‹ DestructionChapitre 3 sur 24 · INVOCATION A LA MER TOUTE-PUISSANTE · texte numérisé non relu

INVOCATION A LA MER TOUTE-PUISSANTE

Ils ont tort de nier ton essence divine,

car le Rêve seul existe et la Science n’est plus

que la brève défaillance d’un Rêve!..

Tu plonges dans l'Infini, comme un fleuve sans bornes et les Etoiles flexueuses de saphir s’accoudent nonchalamment sur tes bords, en leurs robes palpitantes de métaux aux cassures adamantines!...

Et cependant des Astres impérieux

casqués de feu, agiles en leurs gaines d’émeraude,

se dressent sur tes berges, étendant sur les flots

leurs grands bras de lumière, ô Mer, pour te bénir,

toi qui circules dans les prairies bleues du ciel,

pour y répandre ton désir éternel

et ta démente volupté,

6 Veines radieuses de l’Espace !...

O Sang pur de l’Infini ! ...

Les savants sont venus sur tes promontoires, gambader suspendus, ainsi que des fantoches, aux fils enchevêtrés des pluies automnales, pour t’explorer, ô Mer!...

Ils te traitent d’esclave lamentable sans cesse culbutée, flagellée sur le sable, par les Vents, tes bourreaux !...

Ceux-là méprisent tes sanglots

et la tristesse submergeante de tes yeux !...

Ils ont dit que tu entoures les courbes de la terre ainsi que les humeurs perverses de nos corps,

— hydropisie d’un monde décrépit !

D’autres qui t’ont vue verdir de fiel, de sanie

et de bave et roussir aux crépuscules,

ont déclaré que tu recules, incessamment,

loin des plages et que tu meurs tristement desséchée

Tu n’es pour eux qu’une couleuvre de vieil or,

tordue sur le missel racorni de la terre !

Qu’importe?... les marteaux et les vrilles de ta voix sauront vite émietter la parole éphémère !.*•

Moi qui t’aime, de tout mon désespoir cloué sur le rivage,

moi qui crois en ta puissance divine,

je chanterai ta marche triomphale dans l’espace,

que tu traverses de part en part, en déployant

tes eaux étincelantes et solennelles,

peignées par la rafale au sein de l’Infini !..

Gonfle mon âme, ô Mer, comme une voile d’or.

O sang de l’infini, gonfle et submerge enfin en ce soir de vertige la plage de mon cœur, de tes marées gonflées de poupre et de rayons !

D’innombrables Etoiles nostalgiques sont descendues, ô Mer,

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