HARMONIE. LIV. II. CHAV
sont appelés et habitués à rendre cette justice aux autres ; que pareils sentiments seraient du plus niaovais ton, dans des Groupes composés de gens qui se conviennent, qui se sont acceptés et choisis, qui soat unis entre eux par Tesprit de' corps, par de vives passions, par les affections diverses dont le cœur humain est susceptible : vous montreriez enfin que tous les individus sont sociétaires d*intérét et de cœur, et, surtout, vous développeriez le grand principe des Ralliements, la multiplicité des chances, la surabondance des essors, — Arrêtonsnous y un instant.
Le grand principe des équilibres en toute passion, c'est, en effet, d'ouvrir une surabondance dessors à chacune. — La politesse, la gatté, Taffection, viennent aux convives, et le sourire du bon vouloir court sur leurs lèvres, quand ils sont assis à une table somptueuse, et assurés d'un service aussi brillant pour le lendemain. — Les mêmes hommes se prennent en haine, si tous les jours ils ont à se disputer une chétive et insuffisante nourriture. Vous aurez beau prêcher des affamés et leur dire : « Modérez votre appétit. La faim, la soif, sont vos plus dangereux ennemis. Défiez-vous des convoitises de la nature, des faiblesses de la chair, de nature qui vous excite à manger les bons morceaux; o la faim, la soif et les faiblesses de la nature seront plus fortes que vous. Et quand la morale crie aux Civilisés, qui sont des affamés au propre et au figuré : «r Modérez votre Ambition. L'amour des richesses et des grandeurs est votre plus dangereux ennemi. Défiez-vous de la nature qui vous excite à solliciter les bonnes places, • l'Ambition, Famour des richesses et la nature sont, encore ici, plus forts que la morale. — Par Dieu ! vous en avez depuis assez longtemps de belles preuves.
Tant que vous restez dans le dénuement social, vous avez beau faire tomber à verse des prédications de vertu, pousser sur les hautes et basses trâres des marées de
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morale; vos flots parificateurs ne roulent toujours que haines, conflits, guerres, lâchetés, trahisons, turpitudes de toute espèce, comme les profondes vagues du déluge ancien ne roulaient que des cadavres et des charognes.
II vaut donc beaucoup mieux^ pour établir l'Harmonie sociale, organiser un régime capable d'ouvrir à toute passion légitime, c'està-dir6 inoffensive dans son principe, une surabondance d'essors, que de continuer à prêcher l'abstinence, à moraliser, punir et damner les hommes qui, hors d'un pareil régime, seront toujours poussés au mal par la faim aussi bien que par l'Ambition, par l'Ambition aussi bien que par la faim.
Or, voyez que d'essors ouverts à tous et à chacun dans le régime sériaire. Sur tout objet de science, d'art, sur toute branche d'industrie et d'activité humaines, vous formez des Séries et des Groupes. Le Groupe, à lui seul, fournit autant de hiérarchies qu'il contient de sous-fonctions. — Celui-ci estchef de comptabilité; celuilà dirige les manœuvres de parade ; tel a la plus grande influence comme théoricien; tels autres se partagent le commandement des divers détails du travail, etc. Certes, il y a place pour tous les talents et toutes les prétentions. Ceux qui se sont trouvés dans des réunions où cette répartition des influences s'était accidentellement établie, y ont pu reconnaître que chacun, gouvernant dans les parties où il excelle, reçoit bienveiilamment l'impulsion dans les parties où il a moins de valeur et peu de prétentions. On se flatte volontiers que l'objet où l'on réussit est le plus important, le plus glorieux... Tant mieux! l'amour-propre est satisfait^ désarmé, caressé même. C'est un échange de services, de bons procédés, de louanges flatteuses. On s'encourage, on s'excite, on s'exalte, on s'entraîne dans un concert d'affection. Il n'y pas là de place pour la haine. — Qu'on ne vienne pas, pour l'amour de Dieu ! faire objection ici à une vérité générale, par quelques misérables exceptions ob-
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servées en milieu civilisé, c esi-ù--dire daus ua milieu faux et sur des hommes Êtussés.;...
Et pm's, xiu*est-ce que ces essors et ces voies de Railiemeiit otferts par Je Groupe, à cdté.de ceux que vous présentent Tensemble des Séries, —même sans sortir encore de la Phalange, sans^par^^r de la nation et da Globe? Voyez Teffet du mécanisme de l'engrenage général des Séries : I(d, vous êtes mon- supérieur, mon professeur, vous m'aidez, vous m'instruisez, vous me formez; je vous dois mes progrès dans des travaux que j'aime... ¥A tout à l'heure, dans une autre Série, où mon ancienne expérience m'a conquis de hauts grades et où vous ne faites que débuter peut-être, je vais vous rendre vos bonnes leçons avec zèle, reconnaissance et joie. Et ce sera toujour&^ntre nous échange de gratitude, de soins, d'affection et de dévouement. Il y a plaisir à obéir et à applaudir, quand on y trouve garantie d'être soi-4néme à son tour obéi et applaudi. Ces heureuses et bienfaisantes combinaisons, dues aux INÉGALITÉS n a^turbl- LES ET SOCIALES, se reucontreut mille et mille fois pour vous et pour moi, pour nous et pour tous.
Tout le secret de l'Harmonie est là, voyez-vous. Plus vous aurez d'iNÉGALiTÉs de fortunes, d'âges, de talents, de goûts, de caractères, voire de naissance ; plus vous aurez établi de divisions et de subdivisions dans la masse ; plus vous aurez nuancé de. hiérarchies et combiné d'illégalités graduées en Séries; plus les notes de vos gammes seront nombreuses, et variés les timbres et les instruments de votre orchestre, plus, brillantes seront alors les modulations, plus mélodieux et puissants les Accords, et ravissants les concerts J Je le répète, la graduation, l'engrenage et le libre jeu des Inégalités, voilà, avec l'Attraction pour force motrice, tout le secret de l'Harmonie sociale.
Ainsi la route est spacieuse, la carrière est large, les ambitions peuvent courir sans se coudoyer. Allez 1 allez!
il y a plusde fonctions que vous n'en pourrez remplir, plus dlionneurs que vous n'en pourriez porter, plus d'espace que vous n'en sauriez dévorer! Il y a trois millions de Phalanges ; et, de chacune, d'elles, partent des milliers de voies de fortune et de gloire, formant un réseau croisé sur le monde, réunissant leurs innombrables fils d'or et de soie au grand foyer de l'Onité-sphérique. Courage donc nerçstez pas en route ei courts d'haleine ! . . . Accomplissez les tâches, faites vos preuves, gagnez toujours des palmes nouvelles." Cueillez et récoltez! En avant, en avant,' les épis ne feront, pas faute aux moissonneurs...
Vous voyez qu'il y a des distinctions sans nombre, des honneurs infinis, et que ces honneurs prodigués restent honorables, malgré leur multiplicité ;.car ils représentent fidèlement les droits et les mérites ; car les rangs sont régulièrement hiérarchisés; car les décorations et les titres ont des significations claires, réelles, ce ne sont plus de ridicules mystifications, comme il en est tant aujourd'hui. Chaque distinction spéciale caractérise quelque chose qui a valeur sociale. Les rangs, les titres, les décorations ne sont plus, je vous Iç dis, fictions et vains noms : ce sont des étiquettes qui ne trompent pas, des signes vrais.
Or, vous comprenez qu'alors loin de modérer les Ambitions, on les active, qu'on les agace, qu'on les fouette. Plus ily aura d'Ambitions enjeu, plus ily aura de forces déployées et employées. Voyez seulement à l'armée si déjà on ne trouve pas avantage à stimuler les hommes par l'appât des avancements.... Et puis, aux Phalanges , les ligues ambitieuses sont des moyens d'Accord et de Ralliement. Les inégalités et les contrastes font circuler les affections, échangent les bons offices, cimentent les dévouements passionnés des uns~ aux autres, de tous à la ma^ise.
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§.iv.
Iiu*
lu disent que le malheur est la destinée du genre h main, que U Tîe est un teiufts dVpreawi, d'exp»< tions.... puis, quand on leur demaniie qudest doM ce grand crime qu'il faut que Tbomme expie, il» répondent que c'est mystère
Vos philosophes ne disent-ils pas aussi que l'homae est le roi de la création? ^ C'est un roi Jétrdné: rendes-lni son trône et ses palais, rwidez lui soii^énie et sa vertu en lui rendant ses passions ! La pas> sion, c'est le génie «t la rertu, le mérite et la rrcompense. Cb. Daih.
Las pasnons sont l'élan de IHiomme rers sa destin- r.
Madame Db Stakl.
La nature humaine est comme une pierre précieuse, taillée à mille facettes inégales, douées de mille polaiisations différentes. Chaque individualité peut s'allier à toutes les individualités ambiantes, par un nombre plus ou moins grand de facettes et de pôles semblables ou concordants et sympathiques.
Les natures les plus riches, les plus élevées en titres passionnels et sociaux, sont évidemment celles qui possèdent la plus grande quantité de facettes et de pôles attractifs, qui peuvent former, en toute passion, les liens les plus nombreux et les plus puissants à la fois, celles enfin que Dieu a armées des affinités les plus variées, rendues aptes aux combinaisons affectives les plus fortes et les plus multipliées.
Ainsi, comme l'Oxygène, élément pan^opama (4), qui se combine avec tous les corps de la nature, est, dans le
(1 ) u faudrait comprendre, sous ceUe désignation de corps pantogame, Toxygëne , Thydrogône et l'azote, la substance gaxeuse sous sa triple modalité, majeure, mineure et neutre;
Ki^UILIlBES SOCIAUX. 547
monde matériel et dans la chimie or^auûiue, le roi des corps élémentaires; de même, dans le monde social ou passionnel, le caractère le plus hautement prédisposé à toute affinité, le plus fortement doué de toute passion, le caractère omnimode et pantogame, sera aussi le Roi des caractères. — Dans le milieu social providentiel, chaque nature contribue à F Harmonie en proportion composée du nombre et de Tintensité de ses Attractions. Chacun y joue un rôle d'autant plus important, qu'il porte en lui de plus hauts désirs; car les désirs sont des forces motrices qui passent toujours en acte. Les rangs occupés dans Féchelle des caractères , sont corrélatifs aux doses de passion. La plus forte intégrale passion» neUe est au sommet. C'est ainsi que, dans tout système sidéral, le Soleil central, pivot de tourbillon, en est toujours la masse la plus attrayante; car TAttraction mène le monde et en gouverne toutes les Harmonies.
Les natures les plus antipathiques ont toujours ellesmêmes quelques points par où elles se touchent. Ellesont toujours des notes consonnantes, et peuvent s'unir dans quelques accords particuliers, indépendamment de la fusion de toutes leurs modulations partielles dans la grande symphonie unitaire de l'ensemble.
Nous pourrions insister ici sur ce que le concert oes INÉGALITÉS GRADUÉES est la condition et la base, non-seulement de l'Harmonie sociale, mais encore de ta Justice sociale. Nous pourrions même élever cet admirable théorème aux régions supérieures, et le montrer, dans tout son éclat, gouvernant les hautes Harmonies du monde, les Harmonies souveraines et la Justice éternelle. Mais ces dernières considérations surtout sortiraient du cadre imposé à ces deux volumes : elles rentrent dans celui d'un autre ouvrage où elles trouveront plac«. Remarquons seulement ici que si les théories i' Égalité, froissant toutes les conditions naturelles, et parfaitement contraires à l'Ordre des choses, sont à lune
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(les extrémités des absurdités et des injustices, à Tautre extrémité de la même échelle, se placent les faits (k Féodalité : Féodalité de la naissance, Féodalité du capital. Féodalité de la capacité. Féodalité religievfle oq Théocratie, etc. Ces formes, attachant tous les aiÀda* ges sociaux à une seule puissance, les ordonnant par rapport à une seule faculté, les distribuant sur une hiérarchie unique et souvent fermée , laissent comme des Parias les masses pressées au bas de cette échelle unique, sans compensations à leur infériorité, tandis que rien n'équilibre la supériorité de ceux qui trônent en haut. Ces formes sont celles du pouvoir social dans les Périodes subversives : Aristocratisme, despotisme, régime des castes dans toutes leurs variétés, oppression et domination sous tous leurs aspects !
Toute notre histoire est là, celle que les institutions religieuses de Tantiquité et du moyen-àge ont feite, celle que les institutions de la féodalité militaire ont faite, celle que l'argent nous fait aujourd'hui, et même celle que les Saint-Simoniens nous voulaient faire. Il est malheureux que les esprits qui se révoltent contre ces dîver«<*s formules du despotisme, n'aient su leur opposer longtemps par réaction que les théories absurdes du nivellement égalitaire. Il fallait s'élargir Tesprit et comprendre que la justice humaine n'est, ni la distribution à dose égale de chaque avantage social à chaque individu, ni la concentration de tous les avantages dans certaines fractions, au détriment du reste , mais ceci : La distribution propi^rtionnelle et eompensalive de ces avantages répandus sur tous, bans unb infinité DE uiÉBÂRCHns mpFÊBBKTBS, en doses naturellement et socialement inégales, corrélatives pour cha^ cun, dans chaque hiérarchie, à ses titres spéciaux dans cette hiérarchie. — Voilà la Justice ; voilà ce q«i est bon à tous et pour tous; voilà ce qui est dans les convenances de la nature, de la raison, de la société; voilà ce qui peut
établir rHarmonie en multipliant pour chacun les satisfactions, les joies variées et les essors; en puisant à pleines mains, pour tous, à la source infinie des bon* heurs surabondants que la puissance amoureuse et paternelle de Dieu, ouvre à grands flots au sein de la Nature et de réternelle Harittonie des choses !
Il y a d'inépuisables trésors, e4 vôità qu'au lieu de les exploiter de bon accord, comme devraient faire des frères, vous vous entre-déchirez pour des misères! Il y a de quo^ donner surabondamment à tous , et vous disputez pour savoir ce que ceux-ci ou ceux-là n'auront pas ! préparons donc plutôt les tables du festin : l'espace est grand , et chacun est convié I.. .
Voilà, faites un monde oti toute capacité utilisée soit rémunérée dignement sans prendre sur l'héritage de ceux qui sont nés bourgeois ou roturiers dans l'ordre des capacités ; où toute fomille qui porte un nom rendu glorieux par des actes passés, puisse étaler ce nom avec orgueil, et s'en faire, comme d'un joyau précieux, une noble parure, sans prendre sut la gloire des actes présents, sans étouffer l'essor des gloires à venir ; où ceux que la fortune a favorisés puissent doubler leur fortune en rengageant dans Toeiuvre sociale au service de l'huma* m'té et accroître par ce contours* la Source des richesses où tous viennent s'abreuver. . . Ayez deâ faveurs pour la beauté du corps, des autels pour la beauté de l'àme, des récompenses pour tous les mérites, des couronnes pour toutes les gloires ! ayez-des récompenses, des couronnes et des autels pour toute force, pour toute passion, pour toute puissance, et faites ainsi converger par attrait, toute feeulté sur Fœuvre du bonheur de tous II
Ne voyez-vous pas qu'en proscrivant la Noblesse du nom, vous perdez une force pour l'œuvre humanitsâre, et que vous la lui rendez hostile? que vous perdez une Il »)