PRÉFACE
que son crayon donne à leur visage martial, à leur uniforme paré de la poussière de tous les grands chemins de l'FAirope, et de cicatrices reçues en cent combats, une expression si intense de vëiité qu'elle en semble idéale. Raiïet réconcilie la poésie avec l'histoire; et, Horace Vernet, en une prose admirable de verve, d'entrain et d'esprit, conte les batailles d'Afrique, et peint les soldats comme Réranger les chantait.
Meissonier représente les gigantesques chevauchées impéiiales, noblement ambitieux d'en résumer en quelques pages la gloire et la grandeur, mais avec l'esthétique et la philosophie des maîtres du siècle de Louis XIV, moins préoccupé d'en montrer l'image sanglante, douloureuse, et ainsi d'affronter les difficultés de la figuration des mêlées, que de faire œuvre de portraitiste, merveilleusement habile, du grand capitaine et de ses lieutenants.
Le soldat de Bellangé partage ses amours entre la vivandière et le drapeau, et porte au cabaret des toasts à la victoire. Fils cherche avec conscience, et réussit souvent, à peindre d'une façon expressive l'allure fantaisiste et un peu débraillée du troupier de Solférino, d'Inkermann et de Puebla.
La jeune génération des peintres militaires qui succède va apporter des idées et des formes nouvelles, d'où sortira une révolution. Dans un de ses Salons, Diderot écrivait ceci : « Il faut avoir vu, soit qu'on peigne, soit qu'on écrive. Dites-moi, monsieur Casanove, avez-vous jamais été présent à une bataille? Non. Eh bien! quelque imagination que vous ayez, vous resterez médiocre. Suivez les armées, allez, voyez et peignez. » Et, dans une autre page consacrée à van der Meulen, l'illustre philosophe esthéticien ajoute sur le môme sujet : « C'est qu'il n'y a rien de si ingrat que le genre van der Meulen. C'est qu'il faut être un grand coloriste, un grand dessinateur, un savant et délicat imitateur de la nature, avoir une prodigieuse variété de ressources dans l'imagination, inventer une infinité d'incidents particuliers et de petites actions, exceller dans les détails, posséder toutes les qualités d'un grand peintre, et cela dans un haut degré, pour contre-balancer la froideur, la monotonie et le dégoût de ces longues files parallèles de soldats, de ces corps de troupes oblongs ou carrés et la symétrie de notre tactique. »
L'école nouvelle réalisera, et au delà, l'idéal de Diderot. Elle va peindre la guerre telle qu'elle est, parce qu'elle l'a vue; et, dans cette représentation exacte, à côté de la vie elle mettra l'Ame, parce qu'elle y aura pris part.
L'étude de l'œuvre de l'artiste qui, à l'heure présente, est à la tête de cette école, a pour but de montrer que l'évolution accomplie dans la peinture militaire française n'est point simplement la conséquence d'un mouvement d'idées artistiques nouvelles, mais qu'elle a été amenée par l'exaltation des sentiments patriotiques, nés de nos revers, et de la foi dans les hautes destinées de notre pays.