RARHONIB. LIT. II. CE. II
Il existe, parnù les hommes, des caractères naturelle, ment dissonants , antipathiques, C*est un fait bien connu. La théorie estime, en terme moyen, le nombre de ces répulsions natarelles à vingt par individu au sein d'une Phalange de dix-huit cents personnes. C'est-àdire que chaque habitant de la Phalange aurait à peu près vingt antipathiques dans la masse. Or, pourquoi l'Intelligence organisatrice, qui a eu en vue l'unité de l'action sociale, la formation des liens et des Accords, qui. a mis au cœur de Thomme un si riche trésor d'aiïectivité, pourquoi cette intelligence créatrice a-t-^Ue semé quelques antipathies naturelles parmi les humains? pourquoi ces exceptions? pourquoi ces dissonances obligées dans le clavier des caractères? — Pourquoi? C'est que, s'il importe qu'il y ait Accord général et unité d'action dans le grand atelier humanitaire, il importe encore qu'il y ait, à tous les degrés des hiérarchies sociales, exacte et stricte justice. Or, si rélémeiit aiTecUf présidait seul au choix des candidats, l'erreur pourrciit être commise, car la générosité et TaiTection sont souvent aveugles. Il fallait donc prendre une garantie contre cet effet ; il fallait qu'un sentiment contraire, froid et taquin, vtnt assister à l'examen, regarder de près, passer les concurrents à l'étamine, éplucher minutieusement les mérites. Il fallait une critique vive, alerte, pénétrante, n'omettant rien. Il fallait donc à chacun ses Antipathiques ; car les Antipathiques sont merveilleusement aptes à la critique.
Donc, quand une nomination quelque peu importante doit s'agiter, les Antipathiques des concurrents sont cfficiellement appelés à donner leurs avis respectifs. Ceci est de coutume en Harmonie, où l'on ne prodigue pas, comme en Civilisation, des marques d'affection aux gens que l'on déteste. Ce qu'on honore avant tout en Harmonie, c'est la vérité : on y a ses Antipathiques avoués.
En donnant leur avis, les Antipathiques exagèrent les Imperfections ; sans nul doute ils grossissent les défauts;
mais ils ont tout observé, tout scruté, tout analysé au microscope ; ils ont signalé tous les points faibles à Tœil de la critique bienveillante. Vous avez dans la conversation des femmes, quand elles en sont sur le chapitre d'une rivale, la preuve de Thabileté des Antipathiques à saisir toute défectuosité. — Leur rôle, cela va sans dire, est borné à la critique. Le jugement ne vient pas d'eux. — Les Sympathiques disent le pour, les Antipathiques, le contre : la masse prononce.
Cette importante fonction sociale des Antipathies naturelles est une des éclatantes preuves que le mécanicien qui a organisé Thommc en a bien exactement calculé tous les ressorts et pondéré toutes les forces ! — On dit qu un ancien, après avoir exposé les secrets de l'organisme physiologique de Thomme, s'écria, plein d'enthousiasme et de religiosité vraie : «Je viens de » chanter un hymne à la gloire de Dieu. » Certes, il a chanté aussi un hymne à la gloire de Dieu, celui qui nous a exposé les merveilles méconnues de Tàme, et qui nous a appris que les dissonances elles-mêmes avaient leur raison d'être et leur harmonique emploi dans le jeu de la Destinée vraie I U faut comprendre qu'il possède la SCIENCE, celui qui nous révèle l'efiet utile de tous les ressorts de Téconomie passionnelle, et nous ouvre ainsi la voie du bonheur général.
Le jour qui tombe sur le mérite de chacun, dans le régime sériaire, est donc tel , — nous concluons de tout ce qui précède, — que les plus faibles vues en apprécient facilement le degré. Dès-lors, il est tout-à-fait impossible que la résultante des opinions de tous les électeurs soit erronée.
Maintenant que nous avons montré comment l'électeur phalanstérien sait ce qui est juste, prouvons qu'il a intérêt à faire ce qui est juste.
Compétence d'intérêt. C'est un« chose évidente