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ENTRÉE DES FRANÇAIS A PEKIN

« Intérieur de l'atelier de Meissonier », qui se fit remarquer par une certaine finesse d'exécution, et par l'instinct de l'observation, ingénieuse et précise autant que spirituelle.

En 1868, la « Halte de tambours » attirait l'attention sérieuse de la critique et du public. « Je vois poindre un jeune élève de Meissonier qui pourrait bien passer maître un jour ou l'autre, écrivait-on dans la « Revue des Deux Mondes ». 11 se nomme Détaille, il a exposé une « Halte de tambours », un vrai bijou. » A l'ordre donné pour la halte, au cours d'une longue et pénible étape, les tambours ont mis bas leur caisse, sur le talus de la route, et se reposent. Les uns restent debout

« IIAI/I K DE TAxMBOUIlS » i3

poiii- so détendre le jarret; d'îuitres fout de leur instrument un siège, et les plus harassés s'étendent sur le gazon. On sort la pipe de l'étui;

on roule une cigarette; 1' « Kn avant arche! » trouvera des hommes

ragaillardis par ces quelques minutes d'arrêt, et de nouveau fort disposés à entraîner allègrement la tioupe, par des roulements plus sonores et mieux rythmés. Que les tambours paraissent préoccupés de poser devant leurs camarades, que leur physionomie, leurs gestes et leurs attitudes soient étudiés et traités avec l'obsession évidente d'une diversité et d'une expression accentuées, cela n'est point contestable; mais, il faut y voir simplement l'exagération naturelle à un tempérament juvénile, hardi et impatient de se faire connaître, et qui précède toujours la périotle de réflexion et d'expérience. D'ailleurs, ces défauts, à ce moment-là moins sensibles qu'aujourd'hui, étaient compensés par une recherche de l'exactitude dans l'uniforme, et par une notion des habitudes du soldat, justifiant des encouragements. Ce tal)leau a une anecdote. Le modèle ordinaire de Meissonier, Leusen, ayant flairé une bonne affaire, avait résolu d'acheter la « Halte de tambours » ; il réunit toutes ses économies — 800 francs — et les donna à Détaille qui accepta avec joie. Le jour de l'ouverture du Salon, la princesse Mathilde en fit offrir i joo francs. Le Mécène du jeune artiste était réconq^ensé de son flair et de son bon goût.

(]ette même année, Francis Petit, le célèbre marchand de ta])leaux, acheta au prix de 100 francs, fort élevé pour un débutant de cette époque, une aquarelle représentant un fantassin de la garnison de Poissy.

Pendant rhi\er 1867-1868, Meissonier emmena sur la Côte d'Azur sa famille et ses élèves qu'il avait pris en paternelle affection. Là, sous ses yeux. Détaille débuta dans la peinture militaire historique par le tableau : « Cuirassiers de la garde ferrant leurs chevaux sur la route d'Antibes (Campagne d'Italie, 1859) ». Un instant le jeune artiste manifeste la velléité de faire de l'illustration : C'est une crise de jeunesse

à laquelle aucun n'échappe, dans l ambilion instinctive, aux déijuts de

DETAIFJ.E

la carrière, de produire rapidement et de gagner de l'argent. Hetzel publia de lui un alimm pour la jeunesse : « Les Idées de Mlle Rose », d'une aimable ingéniosité, et qui réussit assez pour que l'éditeur s'empressât de lui proposer de faire une « Flore de la Méditerranée », dont un seul dessin, une « Plantation d'eucalyptus » fut exécuté; et que le dessinateur songeât à offrir sa collaboration à la « Semaine des Enfants » de la maison Lahure. Il dessinera encore une originale composition : « Le Savetier et le Financier », pour une édition illustrée des « Fables de La Fontaine » ; mais, la peinture le reconquit bien vite; et, il s'y consacra désormais.

r ^ En 1868, De-

CROQUIS A L AQUARELLE POUU « UALTE DE TAMBOURS »

. . CROQUIS A l'aquarelle (1866)

taille peignait « i^a

lecture du journal au Luxembourg », et « Une grille de jardin public » . Dans ces deux petites compositions, l'influence de la manière de Meissonier, dont la « Halte de tambours » n'offrait que peu de traces, se fait sentir au point qu'elles paraissent de simples pasticbes de ses Incroyables, et de ses Jjiseurs. On la retrouve, non moins évidente, dans tout ce qu'il produit avec une fécondité et une rapidité peu communes, juscju'au tableau « J^e repos pendant la manœuvre au camp de Saint-Maur », qui date l'émancipation. D'ailleurs, tout cela était des commandes commerciales, exécutées avec conscience et avec soin, mais sans aucun enthousiasme; l'artiste lui-même, malgré

LES DEBUTS ij

leur succès, avait hâte de les abandonner, pour se p — ^ ^,

livrer aux études de soldats qui entraient beaucoup plus dans ses j^oùts et dans ses ambitions. Il n'y reviendra jamais, par un sentiment délicat de respect filial, quelque pressantes r[u'aient été les tentatives des marchands, ayant un écoulement fructueux de ces aimables fantaisies.

Les tableaux de cette série sont : « Le ren- ^ seignement » : un grenadier de la garde, en haut bonnet à poil, le fusil à pierre au bras, en faction devant une guérite, indique son chemin à un obséquieux bourgeois; « Le plan de campagne » : un incroyable, futé et goguenard, debout contre un arbre, dans le jardin du Luxembourg, trace du bout de sa canne, sur le sable, les grandes lignes stratégicpies conçues par le général en chef, pour

l'instruction d'un pauvre hère, au chapeau bossué, à la rechugote élimée, aux bottes éculées et bayantes, qui l'écoute avec une mine de naïf étonnement ; « Un coin de café sous le Directoire » : un soldat et un incroyable, attablés en face l'un de l'autre, discutent de la valeur

— ^ d'un vin que l'enfant

de Mars est en train de

- déeuster sans enthou-

siasme; « La confidence » : deux jeunes jocrisses, assis sur un banc, dans un jardin public, se content leurs fâcheuses mésaventures ! dans la poursuite de quelque Cydalise indifférente; « La lecture des affiches » ; et « Au

DESSINS POUR « LE SAVKTIER ET LE FINANCIER » (iSG-j) boixl (Ic l'caU » l dcS

DETAl LIJ<:

ETUDE AU CRAYOJJ (atelier de poissy, 1866)

grognards retraités qui reviennent (le pêcher à la ligne, et regagnent levir logis par le chemin de iialage.

! C'est en suivant les exercices au

camp de Saint-Maur, où évoluaient : tour à toin^ toutes les divisions de la (iarde impériale, (jue le jeune artiste conçut le tableau « l^e lepos pendant la maimeiivre », qui l'intéressa particulièrement à faire, à la lois parce (pi'il répondait à ses visées, et <|iril l'arrachait à la corvée des incroyables et des muscadins. Il le peignit à Poissy, dans l'atelier de Meissonier. L'exécution, sur panneaux, de nombreuses études de cavaliers et de chevaux, avait précédé la peinture définitive. Quand survint le siège de Paris, Meissonier emballa soigneusement tout ce qui se trouvait dans son atelier. Il y resta, dans des coins, quelques esquisses de ses élèves, que les Prussiens emportèrent religieusement comme des œuvres du maître.

La critique fit à la composition nouvelle un accueil chaleiu'eux. « On dit qu'il a vingt ans ce jeune homme, écrivait Edmond About; où n'arrivera-t-il pas s'il continue? Il a l'esprit, il a la \erve, il sait les secrets de son art comme un maître; il connaît les mouvements, les mœurs, les grimaces

ÉrUDE AU CRAYO-\

du troupier comme un \icux colonel; (vr^LiEn roissv, iscd)

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