‹ Déterminer les rapports qui peuvent exister entre les affections inflammatoires et les affections bilieuses--Apprécier l'influence qu'elles exercent les unes sur les autresChapitre 4 sur 10 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Appréciation de V influencé que les affections inflammatoire et bilieuse exercent l’une sur Vautre .

Il est remarquable que ces affections, qui sont assez rares isolément, deviennent plus fréquentes dès qu’elles se réunissent. On voit, en effet, un assez bon nombre de cas dans lesquels les symptômes de la lièvre inflammatoire s’unissent à ceux de l’état bilieux ou de la fièvre bilieuse gastrique. J’en ai rencontré des exemples à Paris ; j’en ai vu quelques uns à l’hôpital Saint-Eloi , dans le service de M. le professeur Caizergues, qui en avait déjà publié plusieurs dans le travail précédemment cité (1). Ces faits présentent la réunion des symptômes des deux affectious élémentaires qui les constituent, c’est-à-dire céphalalgie violente; battement des carotides ; face fortement colorée en rouge ; yeux larmoyants ; conjonctive légèrement injectée; ailes du nez et contour des lèvres jaunes; anorexie; bouche amère; langue couverte d’un enduit jaunâtre; soif vive ; peau chaude et halitueuse ; pouls plein, dur et fréquent; urines rouges et ren-

(1) Loc. cit p. 97, 100, 102 et 105.

dues avec ardeur; pesanteur épigastrique ; ventre souple et libre. Cette énumération de symptômes, tirée presque entièrement de l’histoire d’un seul malade , caractérise parfaitement cette affection compliquée. En ajoutant ou en retranchant quelques traits, la description peut être celle de la maladie elle-même.

La réunion fréquente de ces deux affections sur le même individu prouve déjà qu’elles ne sont pas antagonistes, malgré les différences considérables que nous avons naguère . constatées dans leurs causes, dans leurs symptômes, dans la thérapeutique qui leur est applicable, c’est-à-dire dans leur nature. Ce défaut d’antagonisme est encore démontré par ce fait , que dans plusieurs de ces cas les phénomènes paraissent plus intenses que dans les deux affections isolées. Il paraît, en outre, probable que le développement ultérieur de l’une de ces affections n’atténue pas les manifestations symptomatiques de l’autre. Toutes deux marchent, soit parallèles et à peu près égales, soit avec un degré de prédominance de fune ou de l’autre.

Cette affection complexe est constamment rémittente. Ici donc l’état bilieux influe sur les symptômes de l’état inflammatoire , de manière à détruire la marche continue continente qui leur est en général

attribuée. En effet, la continuité n’existe peutêtre pas dune manière absolue, et la fièvre inflammatoire présente toujours quelques rémissions ou quelques exacerbations irrégulières dues à des causes diverses et souvent peu actives. Il n’est donc pas étonnant que l’état bilieux, qui produit toujours un mouvement fébrile rémittent , modifie la marche de la fièvre inflammatoire.

Les causes qui amènent la réunion de ces deux états morbides, bien que complexes, peuvent souvent être déterminées avec facilité. Tantôt c’est

dans le tempérament bilioso-sanguin de ces individus malades qu’il faut chercher la prédisposition à cette affection mixte : tantôt c’est dans la saison mixte qui résulte du passage d’une saison à l’autre , tantôt dans des intempéries qui surviennent au milieu d’une saison établie. Dans ces cas , une seule cause agit; mais comme elle est mixte elle-même , elle prédispose à des affections complexes. D’autres fois ce sont deux causes différentes qui agissent sur le même individu : telle serait, par exemple, une constitution catastalique bilieuse, portant son action sur un homme d’un tempérament sanguin. Je n’ai pas besoin d’insister sur les faits de cette nature ; il suffit de les énoncer pour qu’ils soient parfaitement conçus. Enfin, je ne dois pas oublier l’in-

fluence que ces deux affections exerceut Tune sur l’autre, sous le rapport étiologique. Il est certain qu’une seule et même cause occasionnelle peut provoquer le développement des deux affections chez un individu prédisposé; mais, dans quelques cas, il paraît évident que l’un des deux états morbides, survenu à l’occasion d’une circonstance fortuite, devient lui-même la cause qui met en jeu la prédisposition à l’autre affection (1).

La fièvre inflammatoire bilieuse , étant en général plus grave que chacun de ses éléments constitutifs, réclame plus souvent un traitement énergique. Et il faut reconnaître que ce traitement , convenablement employé, enraie la maladie, ou tout au moins détermine une amélioration immédiate et abrège considérablement la durée du mal.

Ce traitement doit être mixte comme l’affection qu’il combat et comme la cause qui l’a produite ,

(1) Voyez, à l’appui de cette idée (Caizergues, loc. cit. , p. 97), l’histoire d’un homme , d’un tempérament bilioso-sanguin , qui, au milieu de l’été, s’étant jeté à l’eau baigné de sueur, eut une fièvre inflammatoire qui se compliqua bientôt d’un état bilieux. — Voyez, au contraire (p. 100), l’histoire d’un autre homme, d’un tempérament lymphatico-sanguin , chez lequel les symptômes bilieux ont paru précéder les symptômes inflammatoires.

c'est-à-dire qu’il doit se composer d’émissions sanguines et d’évacuants. Mais il faut apporter une attention toute spéciale au mode d’emploi de ces moyens, et suivre les conseils de l’expérience, bien qu’ils paraissent quelquefois opposés à ceux que donnerait la théorie.

Ainsi , sans tenir compte de l’antériorité des symptômes bilieux , il faut le plus habituellement commencer le traitement par une émission sanguine , que l’on fait immédiatement suivre d’un vomitif. — Je m’arrête ici , ne voulant point décrire l’ensemble des moyens à diriger contre cette affection complexe , mais seulement indiquer l’influence que doit exercer sur le traitement de l’un de ces états morbides la présence de l’autre.

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