PAGE DE CARNET DE CAMPAGNE
EN 1881, poLirsuix aiit l'application de son système des études prises sur le vif, des impressions ressenties au contact immédiat des hommes, des choses et des événements. Détaille demandait au Ministère de la guerre l'autorisation de faire la campagne de Tunisie. On l'attacha à la brigade Vincendon du corps expéditionnaire, comme officier à la suite de l'Etat-major. Parti de Paris, le 9 mai, il arri\ait à la Calle, le i4; et, de là, le lendemain, en compagnie du peintre Bernc- Bellecour, et escorté par un détachement de spahis, il rejoignait la Ijrigade au camp de Roum-el-Souk.
Par ses carnets remplis de notes, de croquis et de dessins, pendant la campagne, connue pendant les voyages précédents, on peut suivre pas à pas, à travers le pays des Khroumirs, l'artiste, qui travaille sans répit, sous la suggestion irrésistible d'un spectacle merveilleux, constamment renouvelé; et étudier ainsi, de nouveau, la genèse artistique de son œuvre.
JjC camp de Roum-cl-Souk fournit matière à de nond)reux dessins : des vues panoramiques, un convoi de chameaux cliargés de caisses
d'approvisionnement, le café arabe après le déjeuner, les travaux de défense du camp avec les boîtes à biscuit, — ce qui lui fait donner par les troupes le nom plaisant de « Biscuitville » . Entre Roum-el-Souk et Sidi-Abdallab, sur le pommeau de sa selle, il croque, d'un trait rapide et précis, tout ce (jui passe à portée de son crayon, tout ce qu'il aperçoit présentant un caractère plastique, une originalité de forme et de couleur. Sidi-Alxlallah est un marabout I . fameux dans toute la Tunisie. A son entour
|| * devaient, pensait-on, se concentrer toutes les
forces de l'ennemi. Dans son journal de cam-
I pagne, inédit, un jeune officier décrit ainsi ce
, ^ marabout : « C'est une petite kouba capable
de contenir deux ou trois hommes y compris ■ le mort. Le tom-
ABDULLVH BEN SWD , , •
beau du saint est éclairé par une petite lampe (éteinte d'ail leurs), couvert par le drapeau vert du prophète et gardé par un vieillard qui nous considère avec calme et tristesse. Je lui fais dire par mon spahis qu'il n'a rien à craindre, pas plus les violences pour lui que les profanations pour celui qui repose sous sa garde. Il croise ses mains sur sa poitrine et s'incline profondément. » Un dessin nous montre le pittoresque maral)out. | La brigade quitte Sidi-Abdallali pour !
Aïn-Draham par un temps épouvantable, j dont l'artiste se console en esquissant les silhouettes étranges des cavaliers et des fantassins courbés sous la pluie torrentielle