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LE RÉVEIL DE JULI

pour Jean Dorais.

Ivresse et joie profonde !... Ma blonde bien- aimée s’est éveillée, mi-nue en sa robe verte de baigneuse, qui lui gaine le corps jusqu’aux mollets roses...

Elle rampe lentement sur les genoux vers la fraîcheur de Tonde, bombant sa croupe, à quatre pattes comme une chatte.

Puis repoussant la terre de ses poignets menus, elle se dresse cambrant sa taille qui tressaille, dans le soleil, et son chignon de feu vermeil flambe ainsi qu’une couronne d’or barbare.

Voici, ma blonde bien-aimée descend indolemment à pas rythmés, sur le rivage, dans l’écume des vagues qui baguent à petits coups ses pieds frileux...

de perles nonchalantes !... et je la suis.

Elle enfile d’un geste agile l’anneau de sauvetage, puis elle y dispose ses hanches avec paresse, comme au creux d’une blanche corbeille.

Alors, grisé par le coup d’aile de ses grands cheveux d’or qui se déchaînent tel un incendie sur les flots, je nage sur le flanc, par brassées véhémentes,] et déchirant, tête en avant, l’écume qui se froisse dans le flic-flac empanaché des vagues, je traîne à l’Inconnu la nacelle chimérique au bout du bras tendu comme un cable en arrière.

Oh ! rien n’égale la douceur nostalgique de son visage ardent et pâle, et l’idéal balbutiement de ses paupières en prière!...

Car tu connais, ma bien-aimée, le délire fantastique, le souffle tout-puissant qui m’empoigne aux entrailles dans le miroitement ensoleillé des mers !...

Car tu connais le spasme grandissant et cadencé qui me relance de vague en vague mélodieuse parmi la symphonie submergeante des eaux, vers le gouffre divin d’un impossible accord

avec Vous, Soleils hallucinants!

avec Vous, Mers moins vastes que mon Ame !...

LE CHANT DE LA JALOUSIE

Soleil acharné comme un taon monstrueux dans la crinière flamboyante de la mer !...

Mer de lave aux forcenés bouillonnements !...

et ton corps, ma Julie, à jamais entre nous !...

Soleil au ventre éblouissant comme une idole Hindoue !... Mer aux flots terrassés rampant d’effroi à l’infini, comme un chemin d’esclaves à genoux !...

et ton corps bien-aimé à jamais entre nous !...

Oh ! rien n’arrêtera mon élan vers la Mort !...

Soleil dévorateur, étouffez-nous entre vos bras incandescents !...

De tout l’essor de vos innombrables encensoirs d’or,

Mers, soulevez-moi ! lancez mon âme consumée, telle une vapeur d’encens, vers le Zénith !...

Soleil, porteur de torches incendiaires,

qui va boutant le feu aux cimes des montagnes

pareilles aux remparts crénelés delà terre !...

Mer aux mille bras gesticulants d’ivoire !...

et ton corps bien-aimé à jamais entre nous !...

Nous atteindrons ainsi les confins de la Mer...

Alors nous inclinant à pic sur l'infini, parmi l’éboulement nocturne

des Constellations sublimes croulant en avalanches vaporeuses, nous verrons, dans l’abîme insondable des Nuits, la face lunaire de la Mort...

Mais tu trembles, Julie !... et tes deux mains tendues supplient la Mer et l’Inconnu d’être cléments !...

La voix de Julie.

— « O mon Amant, où veux-tu m’entrainer ainsi ?... Arrête-toi, nous sommes bien loin des rivages, perdus sur la mer embrasée... donne-moi, donne-moi tes lèvres roses à baiser voluptueusement pour que mon cœur somnolent s’y repose !

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