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avez raison en principe, voos qui en voulez l'usage dans les affaires actives de rhnmanité.Maisrabsarde, c'est de vouloir forcer Tapplicatioud'un principe jW/e à un ordre essentiellement faux. Aucun principe juste ne donne ses consécpiences dans une société faite à contre-sens de la justice. En voulez-vous la preuve ? Essayez de pousser jusqu'au bout quelque bon principe que ce soit, dans le milieu actuel, vous arriverez nécessairement à des résultats ridicules, perturbateurs, monstrueux. Plus votre principe sera vrai, plus Fapplication, souvent, en sera funeste. Plus votre logique sera serrée et vigoureuse, plus elle aura de puissance pour faire éclater le milieu faux dans lequel vous la voudrez faire entrer de force comme un coin de fer. — C'est là le secret de la puissance destructive de \ idéologie politique dont l'humanité a enregistré déjà, dans ses tristes annales, assez d'effets perturbateurs ou singulièrement niais.
Personne ne conteste Texcellence de la vérité ; chacun convient qu'il faudrait qu'elle régnât en toute relation. Eh bien ! supposez que d'une parole, une Puissance surnaturelle réalisât subitement ce vœu ; que la vérité fût, par elle aujourd'hui, forcément introduite dans la société telle qu'elle est^ ici en France...
Voyez-vous, calculez-vous l'effet? r— Menées des gens d'affaires, fraudes des marchands, grivelages et marchés honteux des hommes politiques ; les innombrables turpitudes de l'industrie, du commerce, de Tadministration, de la presse ; les haines cachées au sein des familles; les trahisons. fardées d'amour, les affections menteuses, les ignobles manèges d'intérêt : toutes les lâchetés superposées, en mille étages, des fondations au faite de la société ; tout cela connu, étalé au grand jour! rien à nier 1 Tous les maris savent la conduite de leurs femmes ; toutes les femmes, la conduite de leurs maris. Ce qu'ont fait les mères, les filles le savent. Ce que les pères, qui sermonent tant, ont fait de leur jeunes<;e,
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leurs fils le sayent. Chacan porte, ècritB sur don front, sas faits et gestes^ ses actes secrets. On sait le lien, le jour, rheore des choses. Intrigaes, projets, sentimrats, tout cela crève les yeux. Oh 1 chacun de nous en sait cîiu| cent mille fois plus cpi'on n'en a jamais sn en la me de Jérusalem. — Voici les abtmes des souterraines inf»» mies déchirés et éclairés, tous les cloaques débouchés, toutes les fosses de mensonges immondes ouvertes et remuées, et leurs vapeurs corrosives pesant sur le monde comme répaisse nuée de Sodome...
Tout est sn, tout est connu ! comprenez-vous Peffroyable énergie qu'auraient aujourd'hui ces trois mots I — Quelles relations resteraient debout ? Comptez ce qu'il survivrait d'affections, de liens, à cette aSreuse révélation universelle : comptez par ce que vous en auriot pu briser déjà vous-même, si vous aviez voulu parler !
Et puis, plus de préjugés 1 On saurait ce que valent tant d'idées de devoirs, tant de préceptes incarnés aux consciences... Vos prolétaires comprendraient ce que pè^ sent vingtrcinq mille droits qu'ils respectent, et la vieUle spoliation dont ils sont victimes et que ces droits consacrent. Dans plus d'un reliquaire encore honoré, on reconnaîtrait des guenilles salies et des os ramassés dans les rues, en place des saints vêtements et des saints ossements ; dans plus d'un sanctuaire encore debout, on trouverait une ironie à la place d'un Dieu... — Plus de préjugés 1! Voyez-vous armées, peuples, femmes, tout, jusqu'aux enfants, se dresser subitement contre les lois, contre les devoirs, contre les dogmes, contre les choses de cette société? Voyez-vous le feu surgir, et la dévastation courir échevelée par le monde? Voyez- vous la société mordre à belles dents ses chairs, se déchirer le sdn de ses ongles, se plonger les mains dans les flancs , y fouiller, y tordre ses entrailles... — D n'y aurait plus de préjugés 1 1 1 Et que resterait-il donc debout ? — n ne resterait debout que des intérêts ennemis, épées en mains, et iaee à foce dans le champ clos, pour hhh u 48
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rieux combat.... Oh! viennent les Cosaqnes et les Tartares, viennent les hordes du Nord et la Barbarie année, descendant sur nous par grandes vagues comme les plus hautes marées de TOcéan. . . Mais que les vérités cachées ne débordent pas, que la Vérité ne se rue pas sur nous! la Vérité engloutirait notre société d'un coup...
£t ce que je vous dis de la Vérité, je vous le dis de la Justice, je vous le dis de la Liberté. Essayez donc un peu de la Justice qui mettrait chacun à sa place, qui briserait tous les faux contrats, qui bouleverserait toutes les fortunes cq recherchant les origines, qui ferait rendre gorge à toutes les usurpations, qui ferait sauter tout l'échafaudage de vos lois et de votre droit.
Et essayez donc un peu de la Liberté.... qu'on soit libre un jour, seulement ! vi)yons, un jour, en Europe, sans, magistrats, sans soldats, sans geôliers, sans bourreaux, sans forces compressives enfin ! un seul jour ainsi, et l'Europe est à sac... Nous préserve Dieu, vous dis-je, de la Justice, de la Vérité, de la Liberté... Ou, si cette infâme Civilisation devait durer, ce serait mon vœu et ma prière: Que Dieu plutôt les lâche sur la terre, ces trois Puissances plus terribles que la Peste, la Guerre et la Famine ; qu'il livre le monde à ces trois Anges exterminateurs, et qu'ils en finissent...
Je voulais donc vous dire que c'est une chose trèsjuste que de juger les raisins de bons fruits et de vouloir multipUer ces fruits; mais que c'est une chose très-folle que de prétendre récolter des raisins sur les ronces. Si vous voulez des raisins, qui sont les fruits des vignes, plantez des vignes. Si vous voulez la vérité, la liberté, la justice, qui sont les fruits de l'harmonie sociale, semez l'harmonie sociale. Votre société pousse l'injustice, l'oppression, la fraude, comme les ronces poussent les épines. C'est sa nature. — Ouvrez donc les yeux, vous qui avez des yeux et qui ne voyez pas. Depuis assez longtemps, certes, rexpérience se fait et le
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spectacle dure. Si moins épaisse était la cataracte des intelligences, n'aurait-on pas, depuis longtemps, jugé rtne société qui ne comporte ni la Liberté, ni la Justice, ni la Vérité? — La Vérité est la pierre de touche à essayer un ordre social. Tout ordre qui n'est pas corn-patible avec la Vérité, est un ordre faux. Qui peut nier cela?... qui?.... Tout le monde, hélas! en ce prodigieux siècle de bon sens et de lumières.
Les uns disent : voici des principes bons, justes, incontestables ; donc il faut les appliquer à la société. — Et les voilà à l'œuvre pour forcer l'application, qui avec des préceptes moraux, qui avec des dogmes idéologiques, qui par l'action, qui par la parole. En vue de la bonne tin qu'ils se proposent, ils tailleront dans la constitution politique qui n'en peut mais, et dans la constitution de l'homme aussi : quant à la constitution sociale, qui engendre tout le mal, qui engendre les mauvaises constitutions politiques elles-mômes, qui est cause première, source ou racine, oh! n'ayez peur que seulement ils la suspectent !
Aux principes idéologiques et logiques, aux vérités abstraites et de raison , les autres répondent par la négation de la raison, par la soumission de l'intelligence à la foi, — credo quia absurdum^ — par la soumission de la volonté au droit divin ^ droit d'invention humaine s'il en fut jamais; enfin, par toutes sortes de choses intellectuellement honteuses.
D'autres encore soutiennent que les principes sont justes, vrais, bons, mais qu'il est de la nature des choses qu'aucun principe ne peut et ne doit être poussé jusqu'au bout ; qu'une théorie peut être excellente, mais que la pratique absolue d'une théorie excellente doit être inévitablement mauvaise, que sais-je?... — Oh! ici surtout, honte et trois fois honte 1 C'est donc de la nature des choses, que la justice ne soit pas juste jusqu'au bout , que la vérité ne soit pas vraie jusqu'au bout; que tel principe, très-juste et très-vrai, cessera peu à peu
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d'être vrai et juste, à mesure que tous le ponsMra à ses dernières conséquences !
Si bien qu'acceptant un milieu social essentieilemeat &UX et s'y débattant avec les prindpes et les appUca* tions, tous les partis politiques et moralistiques, toutes les sectes philosophiques et religieuses, enfermés dans un grand cercle vicieux, sont comme dans un drque des animaux de toutes races réunis, jouant des pieds et des mains, des griffes et des dents, et faisant depuis longtemps un grand bruit. — Et ils y restent.
U y a le Principe, et le Milieu dans lequel le principe doit être appliqué.
Si l'application du Principe au Milieu donne une dissonance, concluez que le Milieu, ou le Principe, ou tous les deux, sont Cstux. Et si le Principe est fondé en raison et clair à l'intelligence , concluez que c'est le Milieu qui est faux.
Et quand vous pensez, et que vous êtes Cace à bce avec un Principe pour le juger en lui-même, poussezle à ses dernières conséquences , et concluez hardiment à vrai ou à faux d'après le résultat. —Honni soit qui le nie, la Vérité est vraie jusqu'au bout.
Ces trois sophismes que j'ai dit, l"" l'application violente des vérités abstraites et de raison, des lois de justice, à un milieu faux; ^ la négation de la raison humaine dévorée par la grâce de Dieu^ ou plutôt par ceux qui s'en coiffent; 3^ la théorie de la vérité vraie jusqu'à un certain points à la disposition des convenances ; ces trois sophismes sont les trois tètes de chapitre sous lesquelles on peut classer toutes les erreurs de ce basmonde. Vous les retrouvez dans tous les temps et dans tons les lieux, combattant ensemble, chacun ayant ses hauts et ses bas, chantant le progrès et le triomphe des saines doctrines quand il est vainqueur. Les trois partis d'aujourd'hui, Républicain, Légitimiste, Juste-Milieu, ne
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sont-ils pas ces trois sophismes incaniés et vivants, ces trois sophismes en chair et en os, s'insultant réciproquement chaque matin dans leurs journaux, et chacun prouvant fort bien la vanité des deux autres? Cette incarnation, je le répète, est de l'histoire ancienne. L'humanité ne s'est assimilé jusqu'ici que ces trois sophismes sociaux. Elle n'a pas pris, dans cet ordre, d'autre nourriture; — aussi n'est-ce guère merveille
qu'elle soit si souffreteuse, si piteuse et si maigre.
• La eontrat social nVst pat d« ma façoo,
J« iM l'ai pas tigné dans le MÎn da ma mère.
Atrmao sa Hossn.
L'important acratt d'aToir des prtards et des un de carton. ALnao sa Mussn.
Prenez mon ours.
OOKT.
Retenons à l'élection politique, qui a amené cette digression ; examinons un peu ce qu'on en peut tirer en restant dans le milieu civilisé.
N'esl-il pas clair, en principe, et évident pour tout homme de bonne foi, que le droit de concourir à la formation des lois qui régissent tous les citoyens, ne peut pas, sans insulter la justice, être retiré à l'immense majorité des citoyens, à un seul citoyen même, sous prétexte qu'ils ne paient pas assez d'impositions, ou sous tout autre prétexte que vous voudrez dire? Entre ce droit et une cote d'imposition, quel rapport y a-t-il ? Des lois faites sans le consentement de mon voisin, de vous, de moi, nous obligent-elles, vous, mon voisin et moi? Des décisions prises par je ne sais qui, des conventions écrites par quelques-uns, par un grand nombre si vous voulez, peuvent-elles rien imposer, en bonne justice, à ceux qui sont restés en dehors des contrats, qui n'étaient pas là, dont on n'avait pas l'aveu pour contracter, qu'on a repoussés du pied ? Il est cer-
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tain et très-certain qu*ii n*y a pas plus de raison povr obéir à des lois ainsi faites, pour respecter leur aatorité, que pour obéir et porter respect à quelque Pouvoir de fait que ce soit; que toutes les belles théories de légalité, de devoir, d'obéissance aux lois sacrées du pays, que Ton prêche aux peuples et que les peuples croient sur parole, ne sont que des sornettes, employées, conjointement avec les gamisadres et les gendarmes, pour faire marcher droit le troupeau et le contenir; qu'enfin, tout homme qui pense librement, quand bien même il conforme sa conduite aux lois, les méprise, ces lois sacrées, et tout le charlatanisme de leur baptême. — En toute évidence, pour qu'une loi fût obligatoire, pour qu'elle fût devoir^ il faudrait au moins qu'elle fût consentie. Bien.
Donc il faut le suffrage universel ! entends-je dire à mes côtés. — Le suffrage universel ? eh bien 1 la loi sortie du suffrage universel recueilli dans la société actuelle, ne serait pas plus légitime que celle du monopole électoral, comme vous dites : non, pas plus légitime, en vérité ; car les dîx-ueuf vingtièmes des populations qni voteraient aujourd'hui, seraient incapables de donner le moindre mandat en connaissance de canse; elles ne comprendraient seulement pas la valeur de leur droit ; elles ne sauraient pas ce qu'elles feraient en votant! Ooi, vos populations en sont là, qu'elles sont incapables de contracter. Elles sont frappées d'imbécillité politique! et, qui plus est, elles vous donneraient la plus belle collection de droits politiques possible pour un sac de
pommes de terré, ou une paire de sabots Quelle
obligation, quelle légitimité légale pourrait donc en sortir, du suffrage universel ? — Et puis, vous auriez de Inen meilleures lois en recueillant toutes les voix ignorantes et stupides des masses? vous consolideriez bien l'Etat, en acceptant le suffrage de tous ceux qui venlent, ou à qui on ferait si facilement vouloir le renversement, je w dirai pas de l'ordre de choses, mais du désordre
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de choses actael, qui veulent mettre le désordre dans le désordre, multiplier le désordre par lui-même? Bravo, le suffrage universel!
D'autres s'approchent et disent: «Nous ne voulons » ni le monopole de l'argent, ni le suffrage universel. D Nous consentons à imposer des lois aux populations » sans les consulter ; mais nous voulons de bonnes lois. » En conséquence, nous réglerons Télection sur la cornopélence politique. C'est aujourd'hui l'opinion des » hommes éclairés et honnêtes ; il n'y a que les égoïstes » ou les perturbateurs qui puissent se refuser, etc.» •— Bon ! va pour la tyrannie de lois faites par les compétents. Mais alors, les hommes éclairés et honnêtes, qui veulent priver de leurs droits politiques tous les incompétents, vont nous fournir un moyen d'apprécier la compétence politique. — J'attends te moyen.
Vraiment, le problème doit vous paraître difficile. Nous concevons bien, en effet, l'appréciation de la compétence en mathématiques, en chimie, en physique, en histoire naturelle, en agriculture., en mécanique, etc. Dans toutes ces branches d'industrie ou de savoir humains, il y a t/n corps de doctrine, et des hommes versés dans ces sciences ou ces industries peuvent sans doute apprécier le degré de mérite, desavoir, la compétence enfin d'un sujet en chacune de ces branches.... Mais, en politique, avez-vous une doctrine? voudriezvous me dire sur quoi portera l'appréciation? qui examinera les candidats à la compétence politique? qui prononcera sur la compétence politique? Les juges serontils des docteurs de la république, ou de la légitimité, ou
du juste-milieu, du tiers-parti, du quart-parti? et
dans la république, les prendra-t-on chez les Montagnards, chez les Girondins, chez les Doctrinaires-Américains, chez chez chez....? Je n'en ferai pas
rénumération, puisque aujourd'hui, en 1835, il y a autant de doctrines et d'opinions que d'hommes. Voyons donc, les gens éclairés et honnêtes, qui jie voulez pas