ Destinée socialeChapitre 63 sur 75 · HAHMONIK. UT. II. €H. II · texte numérisé non relu

HAHMONIK. UT. II. €H. II

]i, voyez-Yous, y aurait peu de succès. S'il tous échappait quelques maladroites rodomontades, vous seriez bafoué à grand orchestre ; c'est tout ce que yojis y gagneriez.

Du reste, ces vanités, ces présomptions sont des plantes de Civilisation, qui ne peuvent pas croître sur le sol d'Harmonie. Elles ne germent que dans Tisolement, elles ne se développent que dans l'obscurité. L'homme qui vit seul, qui n'a pas fréquente occasion de subir des comparaisons directes avec ses égaux^ ses inférieurs et ses supérieurs, s'enfle inévitablement à ses propres yeux. — C'est un fait bien connu dans les écoles. A l'école polytechnique I par exemple, ceux qui arrivent sans avoir passé par le collège, et dont l'éducation isolée a été faite par un précepteur ou par le père, ceux-là sont presque toujours des personnages fort ridicules et bouffis d'orgueil. Alors, on se met à les former. .. Au bout de trois mois ils sont méconnaissables, simples, ronds comme les autres et plus outrecuidants du tout, mais du tout...

Au reste, la Civilisation est en si grande affinité avec la fausseté et l'injustice, que le cas d'exception, chez elle, est celui où le mérite est récompensé, tandis que le cas de règle est le triomphe de la faveur, de l'intrigue. La sottise dorée y éclabousse généralement le talent crotté. Mille faquins brUlent et s'ébattent dans le iaste ; et, à côté, des hommes de moyens, de science et de valeur, des hommes de génie même, portent de maigres fracs troués aux coudes et ont faim. La société leur clôt, par une roche énorme, toute porte d'avenir. Vous pensez bien, je suppose, que je ne cherche pointici d'excuse à l'orgueil des derniers. Geux-ci, l'orgueil est leur droit, leur devoir, leur vertu. Ce serait lâcheté à eux d'être modestes. J'établis seulement que nous vivons dans une société où il n'y apas de procédé général, régulier et juste d'appréciation et de classement ; où l'on n'essaie même de classer que dans une seule branche, celle des services

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de TEtat : et encore, jusqu'ici, sauf dans certains oarps, Diea sait conunent on y classe !

Or, dans une société où les hommes ne sont pas appréciés à leur vraie valeur, où les jugements vagues et flottants posent des couronnes d'or sur des fronts obtus, et des étouffoirs de plomb sur les vives intelligences, dans une société d'injustices, d'erreurs, d'oppressions, comonent voulez-vous que l'individu ne se replie pas sur soi et ne s'exalte pas dans son individualité ? Quel guide a-t-il pour éviter la présomption? quel mètre pour se mesurer ? quelle balance où se peser ?

La présomption d'ailleurs est souvent, en Civilisation, un sentiment fort juste ; car la Civilisation comprime tous les essors, étouffe toutes les forces, et beaucoup ont la conscience qu'ils pourraient mille fois plus qu'ils ne font. Les fanfaronnades des enfants et de leurs pères ne sont, après tout, qu'une accusation portée contre une société qui étouffe et comprime au lieu de développer ; qui, loin de donner les vraies mesures, n'en donne que de Causses. — Quand on mesure faux, chacun se croit trompé et réclame : quand il est notoire qu'on mesure juste, pa'sonne ne souffle.

En Harmonie, chacun est habitué, dès l'enfance, à se voir apprécié à sa valeur exacte dans les Groupes et dans les Séries , et à y apprécier exactement les autres. Vous faites sur les autres la justice que les autres font sur vous. C'est la justice mutuelle démocratique, sociétaire. Les faux jugements sont inconnus. Or, en pareille atmosphère, les suffisances et les mauvaises présomptions, — dont on ferait si vite raison d'ailleurs, — ^ne peuvent pas même se produire; car les conditions qui les engendraient eu Civilisation n'existent plus.

Ensuite, voyez-vous, chacun de nous est né avec des aptitudes données. II est de règle pour Dieu de ne pas créer des hommes qui ne soient propres à rien, qui n'aient pas une destinée : cela serait oiseux. Chacun est donc appelé à réussir dans certains ordres, et à y exercer des su-

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pénorités. Or il arrive, dans une société qui ne foit pas éclore les aptitudes, qui bouleverse toutes les destinations naturelles, qui ne met pas les individualités aux places où elles atteindraient leurs supériorités relatives, il arrive que ces individualités, faites pour jouir, dans leurs foyers naturels d'action, du sentiment de la supériorité qu'elles y atteindraient, sont exposées à transporter ce sentimentet sa jouissance dans des sphères où le hasard aveugle les a placées, où elles n'atteignent pas, par conséquent, les supériorités relatives réelles auxquelles elles étaient appelées. — Ce n'est pas le sentiment de la supériorité qui constitue la vanité et la présomption; c'est ce sentiment déplacé. Une société qui brise toutes les convenances naturelles entre les hommes et les choses, qui fausse toutes les directions, qui dévoie toutes les aptitudes, trompe nécessairement les instincts de supériorité et en intervertit le sentiment.

C'est-à-dire que c'est notre forme sociale elle-même qui engendre ces présomptions que l'atmosphère barmonienne ne fait pas éclore et ne laisserait pas grandir.

Je dis donc qu'au sein des Groupes, le jugement des pairs et collègues mettra chacun à sa place. Que si même une erreur était commise, elle serait promptement réparée. Cela se voit : un talent mal apprédé n'at-il pas chaque jour à sa disposition, en effet, une arme offensive et défensive, une protestation vivante, la meilleure protestation du monde, celle du fait? L'exercice comparatif se renouvelle sans cesse ! le mérite de chacun est, à chaque séance, étalé à côté du mérite des autres ! Si la mesure a été mal prise un jour, on s'en aperçoit le lendemain, le jour suivant, et bientôt on rectifie l'erreur. Comment voudriez-vous que les divers membres du Groupe s'accordassent à faire hommage d'une présidence, à reconnaître une supériorité à celui d'entre eux qui ne mériterait pas?

Le Groupe est fortement intéressé à pratiquer la jus-

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tice à faire de bons choix, à avoir de bons officiers. S'il conférait la direction de ses affaires à un sujet peu capable il compromettrait ses intérêts; il péricliterait lui-même. S'il ne donnait pas au talent , dans son sem, l'influence et le rang qu'il mérite, s'il était gouverné par des chefe inhabiles, il serait bientôt montre au doigt par les Groupes rivaux qui l'épient , admonesté par la Série, démoli dans l'opinion de la Phalange.

Admirez l'effet de la rivalité des Groupes et des Séries Lors même que chaque homme serait individncllemênt injuste, - ce qui n'fst pas - toute injustice n'en serait pas moins impossible dans les Senes. L équité est forcée. Les Discords des Séries sont un mstniment permanent de justice, une garantie pour chacun d'être apprécié ce qu'il vaut. Un passe-droit n aurait pas ete Jutôt commis dans un Groupe, que déjà les Group«» nvaux l'auraient signalé. Un Groupe a toujours 1 œU sur ses voisins. On critique le mauvais choix, on mord tant qu'il y a à mordre. Si, par impossible, le Groupe persistait à méconnaître un talent, les Groupes rivaux, touiours jaloux d'accroître leur force, ambitieux de supénorité s'empresseraient de l'accueillir chez eux. Les Soits du mérite sont bien garantis là où l'on se dispute les hommes d'un mérite naissant, où l'on s'arrache ceux d'un mérite reconnu. .

Si bien qu'en Harmonie, l'enfant de 1 homme le moms fortuné, le moins influent, le plus obscur, peut entrer partout, porter la tête hante, et, -s'il a plus de mérite réel —monter plus haut que le fils du dix-miUionnaire. Il va pour lui justice, aide, protection, secours ! Tout cela est assuré. Il ira jusqu'au bout par la force même des institutions. U en est des individus nus dans le mécanisme sériaire, comme des lettres mises à la poste: tout arrive à destination, quelle que soit 1 origine. Nul ne peut être intercepté. La justice distnbutive est a l'abri de l'influence des personnes ; elle résulte du mé-

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canisme social, de Farrangement des choses, de Finsti' tution.

Comparez avec cela la justice des Civilisés.

Je ne sai« pas l'amant de la place pobliqae.

On n'y fait qoe brailler et tovrner à toat ▼*■!•

Ax.Fa«i x>a Mosstr.

Ils 1POUS disent que Diea deipais mil huit cent trenle, ^ Pour mieux échelonner les rangs, *

N'admet ptns dans la ciel que de» SaluU i pfttcnic, Et des Anges & deux cents francs.

C'est donc à l'élection qae tout se règle ici; j'entends tout dans les fonctions d'industrie, d'art, de science, dans les opérations actives, dans les travaux. Hais remarcpions bien, avant de passer outre, que ce n'est ni Félection libérale ou juste milieu, ni Félection républicaine.

Ici l'électeur est compétent. C'est la basedela légitimité de Félection. — Je vote dans mes Groupes, dans mes Séries, je nomme mes chefs, je délibère sur les propositions de la régence, je les rejette ou je les sanctionne; oui, cela est vrai. Mais mon action officielle et directe ne sort pas de sphères à moi bien connues et où mon influence est proportionnelle à mes lumières spéciales dûment constatées. Je ne serai pas admis à donner mon vote dans les Séries dont je ne fais point partie; je n'ai rien à voir directement à leurs affaires. Irais-je là réclamer pour moi un privilège que je refuserais dans meà Séries à tout intrus qui voudrait y prétendre ? Non, chacun vote dans les Séries auxquelles il appartient officiellement; cela est normal. — En pareilles circonstances, parlez-moi d'élection, à la bonne heure! Cet élection- ci produit de bons chefs, de vrais représentants, des représentants qui représentent. L'électeur est compétent*

Aujourd'hui, un maUionnète, homme, on, si vous

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oialez, on trfes-brave et trè^honnéte bourgeois, par ;ela qu'il paie deux cents francs de contributions, a le Iroit de nommer lbs PLfiNiPOTEUTiÀiRss db là nation : — mais il est ignorant, inepte, il ne sait ni lire, ni écrire ? — peu importe, il nommera : il paie deux cents francs de contributions — Mais il est obtus, presque idiot ; il n'entend qu'à peser du sucre et vendre de Thuile ao détail ? — il nommera, il nommera, vous dis-je ; il conférera pouvoir et mission pour aller faire les lois qui nous gouvernent ; il paie deux cents francs de contrilmlions !! — Et Ton vous prouvera encore que rien n*est plus sacré que la loi, c'est-à-dire que la collection des décisions prises par les mandataires de ces électeurs ineptes à deux cents francs, ou toute autre cote.

Et l'élection républicaine ? Oh ! ici c'est bien mieux encore. Ici, grand Dieu ! c'est tout le monde qui est appelé. Chiffoniers, ouvreurs de portières, vendeurs de contremarques, rustres, ivrognes... tout malotru /rançais enfin va donner sa voix et choisir législateurs, hommes d'état, chefs de gouvernement ! 1 II est vrai qu'on les baptise tous du nom glorieux de citoyens, citoyens français !... ils sont tous citoyens français, messieurs , et tous , par conséquent , doivent concourir à la formation des lois qui les concernent. On part de là, et l'on arrive en deux sauts au suffrage universel. — La logique mènerait bien au-de là entore si on la voulait suivre.

Certainement le principe de l'élection est, en soi, bon et juste. Certainement est de raison, d'évidence, de droit incontestable , que les intérêts des populations soient traités comme ces populations l'entendent. Je vous fais bon marché de tous les pouvoirs par la grâce de Dieu, de toutes les impostares monarchiques ou religieuses sous lesquelles l'humanité a courbé et courbe encore les reins. Il n'y a de pouvoir légitime, en système absolu, que celui qui vient de Y élection ou du consens tementé Oui, l'élection est bonne et juste ; oui, voud

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ayez raison en prindpe, vous qui en voulez Tosage dans les affaires actives de rhumanité.Maisrabsnrde,c/estde vouloir forcer Tapplicationd'un principe juste à un ordre essentiellement faux. Aucun principe juste ne donne ses consécpiences dans une société faite à contre-sens de la justice. En voulez-vous la preuve ? Essayez de pousser jusqu'au bout quelque bon principe que ce soit, dans le milieu actuel, vous arriverez nécessairement à des résultats ridicules, perturbateurs, monstrueux. Plus votre principe sera vrai, plus Tapplication, souvent, en sera funeste. Plus votre logique sera serrée et vigoureuse, plus elle aura de puissance pour faire éclater le milieu faux dans lequel vous la voudrez faire entrer de force comme un coin de fer. — C'est là le secret de la puissance destructive de \ idéologie politique dont Thumanité a enregistré déjà, dans ses tristes annales, assez d'effets perturbateurs ou singulièrement niais.

Personne ne conteste rexcellcnce de la vérité ; chacun convient qu'il faudrait qu'elle régnât en toute relation. Eh bien ! supposez que d'une parole, une Puissance surnaturelle réalisât subitement ce vœu ; que la vérité fût, par elle aujourd'hui, forcément introduite dans la société telle qu'elle est^ ici en France...

Voyez-vous, calculez-vous l'effet? r- Menées des gens d'affaires, fraudes des marchands, gri vêlages et marchés honteux des hommes politiques ; les innombrables turpitudes de l'industrie, du commerce, de Fadministration, de la presse; les haines cachées au sein des familles; les trahisons. fardées d'amour, les affections menteuses, les ignobles manèges d'intérêt : toutes les lâchetés superposées, en mille étages, des fondations au faite de la société ; tout cela connu, étalé au grand jour ! rien à nier I Tous les maris savent la conduite de leurs femmes ; toutes les femmes, la conduite de leurs maris. Ce qu'ont fait les mères, les filles le savent. Ce que les pères, qui sermonent tant, ont fait de leur jeunesse,

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leurs fils le sayent. Chacan porte, écritBsar don front, sas faits et gestes^ ses actes secrets. On sait le lien, le jour, rheare des choses. Intrigues, projets, sentimrats, tout cela crève les yeux. Oh ! chacun de nous en sait cîd<| cent mille fois plus cpi'on n'en a jamais su en la rue de Jérusalem. — Voici les abtmes des souterraines inf»<» mies déchirés et éclairés, tous les cloaques débouchés, toutes les fosses de mensonges immondes ouvertes et remuées, et leurs vapeurs corrosives pesant sur le monde comme répaisse nuée de Sodome...

Tout est su, tout est connu ! comprenez-vous Peffroyable énergie qu'auraient aujourd'hui ces fat>is mots I — Quelles relations resteraient debout ? Comptez ce qu*il survivrait d'alTections, de liens, à cette aSrràse révélation universelle : comptez par ce que vous en aurieit pu briser déjà vous-même, si vous aviez voulu parler!

Et puis, plus de préjugés 1 On saurait ce que valent tant d'idées de devoirs, tant de préceptes incarnés aux consciences... Yos prolétaires comprendraient ce qoe pèsent vingtrcinq mille droits qu'ils respectent, et la vi^le spoliation dont ils sont victimes et que ces droits consacrent. Dans plus d'un reliquaire encore honoré, on reconnaîtrait des guenilles salies et des os ramassés dans les rues, en place des saints vêtements et des saints ossements ; dans plus d'un sanctuaire encore debout, on trouverait une ironie à la place d'un Dieu... — Plus de préjugés !I Voyez-vous années, peuples, femmes, tout, jusqu'aux enfants, se dresser subitement contre les lois, contre les devoirs, contre les dogmes, contre les choses de cette société? Voyez-vous le feu surgir, et la dévastation courir échevelée par le monde? Voyez- vous U société mordre à belles dents ses chairs, se déchirer le sein de ses ongles, se plonger les mains dans les flancs , y fouiller, y tordre ses entrailles... — D n'y aurait plus de préjugés ! ! I Et que resterait-il donc debout ? — D ne resterait debout que des intérêts ennemis, épées en maiK, et lace à £ace dans le champ clos^ pour lefth ti 48

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