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Voila donc changées en éléments de prospérité, de bon ordre, d*harmonie sociale, ces natures cabalistiques, ces caractères à facultés antagonistes, qui font de si beaux dégâts au sein du système actuel, soit qu'ils jouent dans le ménage et la vie privée^ soit qu'ils jouent dans le gouvernement et la vie publique! Et, en vérité, le souverain Ordonnateur les aurait-ils créées, ces actives et puissantes facultés, s'il ne leur eût été donné de ne produire que les désordres et les fatales haines? — ■ Une harpe qui n'aurait que les cordes ut, m, sol, notes toutor* à la consonnance, et qui manquerait ainsi des dissonances de la harpe à douze sons de gamme, serait-elle aussi riche, aussi capable d'harmonie que cette dernière ? Non, non sans doute. Né nous plaignons donc pas des richesses de notre nature, et avisons à les employer à notre bonheur. '
Ah ! vous craigniez que les Groupes d'une Phalange
556 HABNONIE. LIV. II. CHAP. lll.
n*en vinssent aux maîns? —-Mais vous n'aviez donc pas réfléchi encore que, dans ce Groupe qui fait à cette heure du jour Rivalité avec celui où vous êtes, se trouvent vos amis, votre frère, votre père, votre enfant, votre femme ou votre maîtresse.... des êtres enfin avec qui vous avez contracté mille liens passionnés, mille affections corporatives, échangé mille bonheurs?
Et puis encore vous n'aviez pas réfléchi que ces Groupes, qui rivalisent si ardemment entre eux, sont affiliés à la même Série. Ce sont des compagnies du même régiment. Elles ont un drapeau commun. Ces rivales sont sœurs et bonnes cœurs.
£t4outes ces Séries, et'tous ces Groupes, ne sont-îls pas associés dans la Phalange? tous ne sont-ils pas du même corps d'armée? S'ils sont travaillés par d'aidentes émulations, s'ils ont intérêt d'amour-propre et d'honneur à se surpasser les uns les autres, ne sont-ils pas reliés et absorbés tous dans l'intérêt général, dans Fintérôt de la Phalange, qui est l'intérêt personnel et direct de tous^ -^ à ne parler qu'intérêt?
Trois Groupes contigus dans l'échelle de la Série travaillent, perfectionnent, raffinent à l'envi : mais il ne convient nullement à chacun des trois que les deux autres manœuvrent mal et périclitent ; car cela compromettrait l'aile de Série dans la coalition de laquelle ils sont unis contre une autre aile ; cela compromettrait la Série elle-même, dont ils ont tous l'honneur à défendre; cela mettrait même immédiatement en danger le Groupe vainqueur, privé de son mécanisme de Rivalités par défaut ou mauvaises manœuvres des voisins dans le clavier de la Série. — Il est de l'intérêt de chaque note d'être juste, pleine, sonore et bien vibrante; mais il n'est pas de son intérêt que la note voisine soit fausse, étouffée ou criarde. Supposez que Petzold pût facturer un piano dont les touches fussent intelligentes : croyez-vous que la touchera, qui discorde avec les touches ut dièze et ré dièze^ ses voisines, désirerait que Yut dièze et le re
dièze se brisassent? Nod, non, non; car elle serait la première à y perdre.
11 en est de même des Groupes dans la Série, et des Séries dans la Phalange. Pour iiers rivaux et ardents émules en sciences, en arts, en toute industrie, que soient les Séries et les Groupes, tous sont intéressés au succès les uns des autres. Plus brillants et prospères seront les résultats fournis par chacun des Groupes, plus la richesse générale augmentera, plus abondante sera la moisson commune, et plus forte, par conséquent, la récolte individuelle de chacun. -^ Ici donc on ne rivalise que pour bien faire, pour mieux faire, pour parfaire. Est-ce que tous les intérêts individuels convergents au grand foyer sociétaire, toutes les affections individuelles concourant au lien unitaire, n'entraînent pas toutes choses à Tharmonie? Est-ce que, en pareil milieu, le ton ne proscrit pas comme incongruité honnie et déshonorante, l'ombre même d'une querelle? — D'aigres disputes, des rixes dans un pareil milieu, quand tous les intérêts humains font voile de conserve! Allons, vous n'y pensez pas; vous transportez en Harmonie de tristes fruits de Civilisation ; vous attribuez au beau figui^ les rudes et déchirantes épines des ronces. Oh ! en Civilisation, à la bonne heure, parlez-moi d'aigres disputes, de rixes et de guerres... C'est leur terrain! L'opposition radicale, directe, tranchée, des intérêts et des passions, y développe une férocité d'égoïsme à laquelle l'avenir croira plus difficilement sans doute que les Civilisés ne peuvent croh^ à l'Accord unitaire, au concert affectueux de l'avenir. Cela est forcé. Ayez, au lieu d'intérêts opposés, des intérêts convergents; au lieu du Morcellement, l'Association; au lieu de l'anarchie civilisée, l'organisation sériaire, et vous verrez bientêt que l'homme n'est pas né pour haïr son frère.
Eh bien! pourtant, ils ont préféré décréter que l'homme est essentiellement hostile à Thomme, que la guerre est d'essence humaine ; ils ont mieux aimé faire