CHAPITRE PREMIER
Des Affections Inflammatoire et toiiiense
simples.
ARTICLE Ier.
Détermination des rapports qui peuvent exister entre
ces affections.
Considérées à leur point de vue le plus abstrait, ces deux affections sont des modifications du système vivant dont la nature intime nous échappe , mais qui se manifestent sous l’influence de causes spéciales et par des symptômes bien tranchés , c’est-à-dire qu’il est facile de les reconnaître lorsqu’elles sont isolées l’une de l’autre et bien caractérisées.
Pour les comparer dans leur plus grand état de simplicité , il faut les considérer indépendamment de toute altération matérielle, c’est-à-dire lorsqu’elles se font connaître par des symptômes purement fonctionnels. Or, il est possible de faire cette comparaison au moyen d’une abstraction qui consiste à ne considérer dans une maladie inflammatoire ou bilieuse que les symptômes qui appartiennent à l’une ou à l’autre affection , en laissant de côté ceux qui dépendent de leurs manifestations
organiques. Mais si l'on se contentait d’agir ainsi , on risquerait trop de prendre pour des symptômes purement fonctionnels dus à l'affection , des phénomènes morbides , conséquence de l'altération de l'organe.
Il faut donc rechercher au lit du malade les cas dans lesquels l'affection est restée simple. Or, ici surgit immédiatement une grande difficulté : c'est qu'il est très-rare de rencontrer des faits pareils , et que nous touchons peut-être à l’époque où l'on démontrera que, dans les faits regardés comme tels jusqu'à présent , plusieurs symptômes jugés purement fonctionnels sont l'expression d’une altération des liquides.
Quelques mots seulement pour justifier cette idée.
L'état le plus simple dans lequel il soit possible • de voir ces affections, est d'une part la fièvre inflammatoire , d'autre part l'embarras gastrique bilieux. Dans la première , le mouvement fébrile est indispensable , aussi bien que les symptômes gastriques dans le second (1).
(1) Cependant plusieurs auteurs admettent que l’état bilieux peut se montrer sans l’état gastrique : ainsi ,
F. Bérard a écrit : « Il (l’état bilieux) existe quelquefois » isolé , comme le reconnaît très-bien Pinel , dans sa » Nosographie y qui a établi que l’état bilieux de la fièvre
Or, la plupart des auteurs qui ont tenté de donner la théorie de la fièvre inflammatoire ou delétat
» gastrique peut exister sans saburres ni gastricité. >* Mais, comme le dit F. Bérard, il est fâcheux que Pinel n’en ait pas donné d’exemple. Il me semble, en effet, permis d’avancer qu’au lit du malade on ne voit pas plus d’état bilieux sans gastricité, que d’état inflammatoire sans fièvre.
D’un autre côté, la plupart des pathologistes admettent que la pléthore prédispose à l’inflammation; et il est facile de reconnaître , dans le plus grand nombre des observations publiées sous le nom de fièvre inflammatoire, des cas de pléthore avec mouvement fébrile ; mais, d’après une opinion qui remonte déjà loin , les pléthoriques ne seraient pas plus que d’autres sujets aux phlegmasies. La pléthore n’excluerait pas l’inflammation , pourrait s’allier avec elle, mais elle en modifierait les symptômes et n’en serait pas la cause. Cette opinion se trouve confirmée par les recherches modernes, qui ont prouvé que l’altération du sang est tout-à-fait différente dans ces deux modifications de l’agrégat vivant. Il semblerait qu’il en est ainsi, même lorsque la pléthore donne lieu à un mouvement fébrile. Il résulterait de là qu’il faudrait établir une distinction tranchée entre la fièvre pléthorique et la fièvre inflammatoire. Peut-être même alors ne trouverait-on plus d’exemple de fièvre inflammatoire pure , et serait-on conduit à admettre que l’état inflammatoire ne se manifeste jamais à nous sans la coexistence d’une phlegmasie locale , de même que nous ne constatons pas d’état bilieux sans gastricité. J’aurai plus tard l’occasion d’insister sur la différence qui existe entre la pléthore et l’inflammation. Cependant il faut
gastrique bilieux, ont localisé ces deux affections, F une dans le sang ou le système vasculaire sanguin , accusant la fermentation du sang , le frottement de ce liquide contre les parois vasculaires, sa viscosité , son oxygénation excessive , la trop grande vitalité artérielle , l’inflammation des artères , etc. ; l’autre , dans la bile dont ils supposaient l’excès , l’altération , la résorption , ou même dans l’estomac que l’on disait être le siège d’amas de matières corrompues, etc.
Certes, ce sont là des hypothèses rendues plus ou moins probables par l’existence de certains symptômes , et nées sous l’influence des théories médicales régnantes ; hypothèses qu’aucune recherche directe n’a suffisamment justifiées (1).
reconnaître que ces idées ne sont point encore appuyées sur des faits assez nombreux et assez probants , pour que nous devions dès à présent rejeter l’opinion la plus répandue sur la nature de la fièvre dite inflammatoire.
(1) « Dans les fièvres inflammatoires violentes, avec # agitation extrême du cœur et des artères , nous avons » vu pour la première fois une rougeur foncée et inflamv matoire à la surface interne de ces vaisseaux et même » de tout le système veineux. » (J. -F. Frank, Traité de médecine-pratique , traduction de Goudareau.)
Ces altérations sont-elles réellement le résultat d’une inflammation des vaisseaux, et suffisent-elles pour la caractériser? Sont-elles constantes dans la fièvre inflam-
Aujourd’hui que l’attention des pathologistes commence à se diriger vers l’étude des liquides, et que l’on recherche avec soin les différences qu’ils présentent dans l’état de santé et dans l’état de maladie , on arrivera peut-être à constater directement, d’abord l’existence d’une altération matérielle et appréciable du sang , ensuite le genre de cette altération.
Ainsi , d’une part , une modification du sang dans la fièvre inflammatoire , avec phlegmasie d’un organe, est aujourd’hui démontrée ; et, d’autre part, la découverte de quelques-uns des matériaux de la bile dans le sang normal pourrait induire à penser que le foie ne forme pas la hile , mais extrait seulement du sang les matériaux de la bile qui s’y trouvent. Peut-être alors faudra-t-il voir dans l’état bilieux, dans la bilescence des humeurs, une altération particulière du sang consistant dans la formation au sein de ce liquide , et , par un mécanisme qui nous échappe , des matériaux de la bile augmentés de quantité ou altérés dans leurs qualités.
C’est peut-être aussi dans une considération de
matoire? Ne doivent-elles pas être considérées comme une véritable phlegmasie des vaisseaux, et rangées à cêté de l’endocardite et de la péricardite?
cette nature qu’il faudra chercher l’explication de la grande différence qui existe entre les affections bilieuses , et certaines maladies bilieuses , telles que l’ictère spasmodique, et celui qui est causé par un obstacle mécanique au cours de la bile. Dans ces cas, en effet, la bile ou plutôt quelques-uns de ses matériaux pénètrent tous nos tissus , et ne déterminent aucun effet fâcheux ; mais il n’y a point là état bilieux proprement dit. Des accidents importants, au contraire, peuvent être la conséquence de ce dernier état , dans lequel cependant nos organes sont en général imprégnés d’une bien moindre quantité des matériaux de labile (1).
Mais, pour en revenir à notre sujet, cette considération nous permettrait d’établir un rapport important entre l’affection inflammatoire et l’affection bilieuse, qui toutes deux s’accompagneraient d’une
altération du sang , dont la connaissance serait le
terme le plus élevé auquel nous puissions arriver directement dans l’étude de ces affections.
(t) L’existence de deux espèces d’ictère , l’un par résorption de la bile, l’autre par sécrétion supplémentaire des matériaux de ce liquide, paraît aujourd’hui démontrée. ( Voy. Bouisson , de la Bile et de ses variétés physiologiques , p. 145.) Mais on ne trouve point dans ce fait une explication satisfaisante de l’état bilieux.
Cependant, au point où en est la science, ce sont encore là des hypothèses ; et, seraient-elles justifiées un jour, elles ne sauraient nous rendre un compte
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entier et suffisant des lésions particulières du système vivant qui constituent les deux états morbides
que nous étudions.
En effet, si ces altérations étaient constantes , elles seraient pour nous , non point la cause , mais Teffet de l'affection. Tout aussi bien que, dans la fièvre dite typhoïde, les altérations constatées dans le sang sont une conséquence de l'affection , et non son point de départ.
Pour cette double raison , nous croyons plus convenable de confondre la fièvre inflammatoire et l'embarras gastrique bilieux avec l'affection inflammatoire et l'affection bilieuse, ou de les regarder comme la manifestation purement fonctionnelle de ces deux affections.
Ces préliminaires une fois posés , nous entrons dans le cœur de notre question , en déterminant les
rapports de la fièvre inflammatoire et de l’em-
barras gastrique bilieux , et en cherchant l’influence qu'ils exercent l’un sur l'autre.
Le premier point de comparaison qui me frappe est la nécessité du mouvement fébrile dans la première , et la possibilité de sa non-existence dans le
second. La fièvre fait partie intégrante de toute affection inflammatoire ; et cet état morbide doit être considéré comme une fièvre.
Au contraire , Tembarras gastrique bilieux peut exister et suivre son cours sans mouvement fébrile , en sorte que, bien qu’il doive être regardé comme une affection, il ne doit pas être rangé parmi les fièvres. Il est vrai de dire cependant qu’il n’en est pas toujours ainsi , et que la fièvre peut se joindre à l’état gastrique bilieux. Mais , dans bon
nombre de ces cas, le mouvement fébrile se déve-
loppe postérieurement à l’apparition des accidents bilieux, et le plus souvent il s’y joint des signes d’irritation de l’estomac et de la partie supérieure de l’intestin. Or, l’absence fréquente du mouvement fébrile d’une part, sa naissance , postérieurement aux autres symptômes , de l’autre , prouvent suffisamment que, dans ces derniers cas, ce mouvement fébrile est secondaire ou réactionnel.
Est-ce donc à dire qu’il n’existe pas une affection particulière qui mérite le nom de fièvre bilieuse, et qui doive, beaucoup mieux que l’embarras gastrique bilieux, entrer en comparaison avec la fièvre inflammatoire? Depuis bien des années cette question a été agitée et résolue de diverses manières : pour ma part , je n’ai , ni ne puis avoir, dans ce conflit
aucune idée , aucune preuve nouvelles ; mais je dois faire connaître l’opinion qui me paraît la plus probable.
Cette partie de mon sujet touche , comme on le voit , à la doctrine des fièvres ; sujet encore controversé et qu’il ne m’est pas donné de discuter ici en son entier. Je me borne donc à un petit nombre de considérations.
Les recherches combinées de la pathogénie, de la symptomatologie et de l’anatomie pathologique ont permis de spécifier d’une manière assez précise le caractère de ces affections particulières connues sous le nom de fièvres .
J’emprunte à M. Littré, en la modifiant à quelques égards, la définition qu’il en a donnée.
Les fièvres sont des affections fébriles, d’une durée plus ou moins longue , intéressant tout le système vivant , ne dépendant en conséquence d’aucune lésion matérielle , caractérisées cependant dans leur expression symptomatique par certaines lésions fonctionnelles ou matérielles, à peu près constantes et bien déterminées (1).
(t) Sans énumérer ici toutes les fièvres, je donnerai comme exemple :
1° La fièvre inflammatoire , qui a pour caractère une
Existe-t-il une affection particulière qui mérite le nom de fièvre bilieuse, et qui présente les caractères énumérés dans cette définition?
Il est probable que la réponse à cette question doit être donnée par l’affirmative ; mais , dans l’état actuel de la science , beaucoup de pathologistes pensent que nous devons nous tenir sur une prudente réserve. Bon nombre d’auteurs, il est vrai , ont parlé de la fièvre bilieuse et en ont énuméré les caractères; mais, en parcourant la description qu’ils en donnent et les exemples qu’ils citent, il est facile de voir que tantôt ils ont parlé de l’embarras gastrique bilieux apyrétique ou fébrile, et que nous avons mentionné plus haut, tantôt de fièvres typhoïdes avec complication bilieuse , tantôt de fièvres rémittentes paludéennes, ou bien d’autres affections. En conséquence , ce ne sont pas là des exemples de fièvre bilieuse; mais ces faits rentrent dans la catégorie de ceux qui font le sujet de notre second et de notre troisième chapitre : nous les apprécierons donc plus tard.
simple lésion fonctionnelle, un mouvement fébrile ; — 2° les fièvres avec détermination vers la peau : variole, rougeole , etc. ; — 5° les fièvres avec détermination principale vers la muqueuse gastro-inlestinale, et secondaire vers la peau : lièvre typhoïde, etc.
Quant aux auteurs qui, de nos jours, ont décrit la fièvre bilieuse, nous devons dire que plusieurs se sont contentés de copier les descriptions laissées par les épidémiographes du siècle dernier, en y ajoutant quelques traits plus ou moins véritables, et ont commis en conséquence les mêmes erreurs. C’est qu’en effet, ils se sont refusé à admettre l’existence de celle fièvre à laquelle on a donné le nom impropre de typhoïde . Ils lui ont dénié le caractère d’affection distincte et spécifique, ou n’ont pas compris sous ce nom l’individualité morbide qu’ont décrite les auteurs modernes. Ils ont donc, comme leurs devanciers , rapporté à la prétendue fièvre bilieuse des symptômes qui appartiennent , soit à la fièvre typhoïde compliquée d’état bilieux , soit à d’autres affections.
Dans notre pays, en effet, il n’est pas fréquent d’observer des fièvres bilieuses proprement dites et simples. Vers la fin du siècle dernier, les constitutions bilieuses ont été plus fréquentes et plus iutenses qu’elles ne le sont de nos jours. Peut-être , comme correctif de l’opinion émise plus haut , trouveraiton, dans quelques descriptions, des symptômes qui ne s’adaptent pas aux maladies de notre époque , et que l’on pourrait alors considérer comme ceux de véritables fièvres bilieuses. Mais il est certain
qu’aujourd’hui la plupart des auteurs modernes français, au moins ceux du Nord de la France, ne trouvent plus d'exemple de fièvre bilieuse pure. D’un autre côté, si j’en juge par ce qu’il m’a été donné de voir et par une opinion que j’ai entendu professer au sein même de cette Ecole, il n’est pas certain que l’on en observe dans le Midi de la France. Désireux cependant de ne pas décider une aussi grave question sans preuves suffisantes , j’ai fait des recherches nouvelles dans les divers recueils publiés à Montpellier, et je puis affirmer que j’ai eu peine à trouver quelques faits bien complets et bien probants de fièvre bilieuse pure ( i ). Je puis citer, entre autres, un fait publié parM. le professeur Caizergues (2), et un autre par le docteur Meyraux (3).
(1) Les failscités sont, pourla plupart, des exemples de fluxions de poitrine, de dysenteries, de fièvre rémittente paludéenne, de fièvre typhoïde bilieuses, etc. Je les étudierai dans mon second et mon troisième chapitre. Je dois ajouter que plusieurs des observations publiées sont peu complètes, et qu’il est souvent impossible de porter sur elles uri jugement assuré.
(2) Compte-rendu des observations recueillies à la Faculté de Montpellier, etc.... 1850, pag. 108.
(5) Observations sur la constitution médicale des mois de novembre, décembre, janvier 1819-20, par P. -S. Meyranx , pag. 55’.
Or, dans ces observations, il est facile de voir qu’il s’agit d’un état bilieux gastrique, avec fièvre. Mais l’observation ne décide pas si le mouvement fébrile s’est montré primitivement ou consécutivement (1). En admettant cependant la première interprétation, on doit voir dans ces faits de véritables fièvres gastriques bilieuses ; mais il y a loin de là, à la fièvre bilieuse décrite daus bon nombre d’ouvrages, s’accompagnant de symptômes graves et déterminant souvent la mort. Or, je n’ai pas vu de faits de cette dernière espèce, tandis que j ai souvent constaté F existence de l’embarras gastrique avec fièvre consécutive , et même quelquefois celle de la fièvre gastrique bilieuse. Aussi reste-t-il prouvé pour moi que, si la fièvre bilieuse pure existe dans
(i) Cette circonstance, dont j’ai déjà parlé plus haut, pag. 18, doit-elle être prise en considération; et doit-on regarder le mouvement fébrile comme réactionnel , lorsqu’il se développe quelque temps après l’apparition des premiers symptômes? Je le pense, tout en remarquant que le moment d’apparition de la fièvre est quelquefois difficile à constater dans les cas particuliers. J’accorderai cependant volontiers que bon nombre d’états gastriques bilieux avec fièvre doivent être regardés comme de véritables fièvres bilieuses. Je ferai d’autant plus facilement cette concession , qu’ici ce n’est pas l’existence de la fièvre bilieuse gastrique que je mets en doute. J’aurai d’ailleurs occasion de revenir, dans le chapitre suivant, sur la valeur du mouvement fébrile réactionnel.
nos climats, elle y est au moins beaucoup plus rare que certains auteurs ne sout portés à le croire , et surtout qu’elle doit être considérée sous un tout autre point de vue.
Que si , au contraire, nous lisons les travaux publiés par les médecins étrangers qui ont pratiqué la médecine dans les climats chauds, nous y trou* vons la description d’une maladie à laquelle on a donné , peut-être avec raison , le nom de fièvre bilieuse, qu’on rencontre très- rarement chez nous avec les mêmes caractères.
« Ce n’est pas qu’en lisant les auteurs qui ont >» écrit dans notre climat et les climats analogues, »on ne trouve des affections dont l’expression symptomatologique parait correspondre exactement à «la maladie décrite ci-dessus (fièvre bilieuse des » pays chauds) ; mais elle y est rare, tandis qu’elle »est fréquente et épidémique dans les contrées plus » chaudes (1). »
Il résulte de ces considérations que l’état bilieux se montre à nous sous plusieurs formes, existant sans altérations matérielles , et qui ne sont peutêtre que des degrés l’une de l’autre , savoir :
L’embarras gastrique bilieux avec ou sans fièvre;
(I) Litlré , Fièvre bilieuse, Dict. en 50 vol., T. V, p. 490
La fièvre bilieuse gastrique ;
La fièvre bilieuse des pays chauds (1).
Telles sont les formes de l’affection bilieuse simple, dont je vais continuer la comparaison avec la fièvre inflammatoire.
Je n’insisterai pas sur la différence des symptômes; elle ressort de la lecture de la plupart des ouvrages de pathologie. Dans l’une, symptômes fébriles avec expansion , simulant le second stade d’un accès de fièvre intermittente; dans l’autre, apyrexie ou fièvre peu intense , souvent mal caractérisée : turgescence et coloration rosée de la peau dans un cas; sa coloration jaune dans les autres : continuité de la maladie dans la fièvre inflammatoire; rémittence dans la fièvre bilieuse.
Il est également important de noter que ces affections se développent sous l’influence de causes toutà-fait différentes. Les principales, car je ne puis
(1) Il est probable que, dans plusieurs des faits que les auteurs rangent dans ces deux dernières catégories, il existe une lésion matérielle, soit de l’estomac, soit du foie; mais, dans l’impossibilité où je suis d’en faire le départ, je me contente de supposer qu’on rencontre des cas dans lesquels ces lésions matérielles n’existent pas. Je traite de ceux-là; quant aux autres, ils trouveront tout naturellement leur place dans l’article suivant.
les passer toutes eu revue , sont : le tempérament, la constitution épidémique, les climats.
Le tempérament sanguin , d’une part , le tempérament bilieux, de l’autre, sont une des causes prédisposantes de ces deux affections.
Depuis Hippocrate , tous les médecins savent que les affections bilieuses se développent principalement pendant les chaleurs de l’été et dans l’automne ; et que les affections inflammatoires se manifestent surtout pendant l’hiver et le printemps.
On sait aussi très-bien que les climats exercent une influence analogue : « Dans les régions polaires, les affections de l’été n’existent point ; au » printemps et en automne les affections inflammatoires se combinent avec des affections catarrhales;
«en hiver régnent exclusivement des affections «inflammatoires. — Entre les tropiques, les affections annuelles se comportent tout autrement: «ici les affections hivernales manquent , au printemps et en automne les affections bilieuses com- » pliquent constamment les affections catarrhales, «en été régnent exclusivement les affections bi- « lieuses (1). »
Les étals morbides que je compare durent ordinairement assez peu : ils dépassent rarement neuf à
(t) Fuster, des Maladies de la France , p. 024.
dix jours et peuvent même se terminer dans moins de temps encore; rapprochés sous ce point de vue, ils se distinguent par la manière dont ils se jugent. Les crises de la fièvre inflammatoire sont d’ordinaire les sueurs ou des hémorrhagies; celles de Tétât bilieux gastrique et de la fièvre bilieuse gastrique sont plutôt des vomissements ou des évacuations alvines.
Ces diverses crises sont suivies, dans les deux affections, d’un amendement rapide et d’une prompte guérison ; la mort n’en est point la conséquence. Cette assertion est admise par tout le monde en ce qui regarde la fièvre inflammatoire , dont la guérison est certaine tant qu’elle reste pure et sans complication. Il n’en est plus de même pour l’affection bilieuse ; la plupart des auteurs parlent de la gravité de cet état, et de la facilité avec laquelle il passe à l’état putride. Mais si Ton veut bien se rappeler les distinctions que j’ai admises plus haut , on comprendra que dans ces cas il ne s’agit plus d’une fièvre bilieuse pure , mais d’un état bilieux uni à une autre affection. Veut-on , au contraire , accepter les formes que j’ai indiquées , il faut admettre que dans nos climats l’embarras gastrique bilieux et la fièvre bilieuse gastrique sont des affections légères et qui ne se terminent point par la
mort. Il n’en est plus de même pour la fièvre bilieuse des pays chauds, dont la terminaison est souvent fatale.
La thérapeutique, dans ces cas, doit être aussi différente que la nature des affections. Mais lorsque l’on considère leur peu de gravité , on voit bientôt que toutes deux réclament une médication également simple. En effet, la médecine expectante doit souvent être employée, et toute la différence qu’il faut mettre alors dans la thérapeutique se trouve dans le choix des boissons. — Parfois, cependant, il est utile et convenable de faire une médecine plus active, dont le but et l’effet sont de diminuer la durée du mal. Alors les moyens, quoique différents, doivent être empruntés à la même méthode thérapeutique, c’est-à-dire qu’il faut imiter et favoriser les mouvements spontanés de la nature. Ainsi, les émissions sanguines, dans la fièvre inflammatoire ; les vomitifs d’abord, suivis quelquefois d’un purgatif, dans l’état bilieux, seront les moyens les plus généralement appropriés.
Tels sont, d’une manière sommaire, les principaux rapports que je puis constater entre l’affection inflammatoire et l’affection bilieuse à l’état simple et sans complication organique évidente. 11 m’eut été facile d’y insister davantage; mais j’ai préféré
supprimer des détails connus de tout le monde, et qui, dès-lors, auraient inutilement étendu mon
travail.