EN PLEINE MER
pour Decio Cinti
Je te possède enfin vivante, mienne et réveillée !...
Te voici dans mes bras, suspendue comme au creux d’une corbeille qui se balance, sur la mer, en silence.
Ne tremble pas, car ce sont les vagues de mon cœur !...
J’ai glissé un de mes bras sous tes cuisses soyeuses... le sens-tu, ma Julie ?... tandis que l’autre enlace ta croupe agile qui s’arrondit..... Es-tu heureuse ?...
La voix de Julie.
— Oh ! tout ce qui me vient de toi, me donne du plaisir... Ma voix.
Tu plies la tête en avant pour atteindre mes lèvres, et tes bras emprisonnent mon cou... et j’effleure
les lèvres de mes doigts... Heureuse?... es-tu heureuse ?...
Tu mordilles et tu suces mes doigts avec paresse langoureuse!... et ta langue sèche et rèche de chatte les lèche à petits coups...
Voici, tes yeux se ferment innocemment, sous tes paupières, comme sous des feuilles trempées de rosée...
Tu sens tes moelles fondre, dis ?... ô ma Julie !... Donne-moi donc ton âme en me livrant la joie humide et chaude de ta chair !...
Ton âme ! Ton âme ?... qu’as-tu fait de ton âme ?
Oh ! certes, ta chair profonde est pleine
d’ombre fraîche et bleue comme un sous-bois d’été !...
Mais ce sont mes doigts seuls que ton corps remercie, et mes doigts sont si loin de mon âme !...
11 me semble que je mettrais des siècles
pour atteindre ma main et mes doigts traîtres !...
Je ne sens plus mes doigts: ce sont des étrangers !...
Tu as tout oublié, mes yeux, mon âme et mes deux lèvres,
et tu leur préfères mes doigts, car ils te font mourir,
cruellement mourir, avec une lenteur sinistre !
ils coulent dans tes veines des breuvages délicieux,
ils gonflent tes mamelles d'un lait d’or
et tu sens, dis-le moi, des fleurs chaudes et humides
s’éclore entre tes cuisses, dis-le moi, ô Julie, dis-le moi !...
LE CHANT DE LA JALOUSIE
Non, non, je ne veux plus, entends-tu?...
que tu leur appartiennes, à mes doigts, à mes lèvres,
à mes yeux !... non, non, mais à mon Ame !...
Tu n’auras plus l’exécrable caresse,
car je me meurs de jalousie, devant tous les amants
que j’ai conduits chez toi en te donnant mon corps !...