UN OEUVRE INTIME
K tous temps, les artistes les plus illustres, par délassement à leurs travaux et à leiii s études, ont eu le i;oùt des eompositions luimorist i(|ues, des jeux d'esprit, et des réunions eorporati\es joyeuses. On a de Léonard de Vinei des earieatures de vieilles i^ens étonnantes. Sur le rideau du théâtre du Vatican, pour la représentation des « Suppositi » de l'Arioste, Raphaël peignit Fra ^lariano tourmenté par les diables; et. Mare Antoine a gravé, d'après un dessin de lui, la « Stregozza » (la Carcasse) qui semble échappée de « La tentation de Saint Antoine », de Callot. Botticelli et le Sodoma rallblaient des facéties carnavalesques. Au xvf siècle, la société du « Chaudron » réunit les peintres, les sculpteurs, les architectes et les orfèvres florentins, en des festins pantagruéliques, où l'imagination la plus folle se donne libre carrière dans la décoration de la salle et dans l'ordonnance du menu; on l'avait baptisée de ce nom parce que la première séance avait eu lieu dans une tente, en forme
(le chaudron, où les convives paraissaient cuire dans l'eau bouillante. Une autre fois, André del Sarto y figura une reproduction du Baptistère, dont les colonnes étaient de saucissons, le pavé de gelée de viande; et, au milieu de l'édifice, des grives, des pigeons et des ortolans chantaient au lutrin en foie de bœuf, avec un antiphonaire tie lazzagnes truffées. liC « Cliaudron » et la « Truelle » , compagnie l ivale,
ont été ainsi les prototypes des associations artistiques contemporaines : les « Pal'oignons » (soupe li l'oignon), réunion des anciens prix de Rome; et, les « Rigobert », banquet des peintres de genre et des peintres militaires.
De nos jours, à l'exemple des anciens, maints maîtres graves, aux œuvres sévères, n'ont point dédaigné de s'égayer à des charges plaisantes, à des gauloiseries pittoresques, à la caricature des modes et des mœurs.
Dans la peinture militaire, peutêtre plus encore que dans les autres, la satire, l'ironie, l'humour paraissent avoir été cultivés avec succès, comme passe-temps, intermèdes, distraction et repos, et même parfois en travaux de longue haleine, que les biographes ne doivent point négliger sous peine d'inexactitude notoire.
Pendant la Restauration, on raille, on crible d'épigrammes acérées « nos